Vième Concile oecuménique 1

Darras tome 16 p. 275


§ III. Préliminaires du VIe concile oecuméniqne.

 

8. Dans la lettre que Constantin IV adressait au pape Donus 1 et qui fut reçue par le successeur de ce dernier, saint Agathon, l'empereur déclarait que depuis son avènement au pouvoir, la réunion des deux églises avait été pour lui l'objet d'une préoccupation constante. « Quand le patriarche Théodore, dit-il, fut promu au siège métropolitain de Constantinople, il nous prévint qu'il n'adres­serait point à votre paternelle béatitude les lettres synodiques usitées en pareil cas, dans la crainte qu'elles ne fussent point reçues de vous, ainsi qu'il est arrivé pour d'autres patriarches ses prédécesseurs. Il se contenta donc de vous transmettre, sous forme de missive particulière, une exhortation à la paix. Votre béatitude doit maintenant avoir cette pièce entre les mains. Depuis, nous avons interrogé ce même très-saint et très-bienheureux patriarche, en même temps que le très-saint et très-bienheureux Macaire patriarche d'Antioche, afin de savoir en quoi consistait précisément la divergence doctrinale entre votre siège apostolique et leurs églises. D'après leur réponse, nous avons compris qu'il s'agis-

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de fide vel moribus instruciam esse voluit ; ideoque ejusmodi romani pontifias definitiones ex sese, non autem ex consensu Ecclesiœ, irreformabiles esse. Si guis autem huic nostrœ definiiioni contradicere, quod Deus avertat, prœsumpserit, anathema sit. [Constit. dogmat. de Eccles. Christi, sess. iv; sacrosanct. œeum. conc. Vaticani, cap. iv, 18 jul. 1870.)

1. Voici la suscription de la lettre impériale : In nomine Domini et salvatoris nosiri Jesu Christi, imperator Flavius Constantinus, fidelis, magnus imperator, sacra Dono sanctissimo et beatissimo archiepiscopo veteris Romce, et œcumenico papœ.

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sait de quelques expressions récemment introduites soit par des ignorants qui les emploient à la légère, soit par des esprits auda­cieux qui prétendent scruter les insondables mystères de la nature divine. Jusqu'ici aucun concile n'a pu se réunir pour examiner la difficulté. Le temps est venu d'en finir avec ces stériles débats. Théodore et Macaire nous ont fait les plus vives instances pour obtenir l'autorisation de rayer des diptyques le nom du très-bienheureux pape Vitalien, en y laissant celui d'Honorius; mais nous avons positivement refusé, voulant qu'Honorius et Vitalien que nous tenons l'un et l'autre pour orthodoxes con­servent également leur mention dans les diptyques sacrés. Nous gardons d'ailleurs un souvenir reconnaissant au pontife Vitalien, qui nous a prêté son concours dans la guerre contre le tyran de Sicile1, et jusqu'à ce que votre béatitude ait réglé cette affaire par ses envoyés, nous ne laisserons pas effacer le nom de ce très-bienheureux pape. Comme les circonstances ne per­mettent pas à tous les évêques d'Occident de venir au concile, nous vous proposons de choisir trois personnages de votre sainte Église qui seront vos légats. Si ce nombre ne paraissait point suf­fisant à votre béatitude, qu'elle l'augmente à son gré. Le concile romain pourra choisir parmi les métropolitains et les évêques jus­qu'à douze délégués, auxquels on adjoindra, de la part des quatre monastères grecs de la ville de Rome, un religieux par chaque couvent. Nous avons donné ordre au glorieux patrice Théodore, exarque de notre province d'Italie, de pourvoir à tous les frais du voyage. Il mettra des transports à la disposition des dé­légués, et au besoin les fera escorter par des xasTSAXirou; xapi6o-j; (navires de guerre) pour la sécurité de leurs personnes. Dieu vous garde longues années, très-saint et très-bienheureux père2. Donné à Constantinople la veille des ides d'août indiction VIe (12 août 678). »

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1 Cf. chapitre m, pag. 152 de ce volume.

! To 0eïov çvd.oiÇoi ai lia rroXXoô; xpôvov;. La formule des rois de France : «Nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde, » a, comme on le voit, un précédent fort autorisé dans la chancellerie des empereurs grecs.

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9. Une escorte de vaisseaux de guerre n'était pas superflue, à une époque où les corsaires musulmans infestaient toute la Méditer­ranée. Cette précaution ne dut cependant pas être inspirée à l'empereur par les deux patriarches Théodore de Constantinople et Macaire d'Antioche. Ni l'un ni l'autre, si l'on en croit la lettre impériale, ne portaient un intérêt bien vif au voyage de la légation romaine. Le zèle tout monothélite avec lequel ils poursui­vaient la mémoire du pape Vitalien équivaut à un brevet d'hétéro­doxie. Leur hypocrite vénération pour le pape Honorius, dont ils se faisaient un complice posthume, achève de démontrer l'ardeur de leur monothélisme. Il n'y a, donc pas lieu de s'étonner de la déposition ignominieuse qui attendait Macaire, et dont le Liber Pontificalis nous a déjà entretenus. Mais on comprend moins ce qui a pu faire hésiter le savant auteur de l’Oriens christianus, dans son jugement sur Théodore. Lequien n'ose pas, dit-il, ranger Théodore au nombre des patriarches monothélites 1. Avec tout le respect que nous devons au laborieux et illustre dominicain, il nous est impossible de partager son scrupule. Non-seulement Théodore s'associa à la démarche de Macaire, ou plutôt, car le titre de patriarche de Constantinople entraînait alors à la cour byzantine une prééminence incontestée, non-seulement Théodore prit l'initiative de cette démarche, mais en dépit de la résistance d'abord si énergique de Constantin IV, malgré la reconnaissance du prince pour Vitalien et sa promesse formelle de ne pas souffrir la radiation du nom de ce pape sur les diptyques tant que les légats pontificaux ne l'auraient point autorisée, Théodore revint à

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1 Lequien, Qriens Christian., tom. I, col. 232. Tarasius profecto Theodorum Mer orthodoxos prœsules habuit, écrit Lequien. Or, saint Taraise ne dit nul­lement que Théodore fut orthodoxe. Il ne le nomme pas. Voici ses paroles :. Plures eorum qui in sexta synodo consederunl, a Sergio, Pyrrho, Paulo et Petro, prceceptoribus, videlicet hœreseos unam voluntatern in Christo prœdicaniium ordinati sunl; quoniam hi vicissim Constantinopoleos thronum sortiti sunt et a Petro, qui ex kis novissimus eidem throno prossedit, usqite ad sextam synodum, anni plus non transieruni quam quindecim : et ipsi qui inira hoc tempus fuerunt, Thomas et Joannes et Constantinus ponlifices in prœsignato tempore a prœdictis hcereticis ordinati sunl, et proplerea non sunt improbati; per quinquaginta enim annos tune hceresis perduravit (Labhe, ConciL, tom. VII, col. 91).

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la charge, et sous prétexte que les légats romains tardaient trop à arriver, il renouvela sa demande à l'empereur. Soit que Constan­tin de guerre lasse ait fini par céder, soit que Théodore ait cru pouvoir se passer de l'autorisation impériale, toujours est-il que le monothélite patriarche fit rayer des diptyques le nom de Vitalien. Le fait est attesté de la manière la plus irréfragable par les actes du VIe concile œcuménique. Dans la VIIe session le nom de Vitalien fut officiellement rétabli sur les listes d'où Théodore l'avait fait biffer1. Théodore était donc un monothélite déclaré. Toutefois, ce même Théodore qualifié en 678 de « très-saint et très-bienheureux patriarche » dans la lettre impériale; ce Théodore assez puissant pour faire rayer quelques mois après le nom de Vita­lien des diptyques sacrés, se trouve déposé du patriarchat en 680, époque de l'ouverture du concile œcuménique, et remplacé par le syncelle et custode byzantin Georges. Pourquoi cette déposition? Aucun monument historique ne nous l'apprend. Évidemment Théo­dore avait dû encourir la disgrâce de l'empereur, sans quoi la dépo­sition eût été impossible. Mais quel fut le motif de cette disgrâce? Nous ne le savons point; et comme si tout devait être énigmatique dans l'histoire de ce personnage, après la mort de Georges en 682 suivant Nicéphore, en 683 suivant Théophane, ce même Théodore reparaît sur le trône patriarcal de Constantinople, sans qu'on dise qu'il ait rétracté ses erreurs, ni fait acte de soumission au VIe concile œcuménique. Baronius avait été très-frappé de ces disparitions et réapparitions inexpliquées du patriarche monothélite ; il s'étonnait à bon droit du silence gardé sur ce personnage par les actes grecs du concile, tandis que le sommaire du Liber Pontificalis désigne positivement « l'ex-patriarche Théodore » comme un complice avoué de Macaire, ayant souscrit avec ce dernier une profession de foi monothélite, sub ipsius scriptione et Theodori expatriarchœ 1. Or, le concile condamna et dégrada Macaire d'Antioche; il con­damna nominativement les autres patriarches byzantins qui depuis

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1 Labbe, Conc. œcum. vi, tom. VI, col. 737, D.

2. Lib. Pontifical. ; Pair, lat., tom. GXXYIII, col. 809, § 144, lin. 11.

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Sergius avaient professé le monothélisme, et cependant les actes du concile, tels que nous les avons, ne disent rien de Théodore ; ils ne renferment contre lui ni condamnation, ni dégradation, ni censure. Ce silence est étrange. Nous verrons plus loin par quelle conjecture Baronius avait cru pouvoir l'expliquer.

 

   10. Malgré le retard des légats dont se plaignaient Théodore et Macaire, le pape saint Agathon n'avait pas perdu un instant pour répondre aux vues de l'empereur et ménager l'heureuse issue d'une affaire si importante : quod et ordinare non distulit, dit le Liber Pontifcalis justifié cette fois encore par une ample série de monuments. Dans l'impossibilité où se trouvaient les évêques latins de faire le voyage de Constantinople pour assister au concile œcuménique, les grecs allaient presque seuls composer cette assem­blée; or, les grecs professaient en immense majorité le monothé­lisme. Cette situation n'avait pas échappé à l'empereur lui-même. Dans sa lettre au pape, il indiquait comme un moyen d'y remédier la tenue préliminaire d'un concile de l'église latine à Rome sous la présidence du pontife. Ce concile, après avoir décidé la question de foi, pourrait choisir parmi les métropolitains (metropolitas) et les évêques, des délégués jusqu'au nombre de douze, qui feraient le voyage aux frais du trésor impérial et représenteraient l'Occident au futur concile. Les choses se passèrent ainsi, et ces délégués du synode romain furent précisément les archiepiscopi a nobis destinaii, dont parlait plus tard saint Léon II. Ils formèrent avec quatre abbés choisis dans les monastères grecs de Rome une députation complètement distincte des légats proprement dits, lesquels repré­sentant directement la personne du pape et le siège apostolique devaient présider l'assemblée. Afin d'éviter toute équivoque, Aga­thon choisit exclusivement les légats proprement dits dans l'ordre inférieur des prêtres et des diacres. Ces précautions ne parurent pas encore suffisantes à la sollicitude et à la vigilance du pontife. Il désirait que l'Église latine se prononçât sur la question en litige, et surtout que les évêques répandus chez les nations auxquelles l'empire byzantin continuait encore à donner le nom de barbares, telles que les Francs, les Bretons, les Slaves, les Lombards et les

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Goths, fussent appelés à formuler leur décision. Le schisme obstiné qui, à la suite du Ve concile général et de la condamnation des trois chapitres, persistait encore dans une ou deux églises du patriarcat d'Illyrie, faisait une loi de ces mesures de prudence.

 

11. Tous les évêques d'Occident furent donc invités à se réunir en conciles provinciaux pour adopter la définition de foi rédigée synodiquement, en 619, par le pape saint Martin I, contre le mono-thélisme. Ils devaient ensuite se faire représenter à Rome par des délégués au nouveau concile que saint Agathon devait présider en personne, afin de rédiger les instructions définitives à donner aux légats et choisir ceux des évêques occidentaux qui, d'après les lettres impériales, seraient envoyés à l'assemblée œcuménique de Constantinople. Les Gaules, en proie aux horreurs de la guerre civile excitée par l'ambition d'Ébroïn, ne purent tenir de réunion synodique. Trois délégués de cette grande province ecclésiastique Adéodat évêque des Leuci (Toul), Félix métropolitain d'Arles, et Taurinus diacre de Telonum (Toulon) furent envoyés au synode romain présidé par saint Agathon. Ils en souscrivirent les actes comme « légats de la vénérable réunion des évêques constitués dans les provinces des Gaules1. » La Grande-Bretagne eut son concile en 680 à Hedtfeld, sous la présidence de saint Théodore 2, archevêque de Dorovernum (Cantorbéry). La question du mono-thélisme y fut résolue dans le sens du concile romain tenu en 649 sous le pape saint Martin I. « Nous recevons les décrets de ce synode, disent les pères. Sa profession de foi est la nôtre; nous n'y voulons rien ajouter, ni retrancher. Nous anathématisons de cœur

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1 Legalus venerabilis synodi per Galliarum provincial constitutœ. Telle est la formule de leur souscription. Plusieurs historiens en ont conclu qu'un véri­table synode s'était tenu à cette époque dans les Gaules. Mais, selon la judicieuse observation d'Hardouin, par les mots : synodus per Galliarum provincias constituta (Dard., tom. I, pag. 1131), il faut entendre la totalité des évêques de la Gaule, et non pas un synode gaulois, lequel en réalité était absolument impossible dans les circonstances politiques dont nous avons donné précédemment le tableau, et qui d'ailleurs n'aurait laissé aucune espèce de trace dans l'histoire.

2.  Cf. chap. III de ce volume, p. 186. Saint Théodore de Cantorbéry mourut à quatre-vingt huit ans, en 690. Sa fête se célèbre le 19 septembre.

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et de bouche ceux auxquels il a dit anathème ; nous recevons à notre communion ceux qu'il admet à la sienne. Dans les mêmes termes dont il s'est servi nous glorifions le Père sans commence­ment, le Fils unique engendré du Père avant les siècles, le Saint-Esprit procédant d'une manière inénarrable du Père et du Fils1. »

 

12. Un autre concile se tint à Milan pour le même objet, sous la concile présidence de l'archevêque Mansuetus. Une lettre synodale y fut rédigée au nom des pères, par le vénérable prêtre saint Damien, plus tard évêque de Pavie. Elle était adressée à Constantin Pogonat, et s'exprimait en ces termes : « Au seigneur sérénissime, très-pacifique et très-religieux empereur Constantin, couronné de Dieu, Mansuetus, indigne évêque de l'église métropolitaine de Milan, ainsi que toute la sainte assemblée des évêques réunis en cette royale cité, salut éternel dans le Seigneur. Vous honorez par vos exploits la pourpre impériale et la suprême puissance. Ce sera pour vous un nouveau titre de gloire d'avoir compris que la main por­tant le sceptre du monde doit être un instrument de la divinité qui règne au ciel. C'est ainsi que le grand Constantin, dont vous faites revivre le nom, consacra les prémices de son génie et de sa souveraineté au triomphe du Christ. Pour nous qui vivons sous des princes très-chrétiens et très-dévoués à la religion de Jésus-Christ, les très-excellents rois Pertharit et Cunibert nos maîtres 2, nous n'avons cessé d'admettre, d'embrasser, de défendre et d'enseigner la foi catholique formulée par les cinq précédents conciles géné­raux, par les décisions du pape de sainte mémoire Léon, par les écrits des pères orthodoxes, tels que Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée, Athanase et Cyrille d'Alexandrie, Jean de Constantinople (Chrysostôme), Hilaire de Poitiers, Augustin d'Hippone, ce maître de toute sagesse 3, le confesseur du Christ Ambroise, la couronne de cette église de Milan, et le prêtre Jérôme, le plus érudit et le plus lumineux des docteurs 4. Nous professons avec eux

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i Labbe, tom. VI, col. 578. — !En 678, le roi des Lombards Pertharit avait associé au trône son fils Cunibert, dit le Pieux, dont nous aurons plus loin l'occasion de parler en détail. — 3 Omni sapientia clarus. 4 Eruditissimus et omni luce conspicuus Hieronymus presbyter.

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qu'il y a dans la personne unique de Jésus-Christ deux natures, l'une divine, l'autre humaine, unies sans confusion ni altération : par conséquent il y a aussi en lui deux volontés naturelles, deux opérations naturelles, puisqu'il est Dieu parfait et homme parfait dans l'unité de sa personne. Telle est la règle de notre pieuse foi. Elle nous apprend que le Sauveur qui est né, a souffert, fut crucifié et enseveli, est le même qui ressuscita, fit son ascension dans les cieux, est assis à la droite du Père, d'où il viendra juger les vivants et les morts, dont le règne n'aura point de fin 1. »


   13. A mesure que les évêques occidentaux arrivaient à Rome, porteurs les uns des actes de leurs synodes particuliers, les autres de simples lettres de délégation remises par les provinces où l'on n'avait pu tenir de concile, saint Agathon les réunissait en confé­rences préparatoires, en attendant l'arrivée de leurs autres col­lègues. Là, on régla d'abord quelques affaires particulières, entre autres celle de saint Wilfrid, chassé, comme nous l'avons dit, de son siège d'Eboracum (York) par le roi northumbre Egfrid. La politique d'Ebroïn n'avait pas été étrangère à cette in­justice. Le maire du palais mérovingien offrit, dit-on, un boisseau de pièces d'or à Egfrid, s'il consentait à livrer la tête d'un pon­tife coupable d'avoir recueilli l'enfance abandonnée de l'orphelin d'Austrasie Dagobert II. Nous avons vu saint Wilfrid traverser la Gaule, se rendant à Rome pour invoquer la sauvegarde du siège apostolique et obtenir la sanction de son droit 2. « Au mois d'oc­tobre de l'indiction VIIe (679), disent les actes, sous la présidence de l'apostolique Agathon, très-saint et trois fois bienheureux pape universel de la sainte, catholique et apostolique Église de Dieu, en présence des saints Évangiles, dans la basilique du Sauveur dite constantinienne au Latran, des évêques, des prêtres et des abbés, au nombre de cinquante, prirent place, et Agathon fit donner lecture de la requête du noble proscrit. » Elle était ainsi conçue : « Moi Wiifrid, humble et indigne évêque des Saxons, je suis par-

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1. Labbe, tom. VI, col. 604-606 ; Pair, lat., tom. LXXXVII, col. 1262-1267. 2 Cf. chapitre précédent, p. 235.

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venu, avec l'aide de Dieu, jusqu'au pied du trône apostolique : je m'y réfugie comme dans une forteresse inviolable, une tour de protection, de défense et de salut. C'est d'ici, comme de leur centre, qu'émanent dans toutes les églises du Christ les prescriptions de la règle canonique. J'ai été tumultuairement chassé du siège épiscopal que j'occupais depuis plus de dix ans. Trois intrus l'ont usurpé tour à tour. J'apporte ici les pièces qui établissent les violences dont je suis victime et le renversement de toutes les règles canoniques dans la sentence de bannissement qui m'a frappé. » —Après examen et discussion de l'affaire, le pape formula ainsi le jugement définitif : « Tous, nous avons applaudi à la conduite du saint évêque Wilfrid. Injustement chassé de son siège, il n'a point invoqué à son secours la force du bras séculier, mais il est venu humblement solliciter la sentence canonique du bienheureux Pierre prince des apôtres, dont nous tenons la place, dont nous représentons l'autorité et le ministère. Nous statuons et décrétons, d'accord avec l'unanimité du saint synode, que le saint évêque Wilfrid sera remis en posses­sion du siège d'Eboracum, et que les intrus qui l'occupent en seront expulsés par l'archevêque de Dorovernum (Cantorbéry). — Cette lecture combla de joie Wilfrid, ajoutent les actes. Le pape le pria cependant de ne point encore quitter Rome, et d'assister au synode où cent vingt-cinq évêques allaient bientôt examiner la question du monothélisme1

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon