LES PRINCIPES DE LA THEOLOGIE CATHOLIQUE 17

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   Le contenu de l'évangile chrétien se résume en ceci: Dieu tient l'homme pour si important qu'il a souffert lui‑même pour lui. La croix, qui est pour Nietzsche l'expression abominable du caractère négatif de la religion chrétienne, est en réalité le centre de l'évangile, du joyeux message. Il est bon que tu sois ‑ non il est nécessaire que tu sois. La croix est l'approbation de notre existence, non pas en paroles mais dans un acte si totalement radical qu'il pousse Dieu à de‑

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venir chair et prend possession de cette chair en la déchirant, qu'aux yeux de Dieu il vaut la peine que meure son Fils devenu homme. Celui qui est aimé à ce point que l'autre identifie sa propre vie à l'amour et qu'il n'est plus capable de vivre sans cet amour, celui qui est aimé jusqu'à la mort ‑ celui‑là se sait véritablement aimé. Mais si Dieu nous aime tant, alors nous sommes véritablement aimés. Alors l'amour est vérité et la vérité est amour. Alors cela vaut la peine de vivre. Mais justement, l'Évangile, c'est cela‑même. Par conséquent c'est au titre même de message de la croix que l'Évangile est un joyeux message pour celui qui croit ; l'unique joyeux message qui seul enlève aux autres joies leur ambiguité et les rend capables de réjouir vraiment. Le Christianisme est dans son fond la plus intime source de joie, capacité de joie ‑ le khairé, « réjouis‑toi » par lequel il commence, exprime parfaitement sa nature.

 

-------- l'Évangile: sa joie touche aux racines de notre être; et montre sa force spécialement en ce qu'elle nous porte quand tout le reste n'est plus pour nous que ténèbres. La joie chrétienne vaut aussi très spécialement pour « ceux qui peinent et sont accablés » ; --------

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   L'Église donne aux hommes la fête, --------- -------- La fête est quelque chose qu'on ne peut pas se procurer à volonté ; elle est quelque chose que nous ne réalisons pas nous‑mêmes, mais qui est préparé pour nous.

 

   En outre, la fête comporte une réalité qui s'offre à nous faire passer, dans un temps d'arrêt, à une réalité d'une autre espèce. --------------- nous recevons en définitive notre temps de celui qui porte l'univers. Il est l'irruption du Tout‑autre dans notre vie, le signe que nous ne sommes pas seuls en ce monde.

 

   La fête, de son côté, a suscité l'art, la beauté sans but, ------------

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------- chaque liturgie devrait être proprement un acte de fête, porter en soi quelque chose de la gratuité sereine et libératrice de la vraie fête, libération des pressions de notre propre création --------

 

--- la foi crée la communauté, elle triomphe de la solitude. Le croyant n'est jamais seul. Non seulement il se sait accompagné d'une présence qui lui est toujours attentive, mais il a conscience d'avoir derrière lui la grande communauté de ceux qui de tous temps ont suivi le même chemin et qui sont pour lui des frères et soeurs: Augustin, François d'Assise, Thomas d'Aquin, Vincent de Paul, Maximilien Kolbe ne sont pas simplement de grands personnages du passé. Dans la foi ils sont vivants, ils nous parlent, ils nous comprennent et nous les comprenons. ---------

 

-------- L'Église doit donc prendre à nouveau

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conscience de la chance qu'elle a de porter en elle une réponse ; elle doit apprendre à offrir une communauté constatable, et à ouvrir les hommes au sens de la communauté. Elle a une possibilité, sur ce point précisément, de rendre les hommes heureux ;--------------

 

--------- où manque la joie, où disparaît l'humour, là n'est certainement pas l'esprit du Christ. Et inversement : la joie est un signe de la grâce. Celui qui est joyeux du fond du coeur, celui qui a souffert et n'a pas perdu la joie, celui‑là ne peut pas être loin du Dieu de l'Evangile, dont le premier mot au seuil de la nouvelle alliance est: réjouis‑toi »

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon