VIème Concile oecuménique 7

Darras tome 16 p. 335

 

38. Quel pouvait être l'intérêt du prêtre hiérosolymitain, Georges, dans cette réclamation inattendue? L'orthodoxie de Sophronius n'était contestée par personne. Tout le monde savait en Orient que le patriarche monothélite Sergius avait refusé la commu­nion de ce saint et illustre défenseur de l'orthodoxie. Mais on avait, dans la VIIIe actio, formellement anathématisé Sergius. Par conséquent, la réhabilitation de Sophronius, s'il y avait lieu d'en faire une, était complète. Cette fois encore, il nous est impossible de méconnaître l'existence d'une tactique non plus seulement des­tinée à gagner du temps, mais à lancer le concile dans l'examen posthume de tous les écrits dont il plairait à l'initiative de chacun d'exiger la lecture. Si l'on songe au préjugé répandu dans tout l'Orient contre l'orthodoxie des lettres d'Honorius, on entrevoit le but qui se cachait derrière ces revendications individuelles. Cepen-

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1 Labbe, tom. YL col. 780-847.

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dant les légats du siège apostolique ne firent entendre aucune pro­testation. Ils n'avertirent pas l'empereur de la fausse direction donnée aux débats. Pourquoi ce silence? Nous finirons peut-être par le savoir. En attendant, l'ordre du jour fut ponctuellement suivi dans la XIe actio, qui eut lieu le surlendemain 20 mars. Mais dans ce court intervalle, trente-six évêques nouveaux apparaissent pour la première fois sur la liste du procès-verbal, savoir : Platon d'Ancyre en Galatie, Tiberius de Laodicée en Phrygie, Cosmas de Synada, Etienne d'Antioche de Pisidie, Théopemptus de Justinopolis, Jean de Perga, Théodore de Tarse, Zacharie de Léontopolis en Isaurie, Georges de Milet, Pierre de Mésembrie, Pierre de Sozopolis en Thrace, Jean de Nysse, Théodore de Thermœ, Zoetus de Chrysopolis (province d'Asie), Patricius de Magnésie, Théodore de Pergame, Etienne d'Uranopolis, André de Mniza, Jean de Melitopolis, Jean de Philadelphie, Mennas de Carallia en Phrygie, Callinique de Colonia en Arménie, Tiberius d'Amissa, Sergius de Sinope, Georges de Junopolis, Georges de Cratia, Platon d'Adrianopolis, Patricius des Ilusi, Pierre d'Appia, Alexandre de Nacolie, Domitius de Prymnesia, Constantin de Barata, Paul de Sozopolis en Pisidie, Plusianus de Sylle, Théodore de Nazianze et Etienne de Paros 1. Trente-six évêques, dont aucun n'assistait à la séance du 18, surgissent donc tout à coup et siègent à celle du 20 mars. Avec les moyens de locomotion actuels, si le fait au lieu de se passer à Constantinople en l'an 681, s'était produit à Rome au concile du Vatican, l'an de grâce 1870, il serait parfaitement vraisemblable. Un seul train de chemin de fer aurait suffi à un arrivage bien plus nombreux encore. Mais à Constantinople, au vn==VIIe siècle, une pareille coïncidence est réellement extraordinaire, si extraordinaire que franchement, pour notre part, nous n'y croyons pas. Des évêques d'Arménie, de Thrace, de Galatie, de Cilicie, de Phrygie, du Pont, de la Pisidie, c'est-à-dire des points les plus divers de l'empire d'Orient, transportés tous avec leur suite comme par un coup de baguette à Constantinople, le même jour, à la même heure, de

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1 Labbe, tom. VI, col. 849.

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façon à faire une invasion d'ensemble à point nommé dans la salle conciliaire ; cela ne nous paraît, dans les circonstances et le milieu historique donnés, ni vrai ni vraisemblable. Mais enfin à la der­nière rigueur cela est possible : dès lors nous raisonnerons, mal­gré notre conviction personnelle, exactement comme si les choses se fussent passées de la sorte. Voici donc trente-six évêques ab­solument étrangers à tous les actes conciliaires précédemment accomplis, apportant à la réunion leurs préjugés monothélites, leur hostilité invétérée contre le siège de Rome. Dans les quelques heures écoulées depuis leur arrivée si soudaine, ils ont appris de leurs collègues que le très-pieux empereur Constantin préside en personne l'assemblée; qu'il veut la réunion avec Rome, l'adoption du dogme des deux volontés ; qu'il a ratifié la déposition pour fait de monothélisme du patriarche d'Antioche, Macaire, c'est-à-dire pour la plupart d'entre eux de leur propre patriarche. Avec les quatorze évêques récemment arrivés en deux autres groupes depuis quinze jours, ils forment un total de cinquante pères, nombre égal à celui qui composait les neuf premières sessions. D'avance on peut donc prévoir qu'un esprit nouveau va s'introduire dans l'as­semblée ; les faits ne justifieront que trop cette prévision.

 

   39. Le diacre Constantin, faisant toujours office de promoteur, rappela l'ordre du jour portant uniquement lecture de la lettre synodique de Sophronius. Avant d'y procéder, on reprit, par ordre de l'empereur, celle de toutes les précédentes séances. L'arrivée de trente-six évoques nouveaux rendait cette lecture indispensable. La lettre de Sophronius lue par le lecteur et notarius Agathon, qui apparaît ici pour la première fois et dont le nom se retrouvera plus tard sous notre plume, ne donna lieu à aucune observation. Elle se termina sans que le concile prononçât d'une façon ni d'autre
sur l'orthodoxie de Sophronius, ce qui est fort étonnant puisque tel était l'objet précis de la requête présentée l'avant-veille par le prêtre Georges, délégué du vicariat apostolique de Jérusalem. Au lieu
d'inviter l'assemblée à se prononcer sur cette question, « l'empe­reur et le saint synode, d'après le texte des actes officiels, dirent : Nous avons entendu la lecture des lettres synodiques de Sophro-
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nius, èv èi8ï)V£t xil tûv  vûv àvavvaxrOÉVTMV govoSixûv yei-ôvaiiEv.   Maintenant nous demandons aux légats du siège apostolique s'ils désirent qu'on passe à l'examen de quelques documents nouveaux 1. » Un tel procédé nous paraît inexplicable. La lettre synodique de Sophronius occupe vingt-quatre colonnes in-folio 2, elle n'avait pas dû demander moins de deux heures pour la lecture publique. On ne la lisait qu'afin de statuer sur son orthodoxie, et quand cette labo­rieuse lecture est terminée, sans se mettre le moins du monde en peine de demander aux pères le jugement qu'ils en portaient, on passe outre. Le représentant du patriarcat de Jérusalem qui, l'avant-veille, avait requis le « saint et œcuménique concile » de se pro­noncer formellement sur le point de savoir « si cette lettre était ou non orthodoxe, éite àpâoS6?u<; ïyman, Eus xaî où3, » ne réclame point la sentence qu'on lui avait promise. Il était là pourtant, le procès-verbal en fait foi. Cette lecture provoquée par lui devait aboutir à la glorification du patriarche hiérosolymitain Sophronius de sainte mémoire. Il ne rappelle pas au concile ses engagements, il ne pro­teste pas, il ne dit rien. Aucun des pères ne fait à ce sujet la moindre observation. Au mépris de toutes les lois de convenance, de logique, de courtoisie, de simple bon sens, on passe outre. Ceci nous paraît plus inexplicable mille fois que l'arrivée soudaine de trente-six évêques. Des relais de poste pouvaient pour une fois faire un tour de force, mais un concile général manquer de logique, cela n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais. Faut-il croire qu'il y a une lacune dans les actes? c'est notre avis. Cette lacune est-elle le résultat d'une mutilation calculée après coup et volontaire? Nous ne le savons pas, et il importe peu. Nous marchons désor­mais sur un terrain où les découvertes de ce genre ne seront pas rares. Si pourtant on voulait raisonner dans le sens qu'il n'y eut pour l'incident ni lacune dans les actes ni mutilation dans leur texte, on sera obligé de convenir que la lecture de la lettre de

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1. Labbe, tom. VI, col. 900.

2   Dans la collection du P. Labbe, la lettre de Sophronius commence à la
colonne 854 et finit à la colonne 900, le grec et le latin en regard.

3   Labbe, tom. VI, col. 846, E.

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Sophronius, n'ayant pas pour objet la justification de ce patriarche, était une perte de temps illogique, oiseuse, absurde, ou bien qu'elle cachait la pensée de créer un précédent afin de pouvoir ensuite déférer à l'examen du concile tous les documents dont il plai­rait à chacun de réclamer la lecture. Au lieu d'une lacune ou mu­tilation dans les actes, nous serions ainsi sur la trace d'une manœuvre frauduleuse. L'invitation faite aux légats de déclarer s'ils n'avaient point quelque pièce nouvelle à produire, révèle la même tendance. Leur réponse n'est ni moins curieuse ni moins significative. Voici en quels termes ils s'exprimèrent : « Votre piété, très-grand prince, n'ignore pas, et votre saint concile sait de même que les lettres de notre très-saint pape Agathon ont mis dans tout son jour la foi orthodoxe et apostolique ; elles l'ont ap­puyée par de nombreuses citations des pères. Nous-mêmes, pour surabondance de preuves, nous avons présenté un volume de témoignages conformes, dont l'authenticité a été reconnue par tous. Dans ce même volume étaient réunis les passages des hérétiques en opposition avec la doctrine des saints pères. Ces textes impies professaient le monothélisme. Ils ont été confrontés avec les exem­plaires conservés dans vos archives, et leur authenticité a été éga­lement reconnue. La vérité orthodoxe est donc manifestement établie pour tous, la malice et l'impiété des hérétiques sont dévoi­lées. Cependant ayant eu connaissance que des écrits trouvés en la possession de Macaire et de son disciple Etienne leur ont été enle­vés et sont maintenant déposés dans les archives du patriarcat, si votre piété impériale et le concile le désirent, on pourrait faire apporter ces opuscules pour savoir quelle doctrine ils renferment 1 » Telle aurait été, d'après le texte officiel des actes, la réponse des légats. Mais elle implique à première vue et dans son seul énoncé une contradiction manifeste. Les légats commencent par déclarer que la question dogmatique est résolue, que la malice et l'impiété des hérétiques sont dévoilées, et ils finissent par demander une nouvelle enquête sur ces mêmes hérétiques canoniquement con-

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1 Labbe, tom. VI, col. 900.

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damnés, après ample examen, dans les huitième et neuvième ses­sions. L'illogisme d'une pareille conduite est flagrant. Son irrégu­larité ne l'est pas moins. Il n'est plus permis de revenir sur la sentence unanime d'un concile œcuménique. Les légats ont-ils réellement tenu le langage qu'on leur prête? Après avoir posé des prémisses dont la conséquence nécessaire devait être la clôture de la discussion, ont-ils terminé par une conclusion diamétralement opposée? Oui, s'il faut en croire les actes ; non, s'il faut en croire le bon sens. Mais enfin si les actes disent vrai, les légats se sont gratuitement contredits eux-mêmes. On ne prend pas d'ordinaire un pareil rôle de gaîté de cœur. Ils subissaient donc pour le mo­ment une pression morale ; peut-être voulaient-ils par la lecture des œuvres de Macaire et de son disciple Etienne, prouver aux évêques subitement arrivés en si grand nombre la justice de la sen­tence portée contre le patriarche hérétique.

 

40. Quoi qu'il en soit, le diacre et archiviste Georges, récemment compromis dans l'incident de Théodore de Mélitène, fut chargé par l'empereur de produire les écrits auxquels les légats avaient fait allusion. Georges s'acquitta rapidement de sa mission; il revint du chartophylacium avec deux volumes en parchemin et un quaternio de papier, tous trois écrits de la main d’Étienne, portant sa signature et celle de Macaire. « Ces écrits ont été découverts, dit-il, au palais impérial de Philippicus, où ils étaient mêlés à d'autres ouvrages provenant du monastère de Chrysopolis. » A la lecture, il se trouva que le premier volume contenait la profession de foi de Macaire déjà lue dans les sessions précédentes. Constantin déclara qu'il était inutile de l'entendre de nouveau. La seconde pièce était intitulée : «Discours prosphonétique adressé au très-pieux, pacifique et grand empereur Constantin par Macaire évêque de Théopolis (Antioche). » A l'énoncé de ce titre, Théophane abbé de Baïa, l'un des membres de la députation romaine, prit la parole : « Très-pieux prince, dit-il, on donne le nom de discours prospho­nétique, ou historique, à une harangue officielle prononcée au sénat par un évêque ou prêtre et adressée à l'empereur. Or, Ma­caire d'Antioche n'a jamais, que nous sachions, eu l'occasion de

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prononcer devant votre majesté une harangue de ce genre. S'il en a préparé une, il était dans son droit. Mais tant qu'il ne l'avait pas prononcée, il lui était interdit d'en distribuer les exemplaires. Cependant je suis témoin qu'il en a envoyé des copies à Rome, en Sardaigue et en diverses provinces d'Occident, violant ainsi toutes les règles canoniques et toutes les convenances sociales. » —L'ac­cusation de Théophane était précise, formelle, grave. Il ne s'agis­sait de rien moins que d'un faux en écriture officielle, sciemment, volontairement, publiquement pratiqué par Macaire. Le concile œcuménique ne releva pas cette accusation ; il n'en prit nul souci, il ne prononça ni un mot de blâme ni une exclamation indignée. Il se tut, laissant à l'empereur le soin de répondre. Pogonat le fit en ces termes : « Je ne me souviens pas en effet que Macaire ait jamais prononcé devant moi un discours prosphonétique. Il m'a seulement remis divers écrits que je n'ai pas lus, et que je ferai plus tard apporter ici, pour que le saint synode en prenne connais­sance. En attendant, qu'on lise ce prétendu discours prospho­nétique. » On le lut donc, ajoutent les actes. C'était un tissu de propositions hérétiques où le monothélisme était ouvertement enseigné. Le concile entendit tout cela sans protester contre l'er­reur dogmatique, pas plus qu'il n'avait protesté contre le crime matériel de faux. On passa à la lecture du second volume. Il ren­fermait d'abord une pièce intitulée : «Discours envoyé par Macaire archevêque de Théopolis au prêtre et moine africain Lucas, auteur d'un traité contre la nouvelle hérésie des Maximiens1. » La lecture en fut entreprise, mais elle dura si longemps que les pères l'in­terrompirent, et prononcèrent enfin une condamnation énergique. « Ce discours au moine Lucas, dirent-ils, affecte la forme syllogistique d'Aristote, mais toutes ses propositions sont contraires à la doctrine des conciles généraux et des pères, subversives de la foi et du dogme ecclésiastique, contraires à la vérité, souvent même

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1 On se rappelle que, pour Macaire et les monothélites, le martyr saint Maxime, défenseur du dogme des deux volontés en Jésus-Christ et apo­logiste du pape Honorius, était devenu un hérésiarque plus dangereux qu'Eutychès ou Nestorius.

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contradictoires entre elles. Inutile d'en continuer la lecture. Qu'on passe à la seconde partie du volume. « Elle renfermait une disserta­tion de Macaire commençant par ces mots : Adversus expugnatores quidem propter pietatem instantiœ. Non moins longue que la pièce précédente, on ne put en achever la lecture. Le saint synode, après avoir longtemps écouté en silence, arrêta de nouveau le lec­teur, « Nous jugeons, dirent les pères, qu'on ne doit pas poursuivre davantage la lecture d'un écrit si nuisible aux âmes. Secouant donc la poussière des fables impies de Macaire et de son disciple Etienne, nous les frappons d'un légitime anathème. Afin d'établir la con­formité de leurs erreurs avec celles des hérétiques avérés dont les légats du siège apostolique ont produit les citations, nous voulons qu'on choisisse dans ces trois volumes de Macaire les textes mani­festement blasphématoires, «poçavEï; pl.aaçy.paç, et qu'on les insère in extenso dans les actes. — On va, dit l'empereur, exécuter l'ordre du saint concile 1. »

 

41. En effet on choisit diverses propositions blasphématoires, S'.âçopoi Bi.acïçjinéxi, contenues dans les trois volumes de Macaire, et on les transcrivit au registre des actes, pour constater leur confor­mité avec celles des autres hérétiques. Les propositions ainsi ex­traites des volumes de Macaire anathématisées in globo par le concile comme « blasphématoires, contraires à la doctrine des précédents synodes généraux et des pères, subversives de la foi orthodoxe, contraires à la vérité, » sont au nombre de onze. La sixième, sur laquelle nous appelons toute l'attention du lecteur, est ainsi conçue : « Texte de l'hérétique Macaire, extrait de son prétendu discours prosphonctique au très-pieux empereur, com­mençant par ces mots : Mirum quid, invictissime Domine. » — « Ils ont condamné absolument et anathématisé tous nos saints pères qui soutenaient contre eux le dogme d'une seule volonté en Jésus-Christ. Au nombre de ces saints pères, se trouve Honorius de Rome, lequel a professé notoirement le h Q£>.np*, en un mot ils ont con­damné tous ceux qui ont dit une seule opération, sans respect

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1. Labbe, lom. VI, col. 900-903.

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pour la doctrine des saints pères, lesquels ne reconnaissent dans le Christ qu'une seule opération vivifiante jiïav Lmotoiov Xptcfoû trjv èvÉpYemv 1. » — Tel est intégralement le texte de la sixième propo­sition extraite des trois volumes de Macaire comme « hérétique , blasphématoire, contraire à la vérité, » et insérée par ordre du con­cile, avec ces notes flétrissantes, dans le procès-verbal officiel des actes. S'il est blasphématoire et contraire à la vérité de dire comme Macaire que notoirement le pape Honorius « a professé le monothélisme, » évidemment il sera légitime et conforme à la vérité de dire qu'Honorius n'a pas professé notoirement le monothélisme. La déduction est rigoureuse, logique, incontestable. Elle ressort nettement d'une déclaration solennelle, itérative, raisonnée, du VIe concile général de Constantinople en sa onzième session tenue le 20 mars 681 sous la présidence personnelle de l'empereur Cons­tantin Pogonat. Voilà certes un résultat fort inattendu. Jusqu'ici l'on avait dit, écrit, imprimé, proclamé sur les toits que le VIe con­cile œcuménique avait flétri, condamné, anathématisé Honorius, proscrit sa mémoire, biffé son nom des diptyques, effacé ses images de tous les monuments religieux et de toutes les églises. Mais on se gardait bien de mentionner à côté de cette condamnation prétendue œcuménique la sentence absolument opposée que nous signalons aujourd'hui, et qui forme une contradiction de plus à joindre à toutes celles dont les dernières sessions du VIe concile général nous ont déjà offert tant d'exemples. Retenons donc ce fait capital de la justification d'Honorius, qui termina la onzième session. L'empe­reur leva la séance en disant : « Il suffit pour cette journée. Désormais les affaires de notre république chrétienne devant absorber toute mon attention, je charge les très-glorieux patrices Constantin, Anastase, Polyeucte et Pierre de tenir ma place dans les futures réunions du saint et œcuménique concile. La cause d'ailleurs est presque terminée, et les questions importantes sont dès maintenant résolues 2, xrfi 7iapoô<;'»]; OxoOeîéw; Tœv 7i)ii<7T(ov xoti xaipcw-Téfwv xspcO.aîwv ëjn vr,; r,|iSv eOcegEi'x; rfit] xpayOévTwv. )) Ces quelques mots

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1 Labbe, tom, VI, col. 906, B. — 2. Labbe, tom. VI, col. 908.

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ont une importance qui n'échappera à personne. L'empereur, sans autre souci des formes canoniques, délègue à quatre patrices la présidence d'un concile général. En fait, Constantin avait person­nellement exercé jusque-là cette présidence sans réclamation. La tolérance du concile avait pu légitimer jusqu'à un certain point cette situation anormale. Mais l'idée de déléguer un pouvoir déjà anticanonique à quatre patrices est le comble de l'irrégularité. Constantin lui-même le sentait ; il se hâta de prévenir les objec­tions et de rassurer la conscience des pères en ajoutant que son absence personnelle et l'étrange substitution de ses délégués ne pourraient avoir grand inconvénient, puisque l'œuvre du concile était presque achevée et les questions importantes déjà résolues. On accepta cette explication, on reçut cette assurance, et l'assem­blée se sépara.

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon