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-------- Il nous est dit ici que, par le sacrement, nous entrons pour ainsi dire dans la communion de sang avec Jésus-Christ, le sang désignant, d’après la conception hébraïque, la « vie » ; la compénétration de la vie du Christ et de la nôtre est donc affirmée. Dans le contexte de l’Eucharistie, le « sang » représente aussi le don de soi, une existence qui se verse pour ainsi dire, qui se donne pour nous et à nous. La communion de sang est donc aussi intégration dans le dynamisme de cette vie, de ce « sang versé » - une dynamisation de notre existence, par laquelle celle-ci à son tour doit devenir une existence pour autrui, comme nous pouvons bien le voir dans le cœur ouvert du Christ. Les paroles sur le pain sont en un certain sens encore plus insistantes. Le pain représente la communion de corps avec le Christ, que Paul compare avec l’union de l’homme et de la femme (cf. ICo 6, 17s.; Ep 5, 26-32). Paul éclaire cela encore d’un autre côté en disant que c’est un seul et même pain que nous recevons tous. C’est tout à fait vrai en un sens fort : le « pain » - la nouvelle manne que Dieu nous donne - c’est l’unique et même Christ pour tous. C’est vraiment l’unique et même Seigneur que nous recevons dans l’Eucharistie, ou mieux : qui nous reçoit et nous accueille en lui. Augustin a exprimé cela en une parole entendue dans une sorte de vision: mange le pain des forts, mais tu ne me transformeras pas en toi, mais moi, je te transformerai en moi. -----------------
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------- Ce n’est pas nous qui l’assimilons en nous, mais il nous assimile en lui, en sorte que nous prenons la forme du Christ, que nous devenons des membres de son corps, que nous devenons un en lui - comme Paul le dit. Nous tous « mangeons » le même Christ, non pas seulement la même chose ; nous tous sommes arrachés à notre individualité fermée et introduits en celui qui est plus grand. Nous sommes tous assimilés au Christ et ainsi identifiés aussi les uns aux autres, par la communion au Christ; nous devenons identiques, un avec lui, membres les uns des autres. Communier au Christ, c’est essentiellement aussi communier les uns avec autres. Nous ne nous trouvons plus les uns à côté des autres, chacun pour soi, mais toute personne qui communie est pour moi, pour ainsi dire, « l’os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2,23). -------- je dois toujours me rappeler qu’il m’unit ainsi à tout autre communiant - à mon voisin que je trouve peut-être antipathique, mais aussi à celui qui est loin, en Asie, en Afrique, en Amérique ou ailleurs. ------ Où que je sois uni au Christ, je le suis avec les autres, et cette union ne s’achève pas au banc de communion, mais elle commence seulement là et elle devient vie, chair et sang dans le quotidien de mes rapports avec les autres et de mon soutien aux autres. -------
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----------- L’Église ne naît pas comme fédération vague de communautés. Elle naît du Seigneur unique et constitue, à partir de lui, l’unique et seule Église, le corps unique venant du pain unique. Elle ne devient pas une par le moyen d’un gouvernement centraliste, mais un centre commun à tous est possible parce que l’Église vient toujours du Seigneur unique qui la crée, faisant d’elle un seul corps dans un seul pain. --------La rencontre avec le Seigneur qui se donne à nous du haut de la Croix et qui, par le pain unique, fait de nous tous, les membres de son corps unique, a trouvé son application logique dans le service de ceux qui souffrent, dans le souci pour les faibles et pour ceux que l’on oublie. ----