Bysance 23

 

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      13. Michel ignorait complètement cette dernière. Dans la chaleur de l'action, où il avait peut-être eu tort de s'engager si bravement de sa personne, il n'avait pu se rendre compte de l'ensemble des opérations. C’était d'ailleurs à Léon l'Arménien lui-même qu'il avait remis la direction générale, se réservant uniquement l'hon­neur de vaincre ou de mourir comme le premier soldat de l'armée, au poste le plus périlleux. Il était si loin de soupçonner la perfidie du général, que son premier soin fut de lui expédier un message et des instructions. Comme il les dictait, au patrice Hexaboulos: « Prince, lui dit ce dernier, vous ignorez donc que Léon est un traître. » Michel allait défendre la réputation du général contre ce qu'il croyait être une calomnie, lorsqu'un courrier, venu d'Andrinople, apporta la nouvelle que Léon l'Arménien venait de se faire proclamer empereur et se disposait à marcher sur Byzance. Les patrices, le sénat, le peuple, dont Michel avait su mériter l'affection accoururent au palais, jurant de mourir pour le défendre. Michel les remercia de leur concours, mais il refusa de l'accepter. « Je ne veux pas, dit-il, qu'une seule goutte du sang de mes sujets soit versée pour me conserver un rang que je dédaigne et auquel je suis parvenu malgré moi.» Vainement l'impératrice Procopia, aussi ambitieuse que Michel l'était peu, se jeta à ses pieds, fondant en larmes, lui représentant qu'un souverain n'a pas le droit, sous pré­texte d'épargner le sang de quelques rebelles, d'exposer celui de ses fidèles à couler par torrents. Michel, fatigué du poids du scep­tre, las de la corruption du siècle, dégoûté de l'ingratitude des hommes, resta sourd à toutes les prières. Procopia désespérée, dans un mouvement de jalousie féminine, sortit en criant: « Je verrai donc ma couronne sur la tête de la Barca ! » C'était le sur-

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nom injurieux que le peuple donnait à Théodosie, femme de Léon l'Arménien. Michel, insensible à cette dernière plainte comme il l'avait été à toutes les autres, déposa son diadème, son manteau de pourpre, sa chaussure d'écarlate, et les remettant au plus fidèle de ses officiers: « Allez, lui dit-il, porter à Léon ces insignes qu'il ambitionne et que je méprise. Dites-lui qu'il peut venir sans crainte prendre possession d'un palais que je ne lui disputerai pas. » Le 11 juillet suivant, Léon l'Arménien faisait à  Constantinople son entrée triomphale. Michel fut relégué dans un monastère de la Propontide, où sous le nom de frère Athanase, il vécut trente-deux ans dans les exercices de la plus austère pénitence. Procopia et ses deux filles, Gorgonie et Théophano, enfermées dans un cloître à Constantinople, n'obtinrent plus la permission d'en sortir. Deux princes, fils de Michel et déjà associés au trône, Théophylacte et Nicétas, par un raffinement de barbarie trop commun en Orient, subirent par ordre de Léon l'Arménien une  mutilation  ignomi­nieuse. Ils furent ensuite conduits à leur père et prirent comme lui l'habit monastique. Tous deux changèrent de nom. Théophylacte, l'aîné, âgé alors de vingt ans, se fit appeler Kustathius, et mourut en 870. Le plus jeune, Nicétas, qui n'avait  encore  que quatorze ans, choisit le nom d'Ignace, par dévotion pour le grand évêque d'Antioche, dont il devait plus tard, sur le siège de Constantinople, rappeler le courage et les vertus apostoliques.

 

14. Cependant Léon V l'Arménien se faisait couronner à Sainte-Sophie, au milieu d’une foule attristée et muette. On n’osa protester contre l'usurpateur que par un mot d'ailleurs très-juste adopté depuis par l'histoire : le nouvel empereur fut surnommé Caméléon. Selon l'usage, il lut à haute voix le serment par lequel il s'engageait à respecter les droits de l'Église, à maintenir l'inté­grité de la foi et le culte orthodoxe des saintes images. Un serment ne coûtait rien à un homme qui venait de conquérir par tant de lâchetés et de trahisons la couronne impériale. Iconoclaste jusqu'au fond de l'âme, il se promettait bien de restaurer le plus tôt possible sa détestable hérésie.   Mais il  lui fallut  d'abord  repousser l'in­domptable Crum dont l'armée victorieuse venait d'investir Andri-

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nople, et se disposait à marcher sur Byzance. Les fêtes du cou­ronnement étaient à peine terminées que les hordes bulgares firent leur apparition sous les murs de Constantinople. Un spectacle affreux inaugura les opérations du siège. Sur un autel de gazon élevé au milieu de son camp, Crum à la fois pontife et roi dans son culte idolâtre, procéda à une cérémonie expiatoire. Elle con­sista à égorger une multitude de captifs grecs en l'honneur des dieux bulgares ; avec le sang de ces victimes humaines, Crum as­pergea les troupes alignées, les tentes et les machines de guerre. Du haut des remparts, le peuple de Byzance, témoin de ces hor­reurs, poussait des cris de désespoir. La terreur redoubla quand on vit le lendemain l'incendie dévorer toutes les cités et les campagnes environnantes sur une étendue de vingt-cinq lieues. Léon eut recours à un stratagème digne de sa perfidie, il invita Crum à une conférence où l’on discuterait des propositions de paix. Ce n'était qu'un moyen de le faire lâchement assassiner. La vigueur et l'agi­lité du roi bulgare le sauvèrent ; les meurtriers lui firent quelques blessures, mais il parvint à leur échapper. Ce fut, on le conçoit, pour préparer une éclatante vengeance. Mais quelques mois après, il succombait à une attaque d'apoplexie ; cette mort sauvait l'em­pire (13 avril 814). Son successeur, le roi Deucom, fut défait en bataille rangée par Léon l'Arménien ; les Grecs parcoururent le fer et la flamme à la main les plaines de la Bulgarie, égorgeant sans pitié hommes, femmes, vieillards et enfants. Ce fut l'exécution en masse de tout un peuple. Sur les ruines de ses États, Deucom signa une paix définitive qui devait durer en effet soixante-quatorze ans (815).

 

15. Couvert de gloire par un tel succès, Léon l'Arménien revint à Constantinople dans l'appareil des anciens triomphateurs. Son premier soin fut de faire enlever de la porte du palais la grande statue du Sauveur jadis élevée par Constantin le Grand, détruite par Léon l’lsaurien et rétablie par Irène. Cet acte fort significatif apprit à la population de Byzance qu'elle allait de nouveau revoir le vandalisme des briseurs d'images. La faction iconoclaste salua cet événement par des transports d'enthousiasme. Elle avait pour

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chefs Jean le Grammairien, surnomma Lécanomante, et Théodote Cassitéras. Jean le Grammairien, moine, puis abbé du couvent des Saints-Sergins et Bacchus à Constantinople, s'était d'ahord signalé comme professeur de belles-lettres, d'où son titre de grammairien. Son monastère avait le privilège de fournir les officiants de la cha­pelle impériale. Profondément ambitieux sous une apparence et des formes de mysticité ascétique et contemplative. Jean aspirait aux honneurs avec d'autant plus de passion que sa profession reli­gieuse semblait l'en exclure. Pour flatter le goût superstitieux de ses compatriotes, il se donnnait pour un prophète, ou plutôt pour un devin de premier ordre, car il affectait de lire ses prétendus oracles dans un vaste bassin rempli d'eau, à peu près tel que celui dont Mesmer devait se servir plus tard. Cette particularité le fit sur­nommer Lécanomante (léxanon mantis). Un jour il assistait à côté de Léon l'Arménien à l'office public, la leçon fut empruntée au XLe chapitre d'Isaïe, quand reprochant aux fils d'Israël leurs pen­chants idolâtriques, l'écrivain inspiré s'écrie : « Sous quels traits représenterez-vous le Dieu tout-puissant, comment dessinerez-vous son image 1 ». A ces mots Jean se pencha vers l'oreille de l'em­pereur : «Prince, lui dit-il, entendez-vous les paroles du prophète? C'est un avis qu'il vous donne. » Léon l'Arménien était depuis longtemps du même avis. Il répondit à cette provocation icono­claste en disant : « Attendez que je vous aie fait patriarche. » Lécanomante, flatté d'une telle perspective, prit patience. En attendant, il se lia avec le capitaine des gardes, Michel le Bègue, soldat ignorant mais brave, qui devait régner un jour, lui inculqua tous les préjuges iconoclastes, et prit sur lui un tel ascendant qu'il se fit confier l'éducation de son fils, Théophile, destiné lui-même à régner un jour et à porter dans l'histoire le surnom «d'Infortuné. » Ainsi, par une coïncidence singulière, Lécanomante, favori d'un empereur icononoclaste, se trouvait à son insu préparer pour l'a­venir deux autres empereurs non moins favorables à l'hérésie. — Sur un plan  inférieur, mais relativement encore assez élevé, se

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l. /suie, XL, a.

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trouvait un autre intrigant  nommé Théodote Cassiteras. Celui-ci était arrière-neveu de l'impératrice Eudoxia, troisième femme de Constantin Copronyme. Il commandait une des compagnies de la garde, mais cette position subalterne ne satisfaisait que médiocrement son orgueil. L'erreur iconoclaste était héréditaire dans sa famille ; ce lui fut une recommandation près de Léon l'Arménien. Il y ajouta de plus une liaison intime avec Lecanomante, et ne douta plus d'avoir trouvé le chemin de la fortune.


16. Tels étaient les deux complices de l'empereur dans la restaurairation iconoclaste qu'il méditait. Tous deux lui promettaient un règne aussi long que celui de Léon l'Isaurien s'il réprimait comme ce dernier l'idolâtrie des images. Tous les précédents malheurs de l'empire n'étaient, suivant eux, que la punition visible du Seigneur irrité contre l'infidélité d'un peuple qui outrageait la divinité en adorant de viles statues, des images muettes. Léon l'Arménien n'avait pas besoin de tant d'exhortations pour entrer dans une voie qu'il s'était toujours promis de suivre. Il manda le partriarche saint Nicéphore et lui déclara qu'enfin l'heure était venue de faire disparaître une idolâtrie honteuse, cause de tous les malheurs de l'Orient, sujet perpétuel de troubles et de discordes. « Personne plus que nous n'aime la paix, dit Nicéphore. C'est vous, prince, je le dis avec douleur, c'est vous qui la troublez. Toutes les églises ne sont-elles pas d'accord sur la vénération des images ? Rome, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, consentent-elles à les rejeter? Si votre foi est chancelante, nous voulons bien travailler à l'affermir et nous le devons ; mais nous ne pouvons ni ne devons relever l’espoir d'héritiques déjà convaincus et anathématisés. » L'empereur, théologien médiocre, était à bout d'arguments. Il fit introduire les docteurs iconoclastes, les grands de l'empire, le sénat en corps, un grand nombre d'officiers militaires, l'épée à la main, et fît engager une conférence entre les catholiques et les hérétiques. Sans s'effrayer de cet appareil terrible, le patriarche dit aux grands : «Répondez-moi : ce qui ne subsiste pas peut-il tomber ? »  Comme ils se regardaient les uns les autres sans comprendre cette espèce d'énigme, Nicépbore ajouta : « Les images ne

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tombèrent-elles pas sous Léon l'Isaurien et sous Constantin Copronyme? — Oui, sans doute, répondirent-ils. — Il est donc évident, conclut le patriarche, qu'elles subsistaient auparavant. La doctrine iconoclaste est donc opposée à la tradition et à l'enseignement catholiques. » Désespérant d'ébranler la foi du courageux pa­triarche, l'empereur réunit un conciliabule d'évêques courtisans qui concertèrent ensemble les moyens de le déposer. Nicéphore ne leur en donna pas le temps. Il adressa à Léon V sa démission con­çue en ces termes : « Jusqu'ici j'ai combattu selon mon pouvoir pour la vérité, et j'ai souffert les plus indignes traitements. La fu­reur a été portée à un tel point, que des gens qui se donnent pour évêques sont venus m'insulter avec une populace armée d'épées et de bâtons. On ne s'en est point tenu là : les ennemis de la sainte doctrine ont prétendu me ravir mon siège ou m'arracher la vie ; c'est pourquoi, et dans la seule vue de prévenir les excès dont le crime retomberait sur votre excellence, je cède, malgré moi, à la nécessité de l'Église, et j'accepte avec actions de grâces, ce qu'il plaira au ciel d'ordonner de moi. » L'empereur ne put dissimuler sa joie en lisant cette lettre. Il commanda aussitôt à une troupe de. soldats d'enlever le patriarche au milieu de la nuit. L'ordre fut exécuté. Nicéphore relégué dans un monastère, à Ghrysopolis, y vécut encore treize ans et mourut en exil le 13 mars 829, jour au­quel l'Église célèbre sa mémoire.

 

17. Léon l'Arménien savait toujours assaisonner ses violences par une perfidie qui semblait le trait distinctif de son caractère. Loin d'avouer l'enlèvement de Nicéphore, il fit répandre dans le public le bruit que le patriarche avait lâchement déserté son poste, quitté son siège et forfait aux devoirs d'un bon pasteur en abandonnant son troupeau. Lorsque la calomnie se fut accréditée l'empereur convoqua le peuple dans la basilique de Sainte-Sophie, et montant lui-même à l'ambon: «Frères, dit-il, vous voyez que le patriarche s'est enfui comme un mercenaire, abandonnant les âmes dont Jésus-Christ lui avait confié la garde. Nous lui avions présenté de justes obser­vations sur l'impiété du culte des images. Les événements parlaient encore plus haut que notre voix ; la main de Dieu s'est appesantie

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p180      pontificat d'étienne y (816-817).

 

sur nos têtes, comme autrefois sur les juifs infidèles, en punition d'une idolâtrie si grossière. Le Dieu qui veut être seul adoré nous a fait succomber sous le glaive de nos ennemis ; il n'attend que notre conversion pour nous rendre ses faveurs et ses bienfaits. J'ai dit tout cela au patriarche, sans qu'il pût répondre d'une manière satisfaisante à mes interrogations. Il a préféré s'enfuir plutôt que de quitter son erreur. Le siège ne peut rester vacant ; il nous faut choisir un autre patriarche. » Après cette hypocrite harangue, Léon   l'Arménien quitta l'ambon et se rendit au   Sacrarium (sacristie) pour conférer avec le clergé et les patrices sur le choix d'un candidat. Il proposa Lécanomante, mais ce nom souleva un cri d'indignation. Malgré leur servilisme, les patrices déclarèrent que jamais on ne pourrait réunir les suffrages sur un homme de mœurs notoirement   infâmes et que le métier de devin po­pulaire achevait de  discréditer dans l'opinion. Léon l'Arménien avait pour maxime de ne jamais lutter en face, estimant qu'il est plus facile de tromper les hommes que de les dompter. Il se rejeta sur le commandant Cassitéras, un soldat, complètement étranger à toute espèce d'études, de traditions et de discipline ecclésiastiques. Cassitéras était aussi profondément iconoclaste que Lécanomante. Sa candidature fut agréée. Le soldat, élu patriarche, reçut la ton­sure cléricale séance tenante ; et le jour de Pâques, 20 avril 816, fut solennellement sacré à Sainte-Sophie.

 

18. A l'exemple de Copronyme, Léon voulut avoir aussi son concile iconoclaste. Il rassembla, dans la basilique de Sainte-Sophie les évêques qui avaient eu la lâcheté de céder à la séduction. Le septième concile général fut anathématisé et l'on proscrivit un nouveau le culte des saintes images. La persécution se ranima avec la même fureur que sous Léon l'Isaurien et Copronyme. Les sectaires, ayant traîné à leur concile quelques évêques orthodoxes qu'ils espéraient en vain pervertir, mirent en pièces leurs vêtements pontificaux, les jetèrent eux-mêmes brutalement par terre, et chacun des assistants leur mit le pied sur la gorge; puis on les fit relever et sortir à reculons, en crachant sur eux et en leur frap­pant si rudement sur le visage, à coups  de poing,  que plusieurs

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p181 CHAP. — EMriRi; iroccmEivr.     

 

furent mis en sang. Enfin, on les livra à des satellites qui les me­nèrent en prison. Les martyrs les plus illustres de cette persécu­tion furent Michel évêque de Synoade, Théophylacte de Nicomédie, Emilien de Cyzique, Georges de Mitylène et Euthymius de Sardes. Parmi les abbés qui souffrirent la mort pour la même cause, on remarque saint Nicétas, saint Macaire de Pélicite, au­quel ses nombreux et éclatants miracles firent donner le surnom de thaumaturge. Le vénérable chronographe Théophane, abbé du monastère de Sigriana en Bythinie, continuait pieusement dans sa retraite l'histoire inachevée que lui avait léguée en mourant son ami Georges le Syncelle. Son travail poursuivi avec autant d'acti­vité que de conscience en était arrivé à l'époque contemporaine. Il atteignait la première année du règne de Léon l'Arménien, et l'investissement de Constantinople par le roi bulgare, Grum, cet ennemi si redouté. Théophane n'eut pas le temps d'écrire le reste; sa plume fut brisée par l'empereur iconoclaste, au moment où elle allait enregistrer les victoires de ce prince. Théophane fut saisi, chargé de fers et traîné à Constantinople où on le jeta dans un ca­chot. Il y resta deux ans, soumis aux plus cruelles tortures. Rien ne put vaincre sa constance ni le faire abjurer sa foi. Enfin, dé­porté dans l’ile de Samothrace, le saint confesseur expira le 11 octobre 818.


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IV. Persécution de Léon  l'Arménien.

 

   18. Les rapports qui s'établirent à cette époque entre les moines d'Orient ct ceux d'Occident durent faciliter à saint Benoît d'Aniane le travail qu'il avait entrepris  sur les législations comparées des divers ordres religieux. La persécution de Léon l'Arménien fut en effet pour le monarchisme oriental une ère d'émigration par masses, qui jeta dans toute l'Europe d'illustres proscrits. Épaves vivantes échappées au naufrage iconoclaste, les pieux exilés recevaient à Rome, dans toute l'Italie et jusque dans les Gaules, une hospitalité d'autant plus généreuse qu'elle s'exerçait vis-à-vis de confesseurs de la foi. La résistance des moines d'Orient aux entreprises de Léon l'Arménien fut vraiment héroïque. Le «Caméléon» persécuteur n'oublia cependant aucune de ses ruses habituelles, n'omit aucun

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1 S. Benedict, Anian., Concord. regular., Prwfat., Patr. lai., tom. CM, col.

713-7J6.

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p211 CHAP.  IV.   —  PERSÉCUTION   DE   LÉON   L'ARMÉNIEN.     

 

stratagème, pour tromper leur bonne foi ou séduire leur candeur. Son patriarche intrus, Théodote Cassitéras, faisait grand bruit à Constantinople d'une lettre synodique qu'il avait écrite au pape saint Pascal I. Le seul fait d'une communication de cette nature adressée au siège apostolique prouvait, selon lui, la reconnaissance officielle de sa légitimité et de son orthodoxie par le pape. Il n'a­vait garde d'ajouter que le souverain pontife avait refusé de rece­voir ses apocrisiaires et la lettre dont ils étaient porteurs. Il ne disait pas surtout que le vicaire de Jésus-Christ avait donné au­dience aux envoyés du légitime patriarche, saint Nicéphore, les avait accueillis avec une paternelle affection et leur avait remis pour l'illustre banni des lettres pleines de vénération et accompa­gnées de riches offrandes. Théodore Studite, l'une des victimes de la persécution de Léon V était alors détenu dans la forteresse de Métope, non loin d'Apollonia, au milieu des Palus-Méotides. Il s'était également adressé au pape en ces termes : «Prêtez l'oreille au cri de notre détresse, vous, le chef apostolique, pasteur établi par Dieu pour régir les brebis du Christ, portier du royaume des cieux, pierre de la foi sur laquelle est édifiée l'Église catholique. Vous êtes Pierre, puisque vous en occupez légitimement le siège. Hélas ! dans notre malheureuse patrie, des loups ravisseurs ont envahi le bercail de Jésus-Christ ; les portes de l'enfer ont pré­valu. La passion du Sauveur, l'agonie de la Vierge sa mère recom­mencent, ce sont eux qu'on fait souffrir de nouveau en proscrivant le culte de leurs images. Le patriarche de Constantinople, notre pasteur et notre père, est plongé dans un cachot, les métropoli­tains, les évêques, les prêtres, les moines, les religieuses, subissent la flagellation, les tortures, les chaînes, l'exil, la déportation et la mort. Partout l'image de Dieu notre Sauveur, cette image vénérée devant laquelle tremblent les démons eux-mêmes, est foulée aux pieds par la populace en délire. Les autels sont renversés, les temples détruits, les sacrements profanés : on punit de mort quiconque est trouvé détenteur d'un exemplaire de l'Évangile. Bienheureux père, vicaire et imitateur de Jésus-Christ, levez-vous des régions de l'Occident, et prenez en main notre cause. C'est à vous que le divin

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p212     FONTIFICAT  DE   SAINT  PASCAL  I   (817-824).

 

Sauveur a dit en la personne de Pierre : Et tu aliquando conversus, confirma fratres tuos1. Vous avez reçu de Dieu lui-même la puis­sance, et vous êtes constitué prince de tous les chrétiens. Élevez donc la voix, et que toutes les églises qui sont sous le ciel entendent retentir l'anathème que vous prononcerez contre le synode impie qui a proscrit les saintes images 2 »

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