Les Églises des Gaules 7

Darras tome 14 p. 125

 

29. Cette défense ne fut pas entièrement respectée. « En ce temps, continue Grégoire de Tours, vivait au territoire de Poitiers un vénérable abbé, nommé Maxentius (saint Maixent), qui s'était construit dans l'enceinte de son monastère une cellule où il vivait en reclus. Les religieux, voyant arriver une escouade de guerriers francs dont la démarche et les intentions leur parurent hostiles, se précipitèrent à la cellule du saint abbé, le priant de sortir et de parler à ces furieux. Maxentius ne répondit pas. Les religieux brisèrent la porte de la cellule, et prirent le reclus dans leurs bras pour le conduire aux ennemis. Laissez-moi, leur dit-il, et marchant d'un pas ferme il vint intrépidement à la rencontre des ravisseurs. L'un d'entre eux leva sur lui son glaive. Il allait frapper, lorsque l'épée lui tomba des mains; son bras subitement paralysé resta immobile à la hauteur de l'oreille. Le malheureux

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1 Gregor.Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xxvn, col. 233.

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se prosterna aux pieds du solitaire, implorant sa miséricorde. Le reste de la troupe prit la fuite et revint au camp. Maxentius versa sur le bras du patient quelques gouttes d'huile bénite, et traçant un signe de croix sur le membre paralysé lui rendit le mouvement1. » — « Le roi Clovis, disent les actes de saint Maixent, ayant été informé de ce miracle, accourut en per­sonne, s'agenouilla aux pieds de l'homme de Dieu et lui demanda pardon pour, la faute commise par ses soldats. On montre en­core aujourd'hui dans le monastère la place où ce grand prince rendit ce témoignage de piété et de vénération à un saint reli­gieux. Il fit don à Maxentius de la villa de Milo, et ne cessa depuis d'honorer et de chérir le pieux cénobite 3. »

 

   30. La bataille décisive entre Alaric et Clovis fut livrée à Voclada (Vouillé), dans la plaine de Poitiers. Les Gesta Francorum nous ont transmis de ce combat un récit plein d'animation et de chaleur, qui doit avoir eonservé les principaux traits de cette journée mé­morable. « Le roi des Goths, dit le chroniqueur, harangua briève­ment ses troupes. Vos pères, leur dit-il, ont vaincu les Romains. Ce ne sera qu'un jeu pour vous de mettre en fuite une poignée de Francs venus non pour combattre, mais pour piller! — Clovis cependant, fort de la protection du Christ, parcourait les rangs de son armée, distribuait les postes, exhortait les plus vail­lants à se montrer dignes de leur passé et les plus jeunes à éga­ler les vétérans. Il recommandait surtout de ne pas se laisser em­porter par une impétuosité trop bouillante, d'attendre le signal avant de s'élancer sur l'ennemi, et de ne pas oublier dans la mêlée de se servir du glaive. Enfin, après avoir invoqué les bienheureux Pierre et Martin, appuyé sur sa lance, il se retourna vers les Francs, fit le signe de la croix sur l'armée et s'écria : En avant, au nom du Seigneur ! — En ce moment toutes les trompettes re­tentirent, une clameur immense s'éleva vers les cieux, les traits volaient dans l'air, la lutte s'engagea et la terre se rougit de sang.

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1 Gregor. Turon., llist. Franc, lib. Il, cap. xxxvii; Pair.  lat., tom. LXX1, col. 231, 235. — 2 S. Masent., Ad. ab audore çoœvo, Bolland., 26 jun.

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Clovis au plus fort de la mêlée faisait vibrer sa lance, frappait à droite et à gauche, jonchant son chemin de cadavres. On l'entendait d'une voix éclatante invoquer le nom de Dieu, et animer les siens au combat. Il aperçut de loin le roi Alaric; lançant son cheval dans cette direction, il fondit sur lui et essaya de le frapper d'un coup de lunce. Puis il mit l'épée à la main. Un véritable duel s'établit entre les deux princes animés d'une égale fureur. La foule des guerriers fit cercle autour d'eux et les regarda en silence sans intervenir dans la lutte. Habiles dans la science du combat, les deux rivaux se por­taient réciproquement des coups que parait le bouclier. Leurs cas­ques furent bientôt entamés. Enfin Clovis se rappelant les exploits presque incroyables qu'on attribuait à ses aïeux, leva sa lourde épée et la brandit d'un bras si puissant que d'un seul coup il fit tomber le menton d'Alaric, son épaule gauche, avec le bras encore passé dans le bouclier. Puis se rejetant en arrière, il allait tran­cher la tête de son rival, lorsque deux soldats goths s'élançant à l'improviste l'attaquèrent à droite et à gauche, se disposant à lui percer les flancs du fer de leur lance. D'un bond rapide imprimé à son cheval, Clovis passa entre les deux ; sa cuirasse amortit le double coup qui lui fut porté. Il n'eut pas de peine à mettre ces deux lâches ennemis1 hors de combat. Couvert ainsi d'une triple gloire, il revint à Alaric, le prit aux cheveux de la main gauche, brandit son glaive de la droite et d'un coup lui trancha la tête. Les Goths se débandè­rent, jetant leurs armes et ne songeant qu'à fuir. Il s'en fit un tel mas­sacre que le mot de l'Écriture se renouvela en ce jour : « Un seul guerrier en poursuivait mille ; deux en mettaient dix mille en fuite. » Ceux des Goths qui échappèrent au glaive des Francs passèrent en Espagne avec le jeune Amalaric, fils du vaincu. Les auxiliaires Arvernes qui, sous la conduite d'Apollinaire2, étaient venus se ranger sous les drapeaux d'Alaric, furent presque tous taillés en pièces.

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1 Suivant les lois de ces luttes corps à corps, nul ne devait intervenir tant que le duel était engagé. Le chroniqueur l'indique suffisamment quand il dit : Ecce reges ferocissimos circumslans populus mirabalur, el eis ita bellantibus nullum solatium impendebat.

2. On croit que cet Apollinaire était un fils du célèbre évêque de Clermont.

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   A peine s'il en resta un seul pour porter à leurs femmes la nouvelle de cette défaite1 » (507). La présence des Arvernes dans l'armée d'Aiaric nous fait très-bien comprendre que les compatriotes du grand évêque de Clermont, jadis si opposés à l'invasion des Goths, se montraient aujourd'hui non moins hostiles à celle des Francs. De son côté, Clovis avait eu quelques auxiliaires, « entre autres, dit Grégoire de Tours, le prince Chlodéric, fils de Sigebert le Boi­teux roi des Francs Ripuaires dont la capitale était Cologne. Sigebert devait son surnom et son infirmité à une blessure qu'il avait reçue au genou, dans la bataille livrée aux Alamanni sous les murs de l’oppidum Tulbiacense (Tolbiac 2). » Le fruit de la victoire de Vouillé fut l'occupation immédiate des trois Aqui­taines. « Le roi des Francs, continue Grégoire de Tours, envoya son fils Theuderic (Thierry3) s'emparer du territoire d'Albi, des Ruthènes (Rodez) et des Arvernes (Clermont). Le jeune prince soumit toutes ces contrées jusqu'à la frontière des Burgondes. De sa personne, Clovis alla passer l'hiver à Burdigala (Bor­deaux), où il fit transporter les trésors laissés à Toulouse par Alaric. »

 

31. Nous avons dit qu'Amalaric, enfant de six ans, fils du roi des Goths et petit-fils de Théodoric par sa mère Theudegotha, avait été conduit en Espagne après la défaite de Vouillé. Il fut so­lennellement couronné à Barcelone, comme successeur légitime du trône des Goths, sous la régence de Theudegotha. En même temps Théodoric préparait une armée d'expédition qui devait passer dans les Gaules et couvrir la Provence, seule contrée dont Clovis ne se fût point encore emparé. Mais une complication inattendue vint aggraver la situation de l'enfant royal proclamé à Barcelone. Il avait un frère naturel, Gésalric, déjà âgé de vingt et un ans. Celui-ci se fit couronner à Narbonne. Son usurpation, acclamée par les

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1 Roric, Gesta Franc, lib. IV; Patr. lat., tom. CXXXIX, col. 644. — 2. Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. 11, cap. xxxvn, loc. cit. — 3 Fils aîné de Clovis, né d'une concubine, avant le mariage du roi des Francs avec sainte Clotilde.

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Goths de la Provence, pouvait déposséder à tout jamais Amalaric des domaines qui lui restaient en Gaule. Ce fut surtout pour pré­venir ce désastre que Théodoric fit traverser les Alpes à une armée disciplinée et nombreuse, sous la conduite d'un illustre capitaine, le duc Ibas. Mais quand les troupes d'Italie, au printemps de l'an 508, débouchèrent dans les Gaules, l'usurpateur avait cessé de régner. Clovis et Gondebaud, réunissant leurs forces, avaient taillé son armée en pièces dans une bataille livrée près de Narbonne. Gésalric se réfugia de l'autre côté des Pyrénées, d'où il conclut avec le roi des Francs un traité par lequel il abandonnait à celui-ci toutes les possessions gauloises des Visigoths pour se faire garantir celles d'Espagne contre Amalaric son frère. Après cette double victoire militaire et diplomatique, Clovis s'était hâté de soumettre les cités d'Ecolisma (Angoulème) et de Toulouse, puis il mit le siège devant Carcaso (Carcassonne), redoutable forteresse où les rois goths conservaient les trésors jadis enlevés par Alaric (410) dans le pillage de Rome. Là, se trouvaient les dépouilles du temple de Jérusalem conquises par Titus, et un fameux vase d'or massif pesant 500 livres, donné par Aétius à Thorismond. On comprend l'intérêt que Clovis attachait à la prise d'une citadelle qui renfer­mait des richesses de cette importance. Cependant, à la nouvelle de l'arrivée des Ostrogoths d'Italie et de leur général Ibas, il abandonna précipitamment le siège et se replia sur la Touraine, laissant son fils Thierry et Gondebaud résister seuls à ces nou­veaux adversaires. Peut-être voulait-il se ménager vis-à-vis de son beau-frère Théodoric, et ne point prendre à son égard l'at­titude d'une hostilité trop accentuée. Quoi qu'il en soit, Thierry et Gondebaud subirent sous les murs d'Arles une sanglante 1 dé­faite qui leur fut infligée par Ibas (308), et se virent contraints de se retirer dans les montagnes du Vivarais et du Rouergue, où le vain­queur ne songea point à les poursuivre. Ibas se préoccupait sur­tout de poursuivre Gésalric en Espagne. Depuis son arrivée dans

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1 Jornandès évalue à trente mille morts la perte des Francs et des Burgondes dans catte journée. Cf. Jornand., De rébus gelic,      cap. LVlii; Patrol. lat., tom. LXIX, col. 1293.

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ce pays, l'usurpateur avait chassé son jeune frère, qui fut obligé de s'embarquer pour Ravenne. Sa malheureuse mère Theudegotha mourut durant la traversée. Dans une bataille livrée en 309 à Barcelone, Ibas vengea tant de désastres. Gésalric vaincu s'en­fuit à Carthage, ou Thrasamond, autre beau-frère de Théodoric, lui donna d'abord l'hospitalité. Mais, sur les instances du roi d'Italie, il le força bientôt de quitter l'Afrique. Avec une éner­gie vraiment extraordinaire, Gésalric parvint à traverser toute l'Espagne, relevant le courage de ses partisans et leur promettant de nouveaux triomphes. Il put gagner l'Aquitaine, où Clovis lui fit passer des secours en argent et en hommes avec lesquels il revint se faire tuer par Ibas, en 511, sous les murs de Barcelone témoins de sa première défaite. Le roi d'Italie fit alors en personne le voyage d'Espagne, et ramena triomphalement son neveu, Amalaric.

 

  32. Thierry et Gondebaud profitèrent de l'éloignement d'Ibas, pour venir l'année précédente (310) mettre le siège devant la ville d'Arles, qu'ils attaquèrent simultanément par les deux rives du Rhône, les Francs à droite et les Burgondes à gauche, du côté de la Provence. Cette manœuvre habile aurait probablement dé­cidé la victoire en leur faveur, s'ils n'eussent trouvé une gar­nison vaillante prête à recevoir leur choc. «Des deux parts, dit M. du Roure, on sentait le prix d'une ville qui, séparant par sa si­tuation ou reliant les possessions gothiques, en était réellement la clef. Après de longs travaux et des combats meurtriers, les assié­geants étaient enfin parvenus à faire une brèche aux tours et aux murailles. La courageuse obstination des assiégés semblait s'accroître avec le péril. Mais  la famine s'étant déclarée dans cette grande cité,  les haines d'origine, de secte et de parti s'y manifestèrent par des divisions et des cruautés. Il arriva que des Juifs perfides, qui s'entendaient secrètement avec l'armée assiégeante, imaginèrent pour mieux voiler leurs desseins d'ac­cuser l'évêque saint Césaire de trahison, sous prétexte de la charité qu'il exerçait envers les prisonniers francs et burgondes. Le dé­sespoir est à la fois crédule et féroce. On se saisit de l'évêque pen­dant la nuit, on le chargea de chaînes, et déjà l'ordre était donné

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de le transporter sur la plate-forme d'une tour qui dominait le fleuve, pour le précipiter dans les flots à l'insu du peuple. Heureusement, une attaque inopinée des assiégeants prévint ce forfait. Césaire fut retenu captif dans la ville, et peu après les vrais coupables furent découverts et punis du dernier sup­plice, pendant que le saint évêque, rendu à la liberté, se vit pour un temps à l'abri de la calomnie. Cependant le comte Maroboduus, lieutenant de Théodoric et gouverneur de Marseille, parut devant Arles avec un corps de troupes qui força Thierry et Gondebaud à lever le siège. Dans leur retraite, ils abandon­nèrent un assez grand nombre de prisonniers aux mains des Goths. La situation de ces captifs, qu'on laissait mourir de faim, était déplorable. Gondebaud envoya par le Rhône à saint Césaire trois bateaux chargés de vivres et de vêtements destinés à ces mal­heureux. Cette fois, les Goths, que le passé tenait en éveil, s'alar­mèrent, et crurent que l'évêque était réellement d'intelligence avec l'ennemi. Dénoncé à Théodoric, Césaire fut mandé à Ravenne pour y répondre à une accusation de lèse-majesté. Il fit le voyage, accompagné du prêtre Messianus (saint Messien). Introduit au pa­lais, il parut devant le roi qui, l'ayant considéré quelques minutes en silence, se leva et se découvrit par respect pour l'auguste vieil­lard. Interrogé sur les circonstances qui lui étaient reprochées, Césaire n'eut pas de peine à se justifier. « Cet homme me repré­sente un ange du ciel, dit Théodoric. Pourquoi l'avoir contraint inutilement à un si long voyage? Que Dieu punisse ses accusa­teurs! » Sorti de l'audience royale, Césaire reçut en don un bassin d'argent avec trois cents solidi d'or. Le lendemain, le roi ayant ap­pris que l'objet avait été vendu par l'homme de Dieu pour grossir la somme destinée au rachat des prisonniers, ajouta une nou­velle offrande au trésor de la charité épiscopale. L'évêque d'Arles ainsi comblé se rendit à Rome au sortir de Ravenne. Il y venait solliciter en faveur de sa métropole la confirmation du droit hiérarchique sur la Provence et la Septimanie1, que l'évêque de

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1 On avait donné le nom de Septimanie à l'ancienne Narbonnaise, à cause des sept diocèses renfermés dans sa circonscription : Nîmes, Maguelonne,

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Vienne, saint Avit, lui contestait 1. » Césaire fut accueilli par le pape Symmaque comme un héros de la charité et de la foi. Il ob­tint ce qu'il demandait; le souverain pontife lui remit de sa main le pallium, et le renvoya dans sa ville épiscopale dont il devait oc­cuper le siège jusqu'en 542.

   33. Clovis, en revenant de son expédition victorieuse, s'était arrêté à Tours, ou il voulait, par de magnifiques présents, témoignersa reconnaissance au bienheureux Martin, l'un des deux protec­teurs célestes dont l'assistance l'avait suivi dans ses combats loin­tains. « Monté sur son cheval de guerre, disent les Gesta, revêtu d'une tunique de pourpre et d'or, le front ceint du diadème, il se dirigea vers la basilique du confesseur, escorté par une multitude de peuple qui l'acclamait et à laquelle il faisait jeter des pièces d'ar­gent à pleines poignées. Il déclara aux matricularii (trésoriers) de l'église qu'il offrait son coursier au bienheureux Martin, mais qu'il le lui rachèterait au prix de cent solidi d'or 2. Après avoir prié sur le tombeau du saint et y avoir déposé de riches offrandes, il revint à l’atrium, compta aux matricularii la somme convenue pour le rachat du coursier royal, sur lequel il remonta. Mais l'animal ne voulait plus bouger de place, malgré les efforts de son cavalier. Clovis fit alors verser une autre somme pareille à la première entre les mains des trésoriers, et aussitôt le cheval se remit de lui-même en marche. Cet incident produisit une hilarité universelle dans la foule. Clovis s'y associant lui-même s'écria, dit-on : En vé­rité, le bienheureux Martin est un bon défenseur, mais il est un peu cher dans ses comptes3 ! » — Ce fut à Tours que le roi des Francs

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Béziers, Agde, Narbonne,Carcassonne et Elne près Perpignan. Elne, autrefois appelée llliberis et plus tard Helena (Elne), en l'honneur de la mère de Cons­tantin le Grand, est aujourd'hui une bourgade de deux mille habitants, dans le département des Pyrénées-Orientales, à 13 kilomètres S.-E. de Perpignan.

1       Du Roure, Hist. de Théodoric, tom. II, pag. 31-38. A propos de la réclama­tion faite par saint Césaire au pape Symmaque, M. du Roure fait observer qu'elle est « une preuve surabondante de la suprématie de juridiction
exercée alors par les successeurs de saint Pierre. »

2        C'est encore là une forme du wehr-ghild appliqué à un vœu de reli­gion. — 3 Roric, Gest. Franc; Patr. lat., tom. CXXX1X, col. 615.

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reçut une ambassade solennelle envoyée à son excellence 1 par l'empereur d'Orient, Anastase le Silentiaire. Le vieux César euty-chéen était alors ouvertement brouillé avec Théodoric, qui ne s'é­tait nullement préoccupé de faire souscrire l'Hénotique par le pape Symmaque. La mauvaise humeur de la cour de Byzance se tra­duisit d'abord par une descente en Italie, opérée à l'extrémité du Brutium (Calabre actuelle) par un corps de huit mille hommes, sous la conduite de Romanus comte des sacrés domestiques et de Rusticus chef des scolarii de la garde impériale (507). « Cette ridi­cule expédition, dit Jornandès, se borna à quelques actes de pira­terie et au rembarquement précipité de cette poignée de voleurs empressés de fuir devant les troupes régulières de Théodoric. » Battue de ce côté, la politique byzantine essaya de prendre sa revanche sur les champs de la diplomatie. La négociation enta­mée avec Clovis ne nous est que fort imparfaitement connue. La brève mention qu'en fait Grégoire de Tours a trait uniquement au côté extérieur et à la pompe déployée pour la réception des am­bassadeurs de Constantinople. « Ces derniers remirent au roi des Francs, dit-il, une lettre par laquelle l'empereur lui conférait le consulat. En son nom, ils le revêtirent dans la basilique de Saint-Martin d'une chlamyde de pourpre, et lui ceignirent le front d'un diadème 3. » Si cette indication de Grégoire de Tours est exacte, comme tout porte à le croire, le dessein d'Anastase aurait été de substituer Clovis à Théodoric dans l'espèce de lieutenance que le roi d'Italie exerçait au nom des empereurs byzantins en Occident. On se rappelle en effet que l'investiture par le manteau de pourpre, le sceptre et les faisceaux consulaires avait été laborieusement obtenue, quelques années auparavant, par Festus Niger, en faveur de Théo­doric. « Il est certain d'ailleurs, selon la judicieuse observation de D. Ruinart, que les fils de Clovis, en élevant plus tard des statues

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1.Ainsi qu'on l'a vu précédemment, ce titre était alors celui que les di­verses chancelleries donnaient à Clovis. — 2 Jornand., De regn. ac tempor. succession. Cf. Du Roure, Hist. de Théodoric, tom. II, pag. 5, 6.

3 Greg. Turon., Ilisf. Franc, lib. II, cap. xxxvm; Pair, lai., tom. LXX1, col. 236.

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à leur père, le firent représenter avec les insignes du consulat, les faisceaux, la pourpre et le diadème. » On voyait encore une de ces statues au grand portail de Saint-Germain-des-Prés, à l'époque du savant bénédictin 1. Quoi qu'il en soit, les espérances d'Anastase le Silentiaire ne furent point réalisées. Clovis accepta les honneurs qu'on lui offrait, sans se mettre en peine de suivre une politique qui eût compromis et peut-être brisé au berceau l'avenir de la monarchie franque. Il laissa Théodoric maître de la Provence au nom du jeune roi des Visigoths, et rappela près de lui son fils aîné Thierry. Enfin, loin de changer sa ligne de conduite vis-à-vis du catholi­cisme et de servir les desseins hostiles de l'empereur eutychéen contre le pape, il envoya une couronne d'or au tombeau de saint Pierre dans la basilique vaticane 2, et continua à manifester en toute occasion sa bienveillance pour les évêques et les monastères catholiques.

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