La foi chrétienne hier et aujourd’hui 115

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   Il n'existe pas de théorie qui puisse réfuter péremptoirement de telles idées devant la simple raison, de même d'ailleurs que, à l'inverse, ces idées elles‑mêmes ne proviennent pas uniquement de la raison, mais d'une amertume du coeur qui peut‑être a été déçu dans son attente et qui maintenant ne ressent plus dans son amour meurtri et blessé que la ruine de son espérance.

 

Quelle réponse donner alors? En fin de compte, l'on ne peut ici que donner le témoignage de sa foi et dire pourquoi l'on arrive malgré tout, dans la foi, à aimer cette Église, pourquoi l'on ose toujours encore reconnaître à travers les traits défigurés, le visage de l'Église sainte.

 

Mais commençons tout de même par les éléments objectifs. Le mot « saint », comme nous l'avons vu, ne signifie pas d'abord, dans toutes ces affirmations, la sainteté des personnes humaines, mais renvoie au don divin qui apporte la sainteté au milieu du péché de l'homme.

 

L'Église n'est pas appelée «sainte », dans le Credo, parce que tous ses membres seraient des hommes saints et sans péché: ce rêve qui resurgit à toutes les époques, n'a pas de place dans l'univers réaliste de notre texte, même s'il exprime de façon émouvante une nostalgie dc l'homme, qui ne le quittera pas, aussi longtemps qu'un ciel nouveau et une terre nouvelle ne lui accordent pas ce que ce siècle ne pourra jamais lui donner.

 

Nous pouvons déjà dire ici que ceux qui critiquent le plus durement l'Église de notre temps vivent aussi, inconsciemment, de ce rêve, et comme celui‑ci se trouve déçu, ils claquent la porte de la maison, en la dénonçant comme menteuse.

 

Mais revenons à notre sujet: la sainteté de l'Église consiste dans cette puissance de sanctification que Dieu y exerce malgré les péchés des hommes. Nous rencontrons ici la véritable caractéristique de la “Nouvelle Alliance »: dans le Christ, Dieu s'est lié lui‑même aux hommes, il s'est laissé lier par eux.

 

La Nouvelle Alliance n'est plus fondée sur le respect réciproque des

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p246 L'ESPRIT ET L'ÉGLISE

 

clauses fixées; elle est donnée par Dieu comme une grâce qui demeure en dépit de l'infidélité de l'homme.

 

Elle est l'expression de l'amour de Dieu qui ne se laisse pas vaincre par l'incapacité de l'homme, qui se montre malgré tout et toujours à nouveau favorable à l'homme, qui l'accueille inlassablement comme l'enfant prodigue, qui se tourne vers lui, le sanctifie et l'aime.

 

   Grâce au don du Seigneur, qui s'est livré sans plus se reprendre, l'Église est pour toujours la communauté sanctifiée par lui, celle en qui la sainteté du Seigneur est rendue présente au milieu des hommes.

 

Mais c'est vraiment la sainteté du Seigneur qui y est présente et qui, dans un amour paradoxal, choisit sans se lasser, comme réceptacle de sa présence, les mains sales des hommes. C'est une sainteté qui éclate et se manifeste comme sainteté du Christ au milieu du péché de l'Église.

 

Ainsi le visage paradoxal de l'Église, où le divin se présente si souvent dans des mains indignes, où le divin n'est présent que sous la forme du «malgré tout », ce visage devient pour les croyants un signe du « malgré tout » de l'amour de Dieu, qui est toujours le plus fort.

 

L'extraordinaire interférence de fidélité de la part de Dieu et d'infidélité de la part de l'homme, qui caractérise la structure de l'Église, est comme la forme dramatique de la grâce, par laquelle la réalité de la grâce devient continuellement présente et visible dans l'histoire, en tant que pardon accordé à des hommes en eux‑mêmes indignes.

 

En ce sens l'on pourrait aller jusqu'à dire que c'est précisément dans sa structure paradoxale de sainteté et de péché, que l'Église est la forme de la grâce dans ce monde.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon