La communion aux souffrances de Jésus-Christ

La communion aux souffrances de Jésus-Christ

Au cours de son existence terrestre, notre sauveur Jésus-Christ a partagé ses joies et ses peines avec ses apôtres, ses disciples et particulièrement ceux qui se sont engagés à le suivre jusqu’au bout. Dès lors, tous ceux qui veulent mener une vie d’union plus intime avec Lui ne doivent pas être surpris lorsque notre Seigneur Jésus nous invite à participer non seulement à sa joie mais aussi à sa vie si amère et à sa passion douloureuse. N’oublions jamais que Pierre, Jean et Jacques que Jésus a comblé des joies extraordinaires au sommet du mont Tabor leur a aussi demandé de lui accompagner dans la nuit terrible de Gethsémani. Pensez-vous qu’ils n’ont pas participé d’une manière ou d’une autre à son agonie douloureusement funeste ? Et pourquoi ne pas communier aujourd’hui aussi à ses souffrances dans un mélange paradoxal de béatitude et de douleur ? Ceux qui communient aux souffrances du Christ sont aussi appelés, moyennant leurs propres souffrances, à prendre part à la gloire.[1]

Dans le Dialogue de la Divine Providence, Dieu le Père montre à Catherine de Sienne que dans les âmes saintes peuvent être présentes à la fois la joie et la souffrance : la souffrance pour les péchés du prochain et la joie par l’union et l’affection qu’elle a reçue en elle.[2] De cette façon, Thérèse de Lisieux vit son agonie en communion avec celle de Jésus, éprouvant précisément en elle le paradoxe de Jésus bienheureux et angoissé.[3] C’est un témoignage lumineux que nous ne devons pas ignorer si nous sommes vraiment les disciples de Jésus-Christ. De ce fait, il est temps de traverser le passage du pourquoi je souffre au pour Toi je souffre Jésus. Dans cette situation, il est bon d’offrir à Jésus les peines et les ennuis du quotidien en contribuant d’une certaine façon à son œuvre rédemptrice pour le salut des âmes du purgatoire et des autres malheureux. Il s’agit d’une dévotion peut-être moins pratiquée aujourd’hui mais qui n’est pas du tout insignifiante.[4]

 À sept ans, Anne-Gabrielle Caron[5] avait déjà connu la valeur de cette dévotion. Après avoir appris qu’elle est atteinte au tibia droit d’une tumeur d’Ewing, un cancer osseux très rare et particulièrement virulent[6], elle avait accepté avec une foi admirable sa maladie cruelle et incurable vécue comme une ascension spirituelle impressionnante. Dans la délicatesse de son cœur, elle avait sereinement accepté souffrir au lieu d’être cause de la souffrance pour les autres.[7] Sur cette terre, Anne-Gabrielle Caron a beaucoup souffert, mais comme Jésus, elle a offert « toutes ses souffrances pour les autres, ceux qu’elle pensait plus malheureux qu’elle, particulièrement les âmes du purgatoire »[8]. Elle dit : « Nous pouvons tout pour elles et elles ne peuvent plus rien pour elles »[9]. Quand elle a eu vraiment très mal, elle a offert sa souffrance et calculé : « Je pense que cela vaut au moins pour dix âmes »[10]. Puis elle dit : « Je l’offre pour les prêtres et tous ceux qui m’ont demandé de prier pour eux »[11]. Alors que la douleur était extrême, au lieu de se plaindre, elle pensait encore à celle d’autrui et particulièrement à celle de Jésus en disant : « Je souffre beaucoup, répète-t-elle, mais tout ce que je souffre, c’est tellement moins que ce qu’a souffert Jésus »[12]. Sans nul doute, Anne-Gabrielle Caron a souffert avec Jésus et participé à sa passion rédemptrice.

Cette communion aux souffrances du Jésus-Christ a aidé Anne-Gabrielle Caron à attendre silencieusement le salut de Dieu jusqu’à la fin de son calvaire, le jour où son âme forte est délivrée de son corps douloureusement affaibli par le cancer foudroyant vécu comme une ascension spirituelle impressionnante. Elle a rendu son âme à huit ans, le 23 juillet 2010 après une agonie de 30 heures au cours de laquelle elle était consciente. Son héroïsme a été d’accepter les souffrances qu’elle n’avait pas choisies en les offrant à Jésus[13], comme Sainte Faustine Kowalska, pour le salut des autres. Son courage est un exemple de la puissance de la grâce et de la bonté de Dieu qui nous donne sa force et sa confiance.[14] Dieu merci, Anne-Gabrielle Caron nous a concrètement appris que si nous unissons nos souffrances à celles du Christ, elles peuvent devenir une source de grâces non seulement pour nous mais aussi pour les autres. Dans ce cas, l’espérance constitue une attitude aussi indispensable qui aide l’homme à ne pas douter de l’amour et de la puissance de Dieu.

Abbé Gratien KWIHANGANA


[1] Jean Paul II, Lettre Apostolique Salvifici Doloris, n. 22.

[2] Cfr Id., Lettre Encyclique Novo Millenio Ineunte (6 janvier 2001), n. 27.

[3] Ivi.

[4] Cfr BenoÎt XVI, Lettre Encyclique Spe Salvi (30 novembre 2007), n. 40.

[5] Celle-ci est une petite fille de nationalité française née en 2002 et décédée en 2010 à cause d’un cancer vécu comme une ascension spirituelle impressionnante. La procédure en vue de son éventuelle béatification et canonisation a été officiellement ouverte en juin 2019 dans le Diocèse de Fréjus-Toulon en France où elle a vécu avec sa famille.

[6] Daniel-Ange, Prophètes de la joie, Éditions de l’Emmanuel-Éditions du Jubilé, Paris 2013, p. 28.

[7] Ibid., p. 35.

[8] Ibid., p. 33.

[9] Ibid. Il s’agit d’un témoignage cité.

[10] Ibid. C’est un témoignage cité.

[11] Ibid. Il s’agit aussi d’un témoignage cité.

[12] Ibid., p. 34.

[13] Cfr. Ibid., p. 42.

[14] Ibid., p. 42.

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