Il faut prier après toute activité missionnaire
Dans l’Évangile selon saint Mathieu, nous lisons qu’après la première multiplication des pains, quand Jésus-Christ eut renvoyé les foules, « il gravit la montagne à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là seul » (Mt 14, 23) jusqu’à la quatrième veille du matin. Est-ce qu’en passant toutes ces heures en prière, le Christ n’enseigne-t-il les missionnaires à se recueillir longuement dans la prière après la fatigue de leurs activités quotidiennes ? Les soixante-douze disciples de Jésus-Christ avaient déjà bien compris cette leçon. Après avoir accompli leur mission, ils sont revenu tout joyeux pour prier Jésus dans un colloque pareil à celui des amis (Lc 10, 17-20). Ils ont relaté à Jésus-Christ le déroulement de leur mission et Jésus-Christ leur a dit qu’il voyait tout ce qu’ils faisaient même si une longue distance les séparait physiquement. Bien plus, il leur a donné certaines recommandations concernant leur apostolat. À notre avis, cette attitude de prier après l’action devrait s’enraciner dans la vie de tous les missionnaires jusqu’à devenir même une habitude. Autrement, il serait absurde de prêcher, par exemple cet évangile susmentionné, si le missionnaire ne fait pas ce qu’il enseigne.
Prier après toute activité missionnaire permet au missionnaire de remercier Dieu de nombreuses grâces qu’il lui a données, de lui demander pardon s’il a fait quelque mal moral, de lui présenter les difficultés qu’il a rencontrées, de lui présenter ses inquiétudes et ses faiblesses, et de lui confier ses prochaines activités missionnaires. Cependant, s’il abandonne progressivement cette prière nécessaire à force de se reposer longuement devant le téléviseur, dans un cabaret ou une boîte de nuit, ou bien en fréquentant les réseaux sociaux même dans le lit, le témoin de cette scène peut se demander si c’est ainsi que l’on forge les arguments affirmant que la vie contemplative est incompatible avec la vie active des missionnaires. Les divertissements et les loisirs sont utiles. Mais le problème consiste à ne pas connaître la hiérarchie de ces choses prioritaires dans la vie d’un missionnaire : primo, il faut prier avant toute activité missionnaire ; secundo, il faut prier au cours de toute activité missionnaire ; tertio, il faut prier après toute activité missionnaire. Si les missionnaires sont fidèles à ce programme, « ils recevront des grâces spéciales qui les éclaireront et les fortifieront pendant leur application aux bonnes œuvres ; leur journée entière sera donc encore une oraison »[1]. Mais alors, s’il est indubitable que le véritable missionnaire doit être un homme assidu à la prière, toute sa prière est-elle contemplative ?
Abbé Gratien KWIHANGANA
[1] H. PETITOT, Les conditions de la renaissance spirituelle. Vie ascétique-vie active-vie unitive. Introduction à la sainteté, Cerf, Paris 1934, p. 88.