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LES «TOLÉRANTS» PERSÉCUTENT JÉSUS ET SES DISCIPLES.

§ IV. Capharnaum.


  21. «En descendant de la montagne, suivi de ses disciples, Jésus
 rencontra dans la plaine une foule immense qui l'attendait, et jetant les yeux sur ses disciples, il dit: Vous êtes bienheureux vous qui

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1. Matth., X, 1; Marc, vi, 7-13; Luc, X, 1.

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êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Vous êtes bienheureux vous qui maintenant souffrez la faim, parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux vous qui pleurez, parce que l'heure de la joie viendra pour vous. Vous serez bien-heureux quand les hommes vous poursuivront de leur haine, vous emprisonneront, vous accableront d'outrages et maudiront votre nom, à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous en ce jour, et tressaillez d'allégresse, car votre récompense sera grande au ciel.

 Leurs pères ont ainsi traité les Prophètes. Cependant malheur à vous, riches, parce que vous avez toute votre jouissance ici-bas! Malheur à vous, qui êtes rassasiés aujourd'hui, parce que vous aurez faim! Malheur à vous qui êtes maintenant dans la joie, parce que vous serez un jour dans les gémissements et les larmes.» Ensuite il dit à ses disciples: «Malheur à vous lorsque les hommes vous béniront, c'est ainsi que leurs pères en ont usé à l'égard des faux prophètes! Toutefois, je vous le dis: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent. Bénissez ceux qui vous maudissent; priez pour ceux qui vous calomnient. Donnez à quiconque vous demande, et faites à chacun ce que vous désireriez qu'il fit pour vous-même 1» — «Après avoir ainsi parlé, Jésus se rendit à Capharnaûm 2, et entra dans une maison de la ville 3. La foule s'y précipita en si grand nombre qu'il fut impossible à Jésus et à ses disciples de manger le pain. 11 tomba en défaillance. Les disciples voulurent fendre la foule pour le secourir et le bruit se répandit qu’il avait perdu l'usage des sens 4. Les Docteurs et les Pharisiens qui le suivaient depuis Jérusalem, et qui étaient tou-

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1 Luc, VI, 17-31. Ce discours offre beaucoup d'analogie avec le sermon sur la Montagne, plus explicitement reproduit par saint Matthieu. Nous avons donc pris de saint Luc quelques sentences particulières qui ne se trouvent pas dans l'autre Évangéliste. — 2. Luc, VII, 1. — 3. Marc, III, 20.

4. C'est le sens propre du texte grec Éxsestè Animi deliquium passus est. Après les fatigues du jour précédent et celle d'une nuit passée en prières, la foule ne permet pas au Sauveur de prendre le moindre aliment. Jésus tombe en défaillance; car le Fils de l'homme a pris toute l'infirmité de la nature humaine. Les Scribes mêlés à la foule s'emparent de cette circonstance pour dire que Jésus vient de tomber sous la possession du démon. La divinité éclate alors, et le Fils de Dieu confond ces hypocrites Docteurs.

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jours mêlés à la foule, s'écrièrent: Ne voyez-vous pas qu'il est possédé de Béelzébub? C'est au nom du prince du mal qu'il chasse les démons! — Alors, Jésus fit approcher les Scribes et leur dit en paraboles: Comment Satan chasserait-il Satan? Un royaume divisé contre lui-même ne saurait tenir debout. Une famille qui s'insurgerait contre elle-même ne subsisterait pas. Satan, en s'élevant contre lui-même, se diviserait, et son pouvoir chancelant aurait bientôt pris fin. Pour s'emparer de la demeure du fort armé, et piller son héritage, il faut d'abord s'être assuré de sa personne; quand le vaillant sera garrotté, on pourra mettre sa maison au pillage. En vérité, je vous le dis: Tous les péchés seront remis aux enfants des hommes; tous leurs blasphèmes seront pardonnés. Mais celui qui aura blasphémé contre l'Esprit-Saint n'en aura jamais le pardon; éternellement il portera la peine de son crime. —Il parlait ainsi pour répondre à l'accusation qu'ils venaient de répandre, en disant: C'est un possédé du démon! — En ce moment, la mère de Jésus et ses frères survinrent; retenus au dehors, sans pouvoir percer la foule, ils lui firent savoir qu'ils le demandaient. La multitude assise autour de lui, dit à Jésus: Votre mère et vos frères sont dehors et vous demandent. — Quelle est ma mère et qui sont mes frères? répondit-il. — Et jetant les yeux sur le peuple qui l'entourait: Voici, dit-il, ma mère et mes frères; car celui qui aura fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère 1.»

  22. L'humanité du Fils de l’homme, la divinité du Fils de Dieu se manifestent ici, dans la personne sacrée de Jésus, avec des caractères éclatants. Toute la journée précédente, en ce sabbat où l'infirme de la synagogue avait été guéri, s'était écoulée, pour le divin Maître, à fuir la haine des Pharisiens, attachés à ses pas. L'encombrement de la foule, sur les bords du lac de Génésareth, ne lui permit pas de songer à prendre la moindre nourriture. Il se prodigue pour le salut de tous et n'oublie que lui-même et ses propres besoins, dans sa mission de charité divine. La nuit survient;

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1. Mairc, III, 20 ad ultim.

LeFiU de l'homme.

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il la passe en prières sur la montagne. A l'aurore, il choisit ses apôtres, leur donne ses instructions, descend avec eux dans la plaine, et adresse au peuple des paroles de consolation, de miséricorde et de paix. De retour à Capharnaûm, il entre dans une demeure amie; mais la multitude l'y précède et ne lui laisse pas le temps de rompre le pain de l'hospitalité. L'humanité défaille, à la suite de tant de privations, de fatigues et d'abstinence. Voilà ce que le rationalisme moderne a osé traduire par ce commentaire impie: «Sa vie en Galilée était une fête perpétuelle!» Pharisiens du XIXe siècle, blasphémateurs de l’Esprit-Saint, venez donc considérer le Fils de l'homme, épuisé d'inanition et tombant en faiblesse, dans la maison de Capharnaum. Jésus! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils disent. Le savaient-ils eux-mêmes, ces Scribes qui suivaient le divin Maître, depuis son départ de Jérusalem, épiant l'occasion de calomnier tous ses actes, d'incriminer toutes ses intentions et de soulever le peuple contre lui? L'accident qui vient de se produire est bientôt connu de la multitude. «Il vient de tomber en défaillance» dit-on, et les Pharisiens, s'emparent de ce prétexte, pour faire circuler leur interprétation sacrilège. Ne voyez-vous pas, s'écrient-ils, qu'il est possédé? Béelzébub s'est emparé de lui. C'est au nom du prince des démons qu'il chasse les malins esprits! Chaque expression est ici tellement hébraïque, qu'elle renverse, par son authenticité intrinsèque, tout soupçon de légende ou d'interpolation apocryphe. Béelzébub, le Prince de l'air, est un nom essentiellement biblique, qu'on ne rencontre dans aucune des littératures grecque ou romaine. Il faut pour le trouver, remonter jusqu'au temps d'Ochozias 1, roi d'Israël, alors que ce prince apostat, malade d'une chute faite du haut de la terrasse de son palais de Samarie, et sentant les approches de la mort, envoya consulter l'oracle de Béelzébub, dieu phénicien qui avait son temple à Accaron 2. Le nom de cette divinité étrangère avait survécu à son culte, et s'était perpétué dans les souvenirs du

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1. Voir tom. II de cette Histoire, pag. 613. — 2. IV Reg., I, 2. Cf. Cornélius a Lapide, Commentar., tom. IV, pag. 3.

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peuple juif, comme synonyme de Satan, le chef des anges rebelles. De la part des Pharisiens, attribuant les miracles de Notre-Seigneur à la puissance de Béelzébub, il y avait un calcul de haine profonde et d'habileté calomniatrice. C'était porter contre Jésus l'accusation la plus directe d'idolâtrie, et le vouer à la peine capitale, infligée par la loi mosaïque contre tous les adorateurs des faux dieux.

  23. Mais l'humanité qui venait de défaillir, dans l'humble maison de Capharnaum, fait place à l'action souveraine du Verbe incarné. Le Fils de l'homme s'est manifesté dans la faiblesse; le Fils de Dieu va se révéler dans sa force. L'épuisement et la fatigue disparaissent soudain; Jésus se relève, plein d'une divine énergie. Il appelle les Pharisiens et laisse tomber sur leur front coupable l'anathème irrémissible qui atteindra tous les blasphémateurs de l’Esprit-Saint. Qu'est-ce donc que le péché contre le Saint-Esprit, demande l'évêque d'Hippone pour qu'il déconcerte la toute-puissante miséricorde de Jésus, et ne puisse être pardonné, ni en ce monde, ni en l'autre, par le Dieu du pardon? L'apostasie de Judas et le stigmate de sa trahison auraient pu être effacés par une pénitence sincère. Le blasphème contre l'Esprit-Saint ne sera jamais remis. Ici encore, nous sommes en face d'une de ces expressions qui portent en elles-mêmes un caractère incontestable d'authenticité. Pour les comprendre, il faut remonter à la tradition hébraïque, dont elles gardent l'indélébile empreinte. Le Saint-Esprit, selon la notion juive, était la vérité de Dieu même. C'était le Saint-Esprit, le souffle de Dieu, qui avait inspiré Moïse et les Prophètes, accompli toutes les merveilles de l'ancienne Loi, et produit les actes de sainteté, de piété et de vertu des Patriarches et des justes d'Israël. Ainsi, blasphémer le Saint-Esprit, c'était blasphémer la vérité connue, outrager la majesté visible et manifeste de Jéhovah. «Affliger l'Esprit-Saint 1;» — «l'éteindre dans son cœur 2;» — «outrager l'Esprit de grâce 3,» ce sont là autant de locutions hébraïques, dont la signification est celle de pécher contre Dieu. Mais l'entraînement de l'homme vers le mal, l'infirmité d'une

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1. Isa., Lxni, 10. — = 2. Ihessal.., v, 19. — 3. Hébr.., X, 29.


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nature déchue, les aveugles convoitises des passions nous sollicitant sans cesse au péché. Est-ce que Jésus-Christ, qui venait épouser nos infirmités pour les guérir, fermera sur les âmes la porte de la pénitence? Non. Il est né, il a souffert et il est mort pour les pécheurs, pour tous en général et pour chacun en particulier. Le ciel s'ouvre pour le larron converti à la dernière heure, comme pour le juste qui a persévéré, dès son enfance, dans les sentiers des commandements. «Blasphémer le Saint-Esprit,» c'est le crime non plus de l'homme, mais de Satan. L'ange déchu a pu seul appeler Jéhovah le Dieu du mal; donner à la lumière le nom de ténèbres; fermer les yeux aux splendeurs du vrai pour ériger un trône à l'erreur et l'adorer comme la divinité suprême! Qu'ils tremblent donc ces génies superbes, que la vérité connue a pour adversaires implacables, ces Scribes de nos modernes Capharnaum, aux yeux desquels le Fils de Dieu est un imposteur habile, un magnétiseur, un empirique ou un possédé! Ils entrent dans la voie de Satan; pareils à ces Pharisiens que la lumière irritait sans les éclairer. Comme eux toutefois, ils sont libres encore d'abandonner la route de l'abîme, avant 1’heure où l'impénitence finale aurait clos pour jamais leur destinée éternelle. Ils ont dit, ces docteure de mensonge: «Jésus détestait sa famille qui le lui rendait bien,» Voilà pourquoi, sans doute, Marie, la tendre mère, informée par la rumeur publique, de l'accident survenu à son divin Fils, dans la maison de Capharnaûm, se hâte de voler à son secours. Voilà pourquoi les frères de Jésus, c'est-à-dire, comme on l'a vu, ses cousins, les fils de Cléophas, cherchent à fendre la foule pour l'arracher au péril, et lui prodiguer les soins de l’affectiou la plus vive. Mais le Fils de Dieu qui inspire de pareils dévouements, n'en a pas besoin lui-même. Sa mère et ses frères sont tous les malheureux; immense famille, embrassant l'humanité entière, qu'il est venu épouser, consoler et guérir.

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© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon