St Ambroise 3

Darras tome 10 p. 491

 

   22. Saint Ambroise n'eut pas de peine à faire goûter ces raisons  à l’empereur. Il lui représenta qu’une plainte isolée de deux prélats récalcitrants n’avait ni assez de portée ni assez d’intérêt  pour obliger tous les évêques de l’Occident à quitter leurs dioceses et à entreprendre un aussi long voyage. Il s'offrit à se rendre, de sa personne, à Aquilée, pour terminer le différend. Gratien revint sur sa première détermination. Dans un nouveau rescrit adressé aux évêques, il disait: « L'illustre Ambroise nous ayant fait observer que le motif pour lequel je vous avais convoqués à Aquilée ne comporte pas une pareille solennité, il suffira de sa présence et de celle de quelques autres évêques d'Italie pour terminer cette affaire. En conséquence je m'empresse de révoquer ma précédente ordonnance. Ainsi nous ne contraindrons pas tant de vénérables prélats à un voyage de long cours, qui pourrait compromettre la santé chancelante des uns, la modeste fortune des autres, et par-dessus tout l'intérêt général des âmes 1. » Nous ne savons si les chancelleries modernes consentiraient à revenir ainsi sur une décision prématurée ; mais ce qui est certain, c'est que le prestige de l'empereur qui donnait un si bel exemple d'humilité n'y perdit rien aux yeux de ses peuples. La réunion d'Aquilée eut lieu dans ces conditions: elle s'ouvrit le 3 septembre 381, sous la présidence de l'évêque du lieu, saint Valérien. Trente-trois évêques seulement s'y trouvèrent. Les plus distingués étaient, après saint Ambroise, saint Eusèbe de Sologne, saint Sabinus de Placentia (Plaisance),

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1. S  Aaabros., Epist. x; Pair. Int., tom. XVI, col. 917.

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saint Philastrius de Brescia, l'auteur du traité fameux contre les hérésies, saint Justus de Lyon, Constantius d'Arausio (Orange), Proculus de Marseille, Domninus de Gratianopolis (Grenoble), et Amantius de Nice. Saint Ambroise, bien qu'il eût laissé la présidence à l'évêque d'Aquilée, fut réellement l'âme de ce synode. Il en diriga les opérations avec la netteté et la précision qui lui étaient familières. Ce fut lui qui interrogea Palladius et Secundianus. Il fit d'abord donner lecture d'une lettre d'Arius où le sectaire avait condensé tout le venin de son erreur. Puis s'adressant aux deux évêques : « Vous venez d'entendre l'exposé de cette doctrine impie ; la partagez-vous? Croyez-vous, comme Arius, que le Fils de Dieu ne soit point éternel? Dans ce cas, essayez de soutenir votre thèse. Voici le texte des Évangiles, les épîtres des apôtres et les livres de l'Ancien Testament : nous y trouverons la preuve de l'éternité du Verbe incarné. » Palladius se rejeta sur l'incompétence du synode pour juger une pareille question. « Au lieu de réunir un concile général, dit-il, vous avez manœuvré près de l'empereur et obtenu que cette assemblée ne fût composée que de vos amis. Nous ne saurions accepter un pareil tribunal. En l'absence de tous les évêques qui partagent notre foi, il nous est impossible de répondre à vos questions. —Et quels sont les évoques qui partagent votre foi? demanda Ambroise. — Tous ceux de l'Orient, reprit Palladius. — Vous vous abusez étrangement, dit Ambroise. Dans les siècles passés, la coutume a prévalu de composer d'Orientaux les conciles tenus en Orient, et d'Occidentaux ceux de l'Occident. L'empereur Gratien a prévenu les évêques d'Orient de la réunion de ce synode d'Aquilée. Tous ont été libres d'y venir. S'ils ne l'ont pas fait, c'est pour respecter la tradition dont je vous parle. — Palladius s'en tint à cette fin de non-recevoir. Il refusa de condamner les propositions blasphématoires d'Arius et demanda qu'on admît le public aux délibérations. Quoi ! dit Ambroise, vous voulez que des laïques soient juges des évêques! C'est l'Église renversée. — Le concile passa outre et déposa Palladius. Secundianus, son complice, abandonna les questions préjudicielles d'incompétence et se renferma dans l'argutie familière aux ariens. « Je

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p493 CHAP.   IV.  —  SAINT  AMBKOISE   ET  GHATIEN.

 

crois, dit-il, que le Dieu véritable est le Père de Jésus-Christ Notre-Seigneur; je crois que Jésus-Christ est vrai Fils de Dieu — Arius en disait autant, lui fut-il répondu. Nous vous demandons si vous croyez que Jésus-Christ est vrai Dieu, consubstantiel à son Père? — Je ne connais point Arius, je ne m'inquiète aucunement de ce qu'il a pu dire, reprit Secundanius. Je m'en tiens à la parole de Jésus-Christ lui-même, qui s'est appelé : Le Fils unique résidant au sein du Père 1. — Il n'y eut pas moyen de le sortir de là. Il fut déposé. La sentence s'étendit au prêtre Attale, qui avait déclaré en plein concile que sa foi était celle de Palladius. Un autre évêque, Juhanus Valens, titulaire de Petavium (Pettau), avait refusé de paraître au synode. C'était un arien déclaré. Il venait en outre de donner l'exemple d'une infâme trahison, en prenant contre Théodose et l'empire romain le parti des Goths. Les barbares avaient récompensé sa défection en le décorant d'un collier et de bracelets d'or, qu'il affectait de porter comme des insignes d'honneur. « Vit-on jamais, s'écriait Ambroise, un tel sacrilège chez un chrétien, chez un évêque, chez un Romain2! » Juhanus Valons fut déposé.

 

23. Un dernier anathème fut prononcé contre l'antipape Ursicinus et ses adhérents. Nous avons dit plus haut que ces schismatiques prolongèrent leur rébellion durant tout le pontificat de saint Damase et jusque dans les premières années de son successeur. La partie des actes du synode d'Aquilée relative à cette affaire ne nous est point parvenue. Mais voici en quels termes les pères firent connaître leur décision aux empereurs Gratien, Théodose et Valentinien II. « Après avoir pourvu, selon vos désirs, très-cléments princes, à l'extirpation de l'arianisme dans cette province, nous avons fixé notre attention sur un autre point d'une importance plus grave encore. Après tant de condamnations réitérées, Usicinus continue à troubler l'Église catholique par ses attentats sacrilèges. L'exemple de tant d'impies, frappés avant lui par la justice divine n'arrête pas sa fureur. Au temps de l'empereur Valens,

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1. S. Ambros., Epist. IX; Gesta concil. Aquileiens.i Pair, lat., Sots. Cit. — ' S. Ambros.j Epiit. x.

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nous l’avons vu se mettre à la tête des ariens pour dévaster nos églises; aujourd'hui il fomente les restes éteints de cette damnable hérésie, il ne rougit pas de demander aux synagogues juives des renforts et des appuis. A l'aide de Paschasius, ce ministre de ses infamies, il répand à profusion, dans l'intérieur des maisons païennes ou chrétiennes, des lettres dont l'impudence égale la fausseté. Il est temps, généreux princes, de mettre un terme à ces calomnies vingt fois détruites et sans cesse renouvelées. Il est temps de venger l'honneur de l'Eglise romaine, la tête du monde, le siège sacro-saint des apôtres, le centre de la foi qui dirime par son autorité toutes les controverses. Nous vous supplions donc de prendre les mesures nécessaires pour délivrer le peuple romain et l'épiscopat catholique tout entier des importunités abjectes d'Ursicinus. Après cet acte que nous implorons de votre justice éclairée et pieuse, il ne nous restera plus qu'à rendre à Dieu le Père tout-puissant et à Jésus-Christ son Fils et notre Dieu de continuelles actions de grâces 1. »

 

  24. Tels furent les actes officiels du synode d'Aquilée. En un mois il eut terminé ses délibérations et saint Ambroise put retourner à Milan. Mais le rôle prépondérant de l'illustre évêque dans cette assemblée l'avait mis en relief et désigné aux dissidents orientaux comme l'arbitre suprême des controverses religieuses. Maxime le cynique fut le premier à le circonvenir de ses obsessions. Cet intrus prétendait que son ordination n'avait rien eu de clandestin. « Forcés, disait-il, par la pression arienne de quitter l'Anastasie, les prélats égyptiens qui me sacraient en vertu d'une élection régulière et légitime de tous les orthodoxes byzantins, durent achever la cérémonie dans une maison particulière. Je n'usurpais la place de personne, ajoutait-il. La preuve c'est que Grégoire ne fut pas considéré par le concile œcuménique de Constantinople comme titulaire de ce dernier siège 2. » Il s'étendait ensuite sur l'irrégularité de l'élection de Nectaire, simple catéchumène, improvisé évêque en une série d'ordinations per saltum commençant par le

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1 S. Ambros., Episi. II. — 2. Ibid., Epist. XIII.

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baptême et finissant par le sacre. Cette dernière articulation n'avait pas une grande valeur, puisque saint Ambroise lui-même avait tété choisi dans les mêmes circonstances. Les exemples d'ordinations de ce genre n'étaient pas rares à cette époque, et l’on se rappelle que le prédécesseur de saint Basile, le vieil Eusèbe,  avait été porté de même sur le siège de Césarée de Cappadoce. Mais le cynique avait soin de relever à son profit « un prétendu vice de forme dont le concile général de Constantinople s'était, disait-il, rendu coupable. On m'a jugé sans m'entendre. C'est là une irrégularité canonique des plus graves et qui infirme la sentence rendue contre moi. » D'autre part les Pauliniens d'Antioche s'adressèrent également à saint Ambroise pour se plaindre de l'élection de Flavien comme successeur de saint Mélèce;  enfin le nouveau patriarche d'Alexandrie, Timothée, frère et successeur de saint Pierre, voyait lui-même son élection contestée par une fraction dissidente qui lui opposait un prélat intrus. Tontes ces réclamations furent soumises à la  fois à saint Ambroise. Moins bien renseigné que le pape Damase, l'évêque de Milan se laissa un instant abuser par les intrigues de Maxime le cynique.  Il inclinait aussi, comme tout l'Occident, vers la faction paulinienne d'Antioche. Quant à l'élection de saint Timothée d'Alexandrie, il la maintenait sans réserve et sans arrière-pensée. Ces trois points furent l'objet de deux lettres successivement adressées avec une franchise tout apostolique par saint Ambroise à Théodose  le   Grand. La cause de Maxime y était  présentée  sous un jour complètement faux, parce que les renseignements parvenus à l'évêque de Milan étaient eux-mêmes d'une inexactitude flagrante. Les griefs des pauliniens d'Antioche y étaient exposés avec une énergie plus voisine de la vérité. Car enfin, nous l'avons dit précédemment, l'élection de Flavien, ratifiée par le concile de Constantinople, était en contradiction formelle avec les avis antérieurs venus de Rome et avec les engagements plus récemment souscrits par les deux compétiteurs Paulin et Mélèce. Saint Ambruise se crut donc en droit d'écrire à Théodose. « Nous connaissons, auguste empereur, le dévouement et la sincérité de votre foi, disait-il. Nous rendons grâces au Dieu tout-puissant

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qui vous a confié le sceptre pour le bonheur de l'Eglise et du monde. La mémoire de vos bienfaits ne s'effacera jamais de nos cœurs; c'est vous qui avez rendu aux catholiques leurs sanctuaires profanés par les ariens. Mais plût à Dieu que vous eussiez aussi rendu les catholiques à leur ancien respect pour la discipline de l'Église ! Nous gémissons qu'il vous ait été plus facile de proscrire les hérétiques que de réunir les orthodoxes1. » Théodose ne s'offensa point de cette indépendance de langage. Seulement il fit connaître à saint Ambroise la réalité des faits à l'égard de Maxime le cynique. L'évêque de Milan, de son côté, n'insista plus. « Votre foi, connue du monde entier, répondit Ambroise, est pour nous un continuel sujet d'actions de grâces près du Tout-Puissant. En recourant à votre clémence, notre but unique était d'ajouter à votre gloire celle de pacifier l'église d'Orient et d'Occident. Pour avoir été trompé par une calomnie et une intrigue étrangères, je ne saurais toutefois me repentir de la démarche que j'ai faite près de vous. On nous a si souvent accusés, nous autres occidentaux, de ne point nous intéresser aux souffrances de l'église d'Orient, que je m'applaudis de vous avoir, même à faux, importuné par des réclamations qui prouvent tout le contraire 1. » On le voit, entre Théodose et saint Ambroise, ou si l'on aime mieux entre l'Eglise romaine et celle d'Orient, il n'y avait eu qu'un malentendu bientôt dissipé. Cependant quelques historiens récents ont cru devoir présenter l'affaire sous les couleurs les plus sombres, comme s'il se fût agi d'un schisme entre les deux communions 3. La vérité est que le pape Damase avait, depuis deux ans, condamné l'intrusion de Maxime, et que saint Ambroise, ignorant cette décision, avait trop facilement accueilli les récriminations du cynique. Une erreur de ce genre, qu'un simple échange de correspondance entre Théodosc et l'évêque de Milan suffît à détruire, ne saurait sans exagération passer pour un différend sérieux.

 

25. Le concile de Rome, annoncé pour l'an 382, devait s'occuper de la question d'Antioche, la plus sérieuse de toutes celles qui sur-

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1 S. Ambros., Episl. ïiii. — 2. Ibid., Episl. xiv. — > Cf. M. Atî; Tnierrj. S. Jérôme, toiu   I, pag. 09.

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gissaient alors. Saint Ambroise la réserva donc tout entière. Il allait bientôt prendre congé de Gratien qui se rendait dans les Gaules. Gratien avait l'habitude, au printemps de chaque année, de parcourir les frontières du Rhin, pour prévenir ou réprimer les tentatives des barbares Germains, Goths et Taïfales. Chacune de ces excursions amenait d'ordinaire de nouvelles victoires. Un incident, qui fut depuis très-remarqué, signala le départ du prince. Un des officiers païens du palais venait d'être condamné à mort pour propos injurieux tenus contre l'empereur. Saint Ambroise trouva la sentence trop rigoureuse. Il se rendit chez le maître des offices, Macédonius, dans l'intention de solliciter la grâce du coupable. Macédonius, païen lui-même, ne pouvait souffrir l'évêque de Milan. Il lui fit fermer sa porte. Ambroise, brutalement éconduit, ne manifesta aucune émotion. Seulement il dit aux serviteurs de Macédonius : « Prévenez votre maître qu'il aura bientôt à se préoccuper de sauver sa propre vie. Il sollicitera avec larmes l'entrée de l'église; mais les portes lui en seront interdites, comme la sienne l'est en ce moment pour moi. » Après cette prédiction qui ne devait pas tarder à s'accomplir, Ambroise se rendit au palais impérial. Macédonius avait donné ses ordres à tous les officiers. Aucun d'eux ne voulut l'introduire. Tous lui répondirent que le prince chassait en ce moment dans son parc et qu'il était impossible de voir. Le saint évêque se retirait fort triste de ce contre-temps, lorsqu'il aperçut un groupe de piqueurs conduisant leurs chiens en laisse, et entrant par une grille extérieure dans l'enceinte du parc. Il se glissa avec eux et attendit. Gratien ne tarda point à paraître. Surpris de la présence de l'évêque en ce lieu, il fit un geste de mécontentement. Mais déjà saint Ambroise lui avait expliqué le motif qui l'amenait. La grâce fut accordée sur-le-champ. Le prince et l'évêque se quittèrent ; le lendemain Gratien partait pour les Gaules, et quelques jours après saint Ambroise se rendais à Rome pour assister au concile réuni dans cette ville par le pape Damase.

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§ III. Concile de Rome.

   26. Sollicités par le souverain pontife, les trois empereurs Gratien, Théodose et Valentinien II avaient autorisé cette assemblée auguste, dans laquelle on se proposait d'abord de ratifier toutes les condamnations précédemment portées contre les hérétiques ariens, macédoniens, apollinaristes; ensuite de résoudre les difficultés locales suscitées en Orient par l'élection de Flavien et par les récriminations dont celles de Nectaire à Constantinople et de Timothée à Alexandrie étaient l'objet. Si tous les évêques eussent répondu à l'appel du pape et des empereurs, il est vraisemblable que le titre d'oecuménique, au lieu d'être attribué au précédent concile de Constantinople, eût été déféré à celui de Rome. Mais le caractère d'universalité que saint Damase aurait voulu donner à la réunion projetée, en y convoquant tous les évêques du monde, lui manqua tout d'abord par l'abstention de ceux de l'Orient. Voici en quels termes ces derniers s'excusèrent près du pape : « Au milieu des ruines causées par l'arianisme à nos églises, il nous est besoin d'un travail assidu et d'un séjour prolongé daus nos diocèses pour remédier à tant de maux. Bien que la persécution violente ait essé, face à la pieuse coopération des empereurs, et que nous avons été remis en possession de nos églises longtemps occupées par les hérétiques, cependant le loup ne cesse de dévaster l'intérieur de la bergerie. Les sectaires multiplient leurs assemblées clandestines ; ils fomentent la division parmi les peuples ; leur propagande redouble ses efforts impies. C'est dans de telles circonstances que le très-religieux empereur Théodose nous adresse, avec un rescrit émané de lui, les lettres par lesquelles, dans le sentiment de charité fraternelle qui vous anime à notre égard, vous nous invitez, comme membres de l'Église universelle dont vous êtes le chef, à assister au concile de Rome. Vous voulez que les évêques d'Orient qui ont le plus souffert de l'arianisme soient les premiers à célébrer avec vous la paix dans laquelle vous régnez aujourd'hui. Nous aussi, nous voudrions, comme dit l'Apôtre, avoir cette joie d'aller partager

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votre triomple. De grand cœur, tous ensemble, nous quitterions nos églises et nous ferions ce voyage, si les circonstances nous le permettaient et si nous n'étions contraints de préférer l'utilité de nos diocèses à notre satisfaction personnelle. Oh ! qui nous donnera les ailes de la colombe, pour voler près de vous et nous reposer dans votre sein! Mais ce serait livrer nos peuples à la merci des hérétiques, et compromettre par un départ précipité le bien qu'avec la grâce de Dieu nous espérons raffermir 1. » Ainsi parlaient Ies évêques d'Orient au pape Damase. II nous est impossible de découvrir, dans ce langage, aucune trace de l'animosité et de la rivalité sourde que certains auteurs modernes ont voulu y voir. En l'absence des actes du concile de Rome qui sont totalement perdus, nous n'avons pas la ressource d'opposer à l'appréciation un peu romanesque dont nous parlons des textes précis et formels. Cependant nous croyons que saint Damase ne songea point à se plaindre de la lettre si respectueuse des Orientaux. En tout cas, le mécontentement prétendu qu'elle aurait causé au pontife ne s'est fait jour nulle part et n'a été signalé par aucun historien contemporain.

 

27. Si les actes du concile de Rome nous manquent, il nous reste cependant assez d'autres renseignements authentiques pour nous donner une idée des travaux et des délibérations de cette assemblée. Saint Jérôme et saint Epiphane, son illustre ami, y arrivèrent des premiers. Ils furent bientôt suivis d'Ascholius de Thessalonique, de Paulin d'Antioche, et d'un nombre considérable d'évêques d'Italie, des Gaules, de la Grande-Bretagne, de la Germanie, de l'Espagne et de l'Illyrie. Mais l'attention publique se portait de préférence sur Ambroise, dont la réputation était universelle. « Son arrivée dans la capitale du monde et de l'Église, dit M. de Broglie, fut un véritable triomphe. Il n'y était plus rentré depuis le jour où, préfet novice, il avait reçu la dernière accolade et les dernières instructions de son protecteur, le fameux Probus. De pénibles impressions l'attendaient pourtant dans cette ville, témoin

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1.          Théodoret, Hist, eccles., lib. V, cap. iz.

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des travaux de sa jeunesse. Il ne retrouvait plus dans sa demeure ni sa vieille mère, qui avait cessé de vivre sans qu'il pût la revoir, ni son frère Saturus, qui avait péri au retour d'un voyage d'Afrique 1. Seule sa sœur Marcellina vint à sa rencontre, couverte du voile des vierges. Bien des larmes furent mêlées à la joie de leurs embrassements. Le souvenir de leur frère, très-aimé de tous deux, les pénétrait de douleur. Ils se rappelaient qu'il était non seulement le compagnon de leurs jeux, mais l'arbitre de leurs querelles enfantines. « 0 mon frère, s'écriait Ambroise, où irai-je? De quel côté me tourner sans toi? Le bœuf cherche le compagnon avec qui il avait coutume de porter le joug, et ses mugissements attestent son amour. Moi, mon frère, cesserai-je de te pleurer? Pourrai-je oublier celui avec qui j'ai commencé de porter le joug de cette vie? » Ainsi sa grande âme ne craignait point de s'abandonner à sa douleur, « car, disait-il, la piété chrétienne est tendre et sensible ; elle n'a rien de sauvage ni de dur. La patience consiste à supporter la douleur, non à la proscrire. » Parfois pourtant d'autres souvenirs moins tristes faisaient passer un éclair de gaîté à travers ces pleurs. Ambroise rappelait à Marceliina que dans son enfance, ayant remarqué que l'évêque de Rome, quand il venait à la maison, donnait sa main à baiser aux assistants, il avait un jour, par forme de jeu, essayé de l'imiter, mais que ni Marcellina ni ses compagnes n'avaient voulu lui rendre cet hommage. « Je vous l'avait bien dit, ajoutait-il, que tôt ou tard vous seriez obligée de me baiser la main1 ! » Sa porte était assiégée de visites à toute heure, et c'était à qui le posséderait chez soi. On attribuait à sa présence des grâces particulières et des faveurs miraculeuses. Chez une grande dame, vivant au delà du Tibre, on lui avait amené une des femmes de la maison, atteinte de paralysie; il avait suffi à la pauvre infirme de baiser la frange du manteau de l'évêque pour retrouver l'usage de ses mouvements. Ailleurs il avait accepté l'hospitalité d'un homme riche qui lui racontait avec orgueil l'heu-

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1.          S. .Ambros., Vita, tom. II, i>ag. 23; De excessu frairis sui, nag. 1113; D* fide resu reci., nag. lloG. (Xote de M. de Croslie.)

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reux état de ses affaires et se vantait fort de ses bonnes spéculations, sans faire aucun retour sur la reconnaissance qu'il devait à Dieu. Ambroise se leva sans rien dire et prit gravement congé de son hôte. Le lendemain la maison s'écroulait sur ses fondements. Ainsi se répandait dans la foule le renom de cet homme sans égal, qui apparaissait à la fois comme l'élu de Dieu et comme le favori de l'empereur 1. »

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