Darras tome 13 p. 86
44. Cependant, les légats du pape étaient arrivés à Éphèse. Une seconde session du concile cecuménique fut tenue pour les recevoir, et leur soumettre le procès-verbal de la première. Nous avons les actes officiels de cette séance et nous jugeons à propos de les reproduire en entier, afin que le lecteur puisse se faire très-exactement l'idée des rapports qui existaient, au Ve siècle, entre un souverain pontife et un concile général. « Sous le consulat XIIIe de Flavius Tocodose et IIIe de Valentinien, empereurs augustes, le VI des ides de juillet, seizième du mois égyptien d'Epiphi (10 juil-
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p87 CHAP. I. — CONCILE D'ÉPHÈSE IIIe ŒCUMÉNIQUE.
let 431), le synode rassemblé à Éphèse, en conformité des décrets de nos très-religieux princes, s'est réuni dans la demeure épisco-pale de Memnon, sous la présidence du très-pieux Cyrille d'Alexandrie, légat du très-saint et bienheureux Célestin évêque de l'Église romaine. Tous les pères, au nombre de plus de deux cents, ayant pris place, on introduisit les révérendissimes évêques Arcadius et Projectus, ainsi que le vénérable prêtre Philippe, légats du siège apostolique, récemment arrivés d'Occident. Le prêtre Philippe, légat du saint siège, prit le premier la parole en latin et s'exprima ainsi : Je rends grâces à l'auguste et sainte Trinité de l'honneur qui m'a été fait d'être député près de cet auguste concile. Déjà notre très-saint et bienheureux pape Célestin, évêque du siège apostolique, dans ses lettres au révérendissime et très-pieux évêque d'Alexandrie Cyrille, a prononcé une définition dogmatique dans la question présente 1. Ces lettres ont été portées à la connaissance de votre vénérable assemblée. Afin de confirmer encore la foi catholique, le pape nous a remis pour vous de nouvelles lettres, adressées en commun au saint synode. Il vous plaira d'ordonner qu'on en fasse lecture, et qu'on les insère dans les actes ecclésiastiques. — Les deux autres légats du saint siège, Arcadius et Projectus; parlèrent dans le même sens. Que votre béatitude, dit Projectus, donne ordre de lire les lettres du saint et vénérable pape Célestin, évêque du siège apostolique. Elles seront pour vous le témoignage de la sollicitude qu'il apporte au gouvernement de toutes les églises 2 — La lettre pontificale fut lue d'abord en latin, puis
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1.Comme les textes ont ici
une importance extrême, nous les reproduisons
dans le texte original. ïliXca |ièv
oîv ô àyuotaToç xat (iaxapitÔTaio; îtawac -/jjjiûv
Ke^EUTcvo;, 6 tri; àîiO'jToXtxrjç
xa9s5pïç èm^xoTto;, Tcept tîî; napoûay);
OitoOsiewç St' inKTToXtoV êautoO
upà; tôv {âyiov k«; ivXaëé'jTaTOv âvSpoc r/jf
'AXellavBpéw; êmaxo- Tiov
êv.xXr]!Ttaç KûpiXXov fiptsev. Dudum quidem sanctissimus bea'issimusque papa
uoster Cœlestinus, sedis apostolicœ episcopus per suas epistolas
ad Cyrillum sanc- tum virum ac piissimum ecclesiœ Alexandrmœ episcopum, de
preesenti hac causa et negotio definivii. (Labbe, Conr.il., tom.
Ili, pag. 611.)
2. REXeuiâtoo T) 0[icTî'pa jiaxapiÔTïi; rà TiposevexOÉi/Ta Ojiïv toû àyi'ou xal xatà
tcixsïj; wpoTXuvriaeto; ôvo[xaïo[/.évou 7rc<Tra
KeXeaTÏyou, Tîj; àTtoiToXixîjç v.aOÉSpaç ima- xÔTtau, àvaYvtixjOijvxt è$ &'i ëyei
<ppovu8a naaCbv tSv IxxXïidiùv.
Prœcipiat vestra bea-tiludo, sancti et venerabilissimi papee
Cœlestini apostolicœ sedis episcopi litteras
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p88 PONTIFICAT DE SAINT CÉLE3TIN I (422-432).
dans une traduction grecque. Elle était ainsi conçue : « Notre-Seigneur, dans l'Évangile, a prononcé cet oracle : Ubi duo vel très con-gregati fuerint in nomine meo, ibi et ego sum in medio eorum 1. Il en est ainsi, car la vérité ne saurait mentir. Mais il ne s'agit point ici de deux ou trois fidèles, réunis dans la prière et la communauté de foi. C'est toute l'assemblée des saints, convoquée en un collége où brillent la splendeur et la majesté des apôtres. Aujourd'hui, comme au berceau de l'Église, c'est le même Esprit divin, le même docteur céleste, qui parle par la bouche de ses ministres. A nous tous il fut dit, en la personne des premiers apôtres: Ite, docete omnes gentes 2. L'assistance qui leur fut promise, et qui ne leur manqua jamais, ne nous fera pas défaut à nous leurs successeurs, et il en sera ainsi jusqu'à la fin des temps. Mais, hélas! le sujet qui vous réunit en ce moment n'est que trop lamentable. L'un de ceux qui devraient prendre place parmi les juges doit être lui-même jugé. Que votre fraternité revête donc l'armure divine. Depuis longtemps exercés dans les camps du Seigneur, vous savez que nos armes sont spirituelles : la prière, la foi vive, la fermeté sacerdotale. Faites éclater ces vertus apostoliques dans la ville d'Éphèse, où les reliques du bienheureux évangéliste Jean sont vénérées3. Ensemble élevez vos supplications et vos cœurs vers le Dieu des miséricordes, afin que la concorde et la paix se rétablissent au sein de l'Église. Autrefois les douze apôtres, assemblés dans le cénacle, demandaient au Paraclet la force d'annoncer la parole de Dieu au monde. Cette prière doit encore être aujourd'hui celle de votre concile. Qu'avez-vous en effet autre chose à obtenir de l'Esprit divin, sinon la grâce de maintenir dans son intégrité la parole de vie dont nous sommes les dépositaires ? Je puis vous redire le mot de saint Paul : « Je parle
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vobis allalas recitan, ex quiàus vestra beatitudo agnoscere polerit qualem omnium ecclesiarum curam gerat. (M., ibid.)
1 Matth., xviii, 20. — 2. Matth., xxvni, 19.
3. Le lecteur remarquera de lui-même, sur ce passage de la lettre pontificale, que si la ville d'Éphèse eût possédé, comme on le prétendait, le tombeau de la sainte Vierge, le pape n'eût pas manqué d'en faire mention, alors qu'il parle des reliques de saint Jean l'Évangéliste conservées précieusement dans la métropole éphésienne.
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p89 CHAP. I.— concile d'éphése IIIe œcuménique.
à des hommes qui connaissent la loi; je parle de la sagesse devant les parfaits 1. » Courage donc! Montrez-vous les fidèles défenseurs de la foi catholique et de la paix de l'Église : Rogate quœ ad pacem sunt Jérusalem2. C'est dans ces sentiments que je délègue près de vous nos saints frères et collègues les évêques Arcadius et Projec-tus, ainsi que le prêtre romain Philippe, afin qu'ils assistent à vos séances et fassent exécuter nos décrets antérieurement portés sur cette affaire. Nous ne doutons pas que votre sainteté ne s'y conforme par un assentiment unanime, dans une conjoncture où il s'agit de la foi catholique et du repos de l'Église 3. » — Après cette lecture, les révérendissimes évêques firent entendre leurs acclamations : Actions de grâces à Célestin, nouveau Paul ! disaient-ils: à Célestin gardien de la foi ! à Célestin tout le concile reconnaissant ! Un seul Célestin, un seul Cyrille, une seule foi ! C'est la foi du concile ! c'est la foi de tout l'univers ! — Ensuite le révérendissime Pro-jectus, légat du siège apostolique, prit la parole et dit : Les lettres du saint et vénérable pape Célestin, dont vous venez d'entendre la lecture, sont rédigées dans une forme que je vous prie de remarquer. Le pape n'adresse pas à votre saint concile des instructions nouvelles, il s'en réfère aux définitions dogmatiques qu'il a daigné porter précédemment, afin que, selon les règles ordinaires de la foi et pour le bien général de l'Église, vous en ordonniez le maintien 4. — Firmus, évêque de Césarée en Cappadoce, se leva et dit:
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1 Rom., vil; I Cor., II. — 2. Psalm. cxxxi.
3 Qui tis quœ aguniur intersint, et quœ a nobis statuta sunt exequantur. Quibus prœstandum a vestra sanctitate non dubitamus assenmm, quando id quod ogitui-videatur pro universulis ecde&iœ securitate decretum. (Labbc, ConciL, tom. 111, col. 618.) Cette lettre est datée du VIII des ides de mai, sous le consulat de Bassus et Anticchus (8 mai 431).
4. Ce fut en latin que Projectus prononça ces paroles. Elles furent immédiatement traduites en grec et répétées par un interprète pour les évêques du concile dont l'immense majorité n'entendait que cette dernière langue. Voici le texte même de cet important passage dans les deux idiomes : Lit-icraruni sancti venerandique papœ Cœlestini episcopi formam vestra sanciitas consideret; qui sanctitaiem vestram hortatus est, non quasi ignorantem docens, sed ianquam gnaram commonefaciens, ut ea quœ et dudum ante definire, ei nunc in memoriam revocare dignatus est, juxta commuiiem fidei regulam, catholiceeque Ecclesiœ utilitatem, ad finem numeris omnibus absolutis deduct
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p90 PONTIFICAT DE. SAINT CÉLESTIN I (422-432).
Du siège et saint apostolique auquel préside le très-bienheureux Célestin sont émanés, à l'adresse des métropolitains Cyrille d'Alexandrie, Juvénal de Jérusalem, Rufus de Thessalonique et des titulaires des églises saintes de Constantinople et d'Antioche, des rescrits qui définissaient la question dogmatique soulevée par Nestorius, et qui portaient contre ce dernier une sentence de déposition à prononcer dans un délai fixe. Nous avons scrupuleusement observé les prescriptions apostoliques. Le délai était depuis longtemps écoulé, quand Nestorius arriva dans cette ville d'Éphèse, où le très-religieux empereur nous a convoqués. La première session ne fut tenue que plusieurs jours après le terme assigné par le décret impérial. Nous avons cité Nestorius à comparaître. Il s'y est refusé. C'est alors que nous avons proclamé, suivant toutes les règles canoniques, la sentence prononcée contre lui par le saint siège 1. — Le révérendissime évêque et légat Arcadius, prenant la parole, dit : Les difficultés de la navigation et les vents contraires ont retardé notre voyage, et nous ont empêchés d'arriver à l'époque fixée. Mais la Providence divine, en permettant que nous vous trouvions encore réunis, a comblé nos désirs. Nous prions donc votre sainteté de nous faire donner lecture des actes de la session précédente. — Le prêtre Philippe, légat du siège apostolique, parla dans le même sens et dit : Nous ne pouvons que rendre grâces au saint et vénéré concile. Les acclamations avec lesquelles vous avez accueilli les lettres du très-bienheureux pape prouveront à tout l'univers que les membres sont unis au chef. Votre béatitude n'ignore pas, en effet, que le bienheureux Pierre est le chef de la foi catholique, de
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fuheatis. KaTavorçrâTw ^| ûjms'pa byloTriZ tôv tûiïov t<3v YpayniTcov toy àyîou xaï ÇîSauiuGU fâîta Ke).£ît£vou toû èmo'.ôraiu, 6ç itpoeTpé'J/axo tïjv ôjjisTSpav âynùtTÛviiiv, où/' &i àYvooûuav SiSaoy.uiv, oùX t!>; yivwaxouaav {>7ro[u[jW(J7%<i}V • ïva TOÛTa, â xai nâî.o» tâpiie, xal vvv ûnojjmiaai xar/jçicocev, et; viépaç xe).£vci;te 7ï).r;ps<7TaTov âyet/Osu, y.xtà tôv xavôva t»h xosvtjç tiîœtsuç, xal xrcà to xp^aijjiov -rijç xaôoXixrj; iy.\).rlc:.a(t (Labbe, Concil., tom. III, col. 617, 618.)
1. 'EtikS'Ô irpo7xa)s<ia|ji5vcov ^][itôv NsffTÔptov, aty OTrfjxouus, tôv tûjtov Ifeêiêâça-(jsv, xavovixrjv xcci àitouTo).ix^v a'jtiîS xaTav07JGavT£ç xpi'uv. Quoniam Nestorius a nobis cilatus non paruit, formam illam executioni mandavimus, canonicum apos-tolicumque judkium in. illum proferentes. (Labbe, Concil., tom. 111, col. 608.)
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p91 CHAP. I. — CONCILE D'ÉPUÈSE III0 ŒCUMÉNIQUE.
même qu'il est le chef des apôtres 1. Maintenant donc qu'il nous a été donné, malgré les difficultés d'un long et pénible voyage, de vous trouver encore réunis à Ëphèse, veuillez nous communiquer les actes de la session précédente, afin que, suivant les instructions du bienheureux pape et le désir du saint concile, nous puissions les revêtir de l'approbation apostolique. — La requête des légats fut accueillie par le suffrage unanime des pères. Les actes furent remis entre les mains des légats, avec prière de les examiner en particulier et de faire connaître ultérieurement leur avis 2. »
45. Le lendemain « VIIe des ides de juillet, et seizième du mois égyptien d’Epiphi (11 juillet 431), » s'ouvrit, dans le palais épisco- pal d'Éphèse, la troisième session du concile œcuménique. « Juvénal, évêque de Jérusalem, prit le premier la parole et dit aux légats : Hier, selon la demande adressée par votre piété à ce saint et auguste synode, les actes portant la sentence de déposition contre Nestorius ont été remis entre vos mains. Nous vous prions de nous dire si vous avez eu le temps de les examiner, et quelle impression a produit sur vous cette lecture. — Le prêtre Philippe, légat du saint siège, répondit: Nous avons scrupuleusement examiné les procès-verbaux. La sentence portée contre Nestorius est légitime et canonique. Bien que cette formalité soit superflue, nous vous prions cependant de faire de nouveau donner lecture des actes, afin de nous conformer en tout à la teneur des instructions que le très-saint pape Célestin nous a données. — On fît cette lecture. Après quoi, le prêtre et légat Philippe reprit: Nul n'ignore, et c'est la tradition de tous les siècles, que le saint et très-bienheureux Pierre, prince et chef des apôtres, colonne de la foi, fondement de l'Église catholique, a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur et Rédempteur du genre humain, les clefs du royaume (rà; rltk t^î pauiXEi'a;), et que puissance lui a été donnée de lier et de dé-
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' Non enim ignorât vestra beatitudo, toiius fidei vel eliam apostolorum caput etse beatum apostolum Pelrum. Où yàp àyvoeî 0[j.wv ^ fAaxajfoTï]; 8ti f\ xsçaJ.rj B).r)ç zf,i maxécoî, -fi xaï tûv àitooTÔ).wv, ô (iaxâpio; TU'-rpo; ô ânôstoXoç. (Labbe, ibiJ.,
1 Labbe, tom. III. Conc. Ephes. Actio scc.tnda, col. GIO-922.
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p92 PONTIFICAT DE SAINT CÉLESTIN I (422-432).
lier les péchés. Or, Pierre vit toujours dans la personne de ses successeurs ; il continue à exercer son pouvoir de jugement. Son successeur et lieutenant, le saint et très-bienheureux pape Célestin a daigné se faire suppléer par nous près du saint concile. Nous sommes tous réunis, conformément aux décrets des très-chrétiens empereurs qui se montrent fidèles à la tradition de leurs aïeux et protecteurs dévoués de la foi catholique. Leur but, en convoquant cette auguste assemblée, était de maintenir dans son intégrité, et de conserver pour les siècles à venir, le dépôt sacré des dogmes apostoliques. D'après les actes synodaux qui viennent d'être lus, Nestorius, auteur de la nouvelle hérésie, a refusé obstinément de se rendre aux citations canoniques régulièrement adressées par les pères. Loin de se présenter spontanément à ce tribunal de l'Église, dont l'autorité devait lui être sacrée, il affiche pour le vénérable concile un mépris scandaleux. Le délai fixé par la mansuétude du saint siège pour lui laisser le temps de revenir à résipiscence a été de beaucoup dépassé. La sentence prononcée contre lui demeure donc dans toute sa force, elle est sanctionnée par l'Église universelle, représentée ici en la personne des délégués de l'Occident et de l'Orient. Anathème au blasphémateur qui a outragé la divinité de Jésus-Christ ! — Les évêques Arcadius et Projectus parlèrent dans le même sens. Des acclamations unanimes accueillirent cette déclaration authentique. Cyrille d'Alexandrie, prenant ensuite la parole, dit : Le saint concile vient d'entendre la parole des vénérables légats. C'est au nom, et comme représentants de la chaire apostolique, qu'ils se sont prononcés. Ils ont constaté que les décrets précédemment portés par le très-saint et bienheureux pape Célestin ont été par nous exécutés au pied de la lettre. Prions-les donc de vouloir bien revêtir de leur signature, en témoignage de confirmation solennelle, les actes précédents.— Cette motion fut adoptée, et les trois légats du saint siège apposèrent leur souscription juridique 1. »
46. La confirmation par les légats du saint siège de la sentence portée contre Nestorius fut notifiée à l'empereur, au clergé et aux
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1 Labbe, Concil,, toni. III, col. 622-630.
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p93 CHAP. I. — CONCILE d'ÉPHÈSE III0 OECUMÉNIQUE.
fidèles de Constantinople, dans des lettres synodales qui partirent le lendemain pour leur destination. Cependant, saint Cyrille et Memnon d'Éphèse restaient toujours sous le coup des anathèmes lancés contre eux par le patriarche d'Antioche et ses quarante adhérents, dans le conciliabule du 26 juin. Bien que toutes les règles canoniques y eussent été violées, bien que cette sentence portât les caractères les plus évidents de nullité intrinsèque, la faction de Nestorius continuait à en soutenir la légitimité. Cyrille et Memnon introduisirent alors près du concile œcuménique une requête tendant à faire examiner canoniquement l'acte de prétendue déposition, et à statuer ensuite sur l'abus de pouvoir dont Jean d'Antioche s'était manifestement rendu coupable à leur égard. Tel fut l'objet de la quatrième session. Elle s'ouvrit le 16 juillet 431, dans la basilique de Sainte-Marie Mère de Dieu. Les légats du siège apostolique, saint Cyrille à leur tête, prirent séance avec tous les évêques, au nombre de plus de deux cents. Le diacre de Jérusalem, Hesychius, donna lecture de la requête du patriarche d'Alexandrie et de Memnon. Après quoi, Acacius de Mélitène prit la parole et dit : Il serait superflu de mettre en discussion la conduite du très-pieux Cyrille et de notre révérendissime collègue Memnon. Ils n'ont fait que suivre les instructions du concile. L'abus de pouvoir de Jean d'Antioche et des sectaires ses adhérents n'est douteux pour aucun de nous. Mais, selon les règles canoniques, nous avons le devoir de citer régulièrement les accusés. En conséquence, je propose à votre sainteté de déléguer les trois révérendissimes évêques Paul de Lampe 1, Pierre de Parembolès 2 et Archelaus de Mindœ 3, en les chargeant au nom du concile de transmettre une citation régulière au patriarche, afin qu'il ait à se présenter devant vous pour y justifier sa conduite.—Les trois évêques désignés reçurent cette mission. Ils se rendirent près du patriarche
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1 Lampe, siège épiscopal de l'île de Candie (Crète).
2.Parembolès ou Castri Saracenorum, dans l'Arabie Pétrée. Cet évêque Pierre était précisément, l'ancien chef de tribu Aspébétès, dont uous avons raconté plus liant la conversion. (Cf. tom. XII de cette Histoire, pag. 489.)
3 Miudae, siège épiscopal de la province de Carie.
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d'Antioche, et à leur retour ils firent la dépositionsuivante: En approchant de la demeure du révérendissime Jean, nous fûmes entourés par les soldats qui la gardaient, et qui brandirent leurs épées nues sur nos têtes. Ils ne voulaient pas même nous laisser approcher de la porte. A force d'instances, nous obtînmes cependant cette espèce de faveur. Nous sommes désarmés, leur disions-nous. Trois évêques sans escorte ne sauraient vous intimider. Laissez-nous entrer dans cette maison. Le saint concile nous a chargés d'un message pacifique pour le révérendissime Jean d'Antioche. —Pendant ces pourparlers, une foule immense s'était groupée autour de nous. Le patriarche put entendre de ses fenêtres le bruit de la multitude. Devinant probablement le motif de notre visite, il nous fit dire qu'il ne nous recevrait pas. Cependant la foule qui nous pressait de toutes parts faisait entendre des menaces et des clameurs en sens divers. Quelques blasphèmes contre le saint concile et la foi orthodoxe sont parvenus à nos oreilles, sans que, dans le tumulte, il nous ait été possible de noter d'une manière précise ces rumeurs outrageantes. — Après ce rapport, Cyrille s’exprima ainsi : Le révérendissime Memnon et moi, nous sommes à la disposition du saint concile, prêts à répondre aux accusations portées contre nous par l'impie Nestorius et I'évêque Jean son défenseur. Sans doute le patriarche d'Antioche rougit maintenant de sa conduite; c'est pourquoi il refuse de paraître en votre présence et fait garder sa maison par des soldats. Votre sainteté daignera donc faire droit à notre légitime requête, en déclarant nulles et non-avenues les mesures prises contre nous par le patriarche d'Antioche. — Juvénal, évêque de Jérusalem, prit la parole et dit: Nous avons maintenant au milieu de nous l'autorité du siège apostolique, dans la personne des révérendissimes légats. Par respect pour le saint et œcuménique concile, Jean d'Antioche, dont le siège épiscopal est également d'origine apostolique, aurait dû, sur une première invitation, se rendre au sein de cette assemblée. Pour nous, uniquement préoccupés d'observer les règles canoniques et les saintes lois de l'Église, nous devons lui envoyer une seconde citation par d'autres évêques, lesquels l'inviteront, dans un esprit de charité et de paix,
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p95 chap. i. CONÇUE B'ÉHIÈSE IIIe OECUMÉNIQUE.
à déposer tout sentiment d'amour-propre ou d'orgueil et à se rendre au milieu de nous. — On fit choix de trois évêques: Timo-thée de Termissus 1, Eustathe de Docimium 2, et Eudoxius de Chômas 3. Après s'être transportés à la demeure de Jean d'An-tioche, ils rendirent compte de leur démarche en ces termes : Les soldats qui entourent la maison du patriarche ont tiré le glaive à notre approche. Cependant ils nous ont permis d'arriver jusqu'à la porte, où se tenaient quelques clercs. Nous avons dit à ces derniers : Le saint concile nous a chargés d'une mission à remplir près du révérendissime évêque Jean. Veuillez le prévenir que nous avons à lui parler. — Les clercs se rendirent près du révérendissime patriarche, et revinrent avec cette réponse : L'évêque Jean vous mande qu'il ne saurait recevoir des excommuniés, canonique-ment déposés de leurs sièges. — Par qui donc avons-nous été déposés ou excommuniés? demandâmes-nous. —Par Jean, évêque d'Antioche, répondirent les clercs. — Nous les priâmes alors de nous décliner leurs noms, pour plus ample exactitude de notre rapport et du leur; mais ils s'y refusèrent en disant : Nous sommes des clercs et non des tabellions ! — Le concile délibéra alors sur la conduite à tenir. A l'unanimité des suffrages, il fut déclaré que la sentence portée par Jean d'Antioche contre Cyrille et Memnon était invalide et nulle. On résolut d'informer l'empereur de cette décision, et l'on convint d'attendre que le patriarche d'Antioche eût reçu une troisième citation canonique, avant de procéder contre lui selon la rigueur du droit4.
47. Le patriarche d'Antioche, qui n'avait pas voulu recevoir les députés du concile, ne se tenait cependant pas en repos dans sa demeure. Le soir, une proclamation (libellus) était affichée par ses ordres aux portes de l'amphithéâtre. Cyrille y était dénoncé au peuple d'Éphèse comme un hérétique, convaincu de soutenir les
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1 Siège épiscopal de la province de Pamphylie. — 2. Évêché de Phrygie.
3. Évêché de Lycie. On peut remarquer que ces délégués étaient tous étrangers à l'Egypte, sans doute pour éviter que le patriarche d'Antioche ne récriminât contre leur mission, sous prétexte qu'ils eussent été dans la dépendance juridictionnelle de saint Cyrille.
4. Labbée, Concil., tom. 111, col. 634-646.
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p96 PONTIFICAT DE SAINT
CÉLESTIN I (422-432),
erreurs d'Apollinaire et d'Eunomius. Memnon n'était pas mieux traité. On l'accusait d'un despotisme insupportable. La pièce se terminait par une invitation au clergé et aux fidèles de secouer cette double tyrannie. On leur promettait l'appui de l'empereur, « averti, disait le patriarche, des manœuvres scandaleuses de ces deux évêques et prêt à les réprimer par la force. » En même temps que cette affiche destinée à surexciter les esprits, chacun des pères du concile œcuménique recevait une lettre spéciale, où ils étaient invités à venir le plus tôt possible faire abjuration de leurs erreurs passées entre les mains du patriarche, afin d'être relevés par lui de la sentence d'excommunication qu'ils avaient encourue. L'effet ne répondit point aux espérances. Le public lut avidement les proclamations des Orientaux, mais il demeura, en immense majorité, fidèle à la doctrine du concile œcuménique.