Anglicans et ordinations 5

Darras tome 35 p. 210


S V. DE LA VALIDITÉ DES  ORDINATIONS ANGLICANES.

 

   112 . Une controverse est engagée, depuis trois siècles, sur la validité ou la nullité des ordinations anglicanes. Cette controverse n'est pas une question de principe; elle ne touche en aucune façon aux dogmes de la foi catholique. L'Église romaine, mère et maî­tresse de toutes les Églises, reconnaît les ordres de l'Église grecque et d'autres communions schismatiques : elle n'hésiterait pas à admettre les ordinations anglicanes, si leur validité s'appuyait sur des faits. Loin que les catholiques aient quelque motif pour nier la validité de ces ordinations, plusieurs ont regardé comme un grand mal que la succession ecclésiastique n'ait pas été conservée en Angleterre depuis Elisabeth. Si donc l'Église catholique a cons­tamment rejeté les ordinations anglicanes, ce n'est pas en vue d'un avantage quelconque, mais uniquement parce que les faits ne permettent pas d'arriver à une autre conclusion.


Voici la question :

 

   Les ordinations anglicanes sont-elles valides ou invalides, et, en conséquence, faut-il regarder comme validement ordonnés les ministres évangéliques qui ont reçu les ordres dans cette Église, ou bien faut-il les considérer comme dépouillés de tout caractère sacerdotal, de tout pouvoir d'ordre? C'est une question de fait et non de droit, et ce fait se décompose lui-même en deux autres, savoir : Le premier évêque protestant d'Angleterre a-t-il reçu la consécration d'un évêque validement consacré; en second lieu, a-t-on employé, à ce sacre, la forme requise pour le but que l'on voulait atteindre ?

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Pour préciser davantage la question, il faut rappeler qu'au XVIe siècle, l'Angleterre, séparée par Henri VIII de la communion romaine, devint presbytérienne sous Edouard VI et à peu près luthérienne sous Elisabeth. La première année du règne d'Elisa­beth, le haut, clergé du royaume fit encore une profession de foi en tous points opposée aux doctrines et aux principes de la réforme protestante. Il n'y avait alors, en Angleteterre, que quatorze évê­ques; tous demeurèrent fidèles aux doctrines catholiques. Treize d'entre eux furent chassés de leurs sièges pour refus du serment de suprématie royale en matière de foi ; un seul prêta ce serment et conserva son siège, sans tomber autrement dans l'hérésie. Par le fait, l'Église d'Angleterre se trouvait sans haut clergé. Une grande difficulté se présentait pour l'organisation de cette nouvelle Église; c'était de la pourvoir d'une hiérarchie qui ressemblât, autant que possible, à celle qui avait été supplantée. A cause des dispositions bien connues du peuple, on n'eût pu s'en dispenser sans péril. Mathieu Parker fut choisi pour devenir le premier archevêque protestant de Cantorbéry. Personne ne prétend qu'il ait été sacré par un évêque catholique. D'après les défenseurs des ordres anglicans, il aurait reçu sa consécration de Barlow, lequel, en cette occasion, se serait servi de l'Ordinal d'Edouard VI.

 

Trois questions se présentent à ce propos et toutes trois récla­ment absolument une réponse affirmative. Ce n'est qu'à cette con­dition que ceux qui voudraient rattacher leur succession à Mathieu Parker, pourraient conclure qu'ils sont validement promus au sacerdoce ;

 

1° Parker fut-il réellement sacré par Barlow de la manière indi­quée?

2° Barlow lui-même était-il sacré ?

3° La forme liturgique du roi Edouard était-elle valide ?

 

Avant de discuter ces trois questions, il faut poser quelques observations préliminaires : elles sont nécessaires pour orienter la discussion et deviennent d'ailleurs autant de présomptions favo­rables au sentiment catholique.

 

   113. Il n'y a pas de religion sans Dieu et il n'y a pas de sacer-

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doce sans sacrifice. C'est un fait certain que la réforme protestante a détruit le saint sacrifice de la messe et renversé les autels con­sacrés à son oblation ; il est donc fatal que cette même réforme ait détruit la prêtrise et l'épiscopat pour ne laisser subsister, dans le service religieux, que des mandataires du prince ou de la commu­nauté, mais sans caractère propre, décorés du nom de ministres et restant simples laïques. Aux yeux de Luther, de Calvin, de Zwingle, l'ordre n'est pas un sacrement ; le sacre épiscopal est un rite, sinon superstitieux, du moins inutile, et l'autorité royale suffit par­faitement pour conférer l'ordre et la juridiction. Aussi l'importance attachée par les catholiques, à l'inviolable cérémonie de la consé­cration épiscopale, a-t-elle été souvent l'objet de leurs sarcasmes.

 

Les réformateurs d'outre-Manche pensaient là-dessus comme les soi-disant réformateurs du continent. Dans son Histoire de la réfor­mation, Burnet rapporte longuement les résolutions des évêques sur  les  sacrements  et, en particulier, les opinions de Cranmer ; l'abréviateur  de Burnet résume ainsi cette opinion : « Cranmer, dit-il, avait à cette époque plusieurs opinions particulières touchant les offices ecclésiastiques, savoir : Que ces offices étaient confiés par le roi, comme d'autres offices purement civils ; que l'ordina­tion n'était pas indispensablement nécessaire ; qu'elle n'était qu'une cérémonie qu'on pouvait accomplir ou omettre, mais que l'autorité ecclésiastique n'était donnée que par la commission du roi (1). » Cette  suprématie royale, que les anglicans font consister en quel­que grâce extraordinaire conférée au roi par son sacre, ne resta pas sans effet. Conformément à ses principes, Cranmer voulut recevoir du roi une nouvelle commission : plusieurs imitèrent son exemple. Dans leur adresse à Henri VIII,  ces lâches évêques établissent que « toute juridiction civile et ecclésiastique découle du roi ; qu'ils ne l'exercent que sous son bon plaisir ; et que, comme ils la tiennent de sa bonté, ainsi ils seraient prêts à la lui rendre, s'il lui plaisait de la redemander ».  En conséquence, le roi leur accorde le pou­voir de donner en sa place l'institution et de remplir toutes les autres parties du ministère épiscopal, aussi longtemps que le per-

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(1) Abréviateur de Burnet, liv. I,p. 250; liv. II, p. 56 et 228.

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mettra son bon plaisir. Ainsi, comme le remarque Burnet, ils furent les évêques du roi (1).

 

A l'avènement d'Edouard VI, Cranmer voulant afficher de plus en plus que tout pouvoir ecclésiastique dérive du trône, prit une nouvelle commission. Tout était fait pour confirmer cette abdication de l'Église. Les évêques étaient créés par lettres-patentes du roi, et non élus, comme précédemment, par les doyens et les chapitres ; tous les procès-verbeaux étaient rédigés au nom du roi seul, avec l'adjonction d'une attestation de l'évêque. Toutes ces pièces étaient également marquées d'un seul sceau, celui du roi. «L'intention des inventeurs de cet acte, dit, dans son Histoire de la réformation, le docteur Heylin, fut d'affaiblir par degrés l'ordre épiscopal en ren­versant les évêques de leur solide fondement de l'institution divine, et en les réduisant à n'être que des ministres du roi, des shérifs ecclésiastiques, pour exécuter sa volonté et dispenser ses ordres. » Et tel a été le résultat pratique de ce principe, que les évêques furent rendus incapables de conférer les ordres, à moins qu'ils n'en eussent reçu auparavant le pouvoir par une permission spéciale du roi.

 

Le vingt-quatrième article proclamé en 1552 sous Edouard, qui est devenu le vingt-troisième des trente-neuf articles, en 1502, sous Elisabeth, règle cette question. Or, le sens de cet article est évidemment presbytérien, et Burnet, en l'exposant, dit : Que si une société de chrétiens, d'un commun accord, désignait l'un de ses membres pour lui servir de ministre dans les choses saintes, cette désignation ne serait pas condamnée, ni annulée par l'article; car nous sommes certain, dit-il, que non seulement ceux qui ont écrit les articles, mais le corps de cette Eglise, pendant plus d'un demi-siècle après sa fondation, a reconnu que, malgré ces irrégu­larités, les Eglises étrangères ainsi constituées étaient de véritables Eglises quant à toutes les choses essentielles à leur organisa­tion (2).

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(1)Burnet. Hist. de la réformation, Appendice n° sxi; document, n<>21, p. 220-28 île l'éd. de Londres, 1079.

(2)Buhnet. Exposition des 30 articles, p. 257.

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p214       PONTIFICAT  DE   SAINT  PIE V (1566-1575).

 

Il suffit, en effet, de lire en entier son exposition de l'article vingt-troisième pour se convaincre du peu d'importance que l'on attachait, même du temps de Burnet, à la transmission régulière des ordres. L'autorité qui doit appeler au ministère est, selon lui, le corps des pasteurs assemblés et agissant conformément aux lois de l'État, sans qu'il soit question en aucune manière de la néces­sité, pour ces pasteurs, de recevoir quelque chose qui ressemble à une ordination régulière. Ainsi, il dit encore : « L'article ne fait point de cette légitime autorité une constitution particulière quel­conque ; mais il la laisse comme chose libre pour les cas qui sont arrivés ou qui pourraient encore arriver. Ceux qui l'ont rédigé avaient devant les yeux l'état de plusieurs Églises réformées d'une manière différente. Et bien que leur propre Église ait été moins qu'une autre forcée de marcher hors du chemin battu, cependant ils connurent que parmi eux aussi toutes choses n'avaient pas mar­ché conformément a ces RÈGLES qui doivent être sacrées dans des temps réguliers. La nécessité n'a pas de loi ; elle est elle-même une loi.

 

Ainsi, que telle ait été la doctrine de l'Église d'Angleterre pen­dant de longues années après sa formation, Burnet l'établit expres­sément par cette supposition qui s'est déjà vérifiée dans ce royaume. « S'il arrivait, dit-il, que des princes ou des États fussent jaloux de leur autorité, au point d'appréhender que leurs sujets, s'ils les laissaient aller ailleurs pour une ordination régulière, ne les mis­sent dans une sorte de dépendance de ceux qui les auraient ordon­nés, et si pour d'autres motifs politiques, ils avaient une juste raison de se montrer jaloux sur ce point, et, en conséquence, de mettre un empêchement, dans ce cas, ni nos réformateurs, ni leurs succes­seurs, pendant les quatre-vingts ans, qui ont suivi la publication de ces articles, ne mirent jamais en suspicion la constitution de semblables Églises. »

 

Le vingt-cinquième des trente-neuf articles, rédigé en présence de Parker, Grindal, Cox, etc., fait une exclusion significative : « Ces cinq choses communément appelées sacrements, y est-il dit, savoir : la confirmation, la pénitence, les ordres, le mariage, l'ex-=======================================

 

p215 CHAP.   XV.     DE  LA   VALIDITÉ   DES   ORDINATIONS   ANGLICANES.   

 

trème-onction, ne doivent pas être considérées comme sacrements de l'Évangile, n'étant regardées comme tels que par une imitation corrompue de la conduite des apôtres, et parce qu'elles représentent des états de vie approuvés par les Écritures, mais elles n'ont rien de commun, quant à la nature des sacrements, avec le baptême et la cène du Seigneur, parce qu'il n'y a pas là de signe visible, ni de cérémonie ordonnée par Dieu. » Cette doctrine de l'Église anglicane fut avouée si ouvertement au moins pendant un demi-siècle, comme le dit froidement Burnet, qu'un défenseur des trente-neuf articles a pu écrire : « Personne, si ce n'est des papistes ignorants, ne dira que l'ordre est un sacrement. » Et il ajoute : « Où peut-on voir dans les saintes Ecritures que les ordres ou la prêtrise soient un sa­crement? Quelle est sa forme? Quelle est sa promesse? Où est l'institution du Christ ? (1)»

 

En parcourant les quatre-vingts ans qui suivirent la fondation de l'anglicanisme, nous pourrions relever des traits qui prouvent le vague des notions reçues relativement à l'épiscopat; nous nous bornons à deux faits relatés par Le Courayer dans sa Défense des ordinations ; en 1664, quatre ministres presbytériens étant venus en Angleterre, y furent réordonnés; en 1610, des ministres presby­tériens se trouvant dans le même cas, plusieurs pensaient qu'ils devaient être réordonnés, comme n'ayant pas reçu les ordres d'un évêque : « mais, dit Le Courayer (pag. 22), Bancroft, archevêque de Cantorbéry, soutint que l'ordination faite par des prêtres devait être regardée comme valide ; autrement on trouverait que la plus grande partie des Eglises réformées manquent de ministres. »

 

Tout, dans la conduite comme dans le langage des réformateurs du seizième siècle et des anglicans en particulier, atteste leur com­plète indifférence, le dédain même et jusqu'au mépris pour la con­sécration épiscopale. Au fait, puisque le pouvoir royal est la source de toute autorité religieuse, il ne faut pas plus d'ordination pour un évêque que pour un préfet. La mission suffit, pourvu qu'elle émane du roi.

 

   Les catholiques, témoins attristés de ces aberrations, ne  peuvent

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(1) Rogers. Défense des trente-neuf articles, p. 154.

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p216       PONTIFICAT   DE  SAINT   PIE  V   (15GG-1572).

 

s'empêcher de les signaler au monde et de protester contre les men­songes par lesquels on cherchait à les couvrir. Le plus remarqua­ble démenti donné par les catholiques à la consécration de Parker et ses collègues, remonte à l'an 1566. Le Parlement avait ordonné, à chaque évêque du royaume, de faire prêter le serment de supré­matie, à toute personne ecclésiastique résidant dans son diocèse. En vertu de cet ordre, Robert Horn, évêque prétendu de Winchester, demanda le serment au docteur Bonnet, évêque de Londres, déposé de son siège et détenu en prison. Le prisonnier refusa et, notifica­tion faite de ce refus par Horn au ban de la reine, il fut accusé d'avoir violé le statut. Bonnet se disculpa en disant qu'au moment où Horn lui déférait le serment, lui, Horn, n'était pas évêque. Les juges dirent que si les choses étaient telles, il devait être admis à preuve et que le jury devait les considérer. Or, Bonnet ne fut ni con­damné, ni poursuivi, et le Parlement, par un acte public, déclara évêques ceux à qui les catholiques refusaient ce titre. « L'interven­tion du statut vint à propos, dit plaisamment Fuller, et laissa la victoire indécise entre Horn et Bonnet (1). »

 

En présence de ce refus de Bonnet, on devine si les langues avaient beau jeu et si les quolibets tombaient sur ces évêques pos­tiches. Le Parlement intervint et, par un acte public, déclara, en 1566, que les évêques consacrés selon le Payer-Common-Book, d'Edouard VI, étaient de vrais évêques et qu'ils devaient être tenus pour tels. Dont acte; mais nous verrons, au point de vue canonique, ce que peut bien valoir une consécration, faite selon le livre de la commune prière.

 

Inutile de dire que cet acte n'imposa pas silence à la hardiesse du langage. Pendant tout le règne d'Elisabeth, on adressa aux évêques anglicans le reproche de n'avoir reçu aucune consécration épiscopale, et, 40 ans après, en 1597, il fallut un nouvel acte du Parlement pour confirmer les évêques et autres dignitaires de l'éta­blissement dans leurs prérogatives ecclésiastiques, nonobstant toute ambiguïté ou question sur ce  point, faites autrefois ou  qui

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(1) Fuller. Hist. de l'Église, liv, IX, p. 80. Cet auteur cite Dyer, fol. 23i; Mich, 6 et 7 ; Elisabeth, placito 15.

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serait faite à l'avenir, dans un sens contraire, en quelque manière que ce soit.

 

Que si le peuple chrétien protestait ainsi, on doit penser que les docteurs ne gardaient pas le silence. En 1562, lorsque Jewell pu­blia sa fameuse Apologie, Harding y répondit. Or, dans la Réfuta­tion, il dit : « Passons sur votre succession, que vous ne pouvez dé­montrer et allons droit à votre ordination. Comment vous exprimez-vous ? Vous vous présentez comme évêque de Salisbury ; mais comment pourrez-vous prouver votre vocation ? Par quelle autorité usurpez-vous le ministère de la parole et l'administration des sacre­ments ? Que pouvez-vous alléguer pour témoigner de la légitimité de votre ministère? Qui vous a imposé les mains ? A l'exemple de qui l'a-t-il fait ? Comment et par qui êtes-vous sacré ? Qui vous a envoyé ? Qui vous a confié la charge que vous avez prise sur vous ? Etes-vous prêtre ou non? Si vous ne l'êtes pas, comment osez-vous usurper le nom et l'office d'évêque? Si vous l'êtes, dites-nous qui vous a donné les ordres ? (1) »

 

Jewell répondit qu'il avait été fait prêtre de la même façon qu'Harding, à quoi Harding riposta qu'il ne lui demandait pas com­ment il avait été fait prêtre, mais comment il avait été fait évêque. Jewell répondit qu'il avait été fait évêque par élection du chapitre et consécration anglicane. A quoi Harding : «Vous rendez, dit-il, votre défense plus difficile que je ne l'avais faite par mes objections. Car votre métropolitain, qui vous aurait donné autorité pour vos fonctions sacrées, n'avait pas été lui-même sacré validement. Il y avait, à la vérité, quelques évêques légitimes dans le royaume, mais on ne leur demanda pas de vous imposer les mains ou ils refusèrent de vous imposer les mains (2). » En présence de cette réfutation accablante, Jewell trouva plus commode de garder le silence.

 

Siapleton, théologien de grand mérite, parlant des procédures contre Burnet ajoute : « Tandis qu'ils s'efforçaient d'obtenir de lui le ser­ment de suprématie, on trouva qu'ils étaient de faux évêques, Epis-

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(1) Réfutation de l'Apologie de l'église d'Angleterre, part. II, chap. V. p. 57. A'.ivpi-s 1563.

(2) Découverte d'un grand nombre d'erreurs de Jewell, Louvain, 15G8.

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p218       PONTIFICAT  DE  SAINT   PIE  Y  (IoGG-1372).

 

copi larvati. » Dans son livre intitulé Contre-coup, adressé à Horn, il parle ainsi : « Pour dire la vérité, vous n'êtes pas lord de Winches­ter, ni d'ailleurs, mais seulement Robert Horn. N'est-il pas notoire que, ni vous, ni vos collègues, n'avez été ordonnés selon les prescriptions je ne dis pas de l'Eglise, mais même des statuts. Vous êtes sans au­cune consécration de votre métropolitain, car lui-même, Parker, n'est pas évêque. » Puis, s'adressant à Jewell: « Comment se fait-il donc, lui dit-il, que vous et vos associés, qui vous présentez comme évêques, n'avez pas même de conformité, ni de rapports, je ne dis pas avec le Pape, mais avec aucun évêque dans toute la chrétienté ; que vous n'êtes agréés, ni approuvés par aucun d'eux, mais que vous avez pris sur vous cette dignité sans aucune imposition des mains, sans aucune autorité ecclésiastique, sans aucune observation des canons et du droit. Je ne demande pas qui vous a donné vos évêchés, mais qui vous a faits évêques (1). » Dans une homélie sur la fête de saint Marc, Stapleton dit encore : « Personne n'est envoyé légitimement à moins qu'il ne soit envoyé par l’évêque, après l'imposition des mains. Les hérétiques de notre époque n'ont point cette mission, car ils sont envoyés par des hommes qui ne sont point évêques. Bien que chez les hérétiques, les luthériens et les calvinistes, quelques-uns soient envoyés par l'imposition des mains ; cependant comme les premiers prédicants ne furent pas envoyés par quelqu'un qui eût un caractère épiscopal, toute cette mission imaginaire n'est qu'une farce, merum nugamentum. Tels sont tous ceux qui, en Angleterre, sont appelés évêques, lesquels, quand les véritables évêques, un seul excepté, furent chassés par l'autorité de la reine Elisabeth, ne succédant à personne, mais commençant par eux-mêmes, ne reçurent l'impo­sition des mains de qui que ce soit, ni des pasteurs de l'Allemagne ou de la France, ni des pasteurs de quelqu'une de ces Eglises pré­tendues réformées. » Dans ses «Controverses », de nos jours encore si estimées, Stapleton, parlant des évêques anglicans, dit : Tandis que, à l'origine, ils étaient saisis de leurs sièges épiscopaux, uni­quement en vertu de l'autorité royale, sola regia auctoritate, au-

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(1) Appel à Jewe II et à Horn,

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jourd'hui ils ont la prétention ridicule d'ordonner leurs ministres par l'imposition des mains (1). »

 

Comment Stapleton aurait-il écrit et publié ces choses, si Parker avait été sacré par quelqu'un qui eût eu un titre même coloré de caractère épiscopal ?

 

Nicolas Sanders, ancien professeur de droit à l'université d'Ox­ford et plus tard professeur de théologie à Louvain, dit à son tour en parlant des premiers évêques anglicans : «Etant privés de toute ordination légitime, lorsque la voix publique déclara et prouva, par les lois d'Angleterre, qu'ils n'étaient pas évêques, ils furent contraints de recourir à l'assistance du pouvoir séculier, afin qu'ils pussent recevoir la consécration de la magistrature laïque dans le prochain Parlement. Par l'autorité de ce Parlement, si quelque chose avait été fait mal ou contrairement aux prescriptions de la loi, ou omis ou négligé dans la première inauguration, tout cela serait censé remis après qu'ils avaient joui de leur charge épiscopale et de leur siège pendant plusieurs années sans aucune consé­cration épiscopale (2). Ailleurs, il les appelle reginales praelati, ou les évêques de la reine.

 

Bristow, qui mourut en 1582, s'exprime de la même manière : « En Angleterre, le roi, voire même la reine, peuvent donner leurs lettres-patentes à qui ils veulent, et ceux-ci peuvent, dès ce mo­ment, se présenter comme évêques et commencer à ordonner des ministres (3). » « Considérez, dit-il encore, quelle est cette Église dont les ministres sont de simples laïques, sans mission, sans voca­tion, sans consécration, et qui, lorsqu'ils se repentent et se conver­tissent, n'occupent parmi nous d'autres places que celles des laï­ques ; qui ne sont admis en aucun cas ni ne songent à exercer au­cun ministère, à moins qu'ils n'aient reçu les ordres qu'ils n'avaient pas auparavant. »

 

Rayaedo aussi, revenu des erreurs anglicanes qu'il avait em­brassées avec ardeur, écrivait à son tour : « Il n'est pas un pâtre

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(1)Stapleton. Opéra, t. IV, pag. 851 et passim.

(2)Sanders, de schimnate anglicano, lit» .111, p. 198. (?) Motifs, t. II, p. 164.

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p220       PONTIFICAT  DE  SAINT   PIE V  (1566-1572).

 

en Turquie qui n'ait pris le gouvernement de son troupeau avec une raison meilleure et par un droit, un ordre et une autorité plus grands que ne sauraient en produire ces superbes apôtres et évangélistes, pour la charge sublime et divine de gouverner les âmes qu'ils s'arrogent à eux-mêmes. »

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