La mystique et la foi
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----------------- Par « mystique », nous entendons ici, plus radicalement, une voie de l'histoire des religions, une disposition qui ne tolère aucune donnée supérieure mais qui considère les expériences mystérieuses et exemptes d'images du mystique comme l'unique vérité ultime et décisive dans le domaine du religieux14.
Cette conception est caractéristique pour Bouddha comme pour les grands penseurs de la sphère hindoue, ------ C'est la voie qui,
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sous des modifications multiples, forme l'arrière‑fond commun à toutes les grandes religions asiatiques.
Ce qui est caractéristique d'une telle mystique, c'est l'expérience de l'identité: le mystique se perd dans l'océan du Tout‑Un, qu'on le décrive, dans une théologie négative, comme le «néant » ou, positivement, comme le « tout ».
Au degré ultime de ce vécu, le « mystique « ne dira plus à son dieu «Je suis à toi », mais sa formule sera «Je suis toi »16. La différence est rejetée dans ce qui est provisoire, ce qui est définitif, c'est la fusion, l'unité. “Le monisme absolu est le parachèvement du dualisme avec lequel commence la conscience pieuse”, dit Radhakrishnan17.
Cette expérience intérieure de l'identité dans laquelle toute séparation se noie et devient un voile irréel de l'unité cachée avec le fond de toutes choses, est ensuite le fondement de la théologie secondaire de l'identité dont nous avons parlé tout à l'heure.
Pour elle, toutes les diverses religions, précisément parce qu'elles sont différentes, se trouvent rejetées dans le monde du provisoire, où l'apparence de la séparation dissimule encore le secret de l'identité.
L'idée, chère aux Occidentaux, que toutes les religions se valent, révèle ici ses présupposés dogmatiques, à savoir l'identité de Dieu et du monde, du fond de l'âme et de la divinité.
En même temps, on voit bien pourquoi, dans la religiosité asiatique, la personne n'est pas la réalité ultime et
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Dieu n'est pas conçu comme un être personnel: la personne, le face à face du « Je» et du «Tu », appartient au monde de la séparation; aussi la limite qui distingue le «je» du « Tu », est‑elle effacée et se révèle‑t‑elle comme provisoire dans l'expérience de l'unité du Tout‑Un chez le mystique.
La révolution monothéiste se concrétise non pas dans le mystique, mais dans le prophète. Pour lui, ce n'est précisément pas l'identité qui est décisive, mais le face à face avec Dieu qui appelle et qui commande. -------------
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------------le monothéisme en Israel, comme celui de Zarathoustra, est né par voie révolutionnaire, grâce à la révolution d'un petit nombre qui, remplis d'une conscience religieuse nouvelle, ont brisé le mythe et renversé les dieux dont parlaient le mythe. -------------
Ces indications brèves devraient suffire pour montrer que le « monothéisme » et la «mystique » représentent deux structures totalement différentes dès le début. Dans la mystique, l'intériorité prime, l'expérience spirituelle est posée en absolu.
Dieu est passif vis‑à‑vis de l'homme et l'immersion de l'homme en Dieu est le seul contenu de la religion. Dieu n'agit point, mais la
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« mystique » de l'homme le fait cheminer étapes par étapes vers l'union.
La voie monothéiste s'établit sur une conviction contraire: ici, l'homme est l'être passif en qui Dieu agit, il n'est capable de rien par lui‑même; en revanche, Dieu agit et appelle.
Le salut est offert à l'homme qui obéit à cet appel. -----------------c'est qu'il y ait une «révélation», un appel de Dieu et que cet appel soit l'absolu dans l'humanité et que le salut de l'homme vienne de lui.21