Darras tome 16
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CHAPITRE XIII
1. Ordination de Possidius évêque de Calame. - 2. Jérôme, dans une lettre à Augustin, lui donne le titre de pape. - 2. Lettre adressée à Jérôme à qui Paul doit la porter: elle ne lui parvient que plus tard. -4. Deux lettres d'Augustin à Paulin, demandant une réponse.
1. Pour reprendre l'ordre des événements qui se rapportent à l'année 397, nous devons placer dans cette année-là la mort de Mégale, doyen ou primat de Numidie, attendu qu'au concile de Carthage, du 28 août 397, Aurèle dit qu'il vient de l'apprendre par lettre de Crescentien, évêque du premier siège de Numidie, comme ce dernier s'intitulait lui-même (1). D'où il ressort qu'Aurèle ignorait alors qu’il fût doyen, ce qu'il aurait dû savoir le premier.Vingt-quatre jours environ après la mort de Mégale, Augustin écrivit à Profuturus, évêque de Cirta, pour savoir s'il lui avait trouvé un successeur dans la dignité de primat: Profuturus lui avait promis d'en chercher un (2). Augustin lui apprend dans la même lettre qu'il était retenu au lit par des gerçures, des hémorroïdes et par un clou qui l'empêchaient de s'asseoir, de se tenir debout, et de marcher : « mais quoique je souffre dit-il, je suis bien, puisque je suis selon qu'il plait à Dieu (3). " Dans la même lettre, il dit de belles choses sur la nécessité de réprimer la colère de peur qu'elle ne dégénère en haine (4). Augustin lui parlait ainsi, à cause de ce que Profuturus lui avait dit dans un voyage; mais on ne sait pas à qui il fait allusion. Il écrivit à Profuturus, par Victor qui l'avait prévenu qu'il allait se rendre à Constantine. Aussi, n'est-il pas douteux que Profuturus est le même qui est appelé dans un autre endroit évêque de Constantine ou de Cirta. Augustin le prie de renvoyer Victor par Calame, (il l'avait ainsi promis,) pour une affaire dont il avait lui-même connaissance, et au sujet de laquelle Nectaire le pressait vivement: on ne sait quelle était cette affaire. Nous verrons plus loin une lettre qu'Augustin écrivit quelques années plus tard à Nectaire (5), un des principaux habitants de Calame, très âgé alors et païen, quoique son père eût fait profession de la religion chrétienne. Mégale, comme nous l'avons dit, était évêque de Calame. C'est donc à lui que Possidius, disciple d'Augustin, succéda, car nous verrons plus loin ce siège rendu illustre par son courage et ses travaux. Toutefois, il faut croire que le siége de Calame fut vacant pendant quelque temps après la mort de Mégale, ou qu'il y eut un autre évêque entre Possidius et Mégale. Car Fortunat, successeur de Profuturus à Cirta, à qui Augustin écrivit aussitôt après la mort de Mégale, est placé avant Possidius dans les actes des conciles d'Afrique.
2. C'est la même année, à ce qu'il semble, que Jérôme qui, l'année précédente, avait écrit à Augustin par l'entremise d'Astère, lui écrivit de nouveau pour lui recommander son ami Présidius qui était allé en Occident pour certaines affaires (6). Celui-ci recherchait très ardemment l'amitié des gens de bien, et tenait pour un très grand service qu'on la lui procurât. Jérôme prie donc Augustin de lui accorder son amitié, disant qu'il n'a pas besoin d'autre chose. Dans cette même lettre, Jérôme le prie de saluer Alype, il lui dit aussi qu'il n'échappe à aucune des misères de notre exil sur la terre, et, que jusque dans son monastère, il connaît l'agitation des flots et en est fortement battu. C'est ce qui nous force à placer cette lettre en l'année 397, avant sa réconciliation avec l'évêque Jean de Jérusalem; car nous ne voyons pas qu'il ait eu occasion de se plaindre ainsi depuis l'époque de cette réconciliation avec Jean, jusqu'aux persécutions dirigées contre lui en 416, par les pélagiens. Il donne plusieurs fois de suite dans cette lettre le titre de pape à Augustin, ce qui ne permet pas de la placer avant 396. Mais comme Jérôme ne félicite pas Augustin, dans cette lettre, pour son élévation à l'épiscopat, il est probable qu'il l'avait fait
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(1) Cod de8 Canons d'Afrique. can. XXXIII. (2) Lettre XXXII, n. 2. (3) Ibi'd., n. 1. (4) loid., n. 2. (5) Lettre moi. (6) AuGuST., lettre XXXIX.
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l'année précédente, dans la lettre qu'il avait chargé Astère de lui remettre (1). Ce Présidius que Jérôme recommande à Augustin dans sa lettre, paraît être le même que celui dont Augustin se servît pour présenter ses excuses à Jérôme et se réconcilier avec lui (2). De diacre, il était déjà devenu évêque; c'est lui que le concile de Carthage délégua à l'empereur pour obtenir contre les donatistes, en 410, la fameuse conférence de Carthage, qui eut lieu l'année suivante. Il a aussi signé la lettre du concile de Numidie au pape Innocent, contre les pélagiens en 416 (3).
3. À peu prés dans le même temps, Augustin écrivit à Jérôme une lettre que Paul devait lui porter (4). Augustin avait d'abord salué Jérôme dans la lettre d'un autre, et Jérôme avait répondu par une lettre particulière, à cette politesse. Si nous ne nous trompons pas, c'est celle que Jérôme lui envoya par le diacre Astère en 397 pour lui rendre ses devoirs et le saluer. Augustin obligé de lui répondre saisit cette occasion pour lui demander ce qu'il pense de la discussion de Pierre et de Paul. Il lui parle aussi de son livre les Ecrivains ecclésiastiques, qu'il venait de lire; en même temps il lui dit amicalement que puisque dans ce livre, il avait voulu parler des hérétiques, il aurait dû, selon lui, en les nommant, dire en quoi l’on devait se tenir en garde contre eux. Il lui demande aussi la raison pour laquelle il en a omis quelques-uns, ou s'il ne l'a fait que pour ne pas rendre son livre trop volumineux, pourquoi, en citant le nom de ces hérétiques, n'a-t-il pas dit pour quelle erreur ils ont été condamnés par l'Église catholique. Jérôme lui ayant dit dans sa réponse sur Origène, qu'il le trouvait digne de louange ou d'approbation en certaines choses, non en d'autres, Augustin lui répond qu'il sait bien que non seulement dans les écrits ecclésiastiques, mais en général dans tous les écrits, on doit louer et approuver ce qui s'y trouve de juste et de vrai, et condamner et rejeter ce qui est mauvais et faux ; mais que ce qu'il désirait et ce qu'il désire encore, c'est que Jérôme lui fasse connaître les erreurs par laquelle un aussi grand homme qu'Origène s'était écarté de la vraie foi. C'est ainsi qu'il écrivait à Jérôme par l'entremise de Paul, pour qui il témoigne une estime singulière. Mais Paul changea son itinéraire, et il arriva que la lettre dont il était porteur, courut toute l'Italie avant de parvenir à Jérôme (5), ce qui pouvait amener un désaccord entre les deux amis, si la réserve et l'humilité d'Augustin et la charité de tous les deux n'avaient étouffé la brouillerie dans son germe.
4. De même que dans la lettre précédente Augustin demande ardemment à Jérôme de vouloir bien avoir avec lui un commerce de lettres : ce qui entretient l'amitié et, dit-il, empêche que l'éloignement corporel ne tienne les âmes également séparées. Dans celle qu'il écrivit à la même époque, à Paulin, dont il estimait toute l'amitié, il le presse vivement de lui répondre, ce qu'il attend avec impatience depuis bien longtemps. « Acquittez-vous donc, dit-il, de votre dette, vous qui chaque jour donnez tous vos biens aux autres. » Un an et plus s'était écoulé depuis la dernière lettre de Paulin, en l'an 395, comme l'indique clairement cette plainte d'Augustin : «Pourquoi nous laissez-vous souffrir de la soif, pendant deux étés, et des étés d'Afrique (6)? » Il le prie de saluer Romain et Agile dont il parle encore avec honneur dans sa lettre de l'année suivante, dans laquelle il insiste de nouveau pour avoir une réponse après deux ans de silence. « Le silence que vous gardez avec nous depuis deux ans que nos très aimables frères Romain et Agile sont de retour chez vous, ne nous rend point paresseux à vous écrire. En toute autre chose, plus on aime, plus on croit devoir imiter ceux qu'on aime, en celle-ci c'est tout le contraire; plus je vous aime, plus votre silence me fait de peine et plus je suis éloigné de vouloir vous imiter (7). » Dans ces deux lettres, il prie Paulin de lui envoyer le livre qu'il a entendu dire qu'il avait fait contre les païens.
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- (1) Ibid., înscriptio n. 2. (2) Lettre LXXIV. (3) AuGUST., lett. CLXXVI. (4) Lettre XL, eh. n, 1, (5) Leltre LXXII, n. 1. (6) Lettre XLII, n. 1. (7) Lettre. xLv, n. 1.
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CHAPITRE XIV
1. Augustin se rend à Cirta avec Alype pour ordonner l'évêque Fortunat : il a une conférence avec Fortinius, évêque donatiste de Tuburce. - 2. À quelle époque se place cette conférence. - 3. Lettre à Glorius et à quelques autres donatiste, après cette conférence.- 4.-Autre conférence avec les mêmes avant celle avec Fortunius 5. Augustin entame une discussion avec Fortinatus évêque donatiste. 6. Les célicoles.
1. Nous avons vu plus haut qu'Augustin écrivit à l'évêque de Cirta, Profuturus, environ un mois après la mort de Mégale. Il parait que Profuturus mourut peu de temps après; il ne fut pas longtemps évêque (1), et mourut quelques années avant qu'Augustin eût écrit son livre « du Baptême unique (2). » Fortunat lui succéda : il faisait partie des sept délégués des évêques catholiques d'Afrique, pour défendre la cause de l'Église dans la célèbre conférence de Carthage, en 411. Augustin, qui assista à son ordination avec Alype, parle avec éloge de son amour pour la pauvreté (3). Car nous voyons que ces deux prélats s'étaient rendus en toute hâte à Cirta, pour l'ordination de l'évêque (4). Or, il est certain que cela eut lieu avant la conférence de Carthage, à laquelle Fortunat assista. En se rendant à Cirta, ils passèrent par Tuburce, dont l'évêque donatiste était Fortunius. C'était un homme d'un âge assez avancé, dont la bonté avait été vantée à Augustin, par les donatistes Glorius, Eleusius et Félix qui avaient également fait à Fortunius un rapport honorable d'Augustin. On voit par le mot : «Vous avez coutume, » que leur adresse Augustin (5), qu'il avait avec eux quelques rapports d'amitié, bien qu'ils ne fussent pas d'Hippone, mais de Gelisa, qui n'était pas éloignée d'Hippone, à ce qui semble (6). Ils avaient coutume de promettre, avec la plus grande bienveillance, à Augustin, que Fortunius ne refuserait pas d'avoir un entretien avec lui pour détruire le schisme des deux églises (7). Aussi, étant arrivé à Tuburce, il annonça à Fortunius que ce qu'il avait appris de sa personne lui inspirait le désir de (le) voir et d'avoir un entretien avec lui. Celui-ci y consentit. Augustin crut qu'il devait, à l'âge de Fortunius, de le prévenir, et s'empressa d'aller le trouver ; il était suivi d'une foule de personnes que le hasard seul réunit autour de lui. Lorsqu'il fut arrivé chez lui, une multitude de gens attirés par l'annonce de cette conférence, qui s'était répandue par toute la ville, se rassemblèrent en cet endroit. Dans cette foule, il y en avait bien peu d'amenés par le désir de connaître la vérité. La plupart étaient venus comme à un spectacle et poussés seulement par la curiosité. Il résulta, de ce concours extraordinaire de peuple, un tel tumulte, qu'Augustin et Fortunius ne purent, ni par menace, ni par prière, obtenir le silence nécessaire. Cependant, on commença la dissertation du mieux qu'on put, et on la continua pendant quelques heures. Presque dès le début, Augustin demanda qu'on reçût par écrit ce qui se disait de part et d'autre, afin que la discussion se fît avec plus de calme et de modération. Fortunius ne consentit à cela qu'avec peine : les notaires, présents ayant refusé de recueillir la discussion par écrit, d'autres se chargèrent de ce soin; mais ils furent obligés d'y renoncer à cause des interpellations désordonnées d'une foule de personnes qui se mêlaient à la dispute. Fortunius soutint que sa communion était répandue par toute la terre; mais sans oser dire qu'il pouvait envoyer partout des lettres de communion. S'il l'avait fait, Augustin se proposait de lui dire d'envoyer avec lui des lettres de communion aux églises mentionnées dans les Ecrits Apostoliques. Alors Fortunius se mit à parler des persécutions endurées par ses coreligionaires, comme il disait; mais Augustin lui répondit que les persécutions ne mettaient au nombre des bienheureux, que ceux qui les souffraient pour la justice. Par conséquent, si Macaire, dont il se plaignait avec tant d'aigreur, les avait persécutés à l'époque de leur schisme,
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(1) Lettre LXXI, ch. i, 11. 2. (2) Du bapt'me uniq. n (4) Lettre XLIV, eh. i, n . 1, et eh. iii, n. 6. (5) -1bid., n.. 25. (3) Contre le3 lettres de Petil. eh. xclx, n. 228,
1. (6) Lettre XL111, ch. li, n. 5. (7)Lettre XLIV, ch. i, n - 1 -
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en 348, il ne pouvait s'ensuivre aucun avantage pour leur secte. Fortunius répondit que les églises d'outre-mer étaient demeurées innocentes, jusqu'à ce qu'elles eussent consenti à l'effusion du rang de ceux que la persécution de Macaire avait fait périr. Mais comme Augustin le pressait de dire si ses coreligionaires étaient demeurés en communion avec les églises d'Orient et des autres parties du monde, il produisit une lettre que le concile de Sardique avait écrite en 447, à Donat, qu'il prétendait être leur Donat de Carthage. Il est évident qu'Augustin n'avait eu jusqu'alors aucune connaissance du concile de Sardique, non plus que de cette lettre; mais, en voyant que dans cette lettre Athanase, évêque d'Alexandrie, et Jules, évêque de Rome étaient l'objet d'un blâme, il devina aussitôt qu'elle sortait de l'officine des Ariens. Il demanda donc qu'il lui fût permis de prendre cette lettre et de l'emporter avec lui, pour en examiner les dates avec attention. Fortunius le lui refusa et ne lui permit pas même d'y mettre une marque de sa main, ce qu'il souhaitait vivement de pouvoir faire, dans la crainte que, s'il avait besoin un jour, de demander communication de cette lettre, on ne lui en présentât une autre. Comme Fortunius continuait à soutenir la justice de son parti, parce qu'il avait souffert la persécution, Augustin lui montra que la persécution n'était pas une garantie suffisante pour prouver la justice d'une cause, ce qu'il prouva par les exemples de Maximien, persécuté par les donatistes eux-mêmes, et d'Ambroise, persécuté par Justine : or ils étaient contraints de regarder Ambroise comme un Chrétien et un juste. Fortunius ayant objecté de nouveau la mort d'un médiateur qu'il prétendait avoir été tué par les nôtres, se mit à presser vivement Augustin de lui dire quel était le juste, selon lui, de celui qui donne la mort ou de celui qui la reçoit. Augustin opposa aussitôt au fait de cette mort unique et d'ailleurs non prouvée, non seulement de nombreuses violences, mais particulièrement la fureur ouverte des circoncellions et les meurtres dont ils ne cessaient de se rendre coupables. Mais, comme Fortunius ne répondait point à cela et persistait dans ses questions, Augustin lui répondit par l'exemple d'Élie, qui avait fait périr de sa propre main plusieurs faux prophètes, ce qui fit voir à Fortunius qu'il avait été permis de tuer, au moins à un juste, sous l'Ancien Testament. Cependant il persista à demander si on pouvait en prouver autant pour le Nouveau Testament. Augustin lui répondit qu'il ne lui venait pas à la pensée, l'exemple d'un juste qui eût fait mourir quelqu'un, mais que le Nouveau Testament donnait des preuves évidentes que les méchants étaient tolérés par les bons dans l'Église, puisque le Christ avait toléré Judas et lui avait offert le sacrement de son corps et de son sang, le jour où il l'institua. Comme cet exemple frappait presque tout le monde, Fortunius s'efforça d'en éluder la force en disant que cette communion avec un scélérat n'avait point nui aux Apôtres, parce qu'ils n'avaient encore reçu d'autre baptême que celui de Jean. Mais cette réponse ne put tenir devant la preuve apportée par Augustin que les Apôtres avaient déjà reçu le baptême du Christ. Il allait même ajouter encore autre chose pour prouver sa thèse; mais, alors, l'entretien tourna de façon à faire croire que les donatistes redoutaient quelque persécution, comme imminente contre eux. Car Fortunius demanda à Augustin ce qu'il ferait si cela arrivait. Augustin répondit qu'il n'y consentirait point et qu'il s'y opposerait de tout son pouvoir. En effet, il pensait ainsi à cette époque ; mais l'expérience lui fit changer de sentiment plus tard (1). Déjà on s'était levé pour se séparer, lorsqu'Augustin entendant Fortunius louer la douceur de Généthlius, prédécesseur d'Aurèle, sur le siège de Carthage, lui dit : cependant, si ce Génethlius était tombé entre vos mains, vous auriez cru devoir le rebaptiser. Fortunius reconnut que c'était la règle chez eux, que tout fidèle revenant à eux fut rebaptisé. Cependant on voyait facilement, à la manière
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(1) Lettre CLXXXV, eh. vii, n. 25.
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dont il disait cela, qu'il désapprouvait cet usage. En effet, toute la ville savait combien il était opposé aux violences de sa secte, dont il se plaignait souvent à ses partisans et dont il gémissait même dans cet entretien avec les Catholiques. C'est pourquoi il fut convenu entre eux qu'on ne parlerait pas des actes de violence que les donatistes et les Catholiques se reprochaient mutuellement, Il restait encore à traiter la question du schisme fait par les donatistes contre Cécilien. En conséquence. Augustin conjura Fortunius de travailler avec lui dans un esprit de paix et de tranquillité, à terminer cette grave discussion. Fortunius répondant que les Catholiques ne voudraient pas abandonner cette question, Augustin promit d'amener au moins dix de ses collègues qui partageraient ses sentiments et les signeraient de leur main. Fortunius promit la même chose au nom des donatistes ; puis on se sépara.
2. Le lendemain, Fortunius vint trouver Augustin : ils agitèrent de nouveau , la même question, mais en peu de mots, parce qu'Augustin avait amené avec lui le chef des Célicoles, pour avoir un entretien avec lui, et qu'il devait partir de suite pour aller sacrer un évêque ; d'un autre côté, Fortunius était pressé également par un voyage qu'il devait faire. Comme c'était à Cirta qu'Augustin se rendait, on ne peut douter que ce ne fût pour ordonner l'évêque de cette ville, Fortunat, successeur de Profuturus. Car Profuturus, nous l'avons dit, avait précédé Augustin dans l'épiscopat, et son successeur Fortunat était parmi les principaux évêques de la conférence de Carthage en 411. On peut conclure de là que l'entretien de Fortunius et d'Augustin eut lieu avant l'année 411. On peut le conjecturer encore, des dispositions d'Augustin qui était encore opposé alors à ce qu'on poursuivit les hérétiques. Il est également certain que les donatistes n'étaient point persécutés à cette époque, et toute la lettre montre qu'ils jouissaient alors d'une pleine liberté, ce qui ne fut pas à partir de 411. On voit également que lorsque Fortunius montra à Augustin la lettre prétendue du concile de Sardique, celui-ci n'en avait point connaissance; or, il en parle dans ses livres contre Cresconius et la regarde comme l'œuvre des Ariens (1); en outre Fortunius, plus vieux qu'Augustin, était mort en 411, car on voit Janvier, évêque donatiste de Tuburce, assister à la conférence de Carthage. Ce Fortunius est très certainement le même qui compte parmi les quarante évêques du concile de Bagaï, en 394 (2). On peut conclure des paroles d'Augustin sur Ambroise, dans l'entretien dont nous venons de parler, que ce saint prélat vivait encore; mais lorsqu'on en vint à la persécution des donatistes contre les maximianistes, on ne fit aucune mention de Prétextat et de Félicien qu'ils avaient reçus au commencement de l'année 399. Tout cela semble exiger que nous ne placions point cet entretien plus tard que le commencement de la même année; mais comme il est certain qu'Augustin eut cet entretien au moment où il allait ordonner le successeur de Profuturus, il faut en conclure que la mort de Mégale, à qui survécut Profuturus, est antérieure à cette même année 397, et qu'il s'est bien écoulé un an avant qu'on lui donnât un successeur. Car Crescentien qui lui succéda, comme on le croit, vers le commencement d'août, 397, ne fut point primat. On peut bien, il est vrai, placer entre Crescentien et Mégale, un autre primat, cependant nous n'avons rien pour affirmer qu'il en fût ainsi. C'est pourquoi nous aimons mieux placer cet entretien à la fin de l'année 397 ou au commencement de 398; alors que la mort de Gildon pouvait jeter les donatistes dans la crainte de la persécution à cause de leur Optat qui avait favorisé Gildon.
3. Plus tard, Augustin fit part à Éleusius et à d'autres qui lui avaient parlé de Fortunicus, de l'entretien qu'il avait eu avec lui, et il lui rendit ce témoignage que, parmi les donatistes, il serait très difficile de trouver un esprit et un cœur animés d'une volonté telle que celle qu'il avait rencontrée dans ce vieillard. Il supplie ces
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(1) Contre Cresc. 111, eh. Xxxiv, n. 38. (2) Ibid., IV, eh. x, n. 12,
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donatistes, par le sang du Seigneur, de lui rappeler la promesse qu'il avait faite de continuer leur entretien, afin de terminer cette affaire qui était déjà bien avancée. Il les engage, pour éviter le tumulte, à choisir quelque endroit écarté où on n'eût pas à redouter une foule turbulente, telle que la villa de Titius, ou quelque autre lieu dans le diocèse de Tagaste ou de Tuburce où il n'y avait aucune Église, mais qui comptait néanmoins parmi ses habitants dix donatistes et des Catholiques, afin que chacun pût demeurer chez des personnes de sa communion. On devait y porter les Saintes Écritures, ainsi que les recueils dont les uns ou les autres pourraient avoir besoin, et on s'appliquerait ensuite autant que la chose l’exigerait, à éclaircir tous les doutes les uns après les autres. Enfin il prie Éleusius et les autres de lui écrire ce que Fortunius et eux-mêmes pensent de toutes ces choses (1). Mais nous ne savons quel fut le résultat de toutes ces négociations inspirées à Augustin par la charité et par le désir de rétablir la paix.
4. Il y a encore une autre lettre d'Augustin adressée aux mêmes Glorius, Eleusius et Félix, à qui il ajoute Grammaticus et tous ceux à qui cela pourra faire plaisir (2). Il est encore question du schisme dans cette lettre, et Augustin y tient sur Maximien le même discours à peu près que plus haut; aussi, rien ne peut s'opposer à ce que nous la placions à la même époque que la précédente et même un peu avant. Augustin y parle avec une grande liberté de la tyrannie d'Optat, évêque de Thamugade et d'une façon qui indique qu'elle durait encore. Il y montre combien il est juste que les donatistes soient réprimés par les châtiments de la loi civile; mais on peut très bien rapporter ces paroles au temps de Macaire. Cette lettre nous fait connaître une autre conférence qu'Augustin aurait eue avec ces mêmes donatistes dans une de leurs villes. Car, comme il traitait avec eux de l'unité de la communion chrétienne, ils produisirent des actes dans lesquels Cécilien et Félix, étaient représentés comme condamnés par le concile de Carthage. Augustin leur montra combien le concile était défectueux, et pourquoi ces décrets avaient été abolis par le concile de Rome, formé d’évêques envoyés par Constantin à la demande des donatistes eux-mêmes, et par le concile d’Arles, puis par Constantin lui-même à qui ils en avaient appelé, et enfin, par le proconsul qui avait déclaré Félix innocent. Augustin n'avait pas en main toutes les pièces concernant cette affaire ; mais il s'occupa aussitôt de les faire venir. Pendant ce temps-là, il se rendit à l'église de Gélizita; mais nous ignorons quelle est cette Église et ce qu'il y fit. De retour, comme il avait reçu, en moins de deux jours, ce qu'il avait demandé, il donna un jour aux donatistes pour lire ces pièces. Il commença par les actes du concile de Cirta. Comme quelques-uns d'entre eux voulaient les récuser, sous prétexte qu'il n'était point vraisemblable que ceux qui avaient obtenu le pardon de leur trahison dans le concile de Cirta, eussent condamné Cécilien pour le même crime, il exposa tout au long, dans cette affaire, la pensée de Second. Il fit ensuite lire les actes proconsulaires concernant la cause de Félix d'Aptonge. Quelqu’un d'entre eux ayant prétendu que Félix avait supporté une chose indigne d'un évêque, en permettant à un proconsul de le déclarer innocent, et que, dans sa cause, quelqu'un fût mis à la torture, cette chicane déplut aux autres, comme une chose absurde. Toutes ces pièces étant lues avant-midi, l'après-midi fut consacrée à lire les demandes faites par les donatistes à Constantin ; les actes du concile de Rome et les lettres de Constantin au sujet du jugement qu'il avait rendu à Milan sur Cécilien. Augustin avait également fait apporter les actes par lesquels Nondinaire avait montré, en 320, en présence de Zénophile, que les évêques avaient été gagnés par l'argent de Lucille, pour condamner Cécilien. Mais le manque de temps empêcha de les lire. Il leur accorda toute liberté de discuter ces actes et d'en prendre des extraits. Après cet entretien, il écrivit aux donatistes
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(1) Lettre xLiv, eh. vi, n. 12. (2) » Lettre XLIII.
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pour les supplier d’examiner ces actes, et il s’arrêta à leur donner plusieurs avis dans une affaire d’une aussi grande importance. Au commencement de sa lettre, il indique clairement qu'on pourra peut-être le désapprouver d'écrire, pour leur salut, à des hommes étrangers à la communion catholique bien qu’on ne trouverait pas mauvais qu'il le fît pour des affaires temporelles : « Tant ce monde est cher aux hommes, dit-il, et tant ils s'estiment peu eux-mêmes. » Il écrivait d'autant plus volontiers à ces donatistes, qu'il les voyait mieux disposés à rechercher la vérité pour l'embrasser sincèrement, en abandonnant l'erreur qu'ils tenaient de leurs pères. Au reste, sa lettre sur son entretien avec Fortunius montre bien qu'ils n'étaient pas ennemis de la paix et de la concorde. Il la termine en ces termes : « Ce discours que je vous ai adressé, avec quel amour pour vous et quel désir de la paix, Dieu qui me l’a inspiré le sait, sera pour vous une occasion de vous corriger si vous le voulez, ou un témoin contre vous, si vous ne le voulez pas.»
5. Les donatistes ne combattaient pas encore la vérité avec l'animosité qu'ils y mirent plus tard, et Augustin n'était encore que dans ses premières années d'épiscopat, lorsque Honorat, évêque donatiste des environs d'Hippone, lui fit dire, par Évode, qu'il était tout disposé à discuter avec lui, par lettre, sur le schisme, avec toute la douceur et la tranquillité d’âme convenables. Augustin, qui, depuis longtemps désirait cet entretien, lui répondit qu'il était charmé de son projet, et, pour aborder le sujet, il lui démontre que la promesse de l'Écriture qui avait prédit que l'Église de Dieu se répandrait sur toute la terre, trouvait son accomplissement dans l'Église catholique. Il lui demande ensuite de lui expliquer comment, les choses étant ainsi, la secte de Donat peut être cette Église divinement annoncée, et comment le Christ a pu perdre l'héritage qui lui était promis sur toute la terre, et ne plus avoir qu'un recoin de l'Afrique (1).
6. Nous avons dit plus haut qu'au moment où Fortunius vint trouver Augustin, ce dernier avait fait venir le chef des célicoles pour s'entretenir avec lui (2). On trouve le nom des célicoles dans quelques lois d'Honorius Auguste (3), mais on ne voit pas bien ce qu'ils étaient. Il semble toutefois, que ce ne fut pas une secte d'hérétiques, ni, pensons-nous, d'hommes qui voulaient fondre ensemble la loi judaïque et la loi chrétienne, comme les Nazaréens, puisque Augustin qui les connaissait certainement bien, n'en fait aucune mention dans son livre des Hérésies. Honorius, dans des lois de 408 ou de 409, accuse les célicoles de propager un nouveau dogme, une nouvelle superstition et un nom jusqu'alors inconnu. Il est possible qu'ils se soient répandu quelques années auparavant en Occident, et que là ils aient changé de nom pour prendre celui de Cœlicoles. De plus, nous savons, par Augustin, que leur porte-étendard ou leur chef, comme il l'appelle, qu'il avait mandé, en passant par Tuburce, avait établi parmi eux une nouvelle espèce de baptême et que, par cet artifice, il avait déjà séduit un certain nombre de personnes (4). Tant que cette secte n’eut aucun rapport ni rien de commun avec l'Église, on l'avait d'abord dédaignée ; mais elle devint dans la suite d'autant plus redoutable qu'elle se rapprochait davantage de l’Église et s'efforçait d’en usurper les sacrements.
CHAPITRE XV.
1. Augustin écrit à l'abbé Euduoxe. - 2. Il prononce un discours contre les Chrétiens qui assistaient aux solennités païennes. - 3. La statue d'Hercule à Carthage est traitée avec dérision. - 4. Il répond aux questions de Publicola.
1. Gildon qui, sous le titre de comte ou de maître de la milice, avait été maître de l'Afrique pendant un ou deux ans, se sépara d'Honorius vers la fin de 397, sous prétexte de remettre l'Afrique sous la domination d'Arcade ; mais , au printemps suivant, Mascezel son frère, envoyé d'Italie, avec des troupes
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(1) Lettre xLix. n. 1. (2) Lettre XLIV, ch. vi, n. 13. (3) Code de Théod., des hérétie.. loi XLIII, et SUP 168 Cœlic. de Jud. et sur la loi Sam. xix. (4) Lettre xLiv, eh. Yi, n. 13.
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remporta la victoire sur lui aidé du secours de Dieu. Après sa défaite, Optat évêque (de) donatiste de Thamugade, l'un de ses premiers satellites, fut jeté en prison où il mourut. Pétilien, évêque donatiste, accusa plus tard Augustin d'avoir contribué à sa condamnation par ses conseils (1). En même temps qu'il faisait voile pour l'Afrique, Mascezel avait amené avec lui quelques moines de l'île de Caprara située entre la Corse et la Toscane (2). Ces moines sont peut-être ceux dont parle Augustin dans sa lettre à l'abbé Eudoxe et à ses frères (3). Il leur dit qu'il avait appris leur piété par la renommée et par les rapports que lui en avaient fait Eustase et André, qui, partis de leur monastère, avaient apporté la bonne odeur de leur sainteté en Afrique, et propagé leur sainte manière de vivre dans cette contrée. Il leur apprend aussi la mort d'Eustase qui ne regrettait plus Caprara, parce qu'il n'avait plus besoin de porter le cilice. On peut conclure de là que le monastère d'Eudoxe d'où venait Eustase, était situé dans cette île, et que les moines ou du moins très certainement Eustase, avaient coutume de porter un cilice de poil de chèvres. Augustin fait connaître à Eudoxe ou à ses frères, son sentiment et ses pensées sur leur sainte solitude; il leur demande le secours de leurs prières et, afin de le mériter, les excite par de pieuses exhortations à faire des progrès et à persévérer dans leur genre de vie. Il les engage surtout à ne songer dans leurs bonnes œuvres qu'à la gloire de Dieu ; à aimer leur maître assez pour que l'ambition ne les pousse point à en sortir pour s'emparer du gouvernement des églises sans toutefois que la lâcheté les y retienne et les empêche d'accepter des charges dans l'Église (4).
2. Probablement en cette même année 398, et certainement avant 399, Augustin prononça un discours où il blâme les Chrétiens, qui, dans la crainte d'offenser les grands ou de souffrir quelque injuste traitement de leur part n'osaient enfreindre les ordres que ces derniers leur donnaient de les conduire aux temples des idoles, et qui, non contents de cela, couchaient avec eux dans ces temples, ce qui favorisait l'erreur impie des païens qui voyaient les Chrétiens même honorer leurs idoles, et rendait inutile toute la peine que les évêques se donnaient pour la conversion du reste des Gentils. En effet, les païens, encouragés par l'exemple des Chrétiens se disaient : « Pourquoi quitterions-nous nos dieux, puisque les Chrétiens les vénèrent avec nous ? » De plus les Chrétiens apprenaient dans ces festins, à vomir des blasphèmes contre le Christ et à douter de sa divinité. Profondément ému de ce scandale, Augustin, dans un sermon, s'en plaignit amèrement, quoique avec toute la douceur qu'il put (5); ce fut à Carthage qu'il prononça ce sermon, du moins on le croit, d'après un autre sermon dont il fait mention et qu'il avait prononcé à Mappales où reposaient les reliques de saint Cyprien. Il fait remarquer en outre que les Chrétiens disaient qu'ils n’honoraient pas les dieux, mais le génie de Carthage, c'est-à-dire une simple pierre que les païens regardaient comme un Dieu, et devant laquelle ils avaient élevé un autel. Augustin rappelle aux Chrétiens, dans le même sermon, que la voie la plus courte pour vaincre les Gentils et les amener à la foi chrétienne, est que les Chrétiens renoncent à leurs solennités et ne se mêlent plus à leurs mystères ridicules, « par là, dit-il, s'ils ne se rendent pas à la vérité, du moins ils rougiront de leur petit nombre. » Dans ce sermon, il rappelle l'exemple d'un homme converti à la foi, qui avait donné à l'Église une propriété dans laquelle on trouvait des idoles qu'il voulait briser. Les Chrétiens secondèrent aussitôt son bon vouloir, mais les païens frémirent de colère et se plaignirent de ce que les évêques cherchaient partout les statues des faux dieux pour les briser. Augustin dit qu'il n'en était rien : que les évêques connaissaient plusieurs endroits où se trouvaient des statues qu'ils laissaient debout, parce que Dieu ne les avait point livrées à leur pouvoir; qu'ils n'attaquaient rien contre le gré des propriétaires des lieux, que ce qu'ils
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(1) Contre la lettre de Petil., III., eh. xL, n. 48. (4) Lelfre xLvai, n. 2-3 (5). SePM., LXII.
(2) 0ros.,1 hist. vii, eh. xxxvr. (3) Lettre XLV111, n. 4,
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veulent avant tout c’est arracher les idoles de leur cœur, et prier Dieu pour la conversion des hommes. Quant aux idoles qui se trouvent dans les propriétés de personnes se convertissant à foi, ils ne les brisent que priés par ces personnes de le faire ; ils seraient coupables de ne point les briser en ce cas. Souvent même les idoles ont été brisées par leurs maîtres dès qu’ils se convertissaient. Il n’y a que les méchants et les circoncellions qui, dans leur fureur, entreprennent de briser les idoles qui ne sont point en leur pouvoir et qui s'exposent témérairement au péril de perdre la vie. Il est évident par là que quoique plusieurs lois eussent dès lors été portées, contre les païens, le décret impérial d'enlever toutes les idoles dont nous devons parler l'année suivante n'était pas encore porté ; car, après ce décret, il ne fut plus permis aux païens d'avoir des idoles, si ce n'est en secret. À la fin de son sermon, il semble parler des lois contre les donatistes, qui avaient pour but de réprimer les méfaits des particuliers plutôt que ceux de la secte même ; en effet, il écrit que les hérétiques, d'après l'ordre des lois, avaient été châtiés quelque part, de leur impiété et de leur fureur, ce qui faisait qu'ils se plaignaient que les Catholiques avaient excité une persécution publique contre eux. De plus, dans le même sermon, il rappelle que les juifs avaient été réprimés dans plusieurs endroits à cause de leurs méchancetés ; ce qui avait permis de paraître croire, de soupçonner et d'accuser même les évêques de chercher toutes les occasions de leur nuire. C'est ce qui était cause que les Juifs, les païens et les hérétiques qui détestaient tous l’Église, conspiraient et avaient formé, contre elle, un concert de plaintes et s'étaient unis contre l'unité.
3. Il semble qu'on doit aussi placer vers le même temps le sermon sur le verset du psaume LXXXII: « 0 Dieu, qui est semblable à Vous (l)?» Puisqu'on sacrifiait encore aux idoles, et que leur culte continuait à être en vigueur à Carthage. Il y avait là parmi les idoles une statue de pierre qui portait le nom du dieu Hercule. Un nouveau magistrat, séduit par les païens, avait permis de fondre en or la barbe de cette statue, car on pensait que la vertu de ce Dieu résidait tout entière dans cette barbe. Mais cette fausse divinité ne brilla que pour sa honte. Un Chrétien, indigné de cela, se mêla à la superstition, non pour adorer ce dieu, mais pour lui enlever sa barbe. On ne sait s'il osa seul exécuter cette entreprise car Augustin dit peu après, que la barbe d’Hercule avait été rasée «par ses fidèles, par ses Chrétiens et par les autorités que lui-même avait établies. » Ce fut à cette occasion même qu’il fit ce sermon - Mais le peuple l’interrompit avec force cris et vociférations en disant: à Carthage comme à Rome ! ce que nous voulons, avant tout, c'est que toutes les superstitions païennes soient abolies, et qu'à Carthage on ne tolère plus un Hercule ou d'autres dieux de Rome qui n'existaient plus dans cette dernière ville, Carthage devait en cela ressembler tout à fait à Rome. Augustin, tout en louant la piété et l'ardeur du peuple, paraît craindre cependant qu'il ne se conduise point avec assez de calme et de respect pour l'autorité des lois. Si nous ne nous trompons pas, le matin même, l'évêque de Carthage avait mis un frein à l'ardeur de son peuple que son zèle emportait trop loin. Quel autre motif en effet, aurait eu Augustin de féliciter le peuple d'avoir obéi aux ordres que son évêque lui avait donnés le matin, et à l’engager à ne point se séparer de son évêque? Cependant, il ne cesse de les exhorter à ce que, contents d'avoir montré et manifesté leur volonté de détruire la superstition païenne, ils attendent le conseil et l'avis des évêques pour l'accomplir sans craindre que ceux-ci manquent à leurs devoirs en ce point. Il leur fait aussi espérer que leurs prières obtiendront une bonne fin à cette affaire, puisque Dieu a prédit qu'un jour les superstitions des gentils seraient détruites et que déjà il avait accompli sa prédiction en plusieurs endroits du monde et même à Rome. D'après ce sermon que tous reconnaissent avoir été prononcé à Carthage, on voit que les évêques qui se trou-
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(1) Serm., XXIV.
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vaient alors dans cette ville, avaient décidé d'envoyer à Honorius Auguste, pour obtenir un décret pour l'extinction de la superstition, et que c'est sur leurs avis et leurs conseils que parurent les lois célèbres faites à ce sujet en 398 et mises à exécution en Afrique l'année suivante.
4. Quand Publicola soumit ses doutes à Augustin, le culte des idoles existait encore. Car, ce qu'on lit dans la réponse d'Augustin sur la destruction des temples, des idoles et des bois sacrés (1), se rapporte évidemment au pouvoir de les renverser, accordé non par une loi publique et générale mais par un ordre spécial donné pour certaines causes. Quel est ce Publicola, on l’ignore. Il possédait des biens chez les Arzuges, population voisine des contrées barbares et païennes. De là vient que les indigènes de cette contrée employaient ces derniers, après leur avoir fait prêter serment. De là, plusieurs difficultés à cause de l'usage d'une foule de choses qui semblaient être souillées par le culte des idoles. Il proposa ces doutes et d'autres semblables à Augustin, comme à un frère, à un vieillard et à un pontife dans les paroles duquel il devait chercher la loi. Augustin répondit à ses questions et lui dit, entre autres choses, qu'il n'approuve pas l'avis de ceux qui pensent qu'un homme peut en tuer un autre pour éviter d'être tué lui-même, si ce n'est peut-être lorsque, s'appuyant sur l'autorité légitime, il agit pour la défense de tierces personnes. Il veut qu'on se contente de repousser l'agresseur et celui qui tend des embûches par la crainte (2). Il est également d'avis qu'il est préférable à un homme mourant de faim, qui ne trouve à manger qu'une viande qu'il sait immolée aux idoles, de s'en abstenir par sentiment chrétien (3), même quand il n'y aurait là personne pour se scandaliser de la conduite contraire.