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CHAPITRE XXII
D'où vient aux saints leur pouvoir, sur les démons; comment le cœur est purifié.
Ces puissances de l'air, ennemies de la piété, les serviteurs de Dieu vraiment pieux les repoussent, non pas en les apaisant, mais en les exorcisant; ils triomphent de leurs assauts, non pas en les suppliant, mais en implorant contre elles le secours de leur Dieu. Elles ne peuvent ni vaincre, ni subjuguer une âme sans la connivence du péché. Elles sont domptées au nom de celui qui s'est revêtu de la nature humaine, qui a vécu sans péché, afin qu'étant à la fois le prêtre et le sacrifice, les péchés fussent remis par lui, c'est‑à‑dire, par Jésus‑Christ homme, médiateur entre Dieu et les hommes, qui, effaçant nos péchés, nous réconcilie avec Dieu. Le péché seul sépare l'homme de Dieu ; nous n'en sommes purifiés que par la bonté, la miséricorde de Dieu, et nullement en vertu de nos mérites, ou par notre propre puissance. En effet, le mérite que nous pouvons nous attribuer, si faible qu'il suit, n'est qu'un don de la bonté divine. Combien notre orgueil s'exalterait pendant cette vie terrestre, si jusques à no-
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tre mort nous ne vivions, en quelque sorte, sous le joug du pardon. C'est donc par le Médiateur que nous avons reçu la grâce, et que, souillés dans la chair du péché, la ressemblance de la chair du péché a effacé nos souillures. Cette grâce de Dieu, effet de sa miséricorde infinie, nous guide par la foi pendant cette vie, et après la mort elle nous élevera à la plénitude de la perfection, par la contemplation de l'immuable vérité.
CHAPITRE XXIII.
Des Principes par, lesquels, selon les Platoniciens, s’opère la purification de l’âme.
Porphyre dit encore que les oracles ont répondu que les Télètes (1), en l'honneur de la lune ou du soleil, ne pouvaient nous purifier, nous indiquant ainsi que l'homme ne saurait l'être par les télètes d'aucun des dieux. Car quelles télètes produiront cet effet, si celles de la lune et du soleil, les premiers des dieux célestes, sont impuissantes? Il ajoute que, d'après le même oracle, les Principes peuvent purifier ; sans doute de peur qu'après avoir dit que les télètes du soleil et de la lune ne pouvaient le faire, on ne s'imaginât que celles de quelque dieu du commun avaient ce pouvoir. Or, nous savons ce que Porphyre, comme platonicien, entend par Principes. C'est Dieu le Père et Dieu le Fils, qu'il appelle en grec l'intelligence ou la pensée du Père. Quant au Saint‑Esprit, il n'en dit rien, ou du moins rien de clair, encore que je ne comprenne pas quel est cet autre qu'il place entre le Père et le Fils. Si, comme Plotin dans sa dissertation sur les trois substances principales, il avait voulu par cet autre désigner la nature de l'âme, il n'aurait pas dit qu'il tient le milieu entre le Père et le Fils. Plotin, en effet, place l'âme raisonnable après l'intelligence du Père, tandis que Porphyre dit que cet autre est intermédiaire entre les deux. Peut-être a‑t‑il désigné comme il a pu, ou comme il a voulu, ce que nous appelons le Saint‑Esprit, que nous reconnaissons être non‑seulement l'Esprit du Père ou du Fils, mais appartenir à tous deux. Le langage des philosophes est libre, et ils ne craignent de blesser les oreilles pieuses, lorsqu'ils traitent des questions les plus difficiles à comprendre. Pour nous, notre langage doit être précis, afin de ne pas fournir, en usant de termes incorrects, occasion à des opinions impies.
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(1) Télètes. Nous employons ce mot qui renferme les trois idées de sacrifice, de mystères, d'initiation, et plus particulièrement ce dernier sens. Sa racine est téléo finir, terminer, accomplir, d'où téloumai, être accompli, être parfait, être initié. il est certain que les Télètes n'étaient point des sacrifices ordinaires, mais qu'elles étaient accompagnées de purifications et d'initiations.
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p61 LIVRE X. ‑ C11APITRE XXIV.
CHAPITRE XXIV.
Du seul et véritable Principe, qui purifie et renouvelle la nature humaine.
Aussi, nous ne disons point qu'il y ait deux ou trois principes, de même que, lorsque nous parlons de Dieu, il ne nous est point permis de dire qu'il y a deux ou trois dieux. Cependant, parlant de chacun, soit du Père, soit du Fils, soit du Saint‑Esprit, nous avouons que chacun d'eux est Dieu, sans toutefois enseigner comme les sabelliens hérétiques , que le Père est le même que le Fils, et que le Saint‑Esprit est le même que le Père et le Fils. Nous disons que le Père est le père du Fils, que le Fils est le fils du Père, et que le Saint‑Esprit est l'Esprit du Père et du Fils, sans être ni le Père ni le Fils. Il est donc vrai de dire que le « Principe,» et non les « Principes » comme disent les Platoniciens, purifie l'homme. Mais Porphyre, esclave de ces puissances jalouses, dont il rougissait et qu'il craignait d'attaquer ouvertement, n'a pas voulu comprendre que ce Principe était Notre‑Seigneur Jésus‑Christ, dont l'incarnation nous purifie. Il la méprise dans cette chair qu'il a prise pour expier nos crimes; sublime mystère qu'il n'a pu. comprendre à cause de cet orgueil, que le bon et véritable Médiateur a détruit par son humilité ; ce dernier s'est montré aux mortels dans une chair mortelle, tandis que les faux et perfides médiateurs, n'ayant point cette mortalité se sont enorgueillis, et, se targuant de n'être point sujets à la mort, ont trompé les hommes misérables et mortels, en leur promettant une assistance trompeuse. Ce Médiateur, bon et véritable, a montré que le péché seul était un mal, et non la substance ou la nature de la chair, puisqu'il a pu sans péché l'unir en lui avec l'âme de l'homme, la posséder, la quitter par la mort, et la transformer par la résurrection. Cette mort, châtiment du péché, que, quoique exempt de péché, il a voulu subir lui-même, il nous a montré qu'il ne fallait pas pécher pour l'éviter, mais plutôt, s'il était besoin, la subir pour la justice. Sa mort a pu satisfaire pour nos fautes, parce qu'il ne la souffrait pas pour ses propres péchés. Ce Platonicien ne le reconnaît point pour le « Principe, » autrement il le reconnaîtrait pour celui qui nous purifie. Ce n'est, en effet, ni la chair, ni l'âme qui sont le Principe, mais le Verbe par qui tout a été créé. La chair donc ne purifie point par elle-même, mais par le Verbe qui l'a prise, lorsque
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« le Verbe a été fait chair, et qu'il a habité parmi nous. » (Jean, 1, 14.) Parlant de la manducation mystique de sa chair, ceux qui ne l'avaient pas compris se retirent scandalisés en disant : Cette parole est dure, et qui pourrait l'entendre. » (Jean, vi, 61.) Il répond à ceux qui demeurent : « C'est l'Esprit qui vivifie, mais la chair ne sert de rien. » C'est donc le Principe, par l'âme et la chair qu'il a prises, qui purifie l'âme et la chair des croyants. Aussi, aux Juifs lui demandant qui il était, il répondit qu'il était le Principe. Certes, charnels, faibles, et pécheurs comme nous le sommes, enveloppés dans les ténèbres de l'ignorance, nous ne pourrions comprendre cette vérité, si lui-même ne nous avait purifiés et guéris par ce que nous étions et par ce que nous n'étions pas. Nous étions hommes, mais nous n'étions pas justes ; dans son Incarnation, le Verbe, a pris la nature humaine, mais juste et exempte de péché. Voilà le Médiateur qui nous a tendu la main lorsque nous étions abattus et terrassés. Voilà cette race préparée par le ministère des anges (Gal. 111, 49), lorsqu'ils publiaient la loi; cette loi qui d'un côté prescrivait le culte d'un seul Dieu, et de l'autre annoncait la venue de ce Médiateur.
CHAPITRE XXV.
Que tous les saints qui ont vécu, soit du temps de la loi, soit avant, ont été justifiés par la foi au mystère de Jésus‑Christ.
C'est par la foi en ce mystère, accompagnée d'une vie sainte que les anciens justes ont été justifiés, non‑seulement avant la loi donnée au peuple Hébreu, (car alors même les révélations de Dieu ou des anges ne leur ont point manqué,) mais même sous le règne de la loi, bien que la promesse des biens spirituels y fussent cachés sous la figure de biens temporels; c'est pour cette raison qu'elle est appelée Ancien Testament. Ils avaient alors des Prophètes, dont la voix, comme celle des Anges renouvelait cette promesse. De ce nombre était celui dont je citais plus haut le sentiment si noble et si divin touchant le souverain bien de l'homme. « Pour moi, le bien suprême c'est d'être uni à Dieu. » (Ps. LXXII, 28.) Dans ce même Psaume est indiquée d'une manière évidente la différence des deux testaments, de l'ancien et du nouveau. Au sujet des promesses charnelles et terrestres, voyant les impies comblés de cette sorte de biens, il dit que ses pieds ont chancelé, qu'il a failli tomber comme s'il eût en vain
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servi le Seigneur, puisque cette félicité qu'il attendait de lui, il la voyait devenir le partage des impies; il ajoute que, voulant approfondir cette prospérité des méchants, il s'est beaucoup tourmenté, jusqu'à ce que, pénétrant dans le sanctuaire de Dieu, il eut compris quelle fin attendait ceux que dans son ignorance il croyait heureux. Alors, il les a vus humiliés en cela même qui les avait enorgueillis, disparaître et périr à cause de leurs iniquités; ce comble de félicité temporelle n'était plus pour eux que comme le songe d'un homme qui s'éveille, et se voit tout‑à‑coup privé des joies trompeuses, qui avaient bercé son sommeil. Et comme ici‑bas dans la Cité terrestre ils se croyaient grands. (( Seigneur, dit‑il, dans votre Cité vous anéantirez leur image. » (Ps. LNXII, 20.) Il montre cependant qu'il lui a été avantageux de n'attendre même ces biens terrestres que du seul vrai Dieu, souverain maitre de tout, quand il ajoute : « Je suis devenu comme une brute devant vous, et j'étais toujours avec vous. » (Ibid. 23.) « Comme une brute, » c'est‑à‑dire sans intelligence. J'aurais dû, en effet, ne réclamer de vous que les biens, qui ne pouvaient m'être communs avec les méchants, et non ceux qui, en les voyant prodigués aux impies, m'ont fait croire que c'était en vain que je vous avais servi, puisqu'ils étaient le partage de ceux mêmes qui vous méprisaient. Cependant « j'étais toujours avec vous, » parce que je ne me suis point adressé à d'autres dieux pour obtenir ces choses que je désirais. Il ajoute ensuite : « Vous m'avez tenu par la main droite, vous m'avez conduit selon votre volonté, et vous m'avez élevé avec gloire. » (Ibid. 9‑4.)
Comme s'ils n'appartenaient qu'à la gauche ces biens, dont l'abondance accordée aux impies l'avait scandalisé. « Qu'ai‑je dans le ciel, et que vous ai‑je demandé sur la terre? » Il se fait des reproches, il se blâme avec raison, puisque ayant au ciel un si grand bien, (ce qu'il connaît enfin), il a demandé à son Dieu sur la terre une félicité périssable, fragile et grossière. « Dieu de mon cœur, s'écrie‑t‑il, mon coeur et ma chair sont tombés en défaillance. » Heureuse défaillance, qui fait passer des choses de la terre à celles du ciel. Aussi lisons‑nous dans un autre Psaume : « Mon âme languit et meurt d'amour dans les tabernacles du Seigneur. » (Ps. LXXxiii, 3.) Et ailleurs : « Mon âme est tombée en défaillance dans l'attente de votre salut. » (Ps. cxviir, 81.) Cependant, tout en parlant de cette défaillance du cœur et du corps, il ne dit pas : Dieu de mon corps et de ma chair, mais seulement : « Dieu de mon coeur, » parce que c'est le cœur qui purifie la chair. D'où cette parole du Seigneur : « Puri-
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CHAPITRE XXVI.
Faiblesse de Porphyre hésitant entre la confusion du vrai Dieu et le culte des démons.
Je ne sais pourquoi, mais il me semble que Porphyre rougissait pour ses amis les théurges. Il connaissait jusqu'à un certain point ces vérités, mais il n'osait les affirmer librement contre le culte de plusieurs dieux. Il enseigne, en effet, qu'il est des anges qui descendent ici-bas pour révéler aux théurges des choses divines; qu'il en est d'autres qui viennent annoncer la volonté du Père, la sagesse et la profondeur de ses desseins. Or, est‑il croyable que ces anges, messages de la volonté du Père, veuillent nous soumettre à un autre que celui dont ils annoncent la volonté? Aussi ce philosophe nous donne‑t‑il l'excellent conseil de les imiter plutôt que de les invoquer. Nous ne devons donc pas craindre de déplaire à ces esprits immortels et bienheureux, serviteurs du Dieu unique, en ne leur sacrifiant point. Cet honneur, ils ne l'ignorent pas, n'est dû qu'au seul Dieu, dont l'union fait leur bonheur; pour eux ils ne veulent ni de ces offrandes figuratives ni du saerifice réel, réprésenté par ces symboles. C’est aux démons, orgueilleux et misérables, qu'appartient cette audace ; mais qu'ils en sont éloignés ces esprits pieux et soumis à Dieu, dont toute la félicité consiste à lui demeurer unis! Leur amitié sincère nous aide à obtenir ce même bonheur, loin de chercher à nous soumettre à leur empire, ils nous annoncent au contraire celui sous le joug duquel nous serons associés à leur douce paix. 0 philosophe, pour quoi crains‑tu encore de parler librement contre ces puissances, ennemies des véritables vertus et hostiles aux dons du vrai Dieu? Déjà tu es convenu que les anges, qui annoncent la volonté du Père, différent de ceux que je ne sais quel art fait descendre près des théurges? Pourquoi les honorer encore en prétendant qu'ils annoncent des secrets divins? Quoi donc peuvent annoncer de divin ceux qui n'annoncent pas la volonté du Père? Ne sont‑ce pas ces esprits, dont un homme jaloux a par ses conjurations enchainé l'influence, les empêchant de purifier une âme, sans qu'une bonne divinité désireuse de cette purification ait pu, tu l'as dit toi-même, les délivrer de ces charmes et leur rendre leur pouvoir? Douterais‑tu encore que ce ne soient des démons mauvais, ou feindrais‑tu de l'ignorer pour ne pas froisser les
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théurges, qui ont exploité ta crédulité, et t'ont enseigné ces pernicieuses extravagances que tu estimes tant? Et cette puissance, que dis‑je, cette peste odieuse, non pas maîtresse, mais de ton aveu même, esclave des envieux, oses‑tt bien l'élever par delà cette atmosphère et jusqu'aux cieux, la placer parmi vos dieux célestes, et déshonorer les astres mêmes par cette association impie?
CHAPITRE XXVII.
Impiété de Porphyre dépassant même les erreurs d'Apulée.
Combien est plus humaine et plus tolérable l'erreur d'Apulée, comme toi disciple de Platon; encore qu'il honore les démons, cependant après avoir, volontairement ou non, avoué qu'ils sont soumis aux passions et aux troubles de l'âme, il les place au‑dessous de la lune et dans les régions inférieures. Quant aux dieux supérieurs, qui habitent les espaces éthérés, qu'ils soient visibles, comme le soleil, la lune et les autres astres, ou qu'ils soient de ceux qu'il juge invisibles, il fait tous ses efforts pour les montrer exempts de tous les troubles causés par les passions. Pour toi cette science ne te vient pas de Platon, mais des Chaldéens; voilà les maîtres qui t'ont appris à élever jusqu'aux sommets du ciel empyrée, jusqu'à la hauteur du firmament, les vices des hommes, afin que vos dieux pussent livrer à vos théurges des secrets divins. Cependant tu te juges toi‑même par ta vie intellectuelle au‑dessus de ces choses divines; comme philosophe, tu ne crois pas avoir besoin de ces purifications théurgiques. Pourtant tu les imposes aux autres; c'est le salaire que tu paies à les maîtres, tu cherches à attirer à ces pratiques, que tu avoues être inutiles pour toi dont l'esprit est capable de choses plus sublimes, ceux qui ne sont pas philosophes. Ainsi donc, à ton instigation quiconque est étranger à la philosophie, science ardue et qui est le partage d'un petit nombre, doit recourir aux théurges pour être purifié, non pas dans l'âme intellectuelle, mais du moins dans l'âme spirituelle. Or le nombre de ceux qui n'entendent rien à la philosophie étant incomparablement le plus grand, c'est aux écoles secrètes et prohibées des théurges tes maîtres, et non à celles de Platon, que tu les obliges de se rendre! Se donnant comme des dieux célestes, ces impurs démons, dont tu te fais le prédicateur et l'envoyé, t'ont fait cette promesse : que ceux dont
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l’âme spirituelle était purifiée par la Théurgie, ne pouvant il est vrai retourner au Père, habiteront les plages aériennes avec les dieux de l'éther. Certes, elle ne prête pas l'oreille à ces extravagances cette multitude d'hommes que le Christ est venu affranchir de la domination des démons. Par sa grande miséricorde, ils sont purifiés en lui de toutes les souillures de l'âme, de l'esprit et du corps. C'est pour cela qu'il s'est révêtu de l'homme tout entier, à l'exception du péché, afin de délivrer de la lèpre du péché, l'homme tout entier. Plût à Dieu que tu l'eusses connu, et qu'au lieu de chercher ta guérison dans ta propre force, humaine, fragile et impuissante, ou dans une curiosité pernicieuse tu l'eusses cherché en lui ; elle eût été plus sûre! Non il ne t'aurait pas trompé celui que, de ton aveu, vos oracles appellent saint et immortel! N'est‑ce pas de lui que le prince des poètes a dit, poétiquement il est vrai, car il s'adresse à une autre personne, mais avec vérité si l'on applique ses paroles au Christ : « Sous ta conduite, s'il reste encore quelques traces de notre crime, effacées, elles déliveront la terre de ses craintes éternelles. » (Virg. Egl. iv.) Ce qu'il dit ici peut s'expliquer même à ceux qui ont fait de grands progrès dans la voie de la justice : les crimes peuvent disparaître, mais à raison de la misère de cette vie, il en demeure des traces, qui ne peuvent être effacées que par le sauveur, dont il est question dans ces vers. Virgile, en effet, semble indiquer qu'il ne parle pas ainsi de lui‑même, quand il dit au quatrième vers de cette même Eglogue: (( Il est arrivé, le dernier âge prédit par la Sybille de Cumes. » Par où l'on voit avec évidence que cette Sybille lui a fourni cette pensée. Quant aux Théurges, ou mieux aux démons qui prennent la forme et l'apparence de dieux, par de de vains fantômes et des illusions mensongères ils souillent au lieu de purifier l'âme humaine. Car comment pourraient‑ils produire la pureté ces êtres qui sont essentiellement impurs? S'il en était autrement, seraient‑ils liés par les charmes d'un homme envieux, et réduits, soit par crainte ou par jalousie, à refuser ce bienfait illusoire qu'ils semblaient vouloir accorder? Mais, ô philosophe, tes aveux nous suffisent; tu conviens que par ces opérations théurgiques l'âme intellectuelle, c'est‑à‑dire notre intelligence ne saurait être purifiée, et que l'âme spirituelle, c'est-à‑dire la partie inférieure de notre raison, ne saurait par ces moyens, qui selon toi la purifient, acquérir l'immortalité. Pour le Christ, il promet la vie éternelle, c'est pourquoi, malgré vos colères et votre grand étonnement, le
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monde court à lui. Quoi donc, ô Porphyre, tu ne peux nier que la théurgie ne soit une science trompeuse, abusant de l'aveuglement et de la sottise des hommes pour les égarer; tu ne peux nier que ce soit une erreur manifeste d'offrir aux anges et aux puissances des prières et des sacrifices; et cependant, crainte de paraître avoir inutilement acquis ces connaissances, tu envoies les hommes aux Théurges, afin que ces derniers purifient l'âme spirituelle de gens qui ne vivent pas de la vie intellectuelle! ...
CHAPITRE XXVIII.
Pourquoi Porphyre n'a point connu la véritable sagesse qui est le Christ; cause de son aveuglement.
Tu entraînes donc les hommes dans une erreur manifeste; et tu ne rougis point d'un tel crime, toi qui te vantes d'aimer la sagesse et la vertu ! Si tu les eusses réellement et fidèlement aimées, tu aurais reconnu le Christ qui est la vertu et la sagesse de Dieu, et l'orgueil d'une vaine science ne t'aurait pas poussé à te révolter contre son humilité salutaire (1). Tu avoues cependant que l'âme spirituelle peut être purifiée par la continence sans le secours des pratiques théurgiques, et sans ces télètes, à l'étude desquelles tu as inutilement dépensé tant de temps. Parfois tu dis aussi que les télètes n'élèvent point l’âme après la mort; en sorte qu'elles semblent inutiles après cette vie même à ce que tu appelles l'âme spirituelle. Cependant tu dis et redis tout cela de diverses manières, dans le seul but, à mon avis, de paraître savant dans ce genre de connaissances, de plaire aux esprits avides de ces sciences défendues et de leur en inspirer la curiosité. Mais tu as raison, quand tu dis que ces arts sont dangereux tant en eux‑mêmes que par la défense des lois. Plaise à Dieu que leurs misérables partisans t'entendent, qu'ils s'en éloignent de peur d'y périr, ou mieux qu'ils n'en approchent nullement. Tu conviens du moins qu'il n'est point de télètes qui puisse délivrer de l'ignorance, et des vices nombreux qui en sont la suite, que cela n'appartient qu'à l'esprit ou intelligence du Père, qui connaît sa volonté. Tu ne crois pas que le Christ soit cette intelligence; tu le méprises à cause de ce corps qu'il a pris dans le
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(1) Porphyre, né près de Tyr, dans le bourg de Batanée, en 233, avait d'abord embrassé le christianisme. Un sujet de mécontentement que lui donnèrent les chrétiens de Césarée, et peut‑être plus encore l'inconstance de son esprit le lui firent abandonner. Dès lors, il se déclara l'adversaire implacable de la religion chrétienne. Saint Méthode, Eusèbe, Apollinaire, saint Augustin, saint Jérôme, etc., ont réfuté ses sophismes et ses calomnies. Il mourut sous le règne de Dioclétien.
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p69 LIVRE X. ‑ CHAPITRE XXIX.
sein d'une femme, et de l'humiliation de la croix; sans doute tu ne daignes pas t'abaisser jusque‑là, toi qui te juges capable d'acquérir une plus haute sagesse. Pour lui, il accomplit ce que les saints Prophètes inspirés par l'esprit de la vérité ont annoncé de lui : « Je confondrai la sagesse des sages, et je regr(j)etterai la prudence des prudents. » (11. Cor. 1, 19. ‑ Isaie, xxix, 14.) Cette sagesse qu'il confond et qu'il rejette, ce n'est pas celle qu'il donne, mais celle que s'arrogent certains hommes, et qui ne vient pas de lui. Ainsi, après avoir rappelé ce passage du Prophète, l'Apôtre ajoute : « Que sont devenus les sages? où sont les docteurs de la loi? où sont les savants de ce siècle? Dieu n'a‑t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde. En effet, le monde n'ayant pas voulu avec sa sagesse, reconnaitre Dieu dans sa divine sagesse, il a plu à Dieu de sauver par la folie de la prédication, ceux qui croiraient en lui. Les Juifs demandent des miracles, les Grecs recherchent des discours sages et éloquents. Pour nous, nous prèchons Jésus‑Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils; mais pour les élus d'entre les juifs et les gentils, le Christ est la force et la sagesse de Dieu. Car ce qui parait en Dieu une folie est plus sage que les hommes, et ce qui semble en Dieu une faiblesse est plus fort que les hommes. » (I. Cor. 1, 20 et suiv.) Ceux qui se croient sages et forts par leur propre vertu, méprisent cette folie et cette faiblesse ; mais c'est la grâce qui guérit la faiblesse de ceux, qui confessant humblement leur misère, ne se targuent point avec orgueil de leur béatitude mensongère.