Darras tome 35 p. 423
§ II. LA LIGUE
29. Charles IX ne survécut pas à la Saint-Barthélemy ; il mourut en 1574, suant le sang pour expier celui qu'il avait fait répandre et épouvanté par des fantômes dont la vision marque sa vertu. Voltaire, qui n'écrivait pas l'histoire, mais l'inventait, reproche à. Charles IX d'avoir tiré sur le peuple d'une fenêtre du Louvre, conservée jusqu'à nos jours, pour accréditer d'abord, puis pour confondre la calomnie ; cette fenêtre n'existait pas du temps de Charles IX. Charles IX n'était pas ce roi sanguinaire et maniaque dont
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(1) Op. cit., p. 3-15.
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Mirabeau a parlé après Voltaire ; ce n'était point ce monarque avide du sang de ses sujets et s'exerçant à le répandre en répandant, à la chasse, celui des bêtes fauves. C'était un prince qu'avait élevé avec le soin d'une mère la bonne et noble dame de Crussol et à laquelle il écrivait de si touchantes lettres ; il était gai, aimable, confiant, sans rancune, aimant les arts, faisant assez bien les vers, témoins son in-promptu sur les Guise et ses remerciements à Ronsard. Mais il était sans expérience des affaires, et la mort de son frère l'avait appelé trop jeune aux honneurs du trône. Une longue minorité sous la tutelle de son habile et ambitieuse mère n'avait pas développé en lui le sens politique dont il avait tant besoin au milieu des terribles agitations de son règne. De fait, si l'on excepte la Révolution de 89, jamais la monarchie française n'avait passé par des épreuves plus pénibles. D'un côté, les huguenots, rêvant le démembrement de la France, couvrant d'un prétexte religieux leurs passions anarchiques, appelant tour à tour l'invasion des Anglais et des Allemands, ne faisant la paix que pour la violer, ne demandant la liberté de leur culte que pour opprimer les catholiques, déclamant contre le massacre de Wassy, mais cachant la Michelade de Nantes, les massacres de Lyon et de Montbrison, marchant sous le commandement des Bourbons et des Condés, sous la direction de grandes familles qui voulaient reconquérir l'indépendance féodale ; de l'autre, le grand parti catholique et national, à la tête duquel aurait dû se placer le roi, ce parti qui combattait pour le maintien de l'antique religion et l'intégrité de la vieille monarchie ; ce parti qui voyait à sa tête le vainqueur de Jarnac et de Moncontour, la maison de Lorraine, le connétable Anne de Montmorency du sang le plus héroïque de la France et le brave Mont-luc. Derrière ces nobles noms se pressait la grande majorité du peuple français, jaloux de défendre ce bel héritage de St Louis, si barbarement attaqué par de perfides enfants. A ces divisions, il aurait fallu opposer la main d'un Charles V, d'un Louis XI, d'un Richelieu ; il ne se rencontra qu'un enfant à la merci d'une femme rusée et avide de pouvoir. C'est sur cette femme que doit retomber l'idée première et la décision de ce massacre à jamais regrettable,
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dans lequel la religion n'est pour rien, qui fit périr, dans les huguenots, non des hérétiques, mais des rebelles, qui avaient tenté de surprendre le roi à Amboise, qui avaient levé vingt fois l'étendard de la révolte, qui avaient amorcé le pistolet de l'assassin du duc de Guise, et qui se préparaient à attenter aux jours de Charles IX. La reine-mère exagéra à son faible fils les périls qu'il courait, jeta la terreur dans son esprit et l'amena par ses obsessions à permettre le massacre des huguenots. Je le demande, où est le coupable ? Non. Charles IX n'est pas l'auteur de la Saint-Barthélémy. Le cachet apposé au bas d'un arrêt de mort n'est pas coupable ; on aurait mauvaise grâce à accuser un papier calomniateur, en ne prenant pas garde à la main qui trace le mensonge; en réclamant pour ce pauvre roi, contre l'acte fatal, suprême flétrissure de son règne, je défends l'honneur de ma patrie. Le Français sait se battre, il ne sait pas assassiner; il faut venir jusqu'aux horreurs de 93 pour trouver des brigands sanguinaires, sur le vieux sol de France. En racontant les crimes de la gueuserie flamande et l'atroce répression du dur d'Albe ; en rapportant le martyre de l'Angleterre sous Elisabeth et le meurtre de Marie Stuart, j'éprouvais ce sentiment pénible qu'éveillent dans l'âme des scènes déshonorantes pour l'espèce humaine ; je me réjouissais que la France n'eût pas de pareils actes à son dossier. Il est vrai, le souvenir des guerres de religion, et surtout de la Saint-Barthélémy venait contredire cette patriotique fierté ; mais il faut tout remettre à la charge de l'hérésie calviniste, qui provoqua ces guerres civiles et laisser à la charge d'une Italienne, disciple de Machiavel, le sang de la Saint-Barthélémy.
30. Henri III fut appelé à la succession de Charles IX. Un instant, on crut que des jours plus heureux allaient se lever sur la France. On se trompait. Henri d'Anjou, troisième fils de Catherine de Médicis et de Henri II, celui dont l'épée s'était illustrée contre les huguenots, à qui sa renommée de foi et de vaillance avait valu la couronne de Pologne, devait être aussi malheureux et beaucoup plus méprisable que son frère Charles IX. A son avènement, trois partis se trouvaient en présence: les catholiques, les protestants,
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les politiques. Les catholiques étaient plus qu'un parti, ils étaient la nation elle-même ; le peuple des villes et des campagnes, la bourgeoisie, la magistrature, le clergé, et une portion importante de la noblesse étaient demeurés inébranlablement attachés à la foi catholique. Les catholiques avaient aussi pour eux le nombre, les vertus, les lumières, toutes les forces en un mot que ces classes représentaient ; de plus, ils avaient le droit et la possession : le droit, puisque la religion catholique et la sainte Eglise étaient une des institutions fondamentales de la société en France ; la possession, puisque loin de vouloir innover, il ne demandait qu'à maintenir ce qui existait. Le parti protestant se composait principalement des seigneurs de la noblesse, auxquels se joignaient les habitants des campagnes et les bourgeois de quelques contrées de l'Ouest et du Midi. De beaucoup inférieurs en nombre, les protestants avaient pour eux une partie des influences, des richesses et de la force militaire dont la noblesse était alors en possession. Le parti politique ou le tiers-parti était moins nombreux encore que le parti protestant ; il ne se composait que de quelques grands seigneurs mécontents et de quelques magistrats des cours souveraines. Sans principe fixe, ni ligne de conduite arrêtée, les politiques veillaient au gré des événements et ne prenaient conseil que de leurs intérêts. Du reste, ils n'avaient pas de chef ou n'en avaient que par circonstance et suivant que tournait la girouette de leur ambition. On les appelait politiques, parce qu'ils faisaient passer les intérêts de l'État avant ceux de la religion ; quoiqu'ils fussent catholiques, par faiblesse de foi et émulation d'intérêt, ils avaient toujours fait alliance avec les protestants et se piquaient par ce motif de modération et de tolérance ; mais leurs actes montraient que l'ambition, entée sur l'indifférence, était leur unique mobile. Naguère en révolte contre le gouvernement du roi, ils s'en rapprochèrent lorsque les catholiques parurent s'en éloigner ; dans l'avenir, ils auront leur importance (1).
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(1). V. de CHalembert. Histoire de la Ligue, t. I. introduction et chap. I, passim.
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31. En présence de ces trois partis se tenait le roi. Ce prince ne manquait ni d'intelligence, ni d'instruction, ni de courage. Sa jeunesse avait été pleine d'éclat ; mais il n'avait pas su résister à l'atmosphère corrompue dont il respirait l'air depuis son enfance. Dés que s'éteignirent les feux de la jeunesse, il tomba dans une atonie morale dont rien ne put le relever. Les symptômes de cette décrépitude se déclarèrent dès le siège de la Rochelle sous Charles IX. En Pologne, les devoirs du trône n'en arrêtèrent point les progrès ; en France, elle prit le caractère d'un mal irrémédiable. Henri eût du se déclarer le chef du grand parti catholique et retrouver, sous la couronne de roi, la vaillante pensée du duc d'Anjou. Ses aspirations l'eussent peut-être porté à prendre cette résolution ; les conseils de sa mère le firent flotter irrésolu ; et, dans son irrésolution, il s'abandonna. Entouré de mignons, dont les plus en faveur étaient les ducs d'Épernon et de Joyeuse, Henri donnait à la cour et au peuple le spectacle des plus honteux désordres. Des excès de la débauche, il passait soudain aux pratiques d'une dévotion puérile et superstitieuse. Un jour, on le voyait courir les rues en mascarade, insultant les bourgeois, rôdant de maison en maison ; le lendemain, il traversait la ville en tête d'une procession de pénitents, couvert d'un sac, chantant les litanies et se donnant la discipline ; quelquefois il montait en chaire et prêchait la pénitence à ses gais compagnons ; ou bien il se promenait un bilboquet à la main et s'en amusait comme un enfant ; ou encore, il s'entourait de petits chiens et d'oiseaux, surtout de perroquets, et perdait son temps à ces graves soucis. Une telle conduite l'avait rendu méprisable, surtout aux bourgeois, témoins habituels de ces honteuses saturnales. En vain les prédicateurs le reprenaient du haut de la chaire avec une liberté pleine de hardiesse; en vain les pamphlétaires, dans leurs libelles, le poursuivaient de leurs sarcasmes ; en vain son épouse, Louise de Lorraine (1), le rappelait au sentiment de ses devoirs : rien ne pouvait faire sortir ce malheureux prince de son indolence et de sa torpeur. Dans les rares mo-
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(1) Cf. Histoire de Louise de Lorraine, reine de France, par le comte de Haillon. Paris, Téchener, I88i.
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ments qu'il donnait à l'étude, il lisait le livre du Prince de Machiavel ; il y apprenait l'art, peu difficile, d'être un gredin ou un scélérat, sans le moindre scrupule de conscience ; et se croyait habile, comme le croient généralement les hommes de rien, parce que sous l'inspiration du secrétaire florentin il combinait des plans de ruse et de mensonge, qu'il n'avait même pas la force d'exécuter. Pauvre roi, pauvre chrétien, pauvre homme qui ne sait ni pacifier le présent, ni préparer l'avenir.
3. La guerre, commencée en1562, allait bientôt recommencer. La responsabilité tout entière en revient aux protestants à deux titres : d'abord parce qu'ils prétendaient substituer à la religion nationale une religion nouvelle dont la France ne voulait pas ; en second lieu, parce que, malgré la tolérance qui leur avait été accordée, ils levaient les premiers, contre le gouvernement légitime, l'étendard de la révolte. « Le duc d'Anjou, dit Ragon, s'étant échappé de la cour le 5 septembre 1573, est joint à l'instant par toute la noblesse protestante et politique, et bientôt après par vingt mille reitres et lansquenets que Condé amenait d'Allemagne. Guise, envoyé contre les rebelles, bat leur avant-garde près de Dormans (10 octobre). (Ce fut là qu'il reçut à la joue gauche un coup d'arquebuse, dont la cicatrice le fit surnommer le Balafré.) Mais, faute de secours, il ne peut poursuivre son avantage. Quelques mois après (3 février 1575), le roi de Navarre s'enfuit de la cour, et va relever en Guienne les affaires des protestants, après avoir rétracté à Tours son abjuration forcée. Intimidé par les forces des rebelles, redoutant l'influence que la guerre donnait au duc de Guise, et surtout gémissant de voir troubler ses plaisirs, Henri III chargea sa mère de négocier la paix à quelque prix que ce fut. Elle fut signée, le 16 mai, dans l'abbaye de Beaulieu, près de Loches, à des conditions également contraires aux intérêts du trône et à ceux de la religion catholique. On donna la possession réelle du gouvernement de Picardie au prince de Condé qui n'en avait que le titre ; le Berri, la Touraine et l'Anjou, en augmentation d'apanage, au duc d'Alençon, qui prit alors le titre de duc d'Anjou ; de l'argent, des pensions, des terres, au prince Casimir, chef des bandes allemandes.
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Le libre exercice de la religion prétendue réformée (ce fut alors qu’elle fut ainsi nommée) ne fut plus borné à quelques places, mais étendu à tout le royaume ; les protestants furent admis à toutes les charges ; on leur accorda des chambres mi-parties dans tous les parlements ; on réhabilita la mémoire de leurs chefs morts dans les massacres ou dans les supplices ; on fit une espèce d'amende honorable pour la Saint-Barthélémy; six places de sûreté, sans compter Nîmes, La Rochelle et Montauban, dont les protestants étaient déjà en possession, leur garantirent les avantages qu'ils obtenaient par ce traité. Enfin, on promit d'assembler les Etats généraux dans l'espace de six mois » (1).
33. Le traité de Beaulieu désespéra les catholiques. En présence du pauvre roi qui abdiquait le premier de ses devoirs, ils résolurent de se liguer pour défendre leur foi de chrétiens et le statut constitutionnel du royaume. Dès 1563, des associations avaient commencé à se former pour la défense de la religion catholique. En 1565, les catholiques de Vienne formèrent une ligue secrète pour s'opposer aux progrès des protestants. La cour étant à Toulouse, Montluc, gouverneur de la province, proposa à la reine-mère de mettre à la tête de cette ligne le jeune Charles IX. « Mais, lui répondit Catherine, si le roi fait une ligue, n'est-il pas à craindre que les protestants n'en fassent une autre ? » Cependant, cédant aux instances de Montluc, elle feignit d'entrer dans l'association, mais pour l'empêcher de produire d'heureux résultats. En 1367, Gaspard de Tavannes, gouverneur de Bourgogne, en forma une autre à Dijon, sous le nom de Confrérie du Saint-Esprit, entre les ecclésiastiques, la noblesse et les plus riches bourgeois. La confrérie avait, comme les associations protestantes, ses agents, ses messagers, sa caisse commune. Son but était de défendre la maison de Valois ; mais les confédérés juraient de se défendre envers et contre tous, ils tendaient par conséquent à s'isoler du pouvoir, s'il venait à forfaire. Dijon devait fournir deux cents chevaux et deux cent cinquante hommes de pied ; le reste de la province, quinze cents cavaliers et quatre mille fantassins. La confrérie, pour
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(1) Hist. rjén. dus temps modernes, t. II, p, 194.
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laquelle on montra d'abord beaucoup de zèle, se rompit lorsque Tavannes quitta la Bourgogne et se ranima dans la suite, pour se fondre dans la ligue de Péronne dont elle avait été un des premiers modèles. La Picardie fut le berceau de la sainte Ligue. Cette province, la plus catholique du royaume, frémissait d'avoir un gouverneur protestant. Jacques d'Humières, commandant de Péronne, en prit l'initiative sous le patronage du duc de Guise. En peu de temps, elle reçut de nombreuses adhésions et acquit assez d'importance pour que le roi crut nécessaire de s'en déclarer le chef. Les catholiques se liguaient pour la défense du trône et de la religion ; ce faisceau de résistances opiniâtres sauva la France de l'hérésie, le pire des fléaux. Et, pour qu'on ne dise pas que cette assertion est sans preuves, nous dirons qu'il faut distinguer dans la ligue trois périodes très différentes (1).
La première s'étend depuis son origine jusqu'àlamort du triste duc d'Alençon. La ligue à cette époque se maintient sur le terrain religieux, et elle est à l'abri de tout reproche ; la seconde commence quand la mort du duc d'Alençon appelle au trône Henri de Bourbon, roi de Navarre, le chef des huguenots rebelles à l'Église et au roi. La ligue met le pied sur le terrain de la politique et tout se précipite. Enfin ce qu'on pourrait appeler une troisième période de la ligue ne mérite guère ce nom, ce sont les excès de quelques fanatiques qu'on appelle les Seize. — S'opposer aux empiétements qui tentaient de dominer la France, se liguer pour défendre la vieille et glorieuse monarchie, et empêcher qu'un roi, huguenot et excommunié comme relaps, ne vint s'assoir sur le trône de saint Louis, tout cela ne constitue pas un crime, et, si crime il y a, il doit être imputé tout entier aux calvinistes qui avaient les premiers fait de telles ligues, et qui attaquaient les catholiques dans leurs droits les plus sacrés. L'origine et le but de la ligue sont donc purs et à l'abri des attaques d'une critique juste et saine. Vingt formules d'associations circulèrent d'abord, mais on finit par s'arrêter à la formule de Peronne, et elle devint bientôt générale et la seule qui fut reconnue. Voici les douze articles dont elle était composée : « Au nom de la sainte
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(1) Cf. CllALiîMBCRT. Hist. de la Ligue. ========================================
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Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, notre seul vrai Dieu, auquel soit gloire et honneur :
I. L'association des princes, seigneurs et gentilshommes catholiques doist-èstre, et sera faicte pour establir la loy de Dieu en son entier, remettre et retenir le sainct service d'iccluy selon la forme et manière de la saincte Eglise catholique apostolique et romaine, abjurans et renonçants tous erreurs au contraire.
II. Pour conserver le roy Henry, troisième du nom, par la grâce de Dieu, et ses successeurs, roy très-chrétien, en l'estat, splendeur, autorité, devoir, service et obeyssance qui luy sont dues par ses subjets ainsi qu'il est contenu par les articles qui lui seront présentés aux Estais, lesquels il jure et promet garder à son sacre et couronnement, avec protestations de ne rien faire au préjudice de ce qui sera ordonné par les dicts Estats.
III. Pour restituer aux provinces du royaulme et Estats d'iceluy, les droicts, prééminences, franchises et libertez anciennes, telles qu'elles estoient du temps du roy Clovis, premier roi chrestien et encore meilleures et plus profitablement, si elles se peuvent inventer sous la protection susdite.
IV. Au cas qu'il y ait empeschement, opposition ou rébellion à ce que dessus, par qui et de qu'elle part qu'ils puissent estre, seront lesdicts associez tenus et obligez d'employer tous leurs biens et moyens mesme leurs propres personnes, jusqu'à la mort, pour punir, chastier et courir sus à ceux qui les auroient voulu contraindre et empescher, et tenir la main que toutes les choses susdictes soient mises à exécution réalernent et de fait.
V. Au cas que quelques uns des associez, leurs subjeetz, amis et confédérés, fussent molestez, oppressez et recherchez, pour les cas dessus dietz, par qui que ce soit ; seront tenus les dietz associez employer leurs corps, biens et moyens pour avoir vengeance de ceux qui auront faict les dites oppresses et molestes, soit par la voye de justice ou par les armes, sans nulle acception de personne.
VI. S'il advenait qu'aulcun des associez, après avoir faict serment en ladite association, se vouloit retirer ou départir d'icellc sou quelque prétexte que ce soit (ce que Dieu ne veuille), tels réfrac-
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p432 pontificat de guéuoire XIII (1572-1383).
taires de leur consentement seront otffensez en leurs corps et leurs biens en toutes sortes qu'on ne pourra adviser, comme ennemys de Dieu rebelles et perturbateurs du repos public, sans que les dicts associés en puissent estre inquiétez ni recherchez, soit en public ou en particulier.
VII. Jureront les dicts associez toute prompte obéissance et service qui sera député, suivre et donner conseil, confort et ayde, tant à l'entretenement et conservation de la dite association, que ruyne aux contredisans à icelle, sans acception ni exception de personne ; et seront les défaillans et délayans punis par l'autorité du chef, et selon son ordonnance, à laquelle les dicts associez se soubmettront.
VIII. Tous catholiques des villes et villages, seront abvertiz et sommez secrètement par les gouverneurs particuliers d'entrer en ladite association, fournir déüement d'armes et d'hommes pour l'exécution d'icelle, selon la puissance et faculté de chascun.
IX. Que ceux qui ne voudront entrez en ladite association seront réputés pour ennemis d'icelle et poursuivables par toutes sortes d'offenses et molestes.
X.Est desfendu auxdicts associez d'entrer en débats ny querelles l'un contre l'autre, sans la permission du chef à l'arbitrage duquel les contrevenants seront punis, tant pour la réparation d’honneur que pour toutes aultres sortes.
XI. Si pour fortification ou plus grande seureté des associez se faict quelque convention avec les provinces ce ce royaulme, elle se fera en la forme des susdites et aux mêsmes conditions, soit que ladite association soit poursuivie envers lesdites villes, ou par elles demandée, si aultrement n'est advisé par le chef.
XII. Et presteront tous les associez le serment suivant : « Je jure Dieu le créateur, touchant ce évangile, et sur peine d'anathématisation et damnation éternelle, que j'ay entré en cette saincte association catholique, selon la forme du traité qui m'y a esté leu présentement, loyaument et sincèrement, sois pour y commander ou y obéir et y servir, et promets sous ma vie et mon honneur de m'y conserver jusques à la dernière goutte de mon sang, sans y
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contrevenir ou me retirer pour quelque mandement, prétexte,, excuse ou occasion que ce soit. »
Voilà quels furent les principaux règlements de la formidable Ligue. Pourrait-on bien y trouver la raison de ces injuree superbes par lesquelles on s'est plu à la dénaturer, de ces dédains calomnieux dont on l'a poursuivie, de ces contes ridicules dont on a entouré son histoire si nationale, si intéressante et si catholique? Pourquoi, dans certains ouvrages, la Ligue paraît-elle plus coupable que les vingt associations montées par les huguenots contre l'antique religion de la France et contre la vieille autorité de ses rois ? Pourquoi hisse-t-on si souvent les huguenots au Capitole, tandis qu'on mène les ligueurs à la roche tarpéïenne? Le secret n'est pas bien difficile à trouver. La Ligue a défendu un intérêt, catholique et contre-révolutionnaire, le secret de l'énigme est là et on le chercherait en vain ailleurs. — Les historiens de l'école protestante se garderaient bien d'attaquer la Ligue en invoquant les principes; ce terrain leur serait trop défavorable et ils comprennent que les ligues huguenotes seraient brisées et détruites dans leur prétendue légitimité par le même coup qui s'attaquerait à la Ligue. Que font-ils donc? Ils invoquent des mots complaisants et sonores, ils parlent de frénésie, de fanatisme, et au lieu des raisons qu'ils ne peuvent apporter, ils en appellent aux injures. Mais rire des arguments d'un adversaire, n'a jamais été les réfuter, et on donne une bien faible idée de la justice de sa cause et de la force de son intelligence, quand, pour repousser les bonnes raisons d'un antagoniste, on ne lui oppose que l'injure ou la raillerie ; et si cela est vrai en toute rencontre, combien devient plus fort l'argument, quand il s'agit de faits, quand il s'agit de chiffres et de dates irréfutables, de documents inédits et d'une incontestable autorité. Le désir de connaître et de publier la vérité eût sans doute fait trouver à vingt auteurs que nous attaquons, ces documents qui attestent ou leur mauvaise foi ou le manque absolu des recherches les plus élémentaires. On dirait, quand ils parlent de la Ligue, des aveugles discourant sur les couleurs et sur le mérite d'une peinture invisible. Rien dans la religion ne parle à leur imagination.
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rien
ne touche leur cœur ; leur sensibilité est émoussée, et pour leur procurer
des sensations, on serait tenter d'évoquer les âmes des despotes romains et les
jeux sanglants de ces charniers humains, qne l'on appelle les amphithéâtres. La Ligue à leurs veux est coupable de tous les crimes possibles, mais les huguenots sont et seront à jamais le modèle des bons citoyens ; n'ont-ils pas troublé l'État? Le modèle des sujets dévoués: ne les a-t-on pas vus
lever et suivre l'étendard de la révolte à Jarnac, à Moncontour, à Dreux à Saint Denis ? Ils sont aussi des modèles de douceur et d'humanité. S'ils ont massacré les catholiques partout, s'ils ont fait la Michelinade de Nîmes, s'ils ont mis Lyon à sac, si le farouche des
Adrets fit prendre à son fils un bain de sang, et si ce sang tiède encore était
celui des catholiques, n'allez pas croire que ce fut par cruauté, vous vous tromperiez, c'était pure charité. Ils épargnaient ainsi à leurs victimes la douleur de mourir plus tard cloués sur leur lit, et ils les envoyaient plus tôt au ciel.