Charlemagne 3

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    31. Quand ce message apostolique parvint en France, Carloman avait déjà consommé son mariage avec la princesse lombarde Gerberga. Il en eut deux fils, Siagrius et Pépin. La menace pro­phétique d'Etienne IV s'accomplit au pied de la lettre. Le ma­riage de Carloman ne porta point bonheur à ce prince. Charlemagne au contraire, en se plaçant résolument sur le terrain de l'obéissance au saint-siège, affermit sa royauté naissante et attira sur elle « ces bénédictions célestes » qui, selon le langage du pape, « devaient illuminer » le plus glorieux règne que le monde ait jamais vu. C'est donc ici le vrai point de départ de toutes les grandes choses que le nom seul de Charlemagne rappelle. La détermination qu'allait prendre le héros devait exercer sur ses destinées une in-

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1.  Codex Carol., l; Patr. lat., tom. XCV1II, col. 255-262. Cenni nous paraît s'être trompé en rapportant la date de cette lettre à l'an 770. Nous la croyons des premiers mois de l'année 769, puisque le pape y fait allusion au retour de son « très-fidèle nomenclator Sergius. » Or ce légat, envoyé en France au mois de septembre 768, accomplit sa mission le plus rapidement possible. Revenu à Rome au commencement de 769, il «ut les yeux crevés en 770 par le cubiculaire Paul Afiarta.

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fluence décisive. Il lui fallut opposer une énergique résistance à la volonté bien arrêtée de la reine Berthe. Celle-ci, en effet, ne recula devant aucune des difficultés que rencontrait la réalisation d'une alliance plus intime avec la dynastie lombarde. La rupture entre ses deux fils devait naturellement éloigner Charlemagne de l'idée d'é­pouser la belle-sœur de Carloman. Les menaces d'excommunication formulées par le pape venaient corroborer cette répugnance. De son côté, la princesse Gisèle déclara qu'aucune puissance humaine ne la contraindrait à épouser Adalgise ; elle prononça des vœux irrévocables dans l'abbaye de Chelles, se tressant ainsi de ses propres mains une couronne plus solide que celle des Lombards. La reine mère n'en persista pas moins dans l'accomplissement de ses projets, et ce fut, dit Éginhard, « la seule fois qu'il y eut désac­cord entre elle et son fils Charlemagne.» Il lui fallai 'd'abord récon­cilier les deux rois; puis obtenir du pape main-levée des censures ecclésiastiques; enfin, contraindre Charlemagne à épouser Desi­derata, la fille du roi lombard. Elle réussit à peu près pour les deux premiers points, mais elle échoua complètement au troi­sième. Au printemps de l'an 770, après le champ de mai tenu à Worms, la reine Berthe eut avec Carloman une conférence à Salossa (Seltz). Les bases d'une réconciliation peut-être plus appa­rente que sincère y furent longuement discutées, Charlemagne les accepta telles quelles et vint en personne les confirmer. Les deux frères expédièrent au pontife une ambassade commune pour l'informer de leur heureux rapprochement 1. Berthe se rendit en­suite par la Bavière en Italie, et arriva directement à Rome. Ses négociations avec le pape durent être particulièrement laborieuses. Les chroniqueurs n'en font point connaître le détail; ils nous apprennent seulement que de nombreuses restitutions, jusque-là refusées par le roi lombard, eurent lieu à cette époque. Mais une lettre d'Etienne IV adressée à Carloman nous fait supposer que le pontife finit par céder aux sollicitations de la reine. Dans cette lettre, le pape acceptant le titre de compater spirituel que lui avait

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1.Codex Caroline XLVIll; Pair, lat., tom. XCVIII, col. 250.

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offert le jeune roi consentait à être le parrain de son fils 1. Berthe prit alors le chemin de Pavie et s'arrêta longtemps chez le roi des Lombards. A son retour, elle amena en France la princesse Desiderata, dont le mariage avec Charlemagne devait couronner cette pérégrination diplomatique.

 

      32. Desiderata n'avait point encore atteint l'âge nubile : elle fut pas moins présentée aux seigneurs francs comme leur future souveraine. Son apparition sous les auspices de la reine mère, en 770, et son renvoi en Italie par Charlemagne, en 771, donnèrent lieu à un incident aussi curieux au point de vue hagiographique qu'intéressant pour l'histoire intime du grand empereur. Parmi les jeunes leudes élevés à l'école palatine, compagnons d'études de Charlemagne, lequel, selon l'expression d'un hagiographe, avait été «leur collègue sous les ailes de la discipline scolaire 2, » se trouvait un noble adolescent, distingué entre tous par sa naissance et sa vertu. Son père était le comte Bernard, dont nous avons déjà inscrit le nom parmi ceux des fils de Charles Martel3, en sorte qu'Adalard, tel était le nom du jeune homme, se trouvait à la fois neveu de Pépin le Bref et cousin germain de Charlemagne. Il entrait alors dans sa vingtième année. Après avoir terminé glorieusement le cours des études libérales, comme on disait à cette époque, il occupait le premier rang parmi la jeunesse du palais. Ce fut de grand cœur qu'il jura fidélité à la princesse lombarde, quand celle-ci arriva à la cour. « Mais, con­tinue l'hagiographe, quelques mois après, le roi Charles renvoya Desiderata à son père, et sans égard pour le serment prêté par les optimates du royaume il prit une autre épouse. Adalard voyant dans cette conduite un véritable parjure, déclara que jamais il ne servirait la nouvelle reine. Abandonnant donc le palais des

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1. Codex Carolin., xlix; Pair, iat., tom. XCV1II, col. 252.

2. Quem et collegam sub alas scholares enmdem Carolutn imperatorem. Ceci est un premier démenti au préjugé vulgaire qui fait de Charlemagne un prince ignorant, sachant à peine lire, point du tout écrire, et obligé de signer ses édits avec le pommeau de sou épée.

3. Cf. pag. 192 de ce présent volume.

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rois, les grandeurs et les vanités du siècle, il alla se faire moine à Corbie. On vit le jeune prince, devenu un modèle d'humilité et de ferveur, accepter avec une joie indicible l'office de jardi­nier 1. » Plus tard il alla se former à la perfection au Mont-Cassin, revint en France où il ne fit plus difficulté de paraître à la cour, fonda en Saxe la nouvelle Corbie et mérita avec le titre de saint le glorieux surnom de « père des moines. » Le scrupule fort res­pectable d'ailleurs qui détermina la vocation religieuse d'Adalard n'était cependant, comme le font observer les Bollandistes, qu'une exagération de jeune homme. En droit canonique, le mariage non consommé était rescissible, et la lettre d'Etienne IV nous prouve que s'il fut besoin pour le dissoudre d'une sentence pontificale Charlemagne ne dut éprouver aucune difficulté à l'ob­tenir. En supposant donc que les cérémonies religieuses du mariage entre Charlemagne et Desiderata aient réellement eu lieu, ce qu'aucun témoignage historique ne nous apprend, tant que le ma­riage n'était pas consommé il pouvait être dissous par une sentence ecclésiastique. Mais il est beaucoup plus probable qu'il n'y eut aucune cérémonie religieuse de ce genre. Desiderata présentée par la reine mère comme la future épouse de Charlemagne reçut en cette qualité les hommages des leudes francs ; elle attendit ainsi l'époque nubile, et au dernier moment Charlemagne dont rien n'avait pu vaincre les répugnances renversa tout l'échafaudage po­litique de la reine Berthe, et renvoya la fille de Didier à son père.


 33. A un autre point de vue, l'épisode d'Adalard éclaire une question historique longtemps restée obscure. La lettre du pape Etienne IV, en parlant des « épouses de race franque destinées par Pépin le Bref aux deux princes ses fils, » laissait croire que Charlemagne était déjà marié lorsque le pape lui écrivit, et lorsque la reine Berthe amena Desiderata en France. Tel était le courant général de l'opinion parmi les écrivains modernes 2. On

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1 Bolland., Act. S. Adelard., 2 januar

2. M. l'abbé Rohrbacher admet sur ce point la croyance commune sans la discuter ni en examiner la valeur. Cf. Histoire universelle de l'Église, tom. XI, pag.173.

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sait d'ailleurs que tous répètent, au sujet des mœurs de Charle-magne, une vieille calomnie contre laquelle Bossuet avec l'autorité de son génie et de son caractère protestait en ces termes : « Les mœurs de Charlemagne furent toujours pures, quoique l'on en ait écrit dans les bas siècles. » Le mot de Bossuet est d'une rigoureuse exactitude, les faits qui passeront sous les yeux du lecteur le démontreront jusqu'à l'évidence. En ce qui concerne un pré­tendu mariage antérieur au séjour de Desiderata à la cour carlovingienne, les Bollandistes font très-judicieusement observer que l'attitude de saint Adalard ne permet pas d'en supposer l'exis­tence1. En effet, si le noble adolescent crut devoir fuir un palais d'où la princesse lombarde, après avoir reçu le serment de fidélité des leudes francs, était ignominieusement renvoyée, com­bien plus vive n'eût pas été son indignation s'il avait vu antérieure­ment une autre reine légitime, en pleine possession du titre et des droits d'épouse, chassée du trône pour faire place à la fille du roi lombard? Certainement donc Desiderata fut la première femme que saint Adalard vit présenter à la cour de Charlemagne en qua­lité de reine. Aucun doute n'est plus possible à ce sujet. Déjà l'auteur des « Annales du moyen âge» avait eu la franchise de le reconnaître 2. Les expressions de la lettre d'Etienne IV dont on s'appuyait pour établir l'existence d'un mariage précédent doivent s'entendre, ainsi que nous les avons interprétées plus haut, dans le sens que Pépin le Bref avait de son vivant désigné et peut-être fiancé aux princes ses fils les jeunes et nobles franques qu'il vou­lait leur faire épouser plus tard. Ce sens d'ailleurs est le seul acceptable au point de vue canonique. En effet, si Carloman avait été marié à une autre femme légitime quand il eut des enfants de la princesse Gerberga, comment le pape aurait-il accepté d'être le parrain du fils de l'adultère? Il n'y avait donc eu aucun mariage légitime contracté par les deux rois avant la mort de Pépin le Bref. Charlemagne était donc libre de tout lien antérieur, au mo­ment où la reine Berthe le pressait si vivement d'épouser Deside-

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1 Bolland., Act. B. Hildegardis reginœ, 30 april. — 2. Frantin, Annales du moum doe. tom. VII. as. 1G4.

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rata. Le moine de Saint-Gall nous apprend que « les conditions réglées d'avance entre la veuve de Pépin et Didier étaient, outre une alliance offensive et défensive entre les deux nations, l'enga­gement pris par le roi lombard de respecter désormais les frontières des états pontificaux, ne unquam a regno Francorum discernèrent, vel ierminis sancti Pétri aliquam irrogarent injuriam1. » Tant la reine Berthe elle-même, malgré son rêve d'alliance entre les deux dynasties, comprenait le danger qu'elle faisait courir au pouvoir temporel du saint-siége, la plus grande œuvre politique du feu roi son époux! Charlemagne ne céda point à l'entraînement maternel. Peut-être les deux expéditions d'Italie, où bien jeune encore ii avait accompagné son père, laissaient-elles dans son esprit le sou­venir ineffaçable de ce que «pouvait contenir de trahison et de fourberie la parole ou la signature d'un roi lombard. «Donc, ajoute le moine de Saint-Gall, il réunit en conseil les évêques les plus estimés par leur savoir et leurs vertus. Desiderata d'une santé délicate et toujours maladive paraissait incapable d'avoir jamais d'enfants. Unanimement il fut décidé qu'elle serait renvoyée à son père. Quant à Charlemagne, il ne songea jamais plus à elle qu'à une morte 2.» Ces énergiques paroles du chroniqueur nous sem­blent trancher définitivement la question.

 

34. Nous ne mentionnerons que pour mémoire une autre calomnie dont la réputation de Charlemagne a longtemps été chargée. On lit, dans les actes de sainte Amalberga, que jeune fille mais déjà résolue à se consacrer au Seigneur elle s'était vue l'objet   des poursuites d'un prince franc, nommé Charles. Le père de ce prince s'appelait Pépin, et aurait volontiers consenti au ma­riage. Un jour, le prince Charles trouvant Amalberga en prière dans l'oratoire du palais, la conjura de répondre à ses vœux. Sur son refus, il la saisit violemment pour l'entraîner hors du lieu saint, mais elle se cramponna à une colonne, et dans la lutte elle

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1 Monach. San-Gall., -De gest. Carol. Mugn., lib. H, cap. xxvi; Pair, lai., tom. XCV1II, col. 1405.

2. Monach. San-Gall., De gest. Carol. Magn., lib. II, cap. Xxvij Patr. /ai.,, tom. XCV1II, col. 1405.

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p442 pontificat d'étienne iv (7G8-772).

 

eut le bras rompu. Le fait est vrai, seulement il se rapporte à Charles Martel fils de Pépin d'Héristal, et n'a été attribué à Charlemagne que par suite d'une confusion de noms dont les Bollandistes ont fait justice1. En renvoyant Desiderata en Italie, le jeune roi s'affranchissait de la tutelle de la reine Berthe. Désormais le nom de celle-ci ne figure plus dans les actes publics, lesquels com­mencent tous par la formule chrétienne : « Charles, par la grâce de Dieu, roi des Francs. » Fidèle d'ailleurs à la volonté de Pépin le Bref, le héros voulut épouser celle que le vieux roi lui avait fiancée. C'était Hildegarde, fille d'une princesse des Alamanni (Souabe) et d'un leude franc. Elle se montra digne du rang suprême et mérita sur le trône la couronne des saints parmi les­quels l'Église a inscrit son nom (771)2.

 

   35. Quelques mois après, un événement imprévu venait ajouter une nouvelle douleur à celle que devait alors ressentir la reine Berthe. « Pendant que le très-doux roi Charles tenait, disent les chroniqueurs, le plaid national de ses états à Valenciennes, on apprit que son frère Carloman venait de mourir à Salmonciacus (Samoussy) 3 dans la vingt et unième année de son âge, la veille des nones de décembre (4 décembre 771). A cette nouvelle, le roi Charles se rendit à la villa de Corbonacum (Corbény) 4 voisine de Salmonciacus. Là, l'évêque Wulchaire de Sion, le prêtre et archichapelain Fulrad, les comtes Warinus et Adalhard avec les autres évêques, comtes, primats et leudes des états de Carloman vinrent le trouver et le couronnèrent pour leur roi. Escorté par eux, Charles se rendit à la villa d'Attigny, où il célébra la fête de Noël. Cependant la veuve de Carloman, Gerberga, avec ses deux fils et un petit nombre de seigneurs francs fidèles à sa cause, s'enfuit en Italie et courut demander asile au roi Didier son père. Charles se montra sensible à un départ qui semblait

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1 Bolland., Âct. S. Amalberg., 10 jul.— 2. Bol'and., Act. S. Ilildegard., 30 april.

3. Samoussy n'est plus qu'un hameau de 119 habitants, dépendant de la commune de Bissonne, arrondissement de Laon (Aisne).

4 A 22 kilomètres S.-E. de Laon, canton de Craonne, bourg de 1,400 habi­tants.

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accuser de sa part quelque mauvaise intention contre ses neveux, Il répétait sans cesse que la précaution prise par Gerberga était fort inutile 1. » Ce fut ainsi, ajoutent les Annales de Metz, que « le grand roi Charles prit heureusement en main le sceptre de la monarchie des Francs. » L'Europe avait un maître, le monde un arbitre, l'Église un défenseur, et bientôt Rome allait inscrire sur le piédestal des statues du nouveau roi ce titre immortel : Carolus Magnus Romanae ecclesiœ ensis clypeusque.

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1 Eginhard., Annal. Laureshamem. et Meiens.

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Darras tome 17 p. 446


§ I. Notice du Liber Pontificalis.

 

   1.  « Adrien né à Rome dans la région via Lata, dit le Liber Pontificalis, était fils de Théodore. II siégea vingt-trois ans, dix mois et dix-sept jours. Sa famille était l'une des plus nobles et des plus puissantes du patriciat romain 1. De sa personne, le nouveau

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1 Novacs croit que cette famille, dont le Liber Pontificalis ne donne pas le nom, était celle des Colonna qui prétendent faire remonter leur origine jusqu'au célèbre Marius. Il est certain que, dans l'épitaphe d'Adrien com­posée par Charlemagne lui-même, lequel connaissait la noblesse de son époque, nous lions ce vers :

Nobilis ex magna genitus nom gente parentum.

Dans les circonstances critiques où la mort d'Etienne IV laissait le saint-siége, en face des sacriléges entreprises de Didier, on comprend que le

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p447 AP.   VI.  — NOTICE EU 1IBER  PONTIFICALIS.     

 

pape était remarquablement beau : ses qualités morales étaient plus éminentes encore. Il avait la persévérance dans les desseins, un attachement inébranlable à la foi orthodoxe, à sa patrie, au peuple Romain dont la défense lui était confiée. Armé de la force de Dieu, il sut résister héroïquement aux ennemis de la sainte Église et de la république; il prodiguait toutes les tendresses de sa charité aux pauvres, il était le consolateur et le père de tous les indigents; il se montrait scrupuleux observateur de la tradi­tion ecclésiastique et des saints canons. Encore enfant à la mort de son père, il resta d'abord sous la tutelle de sa mère, mais celle-ci étant venue elle-même à mourir, il fut élevé avec un soin pieux par son oncle le duc Théodat, homme consulaire et primicier de la sainte église romaine. Dans son adolescence, n'étant encore que laïque, il donnait des marques extraordinaires de mo­destie, de dévotion et de charité; on le trouvait presque toujours agenouillé dans l'église Saint-Marc, voisine de sa demeure. Il y passait des nuits entières en oraison; sa vie intérieure était morti­fiée, il portait un cilice et ajoutait à cette macération continue celle du jeûne et de l'abstinence; mais tout ce qu'il pouvait avoir d'argent il le donnait sans mesure aux pauvres et aux malades. Cette conduite édifiait toute la ville de Rome, en sorte que la piété du jeune patricien était partout connue et honorée. Le sei­gneur pape Paul I de sainte mémoire, témoin de cette admirable perfection, admit le jeune homme dans les rangs de la cléricature, le nomma notaire régionnaire et lui conféra le sous-diaconat. Etienne IV, successeur du seigneur Paul, appréciant de même sa vertu, le fit diacre. A partir de ce moment, Adrien déploya un zèle incomparable et toutes les ressources d'une sainte indus­trie , soit pour évangéliser le peuple dans un langage plein d'onction et d'éloquence, soit pour exercer les autres devoirs ecclésiastiques de sa charge. La grâce de l'Esprit-Saint était avec lui, et le faisait réussir dans toutes ses actions.   Le  peuple ro-

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choix du nouveau pontife, outre les éminentes qualités de la personne, pût être secondairement déterminé par la situation puissante et l'influence de sa famille.

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p448 PONTIFICAT  DE  SAINT  ADRIEN   I   (772-70j).

 

main avait pour lui une affection profonde. Aussi, à la mort d'Etienne IV, le très-saint et bienheureux serviteur de Dieu Adrien fut-il d'une voix unanime appelé à lui succéder. Le jour de son élection, et on peut dire à l'heure même où il fut proclamé, il donna l'ordre de rappeler d'exil tous les personnages tant du clergé que de la milice contre lesquels l'impie Afiarta et ses cruels satellites avaient prononcé des sentences de bannisse­ment. Ceux d'entre eux qui gémissaient dans les prisons sous le poids d'une injuste captivité virent tomber leurs chaînes; leur innocence fut solennellement reconnue. Ce fut sous de tels auspices et au milieu des transports d'allégresse de tout le peuple qu'il reçut la consécration pontificale. »


2. « Didier, le roi lombard, s'empressa de lui envoyer en am­bassade Theodicius duc de Spolète,  Tunno duc d’'Ebura-Regia (Ivrée), et le vestiarius (chambellan royal) Prandulus. Ils exposèrent à sa béatitude l'intention de leur maître de vivre avec lui dans une étroite alliance. Moi aussi je veux, répondit le très-bienheu-reux ponlife, conserver la paix avec tous les chrétiens; je serai constamment fidèle aux traités conclus avec votre roi Didier, et ferai tout pour maintenir l'alliance entre les Romains, les Francs et les Lombards. Cependant quelle confiance puis-je avoir en sa parole, après ce que m'a dit lui-même de la mauvaise foi de votre maître mon prédécesseur de sainte mémoire le seigneur pape Etienne? Didier a outrageusement menti au bienheureux Pierre prince des apôtres, me disait-il. Après avoir juré sur l'autel de la confession de rendre à l'église romaine les possessions usurpées, il n'en a pas restitué une seule. Son parjure n'avait d'autre but que de mieux assurer la vengeance qu'il méditait contre le primicier Christophe et son fils le secondicier Sergius. Les horribles traitements infligés à ces nobles serviteurs du saint-siége, leur mort tragique, ces événements si funestes, sont l'œuvre de Didier. — Poursuivant ses confidences, mon vénérable prédécesseur disait qu'ayant plus tard envoyé le defensor Anastase et le sous-diacre Gemmulus près du roi Didier pour l'inviter à exécuter ses pro­messes, il ne put en obtenir d'autre réponse que celle-ci : Ne

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p449 AP.   VI.     KOTICE   DU  LIBER   PONTIilCALIS.

 

suffit-il donc pas à l'apostolique Etienne de s'être vu délivrer par moi de la tyrannie de Christophe et de Sergius? Je n'ai point d'autre justice à lui rendre. Il sait bien que sans moi le roi des Francs, ami de ces deux rebelles, était prêt à venir avec son armée venger leur mort, s'emparer de Rome et de la personne même du pontife. — Avec de tels antécédents vous pouvez apprécier vous-mêmes, reprit Adrien, la bonne foi de Didier et le degré de con­fiance qu'inspirent ses engagements les plus sacrés. —Les ambas­sadeurs lombards essayèrent de justifier leur maître; ils protes­tèrent avec serment que les justices (justitius) refusées au seigneur pape Etienne seraient intégralement rendues au nouveau pontife q ue Dieu venait de donner à son Église. Notre roi, dirent-ils, est résolu de conserver avec votre béatitude le lien d'une indis­soluble union et charité. — Le pape se laissa toucher par leurs protestations et leurs instances. Il envoya à son tour au roi Didier deux légats apostoliques, le notaire régionnaire Etienne et le cubiculaire Paul, chargés de s'entendre sur les restitutions promises. »

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon