p99 Jus QU'OÙ PORTE LE CONSENSUS SUR LA DOCTRINE
----------
Ce n'est plus l'expérience du poids de nos péchés qui pose problème mais l'absence d'expérience du péché, qui de nouveau repose sur la problématique de l'absence de Dieu et de son désintérêt à notre égard.
Parce que l'image de Dieu a fondamentalement changé, s'est vidée de sa substance, le péché est un mot étranger qu'on préfère ne pas utiliser4. Notre question n'est donc plus: comment trouver le pardon, comment trouver un Dieu qui fait grâce, mais comment être en accord avec le monde et moi‑même?
Parce que Dieu n'est plus un acteur, n'est plus un Dieu lié à moi personnellement, mais une idée régulatrice, la question du péché, comme celle de la grâce, est devenue sans objet. C'est pourquoi se répand, même dans la théologie, l'opinion qu'il est absurde de parler de la mort expiatoire du Christ, d'une satisfaction qu'il a accomplie pour nous et qui nous justifie.
------------ Notre question ne résonne plus en ces termes: comment parvenir à un Dieu de grâce, mais: qu'est‑ce que ma vie a à faire avec Dieu? Dieu a‑t‑il quelque chose à faire avec moi? --------
----------
=================================
p100 DISCERNER ET AGIR
-------------
------ Le souci du salut dans l'au‑delà a aujourd'hui disparu, même chez les croyants. Mais la question de savoir si ma vie a un sens devient d'autant plus pressante: la frustration sur l'être néantisé de l'homme, le choc éprouvé devant la vacuité de l'être‑là se transforment de plus en plus en incapacité de vivre et d'aimer, et en obligation de s'anesthésier toujours plus violemment.
Ce n'est pas seulement la colère de Dieu qui ébranle, mais aussi son absence. Et c'est pourquoi un examen à nouveaux frais de ce que sont le salut et la guérison s'avère nécessaire, et c'est à cela que nous devons répondre.
=================================
p101 JUSQU'OÙ PORTE LE CONSENSUS SUR LA DOCTRINE
----------
-------- Nous devons apprendre à connaître le Christ d'une manière nouvelle, lui qui est, en personne, la com‑passion de Dieu. Et nous éprouverons de nouveau que les libérations du Moi ou les directives pour s'accepter soi‑même peuvent aider en partie, mais que l'homme est avant tout fait pour être aidé, et pour être aimé, que c'est d'une aide extérieure à lui‑même qu'il pourra revenir à lui et sortir de lui-même.
C'est ainsi que nous devons réapprendre, à comprendre le péché, le jugement et la grâce, que nous devons rassembler les mots perdus, les récurer et leur redonner tout leur éclat.
Les éléments fondamentaux du consensus sur la justification
=================================
p102 DISCERNER ET AGIR
1. « À la fois juste et pécheur » (simul justus et peccator). Sur la question de savoir en quel sens celui qui est justifié peut en même temps être appelé pécheur, les discussions sont des plus subtiles.
-------------
-------- Saint Grégoire le Grand, dans sa Règle Pastorale, dit ceci: « l'esprit humain se ment très souvent à lui‑même ». Notre conscience de surface dissimule nos profondeurs, nous nous déclarons justes et avons cependant laissé le mal s'infiltrer en nous, et ses effets s'en
=================================
p103 JUSQU'OÙ PORTE LE CONSENSUS SUR LA DOCTRINE
font sentir. C'est pourquoi le psalmiste adresse cette prière: “libère-moi du mal secret”. -----------
--------- la vie du baptisé est un processus de Rédemption, dans lequel nous nous laissons accompagner, transporter et conduire, ou que nous refusons. Il est important de ne pas perdre de vue notre but, de nous retourner toujours vers lui, lors de nos écarts et dérapages.
Il est important de toujours recevoir le pardon de manière nouvelle, mais il faut également apprendre la responsabilité du pardon. La grande conversion, c'est‑à‑dire la foi, se compose de beaucoup de petites conversions.
Et à ce propos il convient de garder devant nos yeux et dans nos coeurs la parole de saint Benoît, qui exprime, de façon catholique, l'expérience réformatrice: et --------- ne jamais désespérer de la miséricorde divine8.