Darras tome 22 p. 603
12. L'incident sur lequel son humilité comptait pour se dérober à l'éclat de la dignité pontificale ne tarda point à se présenter. Le vénérable métropolitain de Salerne, saint Alfano, son ancien condisciple et comme lui admirateur et ami de Grégoire VII, était mort quelques mois après le grand pape, le 9 octobre 1085. Le clergé et
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le peuple de cette ville, soumise alors à la domination du prince Roger successeur de Robert Guiscard, avaient élu au siège vacant un clerc nommé aussi Alfano et probablement neveu du saint archevêque. Alfano II était venu à Rome avec les évêques et cardinaux de la suite de Desiderius dans l'intention de se faire sacrer par le futur pape et de recevoir le pallium des mains du nouveau successeur de saint Pierre. Or la principauté de Salerne avait été dix ans auparavant enlevée de force a Gisulf, son dernier titulaire lombard, et celui-ci spolié par le conquérant de l'Apulie était venus se réfugier à Rome, attendant quelque événement favorable qui lui permît de recouvrer ses états. Gisulf crut sans doute trouver dans cette circonstance l'occasion si longtemps cherchée. « Il circonvint, dit Pierre Diacre, les membres du collège cardinalice et les détermina à s'opposer au sacre de l'élu de Salerne. Comme le pape Victor III au contraire se montrait résolu à y faire procéder, Gisulf et sa faction s'abouchèrent avec le préfet nommé par Henri pour administrer la ville de Rome. L'argent fut semé à pleines mains, les schismatiques se réunirent, s'emparèrent du Capitole et ne parlaient de rien moins que de massacrer le nouveau pape avec ses défenseurs. L'émeute éclata quatre jours seulement après la promotion de Victor. Elle comblait ses vœux, il s'empressa de quitter Rome pour retourner à sa chère abbaye. A la première halte à Ardée, il quitta la croix pectorale, le manteau et tous les autres insignes du pontificat suprême avec la résolution bien arrêtée de ne les jamais reprendre. Vainement ses compagnons de voyage lui représentaient les périls pressants de l'Eglise, la dévastation des diocèses, la perte des âmes, et le conjuraient avec larmes de se résigner à la volonté manifeste du Seigneur : il répondait que le service du Seigneur était pour lui dans la retraite et la prière monastique et que sa tête n'était point faite pour les couronnes. Ce fut dans ces dispositions qu'il rentra au Mont-Cassin, où le reste de l'année 1086 s'écoula sans qu'on pût le faire changer de sentiment. Le prince Jordano, à la sollicitation des cardinaux et des évêques réunit de nouveau son armée pour marcher sur Rome et y ramener le pontife élu. Mais quand il se présenta au monastère, à la tête de ses hommes d'armes,
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Desiderius refusa absolument de la suivre et l'expédition ne put avoir lieu1. »
13. L'année 1087 s'ouvrit donc pour les catholiques fidèles avec cette immense douleur d'une vacance du saint-siége qui se prolongeait même après l'élection d'un pape légitime. En Germanie, les espérances de pacification que faisait naître la diète nationale convoquée à Oppenheim pour la troisième semaine du carême ne se réalisèrent pas. « Avec ses ruses et ses perfidies accoutumées, dit Bernold, Henri mit tout en œuvre pour empêcher cette réunion; mais les fidèles de saint Pierre, bravant toutes ses menaces, au péril de leur vie et prêts s'il le fallait à livrer une autre bataille, se rendirent à Oppenheim pour l'époque fixée. Le tyran n'ayant pu les arrêter, voulut du moins rendre inutiles leurs délibérations. Malgré le serment solennel prêté par lui quelques semaines auparavant, malgré les exhortations de ses conseillers eux-mêmes que tant de mauvaise foi révoltait, il refusa obstinément de comparaître à la diète. Cette conduite indigna ses plus fidèles partisans, mais il affectait le même dédain pour ses amis et pour ses ennemis. Ce nouveau trait de déloyauté acheva de discréditer en Allemagne le roi parjure1. » (28 février 1087.)
13 « A la même date, mediante quadragesima, dit Pierre Diacre, les cardinaux romains, le consul Cencius et les évêques d'Italie se réunirent en concile à Capoue, sous la présidence du pape élu. Le prince Jordano, le duc Roger fils et successeur de Robert Guiscard avec tous les princes et seigneurs d'Apulie assistèrent à cette assemblée synodale. Elle se termina sans qu'aucun de ses membres eût osé renouveler près de l'homme de Dieu des instances dont l'expression était dans tous les cœurs. Enfin au moment de la clôture et quand Desiderius croyait avoir échappé au péril que son humilité trouvait si formidable, tous, princes, évêques, clercs et laïques éclatèrent en sanglots et le conjurèrent d'exercer enfin le pouvoir pontifical dont une première élection l'avait revêtu. Stupéfait d'une
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1.Petr. Diacon., Patr. Lat., tom. CLXXIII, col. 804. 2. Bernold., tom. CXLVIII, col. 1305.
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manifestation aussi spontanée qu'inattendue, l'homme de Dieu resta deux jours entiers sans proférer une parole de consentement, biduo immobilis perstitit. Enfin le duc Roger, le prince Jordano avec tous les évêques, clercs et laïques fidèles étant venus se prosterner à ses pieds et le suppliant avec larmes de se sacrifier pour le bien de l'Église et le salut des âmes, il céda non sans peine et reprenant la croix et la pourpre pontificale ratifia son élection précédente. C'était le dimanche des Rameaux XII des calendes d'avril (21 mars 1087). Il revint ensuite triomphalement escorté, au monastère du Mont-Cassin où il célébra la fête de Pâques (2S mars), et après la solennité il partit pour Rome avec l'armée des princes de Capoue et de Salerne. En arrivant à Ostie, il ressentit les premières atteintes d'une maladie qui devait être incurable. Cependant il ne voulut point interrompre sa marche, il remonta le Tibre avec l'armée qui l'escortait et vint dresser ses tentes sur la grande place de Saint-Pierre. L'intérieur de la basilique était occupé par les partisans de l'antipape Wibert. Il fallut en faire le siège. Mais avec le secours de Dieu une demi-journée suffit aux soldats du prince Jordano pour faire évacuer la basilique et en chasser les ennemis. Le dimanche après l'Ascension (9 mai 1087), au milieu d'un concours immense de Romains et de tous les Transtévérins presque sans exception 1, le pontife élu fut sacré solennellement, suivant les règles canoniques par les cardinaux Odo d'Ostie, Jean de Tusculum, Jean de Porto et N... d'Albano. Or, en ce jour même, dit le chroniqueur, le corps du glorieux confesseur du Christ Nicolas, qui reposait depuis sept cent soixante-quinze ans à Myre en Lycie, fut apporté à Bari sur la côte italienne de l'Adriatique dans la province de Naples 2. » Le chroniqueur fait ici une légère erreur de date. Saint Nicolas mort vers l'an 340 quelques années
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1. La distinction que fait ici le chroniqueur nous peint la situation politique de Rome à cette époque. Dans l'intérieur de la ville la faction schismaiique dévouée à l'intrus Wibert de Ravenue comptait de nombreux adhérents. Les Transtévérins au contraire se distinguaient déjà par leur fidélité aux papes légitimes.
2.Petr. Diac, col. 803.
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après le premier concile œcuménique de Nicée auquel il avait assisté, ne reposa que sept cent quarante-sept ans dans la tombe que les habitants de Myre lui avaient élevée. Ses précieuses reliques enlevées furtivement par un convoi de marchands italiens qui avaient suivi l'amée de Robert Guiscard sur le littoral des Hellènes, furent comme un dernier trophée des victoires du héros normand. Débarquées dans l'antique cité apulienne de Bari le jour même où Victor III consentait à recueillir l'héritage de Grégoire VII, elles devinrent bientôt comme une sorte de garantie surnaturelle de la légitimité du nouveau pape. Des miracles sans nombre éclatèrent à Bari, comme il s'en produisait depuis quelques mois à Mantoue sur le tombeau de saint Anselme de Lucques. Du nord au midi de l'Italie deux témoins irrécusables attestaient, par des prodiges que le rationalisme n'expliquera jamais, la protection divine de Jésus-Christ sur l'Église catholique, son immortelle épouse.
15. Il n'est pas sans intérêt de comparer le récit du sacre de Victor III fait par le chroniqueur du Mont-Cassin Pierre Diacre, avec celui d'un annaliste contemporain dévoué à la faction schismatique de l'antipape Wibert et du roi excommunié Henri. M. Pertz en ces dernières années a remis en lumière une chronique du XIe siècle intitulée Annales Augustani1, œuvre d'un sectaire henricien, qui résume en ces termes le pontificat de Victor III : « L'abbé du Mont-Cassin, Desiderius, personnage qui s'était fait dans le monde entier une réputation de sainteté extraordinaire, entra une première fois à Rome avec une armée de Normands dans l'intention de se faire proclamer pape. Mais ceux des Romains qui étaient restés fidèles à l'empereur Henri l'expulsèrent ignominieusement avec le troupeau de moines dont il s'était fait accompagner, les chargeant d'imprécations et d'outrages. Une seconde fois, durant l'absence de Wibert, Desiderius revint la veille de la très-sainte solennité de la Pentecôte. Son arrivée soudaine avait été précédée d'intrigues et de trahisons occultes. Il put ainsi
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1. « Annales d'Augsbourg. »
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envahir Rome par surprise et s'emparer l'épée à la main de la basilique de Saint-Pierre, où il se fit sacrer et introniser le jour même de la fête1. » La faction de l'antipape n'était plus seule à insulter le très-saint pape Victor III. Des outrages venus de plus haut et d'une main plus particulièrement chère firent alors cruellement souffrir le cœur du nouveau pape. Voici la lettre qu'écrivait en ce temps à la pieuse comtesse Mathilde l'un des plus illustres défenseurs de Grégoire VII, l'un des quatre personnages désignés par le grand pape comme dignes de lui succéder, le cardinal français Hugues de Lyon, légat apostolique dans les Gaules. « Hugues, serviteur de la sainte église Lyonnaise à sa très-chère sœur en Jésus-Christ Mathilde, abondante effusion de grâces et de consolations divines. — Il vous souvient des lettres pressantes et des nombreux messages qui me furent transmis soit par les cardinaux de la sainte église romaine soit par le bienheureux Anselme de revérendissime mémoire, soit enfin par vos propres envoyés, pour me contraindre à faire le voyage de Rome après la mort du grand pape Grégoire VII. Vous savez également combien s'est prolongé mon séjour en Italie, au détriment de mon ministère épiscopal. Lorsque j'arrivai à Rome, l'élection de l'abbé du Mont-Cassin était un fait accompli. De concert avec mes frères et collègues, cardinaux de la sainte église romaine, cédant à un sentiment humain plus qu'à la volonté divine et m'accommodant à la nécessité des circonstances, je donnai mon assentiment à l'élection. Mais lorsque je me rendis au Mont-Cassin où l'élu s'était déjà retiré, quelles ne furent pas ma consternation, ma douleur, mon repentir, en entendant de sa bouche même le récit des criminelles actions dont sa vie est souillée ! Pourrait-on croire, si on ne le lui avait entendu raconter à lui-même, qu'il s'est engagé vis-à-vis du roi Henri à lui faire obtenir la couronne impériale? Qui serait recevable à accuser Desiderius de ce que vais dire, s'il ne s'en était vanté lui-même comme d'un titre de gloire? Il nous racontait
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1. Pertz. Uonum. Germon. Scrip., toiu. III, p. 132. —Cf. Watterich, tom. I, ». 744.
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que Henri ne fût jamais venu à Rome et n'eût jamais envahi les domaines de saint Pierre, s'il n'eût été encouragé par ses conseils et son influence1. Ne semblerait-on pas en démence si l'on se hasardait à soutenir qu'après avoir une première fois encouru pour ses rapports avec le roi excommunié les censures apostoliques portées par le très-bienheureux pape Grégoire VII, Desiderius est retombé une seconde fois sous le lien de l'anathème? C'est pourtant un fait avéré, car en nous parlant du cardinal Atto archevêque élu de Milan, nominativement excommunié par Grégoire VII et mort dans l'impénitence finale, Desiderius l'appelait toujours le très-bienheureux Atto, ajoutant qu'il ne souhaitait pour lui-même dans la patrie céleste d'autre gloire que la sienne1. C'était en présence de tous les évêques et cardinaux qu'il tenait ce langage. Nos frères et collègues Hermann et Bernard qui sont en ce moment près de vous peuvent l'attester, car c'est de leur bouche que je tiens le fait. Combien de fois Desiderius n'a-t-il pas improuvé formellement les décrets de son maître et seigneur le pape Grégoire VII ! Quant à sa propre élection il a dit, redit et répété mille fois qu'elle n'était pas selon Dieu et qu'elle s'était faite tumultuairement; qu'il ne l'avait point acceptée et qu'il ne l'accepterait jamais; qu'il rendait à l'église romaine toute liberté d'élire un pontife digne et capable, poussant la témérité jusqu'à désigner lui-même les personnages qui lui paraissaient réunir les conditions requises, nommant entre autres l'évêque de Metz Hérimann 3, au
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1. Toutes ces interprétations calomnieuses se rapportaient à la conférence que Desiderius avait eue avec Henri IV à Albano. Le lecteur en connaît le réci officiel, qui ne ressemble en rien aux outrageantes récriminations de l'archevêque lyonnais.
2. Ici Hugues de Lyon fait une confusion de nom et de personne qui ne peut s'expliquer que par l'éloignement ou il vivait de Rome et de l'Italie. Le bien heureux Ato dont parlait Desiderius, en lui donnant un titre de sainteté qu'il méritait à tous égards, n'avait jamais été excommunié par Grégoire VII, dont au contraire il se montra jusqu'à la fin de sa vie le plus fidèle défenseur. Hugues le confondait avec l'intrus Thédald, qui venait de mourir dans l'impénitence à Arona, le 25 mai 1085.
3. On sait quels étaient la vertu, le zèle, la sainteté et la science du courageux
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sujet duquel, vous me l'avez dit vous-même, il crut devoir vous écrire. Mais enfin puisqu'il refusait de consentir à son élection, nous nous crûmes délivrés, et l'espérance de voir bientôt la promotion d'un pontife légitime nous retint en Italie. En effet des lettres du vicaire apostolique 1 nous convoquèrent pour le concile de Capoue à l'effet d'élire un pape. J'étais alors à Salerne avec Richard abbé do Saint-Victor de Marseille et l'archevêque d'Aix (Pierre II Geoffroi). Tous trois nous fûmes invités au nom de l’église romaine et de la part du vicaire apostolique par l'évêque d'Ostie, le prince de Salerne et le consul Cenci-us, à nous rendre à cette assemblée pour y délibérer sur le choix d'un souverain pontife ; et nous obéîmes sans retard. Or le duc Roger, jeune et sans expérience; s'était laissé circonvenir par le prince Jordano. Venu avant nous à Capoue, il avait promis son concours aux partisans de Desiderius. Celui-ci, dès la première session du consile, affecta de repousser la papauté en termes emphatiques et avec des gestes étudiés, mollibus et gestuosis repulsionibus. Ce n'était qu'une habile manœuvre pour provoquer les supplications des évêques ses fauteurs et du prince de Salerne. Nous n'en étions nullement dupes; et pendant que les partisans de Desiderius prodiguaient près de lui les supplications et les prières, nous avisions avec l'évêque d'Ostie, le moine Guitmond et quelques autres personnages, aux moyens de déjouer l'artifice. Au moment donc où l'abbé allait céder à cette douce violence et reprendre les insignes pontificaux tant de fois repoussés par lui, élevant la voix en pleine assemblée et protestant contre la versatilité de cet homme, nous déclarâmes qu'avant de consentir à sa promotion, nous demandions une enquête canonique sur des faits compromettants pour son honneur et pour la dignité pontificale, venus à notre connaissance depuis la première
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Hérimann. En le désignant comme un sujet digne de la papauté, Desiderius lui rendait justice et s'honorait lui-même.
1. Nous ne savons quel était le cardinal désigné; ici sous le titre de vicaire apostolique. Le doyen du collège cardinalice était alors Odo d'Ostie. Malgré les évidentes calomnies de Hugues de Lyon contre ce-vénérable personnage, il se pourrait que ce fût lui qui exerçât alors les fonctions de vicaire apostolique.
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élection. A ces mots, Desiderius laissa percer un sentiment d'indi gnation et répondit, qu'il ne voulait ni se soumettre à une enquête ni accepter le pontificat. Secouant ses deux mains, il sortit de l'assemblée, nous laissant toute liberté d'élire qui bon nous semblerait. Cependant le moine Guitmond par le conseil de l'évêque d'Ostie, prenait la parole pour déclarer que Desiderius était irrégulier, qu'il ne pouvait à aucun titre devenir pape parce qu'il avait durant plus d'une année vécu sous le lien des censures fulminées par le seigneur apostolique Grégoire VII contre tous ceux qui entretenaient des rapports avec les excommuniés. Après ce discours, la nuit étant venue, l'assemblée se sépara. Mais pendant que nous retournions chacun dans nos demeures, le duc Roger, l'évêque d'Ostie avec les autres évêques et cardinaux romains se rendirent près de Desiderius. Le duc insistait surtout pour qu'on procédât au sacre d'un clerc nommé Alfano, récemment élu à l'archevêché de Salern ; mais l’évêque d'Ostie résistait à cette requête et Desiderius n'osait pas le contredire; car cet Alfano était un ambitieux notoire. Le duc irrité de ce refus les quitta pour rentrer dans son palais. Désolé de cette disgrâce et sachant bien que sans l'appui du duc il ne pourrait jamais obtenir, la papauté, Desiderius lui envoya au milieu de la nuit, pendant que tout le monde dormait dans la ville, un message pour le prier de revenir. Roger accourut, il promit à Desiderius de le faire pape et Desiderius lui promit de faire sacrer son archevêque de Salerne. En effet le lendemain, dimanche des Rameaux, le sacre d'Alfano eut lieu sur l'ordre de Desiderius, sans qu'aucun des cardinaux ni des évêques osât produire la moindre réclamation. Ce même jour après le repas et la sieste qui le suivit, lorsque Desiderius, le duc Roger et le prince Jordano se rendirent à la cathédrale, quel ne fut pas notre étonnement de voir l'abbé reprendre, sans nous consulter la chape blanche et les autres insignes du pontificat ? C'était l'exécution du pacte nocturne et la récompense du sacre conféré le matin à Alfano. L'évêque d'Ostie, qui jusque-là avait marché avec nous dans le chemin de la justice, voyant que l'armée du prince Jordano se mettait en route pour escorter Desiderius à Rome, et craignant
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pour sa propre dignité s'il refusait son ministère au sacre qui allait avoir lieu fit volte-face, conversus est in die belli. Oubliant tous les engagements contractés envers nous, ô honte! il fit sa paix avec Desiderius et lui rendit hommage et obéissance comme à un pape légitime 1. »
16. Telle est cette lettre à jamais regrettable, où l'on cherche vainement la trace des nobles et généreuses pensées qui avaient jadis fait la gloire de l'élu providentiel de Dieu, du courageux légat apostolique de Grégoire VII dans les Gaules, du métropolitain de Lyon désigné par le grand pape comme l'un des plus dignes du pontificat suprême. Peut-être cette désignation fut-elle la cause d'une chute si profonde. Les fumées de l'ambition troublèrent un instant cette âme d'élite. Hugues de Lyon aspirait à devenir pape, autant que Desiderius redoutait de l'être. L'ambitieux calomnia sans pitié l'humilité d'un rival qui fuyait les honneurs et que les honneurs poursuivaient. La meilleure réponse à toutes les injures débitées par Hugues de Lyon contre Desiderius et aux reproches de connivence avec Henri IV se trouve dans la courte notice consacrée par Bernold au bienheureux pape Victor III. «Immédiatement après son sacre, dit le chroniqueur, ce saint pontife adressa à tout l'univers chrétien une encyclique où il déclarait sa volonté irrévocable de maintenir les décrets des pères, et où il renouvelait la sentence d'excommunication prononcée contre Henri IV et ses partisans par le pape Grégoire VII son prédécesseur de pieuse mémoire 2» Nous n'avons plus cette encyclique de Victor III. Elle dut être datée de Rome même, où le bienheureux pontife demeura encore huit jours après son sacre. «Il revint ensuite au Mont-Cassin, dit Pierre Diacre, avec les princes qui l'avaient accompagné3. » Quant à la comtesse Mathilde à qui Hugues de Lyon confiait si naïvement le secret
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1.Aug. Lugdun. Epist. vm;Patr, Lat., tom. CLVII, col. SU.
2. Bernold., col. 1395.
3. Prxdictus autem pontifex per octo circiter dies Roms remoratus utia cum prsdictis principibus ad hoc monasterium rediit.
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de ses ambitions déçues, elle professait à l'égard de Victor III une vénération et un dévouement absolus. «Peu de temps après, reprend Pierre Diacre, elle se rendit à Rome et adressa au pontife un message pour le supplier humblement de venir l'y rejoindre, car l'unique but de son voyage était de jouir de la faveur de ses entretiens. Le pape était alors tellement malade qu'il lui eût été impossible de faire le voyage par terre. Mais son courage était indomptable ; il se fit porter à bord d'un navire qui le débarqua à l'embouchure du Tibre, et le 4 juin il arriva à Rome où il reçut de la comtesse Mathilde, de l'armé toscane et des fidèles catholiques, un accueil triomphal. Il demeura huit jours dans le palais attenant à la basilique de Saint-Pierre, et le 11 juin, fête de saint Barnabe il officia pontificalement sur l'autel du prince des apôtres. Le même jour, escorté par les troupes de la comtesse, il put pénétrer par le Transtévère dans l'intérieur de la ville et s'avanuer jusqu'à l'île de Saint-Barthélémy où il demeura quinze jours. Il se vit maître alors de tous les quartiers au-delà du Tibre, du château Saint-Ange, des cités d'Ostie et de Porto. Une foule de nobles romains et le peuple presque tout entier, abandonnant l'intrus Wibert qui était revenu s'établir dans le quartier du Capitole, firent leur soumission au pape légitime. Mais la veille de la fête des apôtres (28 juin), un courrier suborné par l'hérésiarque Wibert se présenta apportant un prétendu message par lequel le césar Henri mettait au ban de l'empire les consuls, les sénateurs et tous les Romains qui auraient reconnu l'obédience de Victor III. L'épouvante se répandit dans toute la ville : on disait que l'armée impériale était en marche, et que sous peu Henri exercerait des représailles terribles. La peur rendit les Romains féroces. En un clin d'œil ils se ruèrent, les armes à la main, sur l'île Saint-Barthélémy et le Transtévère, chassant les troupes toscanes et forçant le pape Victor III à se renfermer dans le château Saint-Ange. Ils ne purent cependant s'emparer de la basilique de Saint-Pierre énergiquement défendue par les soldats de Mathilde. L'hérésiarque Wibert fut désolé de ce contre-temps, car il s'était vanté d'y célébrer victorieusement la messe le jour de la fête des apôtres (29 juin 1807). Il lui fallut
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renoncer à cette pompe sacrilège et vers midi, comme ses séides venaient en incendiant les tours qui protégeaient la petite église de Sainte-Marie, voisine de la basilique, de lui en ouvrir l'accès, il y dit la messe au milieu des ruines fumantes. Ainsi, ô douleur! l'église apostolique et universelle du bienheureux Pierre fut privée de tout office le jour même de la fête de saint Pierre ! Le siège continua tout le jour. Mais au coucher du soleil comme la multitude des assiégeants augmentait sans cesse, les soldats de Mathilde, quittèrent en bon ordre la basilique, se firent jour à travers les flots pressés de la foule et se retirèrent au château Saint-Ange. Les schismatiques passèrent la nuit à laver l'autel, et le lendemain matin l'hérésiarque Wibert le profana de nouveau en y disant la messe. Ce succès qui exaltait l'orgueil des schismatiques ne fut pas de longue durée. Dès le lendemain la populace romaine lassée de trois jours d'émeute se retira et la basilique rentra au pouvoir du pape Victor. Pendant que ces lamentables désordres éclataient à Rome, ajoute le chroniqueur, quelques pieux pèlerins qui se rendaient au Mont-Cassin pour prier sur la tombe de notre bienheureux père Benoît, rejoignirent sur la route un vénérable personnage qui leur parut un chanoine. Ils lui demandèrent qui il était. « Je suis l'apôtre Pierre, » répondit l'inconnu.— «Mais où allez-vous ? » dirent les pèlerins stupéfaits. — «Je vais célébrer le jour anniversaire de ma passion près de mon frère Benoît, reprit l'auguste personnage. On me chasse de Rome où mon église est en proie aux plus horribles tempêtes. » Les pèlerins firent ce Jécit à nos frères, et pour en perpétuer la mémoire, la solennité de saint Pierre devint dans notre abbaye fête patronale du même rite que celle de notre père Benoît 1. »
17. Victor III ne tarda point lui-même à quitter cette Rome infidèle : il prit congé de la comtesse Mathilde et revint dans le courant du mois de juillet au Mont-Cassin. Henri IV dont le nom avait été si perfidement exploité par Wibert ne songeait point alors à une expédition en Italie. La terreur qu'il inspirait aux Romains s'était, changée pour l'Allemagne en un sentiment de mépris. « Les princes du royaume teutonique, dit. Bernold, se réunirent, le
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Ier août 1087, dans une diète générale aux portes de Spire. Henri et ses fauteurs y assistèrent. Le roi excommunié fut sommé de se faire relever de l'anathème qu'il avait encouru; sous cette condition les princes lui promettaient leur appui pour lui faire recouvrer ses états. Mais persistant dans son obstination accoutumée, il soutint qu'aucune excommunioation ne pesait sur lui. On fit alors lecture des lettres du seigneur pape Victor qui annonçait son exaltation sur le siège apostolique et renouvelait en la confirmant la sentence portée contre Henri et ses fauteurs par le pape Grégoire VII de pieuse mémoire. Les ambassadeurs du roi de Hongrie Ladislas,présents à la diète, déclarèrent que leur maître persévérerait jusqu'à la mort dans sa fidélité à saint Pierre et qu'il était prêt à venir à la tête de vingt mille cavaliers combattra les schismatiques. Malgré ces imposantes manifestations, Henri persévéra dans son refus ; et les fidèles saxons jurèrent de n'avoir plus nul rapport avec lui. Dans sa fureur, le tyran les menaça d'aller leur rendre visite à la tête d'une bonne armée dans l'octave de la prochaine fête de saint Michel (29 septembre). «Nous vous épargnerons la peine du voyage, répondirent les nôtres, et le jour même de la fête nous serons en face de vous. » La diète se sépara sur ce défi mutuel. Henri, malgré l'infériorité de ses forces, voulut à l'époque fixée entreprendre une expédition contre la Saxe. Mais le roi Hermann le força à s'enfuir honteusement. Il le poursuivit et fut sur le point de l'atteindre. C'en était fait à jamais du tyran de la Germanie, « ce Néron, ce Dèce de notre âge, dit un chroniqueur, sans la trahison. du comte de Misnie Egbert auquel le fugitit dut son salut1. »
18. « Cependant, reprend Pierre Diacre, le pontife Victor III, après avoir solennellement consacré l'église de Saint-Nicolas-in-Pica récemment élevée dans le voisinage du Mont-Cassin, se rendit avec tous les cardinaux et les évêques de Calabre, d'Apulie et des principautés à Bénévent, où il tint au mois d'août un concile solennel. Voici le discours prononcé en cette circonstance par le seigneur apostolique : «Votre dilection sait, bien-aimés frères et
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1. Petr. Diac.,col. 807.
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coévêques, l'univers entier connaît les persécutions qu'a subies de nos jours le saint et apostolique siège romain dont l'autorité de Dieu lui-même m'a constitué le serviteur. Les coups de marteau des banquiers simoniaques n'ont cessé de le frapper. Il y eut un moment où l'on crut que la colonne du Dieu vivant allait s'écrouler, le filet du souverain Pêcheur se rompre et disparaître sous l'effort de la tempête dans les profondeurs des flots soulevés. Ce fut quand, du vivant du pape Grégoire VII mon prédécesseur de sainte mémoire, l'hérésiarque Wibert, ce précurseur de l'Antéchrist, porte-étendard de Satan, envahit l'église romaine et s'assit comme l'abomination de la désolation sur la chaire du prince des apôtres. Maintenant encore il continue à fouler aux pieds, à tuer, à déchirer les brebis fidèles du Christ. Instigateur de tous maux, persécuteur, calomniateur effronté, quelles injures, quelles infamies n'a-t-il point accumulées contre le grand pontife Grégoire ! Quelles calamités, quelles persécutions sanglantes, quels crimes sans nombre n'a-t-il point provoqués ! Chef de toutes les conjurations, c'est lui qui déchaîna dans Rome les emeutiers dont il soudoyait l'horrible concours. Ainsi il parvint à expulser le grand pape; ainsi parjure et simoniaque, il osa, lui excommunié et voué à la damnation éternelle, prononcer contre le saint pontife une sentence de déposition sacerdotale. Jamais dans toute la suite des siècles pareil attentat ne s'était vu. L'empire romain, toutes les nations, tous les royaumes s'ébranlèrent à la voix d'un apostat pour combattre le plus saint et le plus grand des pontifes. La ville de Rome fut inondée de sacrilèges, de meurtres, de parjures et de crimes. Elle devint le foyer de toutes les conspirations, le théâtre de tous les débordements, de tous les forfaits. Nouveau Simon dont il reproduit la perfidie et l'avarice sacrilège, Wibert appela à son aide les armées impériales, il convoqua dans le monde entier toutes les hordes disponibles de scélérats et de pillards pour l'aider à consommer son exécrable attentat. Sans nul souci des préceptes évangéliques, des anathèmes prononcés par les prophètes de l'ancienne loi et par les apôtres de la loi nouvelle, au mépris des règles canoniques et des constitutions pontificales, sans aucun juge-
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ment préalable des cardinaux ni des évêques, sans aucun suffrage du clergé romain, sans aucun concours du peuple fidèle, il s'installa sur le siège apostolique et se fit dans la sainte église romaine le chef de toute iniquité, malice et perdition. Quelque temps après, la clémence du Dieu tout-puissant appela à la béatitude éternelle le pontife Grégoire, illustré par tant de travaux, de luttes et d'héroïques combats. Il se produisit alors un concert unanime des cardinaux, des évêques de toutes les provinces, du clergé et du peuple romain, pour contraindre notre humble personne, nostram parvitatem, et nous promouvoir, malgré nos refus persévérants et notre résistance obstinée, sur le siège apostolique. Mais Wibert n'a point cessé sa persécution. Sans craindre le jugement de l'empereur éternel, il continue à immoler les brebis que le Christ notre divin maître a rachetées au prix de son sang. En conséquence par l'autorité du Dieu vivant, au nom des bienheureux apôtres Pierre et Paul et de tous les saints, nous le déclarons déchu de tout honneur et office même sacerdotal ; nous le retranchons de la communion de l'Eglise et l'enchaînons sous le lien de l'anathème. — Vous savez encore, frères bien-aimés, et le fait n'est que trop notoire, les ruses et les trames perfides ourdies contre ma personne par l'archevêque Hugues de Lyon et par Richard abbé de Saint-Victor de Marseille. Dominés l'un et l'autre par un esprit d'ambition et d'orgueil, ils convoitaient dans l'ombre l'honneur du pontificat suprême. Quand ils ont vu s'évanouir leurs sacrilèges espérances, ils n'ont pas craint d'arborer dans la sainte église l'étendard d'un nouveau schisme. Et pourtant Richard était à Rome lors de notre élection ; il avait prêté son concours le plus actif aux autres cardinaux et évêques qui en prirent l'initiative. Hugues n'arriva que plus tard, mais il se prosterna à nos pieds, versant des larmes de tendresse, nous rendant hommage comme à un pontife légitime et sollicitant de nous la faveur qui lui fut accordée d'être maintenu dans sa charge de légat apostolique en France. Tant qu'ils nous voyaient, dans le sentiment de notre indignité et de notre faiblesse, repousser l'élection faite ou sanctionnée par eux, ces deux personnages redoublaient d'instances et de suppli-
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cations pour nous déterminer à accepter le fardeau et à faire le sacrifice de nos répugnances personnelles à l'intérêt général et au bien de l'Église. Mais dès qu'ils nous virent céder, leur ambition longtemps contenue éclata comme la flamme trop condensée déborde de la fournaise. Voyant tous leurs frères et les nôtres s'opposer unanimement au scandale qu'ils voulaient soulever, ils se séparèrent à l'instant de leur communion et de la nôtre. En conséquence nous vous enjoignons par notre autorité apostolique de cesser tout rapport avec eux et de ne communiquer d'aucune sorte avec des personnages qui se sont volontairement séparés de la communion de l'Église romaine. « Quiconque agit de la sorte, dit le bienheureux docteur Ambroise, doit être tenu pour hérétique 1.»
19. Après cette allocution dont la netteté, la précision, la mâle vigueur rappelaient la majestueuse éloquence et la fermeté apostolique de Grégoire VII, le pontife formula les décrets suivants : « Nous statuons que quiconque recevra de la main d'un laïque l'investiture d'un évêché ou d'une abbaye, ne pourra jamais être admis au rang des évêques ou des abbés ni recevoir de personne l'obéissance due à ce double titre. Nous, lui interdisons la grâce du bienheureux Pierre et l'entrée de l'Eglise jusqu!à ce que venu à résipiscence, il ait abandonné le titre obtenu par son ambition et sa désobéissance, crime assimilé par l'Écriture à une véritable idolâtrie. Nous établissons la même pénalité pour les investitures qui concernent les bénéfices ecclésiastiques d'ordre inférieur. — Tout empereur, roi, duc, marquis, comte ou autre, laïque constitué en dignité qui oserait conférer l'investiture d'un évêché, d'une abbaye ou de quelque titre ecclésiastique que ce soit, encourrait la même excommunication. C'est la doctrine que les trois cent dix-huit pères du concile œcuménique de Nicée formulèrent en ces termes : «Et celui qui donne, et celui qui reçoit pour simonie, qu'il soit anathème!» Après la promulgation de ces ordonnances qui renouvelaient et confirmaient toutes celles du grand pape Grégoire VII, le pape Victor s'adressant à la foule des fidèles qui se
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1. Bernold. Chronic...col. 1398.
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pressait dans l'enceinte sacrée conclut en ces termes : « Lorsque vous communiquez avec des évêques, des abbés, des prêtres ou des clercs simoniaques, lorsque vous assistez aux offices célébrés par eux et unissez vos prières aux leurs, vous encourez l'excommunication qui les frappe. Les tenir pour des pasteurs légitimes, c'est une grave erreur. Ne recevez les sacrements de pénitence et d'eucharistie que de la main des ministres catholiques. Et s'il ne s'en trouve point à votre portée, tenez pour certain qu'il vaut mieux vous abstenir du sacrement eucharistique que de le recevoir d'une main hérétique. La communion spirituelle avec Dieu est mille fois préférable à une communion visible qui vous constituerait dans l'excommunication. « Nul accord ne saurait exister entre le Christ et Bélial, dit l'apôtre: il n'y a point de rapport du fidèle avec l'infidèle1. » Or tout hérétique est un infidèle; les simoniaques sont des hérétiques ; donc ils sont des infidèles. » Ainsi parla le pontife, reprend le chroniqueur. Tous les évêques acclamèrent sa voix apostolique. Son discours et les décrets promulgués furent soigneusement écrits, et l'on en transmit des exemplaires à toutes les églises d'Orient et d'Occident2. »