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La liturgie est‑elle
modifiable ou immuable?
DIALOGUE AVEC LA RÉDACTION
DE LA “REVUE CATHOLIQUE INTERNATIONALE COMMUNIO»
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Cardinal Ratzinger. --------- L'Église primitive n'a fait que très prudemment et très lentement des emprunts aux formes d'expression des liturgies païennes. -----------
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--------- Ce n'est que lorsqu'on a eu conscience d'être chrétien, qu'on a pu adapter avec fruit des éléments préexistants pour en faire des moyens d'expression du fait chrétien.
Cela n'a pu se réaliser que par une lutte pour que se discernât le fait chrétien, lutte menée par les martyrs trois siècles durant et qui, seule, ouvrit la porte à une utilisation purifiée des coutumes païennes. ---------
------- la conversion au christianisme consiste évidemment aussi à commencer par se détourner des modes de vie païens ; on l'a très fortement ressenti durant les premiers siècles chrétiens, et encore longtemps après le tournant dit constantinien.
Ce n'est que lorsque, dans les pays de mission, s'est constituée une forte
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identité chrétienne, qu'on peut avec circonspection passer au stade où l'on christianise des formes existantes en les incorporant à la liturgie, et où, inversement, on fusionne la réalité chrétienne avec les formes de la vie quotidienne. ----------
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-------Vous vous demandez s'il faut plutôt croire ce qui est ancien ou ce qui est nouveau. Il me faut résolument contester cette distinction. Le Concile n'a rien créé de nouveau à croire ou même à mettre à la place de l'ancien.
---- Si vous voulez bien songer à ceci: 1947, Mediator Dei, l'encyclique de Pie XII, et moins de vingt ans plus tard, la réforme. En vingt années, un glissement de terrain silencieux, sans la moindre protection pour les victimes, la masse des fidèles traditionnels.
Je ne comprends pas comment l'Église, pasteur de ceux qui lui sont confiés, a pu en ces années concevoir sa responsabilité pastorale d'une manière si déficiente que les fidèles de l'ancienne école se sont trouvés submergés, presque sans protection, par les nouveautés.
Encore un mot sur la disqualification : je parle de ceux qui se sont battus, qui ont donné de leur personne pour défendre ce qu'on leur avait appris, ce pour quoi on les avait élevés.
Et, du jour au lendemain, tout cela ne serait plus vrai ? Je ne juge pas ici s'il faut plutôt croire ce qui est ancien ou ce qui est nouveau. Je ne veux parler que de la situation psychologique de beaucoup de fidèles.
--------- Le Concile n'a rien créé de nouveau à croire ou même à mettre à la place de l'ancien. Il s'est toujours présenté dans ses déclarations comme continuation et approfondissement des conciles précédents, particulièrement de celui de Trente et du premier concile du Vatican.
Il s'agit uniquement de rendre la même foi possible dans des conditions différentes, et de la revivifier. En conséquence, la réforme liturgique a essayé de rendre plus transparente l'expression de la foi, mais elle voulait être l'expression de l'unique foi et non en être une modification substantielle.
La préparation de cette réforme ne semble avoir été nulle part aussi sérieuse qu'en Allemagne. C'est là que se trouvait le centre névralgique du mouvement liturgique d'où sont issues les déclarations du Concile.
Bien des choses que
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le Concile a décidées avaient depuis longtemps déjà trouvé là leur anticipation. ---------- Cependant, je vous accorde qu'ensuite on a agi de façon trop abrupte, si bien que, pour beaucoup de fidèles, l'unité interne avec ce qui précédait n'a plus été reconnaissable.
---------- Cette rupture dans la conscience liturgique fondamentale me paraît être ce qu'il y a ici de véritablement funeste. Les frontières entre liturgie et réunions estudiantines, entre liturgie et convivialité disparaissent insensiblement ---------------------