Darras tome 11 p. 513
33. Il fallait un local pour les séances du
conciliabule. Mais toutes les basiliques de Constantinople, relevant de
l'autorité de Chrysostome, étaient fermée à la faction de Théophile.
L'astucieux patriarche n'était pas homme à reculer devant une difficulté de
ce genre. Il y avait près de l’Apostoleton,
ou église du Chêne, bâtie par Rufin, de l'autre côté du détroit,
dans le faubourg de Chalcé-
doine, un monastère spacieux. Le supérieur consentit à le mettre à la
disposition de Théophile. Ce fut là que se tinrent les séances et c'est pour cette raison qu'on a donné à cette assemblée le nom de Conciliabule
du Chêne. « Les factieux s'y rendirent tous, dit Théodore de Trimithunte. Or Dorothée, l'archimandrite du monastère, était un
intrigant qui espérait tirer parti pour sa vanité personnelle du service qu'il
venait de rendre au patriarche. Il se présenta devant les évêques et sollicita l'honneur de siéger parmi eux. Malgré
les réclamations des commissaires impériaux, sa requête fut accueillie par Théophile. Les juges soutenaient qu'il n'était pas
permis de tenir de synodes dans un monastère, et
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qu'il fallait une église. Le patriarche passa outre et déclara la session ouverte. Aquilinus, l'un des questeurs désignés par Arcadius, prit la parole et dit : Mes collègues et moi, nous avons été désignés pour remplir près d'un concile l'office de commissaires impériaux. Mais il n'y a point ici de concile. La majeure partie des évêques sont absents. Je ne vois point les légats du pape. Nous ne savons qui a donné l'ordre de se réunir ici. En tout cas, cette assemblée n'est ni canonique, ni légitime. — Acacius de Bérée répondit : La sacrée majesté de l'impératrice a daigné nous donner l'ordre de tenir ici nos séances, parce que l'archevêque de Constantinople nous refuse tout autre local. — Il me semble, reprit Aquilinus, que vous faites intervenir ici le nom de l'Augusta d'une façon compromettante. L'impératrice n'a certainement pas eu la pensée de rien prescrire qui fût contraire aux lois. Le croire serait faire injure à sa majesté. Laissons à Jean Chrysostome le triste rôle d'outrager la souveraine, nul dans cette enceinte ne doit se permettre de l'imiter. — L'archimandrite prit la parole et dit à Aquilinus : Vos observations sont pleines de justesse. Cependant, je suis témoin que l'auguste impératrice a donné l'ordre au concile de tenir ses séances dans ce monastère1. »
36. Aquilinus, après cette déclaration formelle, n'insista plus. Il comprit qu'il y avait des secrets augustes dont on ne lui avait point fait confidence. Il devina qu'un génie supérieur au sien dirigeait toute cette affaire. Le mémoire accusateur rédigé sous l'inspiration de Théophile fut présenté à l'examen du conciliabule. Il contenait vingt-sept griefs contre saint Jean Chrysostome. Cette pièce importante nous a été conservée par Photius, non pas dans son ensemble, mais dans une analyse sommaire qui ne reproduit que les têtes de chapitres. Même en cette forme mutilée, le document est d'autant plus précieux pour l'histoire que les actes de l'assemblée du Chêne ne nous sont point parvenus. Voici ce chef-d'œuvre d'impiété et de mensonge. Chrysostome était accusé :
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1. Théodor.. Trlmithunt., De vita S. Chrysost., n« 50; Pair, gnxc, t XLVII, *Ol. 71.
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I. « D'avoir excommunié le diacre Jean, uniquement parce que ce dernier avait frappé Eulalius, un de ses serviteurs. » On se gardait bien de dire que le serviteur Eulaliaa avait expiré sous les coups que lui portait son maître.
II. « D'avoir flagellé un moine, de l'avoir chargé d'une chaîne de fer et de l'avoir fait incarcérer, sous prétexte que ce moine était possédé du démon. »
Il s'agissait d'un des émissaires de Théophile, envoyé d'Alexandrie par ce patriarche pour accuser les Grands-Frères. Ce moine avait en effet été arrêté par les magistrats civils, à l'époque où un commencement d'enquête avait été confié aux juges du prétoire. C'était par ordre de ces magistrats que le malheureux, convaincu d'imposture, avait été flagellé et jeté en prison. Chrysostome n'était pour rien dans cette affaire.
III. « D'avoir vendu une quantité d'objets précieux appartenant aux églises de Constantinople. »
Ce grief se rapportait à la munificence avec laquelle le saint archevêque avait contribué, pour sauver l'empire, aux taxes énormes imposées par l'omnipotence de Gaïnas. On l'avait béni alors de sacrifier l'or et l'argent de l'Église afin de racheter du pillage et de la mort ses diocésains consternés. Maintenant on lui faisait un crime d'une libéralité à laquelle tous les Byzantins, depuis l'empereur jusqu'au dernier de ses sujets, avaient dû la vie.
IV. « D'avoir également vendu les marbres précieux achetés par son prédécesseur Nectaire pour décorer la colonnade de l'Anastasie. »
Ce grief avait la même origine et la même valeur que le précédent.
V. « D'avoir publié d'infâmes calomnies contre les clercs, de les avoir flétris par les épithètes de misérables, de corrupteurs, prêts à tout faire pour trois oboles, et d'avoir écrit un livre plein de pareils blasphèmes. »
Cette accusation ne tombait pas, on le conçoit, sur le traité de Sacerdotio, dans lequel le saint archevêque avait tracé l'idéal d'un
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vrai ministre de Jésus-Christ. Mais nous avons dit que Chrysostome, après sa promotion à l'épiscopat, avait eu à combattre dans son clergé l'abus des subintroductœ. Il avait composé à ce sujet le livre : npos Tors exointas OAPOENors eïneisaktots 1. L'arianisme avait tellement oblitéré le sentiment de la réserve sacerdotale et corrompu les mœurs du clergé que l'homme de Dieu avait dû revenir une seconde fois sur cette matière délicate, dans le traité : DEPI TOr TAS KANONIKAS MH SÏNOIKEIN ANAPASIK 2. Nous avons encore ces deux ouvrages. Sauf le sujet qui est lamentable et accuse dans l'Église d'Orient une tendance invétérée au relâchement et au désordre, funestes avant-coureurs du schisme, ces deux ouvrages de Chrysostome sont dignes de la sainteté de leur illustre auteur. L'antiquité ecclésiastique leur a rendu autant d'hommages que la faction dépravés de Théophile avait prétendu leur infliger de censures.
VI. « D'avoir traité le vénérable Épiphane de veux radoteur et de petit démon. »
Nous avons raconté en détail l'épisode du voyage de saint Épiphane à Constantinople. Ce pieux évêque, trompé par les intrigues du patriarche d'Alexandrie, avait agi, durant les dix premiers jours de sa présence dans la capitale de l'Orient, avec le plus profond mépris pour saint Chrysostome. Mais celui-ci n'avait répondu à tant d'injustes procédés que par des preuves répétées de condescendance et de vénération, dont le métropolitain de Chypre était d'ailleurs digne à tous égards. Il en était résulté qu'Épiphane avait enfin ouvert les yeux et qu'il s'était hâté de quitter Constantinople, en assurant l'illustre archevêque de son amitié et de sa haute estime. Le grief à propos de saint Épiphane est donc une calomnie gratuite. On sait d'ailleurs que Jean Chrysostome et l'évêque de Salamine n'eurent point l'occasion de se rencontrer personnellement, ni par conséquent d'échanger l'un avec l'autre aucune parole blessante. Aussi le novatien Socrate, en racontant
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1 Adversus eos qui apud se habent virgines subintroductas ; Pair, grcec, tom. XLV1I, col. 495-514. — 2. Quod regulares faminœ viris cohabitare non debeaai; Pair, grcec, ibid., col 513-532.
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une anecdote qui a visiblement trait à la sixième accusation du conciliabule du Chêne, croit-il devoir se servir d'une formule dubitative. « Il y a, dit-il, des gens qui assurent qu'Épipnane, sur le point de s'embarquer, dit à Jean : J'emporte l'espoir que vous ne mourrez point évêque. —Et moi, répondit Jean, j'ai l'espérance que vous ne remettrez pas le pied dans votre patrie. — Quelques personnes m'ont raconté cet incident, ajoute Socrate. Mais je ne sais trop s'il faut les en croire, et je ne voudrais point l'affirmer 1. » — La réserve du chroniqueur n'est que trop justifiée. L'anecdote est complètement fausse. Sozomène nous a conservé très-exactement le dernier message échangé entre Chrysostome et l'évêque de Salamine. Son récit est confirmé par les biographes de saint Épi-phane, et enfin par Théodore de Trimithunte, dont le témoignage, venu après tant de siècles, achève de dissiper tous les nuages et d'éclaircir toutes les difficultés.
37. Nous continuons l'examen rétrospectif du libelle diffamatoire. Chrysostome était accusé :
VII. « D'avoir calomnié Severianus, évêque de Gabala, et d'avoir soulevé contre lui les décanous2 (doyens) de Byzance. »
Le lecteur connaît toute l'histoire des rapports de Severianus avec saint Chrysostome. La calomnie, la duplicité et l'intrigue de l'évêque de Gabala ont été mises dans tout leur jour.
VIII. « D'avoir,
devant le synode du clergé byzantin, cité les trois diacres Acace, Edaphius et
Jean, et de les avoir déposés
sous prétexte qu'ils lui avaient dérobé son humerai, ou pallium3. »
Sozomène et Palladius nous ont déjà appris que ces trois diacres avaient été canoniquement déposés, l'un pour homicide, l'autre pour adultère et le troisième pour un crime non moins énorme mais qui n'est pas spécifié. Le prétexte donné ici par le libelle dif-
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1.Socrat., Hift. eccUs., lib. VI, cap. xiv.
2.Si le texte de Photius n'a point été altéré, et si décanous n'est point une faute de copiste pour diaconous, cette mention du décanat comme dignité ecclésiastique est la plus ancienne que nous connaissions.
3. Nous avons ici une preuve péremptoire du respect de saint Chrysostome pour les règles canoniques relatives au synode diocésain, et par conséquent une nouvelle réponse à opposer aux accusations de la critique moderne.
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famatoire n'avait d'autre but que de faire prendre le change au public et de tourner en ridicule la personne de l'illustre archevêque.
IX. « D'avoir conféré l'ordination épiscopale à Antonius, lequel aurait été convaincu du crime de violation de sépulture. »
On sait que la violation des tombeaux, non-seulement chez les chrétiens mais chez les païens eux-mêmes, constituait un attentat flétri également par les lois ecclésiastiques et civiles. Nous n'avons aucun détail sur Antonius. Il est probable que cet évêque était l'un de ceux que le concile d'Ephèse avait élus pour remplacer les simoniaques déposés. Peut-être Antonius, eu faisant quelques constructions ou quelques réparations d'églises, avait-il déplacé une sépulture. Ce prétexte aura suffi à la haine de Théophile pour le transformer en un violateur sacrilège des tombeaux chrétiens.
X. « D'avoir livré le comte Jean à la soldatesque ameutée contre lui. »
Ce comte Jean était le favori de l'impératrice Eudoxia, Chrysostome l'avait conduit en effet à Gaïnas dans les circonstances que nous avons fait connaître. Il lui avait sauvé la vie au péril de la sienne.
XI. « D'avoir sacré quatre évêques en une seule et même cérémonie. »
Ce fait, sur lequel nous n'avons pas d'autres renseignements, avait dû se passer au concile d'Éphèse. Vraisemblablement, les quatre évêques en question avaient été sacrés le même jour en présence de Chrysostome, mais non pas en une même cérémonie.
XII. « D'être entré et sorti de l'église sans faire sa prière. »
« D'avoir ordonné des diacres et des prêtres ailleurs qu'au pied de l'autel. »
XIII. « D'avoir donné des audiences à des femmes seules et sans témoins. »
XV. « D'avoir fait vendre un héritage laissé par Thécla. »
XVI. « De disposer des revenus de l'église sans en rendre compte à personne. »
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p519 CHAP. IV. — CONCILIABULE DU CHÊNE.
Tous ces griefs, évidemment dictés par la haine, n'avaient aucun fondement. Quant à ce qui regarde l'administration des fonds ecclésiastiques, un inventaire dressé plus tard, quand le saint archevêque eut été pour la seconde fois condamné à l'exil, prouva jusqu'à l'évidence la parfaite intégrité de Chrysostome.
38. Le libelle diffamatoire accusait enfin l'homme de Dieu:
XVII. « D'avoir ordonné prêtre le diacre Sérapion, au moment où ce dernier était sous le coup d'une procédure ecclésiastique intentée contre lui. »
Ce grief absurde faisait allusion aux censures irrégulièrement portées contre l'archidiacre par l'hypocrite évêque de Gabala.
XVIII. « D'avoir fait mourir en prison
des ecclésiastiques unis de communion avec tout l'univers catholique, et de ne
s'être pas
même préoccupé de leur faire rendre les honneurs de la sépulture. »
Il s'agissait là des émissaires du patriarche incarcérés par les magistrats civils, et dont quelques-uns, ainsi que nous l'avons dit, étaient morts dans les fers.
XIX. « D'avoir traité outrageusement le vénérable Acacius de Bérée et de n'avoir pas daigné l'inviter à sa table. »
On se rappelle le propos d'Acacius de Bérée à ce sujet : « L'évêque de Constantinople, avait-il dit, me dédaigne comme convive ; je lui servirai un plat de ma façon ! »
XX. « D'avoir livré les prêtres Porphyre et Benerius au consul Eutrope, afin de les envoyer en exil. »
Porphyre était devenu le patriarche intrus d'Antioche. Il n'eût que trop mérité en effet l'exil auquel il avait fait condamner le saint prêtre Constantius. Nous ignorons ce qu'était le Berenius dont il est question ici. Mais nous savons d'une part que Chrysostome, loin de recourir à l'intervention de l'État en matière ecclésiastique, la repoussait toujours énergiquement, et nous savons d'autre part qu'Eutrope, au temps de sa grandeur, n'accordait aucune espèce de crédit à l'illustre archevêque.
XXI. « De n'admettre personne dans la salle des thermes où il
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prenait son bain : de le faire chauffer pour lui seul, en sorte que l'archidiacre Sérapion lâchait l'eau du réservoir, après que l'archevêque s'était baigné, de façon à ce qu'elle ne pût servir à d'autres. »
Avec nos mœurs actuelles, nous ne nous faisons que difficilement l'idée qu'on pût trouver dans ce fait un prétexte à une accusation quelconque. Toujours est-il que cet usage fréquent du bain nous prouve surabondamment que Chrysostome n'était pas aussi étranger que la critique moderne paraît le croire, aux habitudes sociales de son temps et de son pays.
XXII. « D'avoir fait des ordinations à huis clos. »
XXIII. « De manger toujours seul et de se livrer ainsi à une gloutonnerie de cyclope. »
En ce cas, la critique moderne serait mal venue de nous parler de la gastrite du grand évêque. La vérité est qu'il mangeait seul, parce qu'il mangeait fort peu et à des heures très-irrégulières, afin d'avoir plus de temps à consacrer à l'étude et aux travaux de son ministère.
XXIV. « De s'être constitué seul et simultanément juge, accusateur et témoin, dans l'affaire de Proheresius, évêque de Lycie, et du diacre Martyrius. »
Il s'agit encore ici des simoniaques déposés au concile d'Éphèse. Nous n'avons pas d'autres détails sur leur compte.
XXV. «D'avoir, dans la basilique des Douze-Apôtres, frappé d'un coup de poing au visage le diacre Memnon. Le sang de la victime avait rejailli sur la main de l'archevêque qui n'en était pas moins monté à l'autel pour célébrer les saints mystères. »
C'était une calomnie bonne à répandre dans l'opinion pour contrebalaner le fait si connu du scrupule avec lequel Chrysostome s'était abstenu de monter à l'autel, le jour où l'évêque Eusebius lui avait présenté publiquement le fameux mémoire contre le métropolitain simoniaque d'Éphèse.
XXVI. « De se faire sur son trône apporter les ornements pontificaux, de les revêtir ou de les déposer en public, et de prendre une pastille après la célébration des saints mystères. »
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Palladius nous a déjà informé de cette particularité. La fameuse pastille qu'on voulait transformer en une sorte de sacrilège était une précaution adoptée par l'homme de Dieu dans une pensée de profond respect pour les espèces eucharistiques. Le fait de revêtir les ornements pontificaux sur son trône n'était que l'observation stricte du cérémonial des évêques, tel qu'il subsiste encore de nos jours.
XXVII. « De donner des sommes considérables aux évêques sacrés par lui, afin de les engager à accabler leurs clercs de rigueurs et de mauvais traitements1. »
Ce grief touche à la démence.
39. Il parait que la lecture de ces divers chefs d'accusation ne fit point sur le conciliabule l'effet qu'on s'en était promis. « Les évêques, dit Photius, parlèrent quelques instants des deux premiers points relatifs à la plainte du diacre Jean, et à celle du moine égyptien qui se plaignait d'avoir été incarcéré par ordre de Chrysostome.1 Puis, changeant de conversation, ils se jetèrent sur le compte d'Héraclide, évêque d'Êphèse. Un religieux produisit contre ce dernier une accusation d'origénisme. Il raconta en outre qu'Héraclide, dans sa jeunesse, avait été poursuivi à Césarée comme coupable du vol d'un manteau dérobé au préjudice d'un diacre nommé Aquilin. «Voilà, ajouta-t-il, quels étaient les personnages dont Chrysostome a fait des évêques ! Pour moi, je puis prouver que l'archidiacre Sérapion, origéniste comme son maître, m'a accablé de mauvais traitements et m'a poursuivi d'une haine implacable 2. » —Théophile remarqua probablement que le grief d'origénisme, le seul dont il n'eût pas fait mention dans son libelle diffamatoire contre Jean Chrysostome, était cependant le seul qui avait le privilège d'émouvoir l'assemblée. On conçoit en effet qu'après l'éclat retentissant du voyage de saint Épiphane à Constantinople, ceux des prélat qui conservaient une bonne foi relative, dans cette étrange lutte, s'attendaient à voir de prime abord soulever la question dogma-
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1. Photius, Myriobiblon, cod. Lllj Patr. grœc, tom. CM, col. 106-109.
2 .Photius, Mynoliblon, loc cit., col. HO.
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tique. Le patriarche se promit donc de réparer son oubli et leva la séance.
40. Le lendamain le prêtre Isaac, futur évêque de Cysique, l'un des plus ardents fauteurs de Théophile, demanda la parole. « Tout ce qu'on a reproché hier à Héraclide au sujet de l'origénisme, dit-il, est malheureusement avéré. Le vénérable Épiphane connaissait très-bien les sentiments hérétiques de cet évêque. Aussi refusa-t-il de communiquer avec lui soit dans la prière ecclésiastique, soit même dans les relations de la vie privée. Mais ce qui est vrai d'Héraclide l'est encore plus de Jean Chrysostome, son consécrateur. Voici, à la charge de ce dernier, un mémoire qui établit jusqu'à l'évidence son hétérodoxie. » En parlant ainsi Isaac déposait un nouveau libelle rédigé la nuit précédente, de concert avec Théophile. Chrysostome y était accusé :
I. « D'avoir déposé le diacre Jean uniquement parce que ce vertueux clerc ne voulait pas souscrire aux doctrines erronées de l'origénisme. »
II. « D'avoir été publiquement retranché de la communion par le vénérable Épiphane, lequel lui avait inutilement et à plusieurs reprises reproché son attachement pour Ammonius, Euthyme et les autres Grands-Frères, notoirement convaincus d'origénisme.»
III. « De fuir pour cette raison toutes les occasions d'exercer l'hospitalité et de refuser l'entrée de sa demeure à des hôtes qui se convaincraient bientôt de ses pernicieuses doctrines. »
IV. « De se servir en chaire d'expressions comme celles-ci : La table eucharistique est pleine de furies. »
V. « De dire encore : Je me dessèche, je passe pour un insensé. »
VI. « De refuser de s'expliquer sur ce qu'il entend par les furies dont la table eucharistique serait pleine, et par la prétendue insanité d'esprit dont il serait accusé. »
VII. « D'avoir formulé clairement son hérésie, du haut de la chaire, in disant : Vous êtes
retombé une seconde fois dans votre
péché,
faites pénitence une seconde fois. Autant de fois vous aurez succombé, autant de fois
revenez à votre pasteur et je vous guérirai. »