Darras 4-6

DEBUT DES MYSTÈRES INEFFABLES

 

§ II. Annonciation.

 

   6. « Six mois après ces événements, l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu en une ville de Galilée, nommée Nazareth, à une Vierge, fiancée à un homme de la maison de David, appelé Joseph. Le nom de la Vierge était Marie. L'Ange vint à elle, et lui dit: Je vous salue; pleine de grâces: le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre les femmes. — En entendant ces paroles, la Vierge fut troublée; elle réfléchissait au sens d’une telle salutation. — Ne craignez point, Marie, reprit l'Ange; car vous avez trouvé grâces devant le Seigneur. Voici que vous concevrez en votre sein, et enfanterez un fils, dont le nom sera Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. Dieu, le Seigneur, lui donnera le trône de-

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David, son père. Il régnera, pour l'éternité, sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. — Marie dit à l'Ange: Comment cela se fera-t-il? car je ne connais point d'homme. — L'Ange répondit: L'Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Ainsi celui qui naîtra de vous, le Saint, se nommera le Fils de Dieu. Voilà, en effet, Elisabeth, votre parente, qui a conçu un fils, dans sa vieillesse; ce mois est le sixième, pour l'épouse qu'on nommait stérile. Car rien n'est impossible à Dieu. — Marie dit alors: Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. — Et l'Ange la quitta 1.»

   7. La majesté du conseil divin, où l'Incarnation fut résolue, dans les splendeurs de l'éternité, appelait, comme un touchant corollaire, le conseil virginal, tenu ici-bas dans le cœur de Marie, avec un Ange pour confident. L'Ave de Gabriel s'adresse, en effet, à une souveraine; il est impossible de s'y méprendre. Jamais, dans les manifestations angéliques du Testament Ancien, le langage des envoyés célestes n'avait revêtu les formes d'un tel respect. Ici l'Ange s'incline le premier, devant la Vierge de Nazareth: il la «salue.» Ailleurs, les messagers du Très-Haut apportaient la grâce aux mortels; ici, Gabriel trouve la grâce divine en sa plénitude; et, comme il s'était prosterné, dans les cieux, devant la majesté du Tout-Puissant qui lui donnait sa mission, il s'incline, à Nazareth, devant une Vierge, devenue le Tabernacle où Dieu réside. «Je vous salue, pleine de grâces; le Seigneur est avec vous.» Une parole humaine pourra-t-elle exprimer jamais ce mystère ineffable? L’ange, descendu des sphères éternelles, a quitté le trône divin dans la gloire; il retrouva à Nazareth le trône divin dans l'humble virginité. Jéhovah au ciel; le Seigneur en Marie: tels sont les deux termes que rallie la mission de l'auguste ambassadeur. Il salue donc la «femme bénie entre toutes les autres.» Après l’Ave des chœurs angéliques, adressé à la reine des anges, voici la salutation du genre humain; l'acclamation des justes, des patriarches, des prophètes; résumant toutes les espérances du monde, et les concentrant autour de la

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1. Luc, I, 26-38.
IV. 17

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p258 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. —lre ÉPOQUE (an 1-3I2).

«femme bénie,» qui doit effacer la malédiction de la première femme. Quarante siècles d'attente, de vœux, de prières et de larmes: les anges et les hommes prosternés, avec Gabriel, devant la Vierge de Nazareth; est-ce assez de grandeur, de gloire et de majesté, sur le front de la fille de David? Non. La Trinité divine, elle-même, transmet à Marie une salutation plus haute que tout ce qu'on imaginera jamais. Le Très-Haut veut descendre en Marie; l'Esprit-Saint veut la couvrir de son ombre; le Fils de Dieu veut naître d'elle, et l'appeler sa mère. L'Ange expose à la Vierge la résolution du conseil éternel; et il attend. On dirait qu'il soumet au conseil de Marie le vœu de la Trinité sainte. Recueillie, dans le silence de son humilité, dans l'ardeur de son dévouement, dans la contemplation d'un amour divin qui veut s'associer son amour virginal, pour sauver le monde, Marie se tait; l'Ange attend. Enfin, une parole d'acquiescement tombe de ses lèvres: «Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.» Le conseil virginal a ratifié les décrets du conseil éternel; l'Ange disparaît, pour porter au Trône divin cette parole, qui ébranle les cieux, sauve la terre, et arrache le sceptre des âmes aux puissances infernales. Abîmé dans la contemplation de ces merveilles, l'homme tombe à genoux; il pleure; il prie; il adore la miséricorde éternelle, qui a créé des prodiges de salut, pour combler l'abîme de nos misères. Qu'on ne me rappelle point le nom de ces infortunés, qui ont eu l'audace d'outrager le nom virginal, en qui furent réhabilitées leurs mères, leurs épouses et leurs sœurs! Je ne veux plus savoir qu'ils ont prétendu arracher de l'Évangile, et attribuer à l'imposture d'un faussaire, cette page divine, la véritable chartre de délivrance du genre humain! Les bénédictions de l'univers, prosterné, depuis deux mille ans, aux pieds de la Vierge de Nazareth, de la Reine des anges, de la Mère de Dieu, devenue mère des hommes; les miracles de grâces, de consolation, d'espérance et de salut, versés à pleines mains par la toute-puissance suppliante de Marie; le rayon de sa splendeur virginale, épanché, depuis ce jour, sur le front de toutes les filles d'Eve, et faisant éclore sur la terre des merveilles de sainteté, de grâce et de charité; telles sont les voix, tel est le cortège que nous voulons entendre 

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et évoquer autour de la solitude de Nazareth, où l'Ange a laissé Marie !

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