Constitutions apostoliques 1

Darras tome 6 p. 593

 

§ II. Analyse des Constitutions apostoliques.

 

   6. Tel qu'il nous est resté, après cette lamentable mutilation, le recueil se divise en huit livres, d'inégale étendue, partagés eux- mêmes en chapitres, selon la diversité des sujets. Le Livre premier, intitulé : Des Laïques, est de tous le plus court, et semble renfermer le moins d'additions frauduleuses. Il débute par une profession de foi qui établit la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en termes de la plus pure orthodoxie. « L'Église catholique,

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1 Euseb., Hist. eccles., lib.  VII, cap. xxx. — 2 ADomae. Arian., Uialog. [t de Trinitat., Opp. S. Max. confessons, tom. H, pag. 406.

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dit-il, est la plantation de Dieu, sa vigne choisie. Vous tous qui, embrassant la religion véritable, marchez à la conquête du royaume éternel; vous qui avez participé à l'effusion de l'Esprit-Saint; soldats enrôlés dans la milice de Jésus; poitrines vaillantes, couvertes du bouclier de la crainte du Seigneur; troupe innocente, arrosée du sang rédempteur du Christ; vous qui donnez au Dieu tout-puissant le doux nom de Père, depuis que vous êtes devenus les frères et les co-héritiers de son Fils bien-aimé, prêtez l'oreille aux enseignements de ce docteur divin. Enfants du Seigneur, apprenez à vivre selon ses lois, pour être agréables à Jésus-Christ, notre Dieu l. » Telle est cette première page du catéchisme apostolique. Les Constitutions sont en effet le développement du dogme, de la morale et de la discipline, dont le symbole était l'abrégé substantiel. Elles s'adressent à toute la communauté chrétienne, et répondent merveilleusement aux besoins de cette foule immense de fidèles, réunis de tous les points de la gentilité, sous le filet victorieux des apôtres. Les instincts du paganisme se révoltaient à la seule pensée du désintéressement, de l'humilité, de l'abnégation évangéliques. Un attachement qu'on pourrait appeler féroce aux biens de la terre et l'exagération de l'orgueil humain, étaient les deux traits saillants des civilisations antiques. Ils se retrouvent personnifiés, en face des apôtres, le premier par Ananias et Saphira, le second par Simon le Mage. C'est contre cette tendance du vieil homme que sont dirigés les trois chapitres : De l'avarice; Du pardon des injures; Du mépris des vanités de ce monde. L'Église avait à former des cœurs nouveaux, à les discipliner sous la loi de la conscience, et à leur donner des mœurs, cette chose inconnue au sensualisme païen. Le Forum de chaque ville était encombré tout le jour de citoyens oisifs, avides de nouvelles et curieux de scandales. Le travail manuel, abandonné aux esclaves , déshonorait un citoyen romain. Voici ce que l'Église naissante opposait à la mollesse et à la frivolité érigées en loi sociale : « Le chrétien n'est pas fait pour promener le vagabondage de

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1. Constit. apostol., lib. I, Procemium; Patrol. grœc, tom. I, pag. 557.

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son oisiveté dans les rues et les places publiques. Le temps ne lui a pas été donné pour satisfaire, par le spectacle des vices du prochain, une curiosité dangereuse et coupable. Que chaque fidèle s'applique à son travail et à son industrie, faisant toutes ses actions en vue de plaire à Dieu, nourrissant son âme par la médiation assidue de l'Évangile1 du Christ. C'est à chacun de vous que l'Écriture donne ce précepte : « Tu méditeras nuit et jour la loi du Seigneur; assis dans ta demeure, ou te promenant dans la campagne; en te couchant, ou en te levant, qu'elle soit l'unique objet de ta pensée, pour que tu puisses en acquérir l'intelligence parfaite 2. » Quelqu'un dira peut-être : Je suis riche, et n'ai pas besoin de mon travail pour vivre. Il n'importe. Ce n'est pas une raison qui justifie votre oisiveté vagabonde et errante. Si vous sortez, que ce soit pour visiter vos frères, les fidèles, et vous édifier mutuellement par des paroles de salut. Sinon, demeurez renfermé dans votre maison, lisant les livres de la Loi et des Prophètes ; chantant les hymnes du roi David, et méditant surtout le texte évangélique, ce couronnement divin de l'Écriture 3. » Nous entendons ici le premier accent de cette grande voix de l'Église, appelant ses fidèles à l'étude des livres inspirés, et substituant, à la littérature païenne, la Bible, devenue aujourd'hui le livre par excellence de nos civilisations chrétiennes. On se ferait difficilement l'idée de la difficulté qu'il y eut à vaincre, pour obtenir un tel résultat. Familiarisés par notre éducation première et nos habitudes d'enfance avec le style, les images et les sujets bibliques, nous en comprenons maintenant toute la beauté, même dans le sens uniquement littéraire et indépendamment de toute préoccupation religieuse. Mais le génie grec et romain était en tout l'opposé du génie hébraïque. La langue d'Homère, avec ses circonlocutions poétiques, sa cadence mélodieuse, ses périodes ondulées et son cours lent et paisible, semblait ne se prêter qu'avec effort à la brièveté,

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1. Xristou loggia. Cette expression de logia, pour désigner l'Evangile, employée, nous l'avons vu, par saint Papias, appartient certainement à l'époque primitive et nous donne lieu de croire que ce passage n'a point été altéré.

2. Jos., i, 8; Deuteron., VI, 7. — 3. Çonstit. apostol., lib. 1, cap. IV, v.

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à l'énergie, à la profondeur au style des Prophètes. Il s'agissait pourtant de détourner l'humanité des fictions mythologiques; il fallait substituer Moïse à Homère, David à Pindare, Isaïe, Jérémie et Daniel à Virgile, Horace et Anacréon. « Arrière les livres de la gentilité! disent les Constitutions apostoliques. Quoi de commun entre un chrétien et les littératures, les législations et les poésies païennes! Ne sont-elles pas une source de dépravation pour les âmes frivoles et faibles? La loi de Dieu ne suffit-elle pas à l'expansion de votre intelligence, et vous faut-il recourir aux fabuleuses inventions des Gentils? Vous aimez l'histoire, étudiez les livres des Rois. L'éloquence et la poésie charment votre imagination, lisez les Prophètes, Job, les Proverbes. Vous y trouverez plus d'art et de génie que dans tous les vers des poètes et dans tous les discours des orateurs. Là c'est Dieu qui parle, Dieu, la sagesse infinie. Comme poésies lyriques, vous avez les psaumes; comme annales anciennes, la Genèse; comme législation, la loi pure dictée par le Seigneur1.» On s'étonnera peut-être de trouver, dans un monument apostolique, des idées qui ont été de nos jours l'objet d'une controverse ardente. Il en est ainsi pourtant, et c'est notre devoir d'historien de le constater. Quand même on refuserait absolument au recueil des Cons- titutions toute espèce de caractère authentique, on ne saurait lui refuser une antiquité immémoriale. Il est donc certain qu'à la naissance de l'Église on s'est préoccupé de la question des auteurs païens. Il est certain que la littérature de la Bible et des Pères s'est substituée à la littérature païenne, sous l'influence de l'Évangile. Enfin, pour dire toute notre pensée sur le fond même de la question, telle qu'elle a été posée parmi nous, il est certain qu'on avait fait une part trop mince à la littérature chrétienne, dans le système d'instruction classique qui a prévalu en Europe, depuis trois siècles. La réaction était légitime ; les vivacités de la lutte l'ont peut-être emportée trop loin; mais elle se dégagera naturellement des exagérations auxquelles l'opiniâtreté des résistances l'avait poussée. La jeunesse chrétienne continuera donc à lire Homère et Virgile;

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1. Constitut. apostol., lib. I, cap. VI.

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mais elle doit lire aussi Tertullien, saint Chrysostome et saint Augustin. Nous n'aurions point eu le spectacle des apostasies que nous offre trop souvent le monde de la science et des lettres, si, dès l'enfance, on avait sérieusement étudié les travaux des premiers apologistes chrétiens et les magnificences des Pères de l'Église. Le dernier mot de la controverse a été écrit dans les Constitutions apostoliques : « L'étude exclusive de la littérature païenne est un danger pour les âmes faibles et frivoles. » Le devoir d'un instituteur chrétien est donc de prémunir contre ce péril les jeunes intelligences, et de ménager aux témoins de Jésus-Christ et de l'Évangile, une place qu'on réservait trop exclusivement jusqu'ici aux représentants du polythéisme, aux adorateurs de Jupiter, de Mercure et de Vénus. Les mœurs d'une société sont en rapport direct avec sa littérature. Nous avons dit ce qu'étaient les mœurs de la Grèce et de Rome païennes. La chasteté n'existait pas même de nom; le mot de pudeur, au sens chrétien, ne se trouve ni dans l'idiome d'Homère, ni dans celui de Virgile. C'est que la femme, telle que la Rédemption l'a faite, ne se trouve nulle part au sein du paganisme. Les quatre chapitres du premier livre des Consti-tutions sont consacrés à cet objet fondamental. L'Église seule a réalisé, dans nos sociétés modernes, l'idéal de la vierge, de l'é-pouse et de la mère, ces types de pureté, d'abnégation et de dévouement. Le paganisme ne les soupçonnait pas. Les apôtres précisent donc leur enseignement sur ce point; ils rappellent les anathèmes de l'Écriture contre la femme avilie, qui fait métier de la corruption 1. Ils tracent le portrait de l'épouse chrétienne, soumise à son mari dans une chaste et paisible alliance de l'âme et du corps, attentive à l'éducation de ses enfants, vigilante et laborieuse au sein de sa demeure, d'une tendresse et d'une charité prévoyantes pour les pauvres 2. Enfin ils s'élèvent contre l'ignominieuse promiscuité qui réunissait les deux sexes dans les bains publics 3. On sait avec quelle indifférence les philosophies et les législations an-

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1 Constit. apostol., lib. I, cap. vu. — 2. Id., ibid., cap. vin. — 3. Id., iàid., cap. ix.

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tiques considéraient les désordres de ce genre. « 0 vous, nos filles et nos sœurs, disent les apôtres, membres comme nous du corps mystique de Jésus-Christ, devenez, par la piété, la pudeur et la modestie chrétiennes, un témoignage vivant de la supériorité de notre foi. Persévérez dans le sentier de la sagesse, dans une pureté de vie irréprochable; embrassez cette discipline sainte, qui vous ouvrira, avec la grâce du Seigneur, les portes de son royaumts éternel 1. »

 

   7. Le second livre des Constitutions apostoliques est intitulé : Des evêques, des prêtres et des diacres. C'est le plus étendu du recueil; il renferme soixante-trois chapitres, et comprend dans leur ensemble les devoirs, les fonctions et les prérogatives de l'ordre clérical. L'évêque sera choisi parmi ceux que désignent au suffrage public l'éminence des vertus, la sainteté de la vie, l'humilité, l'abnégation et la mansuétude du caractère. Pasteur des âmes, il doit avoir l'expérience, que donnent l'âge, la science du salut et la méditation constante de la parole de Dieu. Cinquante ans paraissent l'âge le plus convenable, pour celui que la vocation divine et le témoignage des fidèles appellent à ce formidable ministère. Cependant la condition n'est point absolue. « S'il se rencontre un homme, moins avancé en âge, réunissant la maturité et la sagesse des vieillards à la sainteté d'une vie irréprochable, et que le suffrage de l'Église le désigne, il peut être promu à l'épiscopat2. «L'évêque est le père des fidèles, son premier titre est celui de nourricier des pauvres. Les règles que sa charité doit suivre, vis-à-vis de cette portion choisie du troupeau, brièvement exposées au chapitre quatrième, se trouveront développées avec plus d'étendue dans les livres suivants. L'évêque est juge. On se sou-vient des enseignements de l'apôtre saint Paul à ce sujet. L'Eglise naissante regardait comme un déshonneur pour ses membres de porter devant les tribunaux civils leurs discussions de fortune, d'intérêt, de haine ou de vanité. Un chrétien ne paraissait devant

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1. ConstU. apostol., lib. I, cap. ix et ultim. — 2. Constit. aposiol., lib.I I cap. j-m.

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le magistrat romain que pour y confesser sa foi et y recevoir la couronne du martyre. La juridiction épiscopale n'était donc point restreinte, comme de nos jours, à l'exercice du ministère spirituel sur les laïques et au gouvernement du clergé. Elle connaissait des différends qui s'élevaient entre les frères, pour des questions de l'ordre temporel. L'arbitrage paternel de l'évêque était réclamé par les membres de la communauté chrétienne, et sa sentence acceptée comme définitive. Dès lors, il devenait nécessaire de fixer des règles pour les jugements ecclésiastiques. » Certes, disent les Constitutions, c'est un honneur pour un chrétien de n'avoir de procès avec qui que ce soit. Mais si la malveillance ou l'injustice d'autrui lui suscitent une occasion de débat, le chrétien doit travailler à rétablir la paix, même au détriment de son intérêt propre. Surtout qu'il n'ait jamais recours aux tribunaux des Gentils. Ne souffrez pas que des magistrats païens interviennent dans les causes qui peuvent surgir entre vous. C'est par là que Satan espère déshonorer les serviteurs de Dieu, comme si nous n'avions pas dans notre sein un seul homme juste et sage, capable de prononcer sur une question de droit et de rétablir la concorde entre les deux parties. N'appelez donc point les Gentils à la connaissance de vos procès; ne vous exposez point à recourir au témoignage des infidèles. Il vous suffit vis-à-vis d'eux d'accomplir le précepte du Seigneur, relatif aux pouvoirs de ce monde, de respecter l'autorité, de payer l'impôt. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu 1. » Ou nous nous trompons étrangement, et dans ce cas nous sommes prêt à retracter notre erreur; mais enfin, selon nous, cette doctrine est certainement apostolique, et nous n'hésitons point à admettre l'authenticité de ce passage. On ne comprendrait point comment, dans la ferveur de la primitive Église, en face des infidèles toujours prêts à calomnier les chrétiens, à exagérer leurs moindres imperfections, l'idée ne fut pas venue de soustraire à la connaissance des Gentils les dissentions intestines dont l'humanité traîne tou-

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1. Constit. apostoL, lib. H, cap. xlv, xlvi

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jours le fardeau avec elle. D'un autre côté, il serait également inconcevable que les premiers chrétiens n'aient pas été presque naturellement amenés à remettre à la décision de leurs juges spirituels les causes civiles qui pouvaient s'élever entre eux, surtout quand les tribunaux officiels regardaient la profession de chrétien comme un délit légal, et prononçaient sur ce seul chef, et à priori, une sentence de mort. Nous recommandons ce point de vue, négligé d'ordinaire dans l'étude du droit, à l'attention sérieuse des jurisconsultes. On croit trop généralement que l'Église, à son berceau, n'avait aucune institution, aucune règle fixe, aucune ligne de conduite déterminée. C'est le contraire qui est vrai. Les usurpations prétendues, dont on accuse l'ambition rétrospective des papes ou du clergé, ne sont pas justifiées en histoire. Le Fils de Dieu, descendu sur la terre pour sauver les hommes, exerça, dès le premier jour, une juridiction réelle sur l'homme tout entier. On était libre de repousser cette juridiction bienfaisante, d'écarter de soi cette influence divine et de vivre en dehors de l'Église. Mais aussitôt qu'on avait donné son nom à la sosiété nouvelle, et qu'on s'était inscrit, par le baptême, au rang des privilégiés du royaume de Dieu, on acceptait toutes les conditions, les devoirs et les lois de la communion chrétienne. Pour y échapper, il fallait une apostasie notoire, suivie de la sentence d'excommunication. « Les séances consacrées aux jugements, disent les Constitutions, s'ou- vriront le second jour après le sabbat (le lundi), et se termineront le sabbat suivant (samedi), afin que si, dans l'intervalle, la sen- tence portée ne satisfait point les parties, on ait le temps d'apaiser les ressentiments et de rétablir la concorde et la paix pour le jour sacré du dimanche. Les prêtres et les diacres assisteront l'évêque au tribunal, dans un esprit de justice absolue, sans acception de personnes, et jugeant comme il convient à des hommes de Dieu. Les deux parties adverses prendront place, au milieu de l'assemblée, et exposeront leur cause. Après les avoir entendues, les juges exprimeront leurs suffrages en conscience. Cependant faites tous vos efforts pour amener une conciliation amiable entre les parties, avant que n'intervienne la sentence de l'évêque, qui re-

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présente au tribunal le juge suprême, Jésus-Christ1. » La gradation dans les peines à infliger aux coupables est déterminée avec soin et recommandée à la conscience du juge2. Une enquête sérieuse doit être faite sur le caractère et la moralité des accusateurs et des témoins, avant d'admettre judiciairement leur déposition 3. Les mauvais antécédents d'un accusé peuvent être considérés comme une présomption défavorable, mais ne sauraient en aucun cas établir à priori sa culpabilité, pour des charges nouvelles 4. Les jugements que nous appelons aujourd'hui par défaut, c'est-à-dire ceux qui sont rendus en l'absence de l'accusé et sans qu'il ait pu présenter ses moyens de défense sont interdits5. On rappelle à ce sujet les précautions dont s'entouraient les tribunaux païens, qui mettaient d'ordinaire un intervalle entre le jugement et le prononcé de la sentence, pour laisser aux magistrats le soin d'étudier la cause dans tous ses détails6. On se tromperait d'ailleurs étrangement, si l'on considérait sous un point de vue exclusivement civil, cette magistrature judiciaire, exercée par les évêques de la primitive Église. Elle ne formait point double emploi avec la jurisprudence romaine. Pour s'en convaincre, il suffit d'étudier les éléments nouveaux introduits dans le monde par la prédication évangélique. Les tribunaux païens ne connaissaient que des crimes ou des délits qualifiés. La loi de Jésus-Christ et le tribunal de ses ministres atteignaient le péché, jusque dans la conscience individuelle. Le coupable des juridictions ordinaires devenait, sous la juridiction de l'Église un pénitent volontaire. On n'a pas assez insisté sur la portée morale de ce fait, dans l'histoire de l'humanité. Les Constitutions apostoliques consacrent de nombreux chapitres7 à tracer les règles que l'évêque doit appliquer aux pénitents. «Jugez-les, disent-elles, puisque vous êtes le dépositaire de l'autorité divine; mais accueillez-les avec une mansuétude infinie, puisque vous êtes le représentant du Dieu des miséricordes8. » Les formalités à observer pour imposer la pénitence publique sont décrites

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1 Constit. apostol., lib. II, cap. xlvii. — 2. Id., ibid., XLVIU. — 3. Id., ibid., ilix. — 4. Id., ibid., 4.-5. ld., ibid., Ll. — 6. ld., ibid., LU, — 7. Id., ïôttf., cap. xi-xvi. — 8. ld., ibid.% cap. xil.

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en ces termes : « Quand vous aurez acquis la certitude qu'un frère persiste dans son péché et devient un objet de scandale, vous donnerez l'ordre de le faire sortir de l'assemblée. Les diacres fermeront la porte derrière lui, et, revenant près de vous, implo-reront miséricorde pour le coupable. Le Sauveur nous a donné cet exemple, quand il pria son Père pour les Juifs aveugles. «Père, disait-il, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Après quoi, le coupable sera de nouveau introduit. Vous l'interrogerez pour savoir si le repentir est entré dans son cœur. S'il se montre vraiment contrit de ses fautes, et s'il paraît digne, après une pénitence sincère, d'être réconcilié avec l'Église , vous lui imposerez un jeûne de deux, trois, cinq ou sept jours, selon la gravité du péché, et le renverrez ensuite, jusqu'à ce qu'il ait accompli dans la retraite et l'humilité les mortifications qui lui seront prescrites 1. L'idée que les premiers chrétiens se faisaient de la sainteté de leur vocation, porta tout d'abord quelques esprits exagérés à embrasser la doctrine d'un rigorisme absolu, qui n'admettait ni pénitence ni pardon pour certains pécheurs publics. Nous verrons bientôt le grand génie de Tertullien s'obstiner dans cette détestable erreur. Les Constitutions apostoliques ont une page admirable qui exprime sur ce point la vraie doctrine de l'Église 2. Mais tout en maintenant ouverte au repentir la porte du salut et de la miséricorde divine, on multiplie à l'adresse des évêques la recommandation de prévenir, par leur vigilance, les fautes de leurs ouailles. «Ayez soin de chacune des brebis du troupeau, leur est-il dit. Encouragez les justes pour qu'ils persévèrent; rappelez chacun des pécheurs à la pénitence. Prenez garde de dédaigner un seul, même des plus petits, dont l'âme vous a été confiée par le Seigneur3. » La solidarité des âmes, le dogme catholique de la communion des saints sont rappelés avec bonheur aux laïques qui prétendraient s'isoler de leurs frères, et se soustraire aux devoirs de l'édification mutuelle et du salut du prochain. « Dans le troupeau de Jésus-

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1. Constit. apostoL, lib. II, cap. xvi. — 2. ld., ibid., cap. xu. — 3. Jd., ibid., XVIII.

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Christ, disent les Constitutions, chaque brebis est une âme raisonnable. Que le simple fidèle ne dise donc point : Moi je ne suis qu'un agneau. C'est au pasteur à pourvoir aux besoins de tous. Lui seul en répondra 1. » Pour ranimer dans tous les cœurs le sentiment du zèle et de la charité, on rappelle que Jésus-Christ, le Père et le modèle de tous les chrétiens, a donné sa vie pour l'âme de chacun de nous 2, et que si l'Écriture est pleine d'imprécations et de menaces contre les pécheurs obstinés3, la rédemption divine s'applique néanmoins au pécheur pénitent4. Les autres prescriptions du second Livre concernent les prémices et les dîmes, qui, du temple mosaïque, étaient passées à l'autel du Testament Nouveau 5; les divers ordres de la hiérarchie ecclésiastique, prêtres, diacres et diaconesses, qui, sous la haute direction de l’évêque, sont préposés à chaque communauté chrétienne6; la sainteté de la vocation ecclésiastique, dans laquelle on ne saurait sans une profanation sacrilège, s'engager par des motifs d'ambition, d'intérêt ou de vanité7; les règles relatives aux agapes8, aux assemblées solennelles de l'Église9, aux frères étrangers, clercs ou laïques, munis de lettres de recommandation 10; enfin aux collectes qui se faisaient chaque dimanche, matin et soir, dans la réunion des fidèles 11. « Nous sommes témoins, disent les Constitutions, du concours empressé des païens dans leurs temples. Il en est qui se lèvent le matin, avant l'aurore, pour aller se prosterner devant leurs idoles. Ils ne commencent pas une entreprise, ils ne font pas une seule action, sans invoquer leurs faux dieux. Des flots de peuple s'entassent dans les cirques et les théâtres, à chacune de leurs solennités. Et nous, qui avons le bonheur de servir le Dieu unique et véritable, d'adorer son Verbe, Jésus-Christ Notre-Sei-

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1. Constit. apostol. cap. xix. — 2. Id., ibid., cap. xxiv. — 3. Id., ibid., XXIII. —4. Id., ibid., xxiv. — 5. Id., ibid., xxv. 6.  Ibid., xxvi. C'est dans ce chapître que l'hérétique interpolateur a inséré sa comparaison arienne du Père, du Fils et du Saint-Esprit unis entre eux comme l’évêque, le prêtre et le diacre. 7.  Constit. apostol., lib. II, cap. xxvm, — 8. Id., ibid., xxix. — 9. Id., ibid., lvji. Nous avons reproduit intégralement ce chapitre, tom. V, pag. — 10. id., ibid., cap. Lvm. — 11. Id., ibid., lxix.

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p605     CONSTITUTIONS ET CANONS APOSTOLIQUES.

 

gneur,  pourrions-nous négliger la demeure  qu'il veut habiter parmi nous 1? »

 

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