Darras tome 13 p. 198
15. Arrivés à Vesuntio, les deux évêques d'Arles et d'Auxerre réunirent un concile de la province. Soit que les passions locales surexcitées contre Chelidonius aient provoqué de faux témoignages, soit que l'inculpé n'ait pu réunir en temps utile tous ses moyens de défense, le concile se prononça unanimement pour l'irrégularité de l'ordination et déposa le nouvel évêque. Les actes de cette assemblée synodale ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Le résultat seul nous est connu. Chelidonius en appela solennellement au saint siège, et partit pour Rome afin d'y prouver son innocence. Germain et Hilaire, se séparant alors, reprirent le chemin de leur diocèse. Chelidonius arriva à Rome vers l'automne de l'an 444. Il exposa au pape saint Léon le Grand les motifs de son appel et fut reçu à la communion ecclésiastique, en attendant que le synode romain statuât définitivement sur le fond de l'affaire. « A cette nouvelle, disent les actes, le bienheureux Hilaire crut devoir partir pour Rome. Il se mit en route à pied. Le zèle qui dévorait son âme lui fit affronter les rigueurs de l'hiver et les dangers d'un voyage à travers les neiges des Alpes. On le vit plus d'une fois, la barbe et les cheveux couverts de glaçons, poursuivre son dangereux pèlerinage. Il arriva enfin dans la ville éternelle, sans cheval ni mule ; sa sainteté seule lui faisait escorte. Après avoir visité les tombeaux des apôtres et des martyrs, il se présenta devant le souverain pontife et lui rendit respectueusement ses hommages. Puis, avec autant d'humilité que de courage, le sup-
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1. Bolland., Act. S. German.,na 58, 31 jul.
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pliant de ne rien changer aux règles ordinaires du gouvernement ecclésiastique, il se plaignit de l'indulgence avec laquelle il avait admis à la communion catholique un évêque justement déposé par un concile des Gaules. Si vous daignez accueillir mes observations, ajouta-t-il, je vous conjure d'y faire droit sans provoquer d'enquête publique. Je ne suis pas venu pour assister à une enquête, mais pour accomplir ce que je regarde comme un devoir de conscience. Quelque parti que vous preniez, je ne veux aucunement vous être importun. » — Le pape ne fut point de cet avis. « Il ne m'appartient pas, ajoute le chroniqueur, de porter un jugement sur une question qui divisa entre eux deux si grands saints, deux hommes si illustres. Je dois me borner à indiquer simplement le fait, sans me permettre aucune appréciation 1. » Cette réserve de l'hagiographe contemporain n'a pas été imitée par les historiens gallicans de date plus récente. Ils ont tous pris parti contre saint Léon le Grand, et l'ont accusé d'ingérence tyrannique et d'abus de pouvoir. L'exagération même de leur polémique suffirait à nous mettre en garde contre un pareil excès en sens opposé. Nous ne les suivrons donc point dans leur controverse passionnée. Il nous suffira d'enregistrer purement et simplement les faits tels qu'ils assortent du débat. Léon le Grand ne crut pas devoir s'arrêter aux observations que lui présentait, sous une forme si respectueuse, le saint évêque d'Arles. L'effet de la condamnation prononcée par le synode de Vesuntio contre Chelidonius, était suspendu par l'appel de ce dernier au siège apostolique. La doctrine elle-même de la légitimité des appels au saint siège était, nous l'avons vu, confirmée par tous les siècles précédents. Si la recommandation que fit saint Hilaire au pape de ne rien changer aux règles ordinaires du gouvernement ecclésiastique (ut ecclesiarum statum more solito ordinaret), devait s'entendre, ainsi que l'ont cru certains auteurs, d'une protestation implicite contre les appels de ce genre, il faudrait dire que saint Hilaire se serait trompé sur ce point. Peut-être la pensée du métropolitain d'Arles n'allait-elle pas si loin,
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1. Vit. S. Hilar. Arelat., cap. XYlll, n"> 22; Pair, lat., tom. h, col. 1237,1238.
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il semble avoir voulu seulement éviter l'éclat d'une enquête solennelle, où il serait contraint de prendre une part active et de soutenir un rôle d'accusateur qui répugnait à la fois à sa charité et à sa modestie. Le pape ne pouvait ni ne devait suspendre, pour de tels motifs, l'action régulière de la justice. L'enquête suivit son cours, et le synode romain fut indiqué pour le commencement de l’année 445, afin de prononcer une sentence définitive. Chelidonius produisit des témoins qui prouvèrent jusqu'à l'évidence que la femme épousée par lui, quand il était encore laïque, n'était point veuve et n'avait jamais contracté d'alliance antérieure. On s'occupa peu du second grief relatif aux condamnations capitales portées dans l'exercice des fonctions de magistrat séculier, parce que c'était le cas de tous les fonctionnaires laïques appelés au sacerdoce ou à l'épiscopat, et subitement arrachés à leurs charges civiles. On aurait pu élever les mêmes récriminations contre saint Ambroise et saint Germain d'Auxerre. L'audition des témoins eut lieu en présence d'Hilaire, qui ne put rien opposer à leurs déclarations nettes et précises. Prévoyant dès lors que la sentence serait favorable à Chelidonius, il quitta brusquement Rome, sans prendre congé du pape ni des évêques. Ce fut une faute. Les saints eux-mêmes en commettent; l'histoire le constate : mais ils savent les réparer, et l'histoire ne l'oublie pas. Chelidonius, à l'unanimité des suffrages, fut absous. Saint Léon le Grand ordonna sa réintégration sur le siège de Vesuntio.
16. Le départ précipité d'Hilaire avait indisposé contre lui les membres du synode romain. Sur les entrefaites, un évêque du midi de la Gaule, nommé Projectus, dont le siège nous est inconnu, dirigeait contre le métropolitain d'Arles une accusation fort grave. Il prétendait que, durant une maladie qui l'avait mis à deux doigts de la mort, Hilaire étant passé par sa ville épiscopale, avait arbitrairement sacré un autre évêque à sa place, et l'avait installé de vive force dans l'église. L'abus de pouvoir ainsi dénoncé était d'autant plus criant que le siège épiscopal dont il s'agissait ne relevait point de la juridiction métropolitaine d'Arles. Projectus envoyait à Rome, avec ses lettres de
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plainte, des témoins qui certifiaient la véracité des faits allégués. A la suite de l'enquête juridique établie sur cet incident, le pape écrivit aux évêques de la province de Vienne une décrétale fameuse que nous croyons essentiel de faire connaître. «Notre-Seigneur Jésus-Christ, disait-il, en fondant l'Église, a voulu que le dépôt de la vérité, confié sous le Testament Ancien aux docteurs de la loi et aux prophètes, passât dans le Testament Nouveau aux apôtres chargés de faire retentir la parole du salut aux extrémités du monde, et de réaliser la prédiction du Psalmiste : In omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terrœ verba eorum1. Mais telle fut l'économie de ce ministère, qu'en le rendant commun à tous les apôtres, le Seigneur voulut en conférer la plénitude à leur chef, le très-bienheureux Pierre, qu'il établit comme le centre d'où ses dons se répartissent dans tout le corps de l'Église; en sorte que quiconque s'écarte de cette pierre fondamentale et immuable, s'exclut lui-même de la participation au mystère divin. Il y eut pour l'apôtre Pierre une véritable assomption ; le Christ l'associa à son unité indéfectible, quand il lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église 2. » L'édifice du temple éternel, par un prodige admirable de grâce divine, a été assis sur la base inébranlable de Pierre. C'est lui dont la fermeté soutient l'Église. Il la fait résister aux attaques des hommes et aux portes de l'enfer. Telle est la divine constitution de l'Église. L'attaquer, c'est faire une œuvre impie et sacrilège, c'est substituer son sens propre et ses appréciations individuelles aux règles tracées par nos pères. Dieu m'est témoin que j'ai toujours conservé pour vos églises la charité apostolique dont le siège de Rome leur a donné, dans le passé, tant de preuves éclatantes. En travaillant avec zèle et prudence à seconder vos efforts pour le progrès de la foi et la répression des abus, nous n'innovons rien, nous renouvelons seulement le passé (non nova instituentes, sed vetera rénovantes). Ce n'est pas un fait nouveau, votre fraternité peut en rendre témoignage, de voir toutes les
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1. Psalm. xvm, 5. — 2. Matth,, xvi, 18.
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églises du monde adresser des appels à la chaire de Pierre. Votre province elle-même en offre d'innombrables exemples ; les archives du saint siège sont pleines de consultations adressées à nos prédécesseurs, de jugements, de sentences prononcés à la sollicitation des parties. Par cet échange d'une correspondance incessante {commeantibus hinc inde litteris), s'est maintenue, de siècle en siècle, l'unité de l'esprit dans le lien de la paix. Car notre sollicitude et celle des pontifes romains n'a point pour but un intérêt humain : elle cherche uniquement « ce qui est du Christ :» elle n'a jamais diminué ni affaibli la dignité divinement instituée des églises ni celle des évêques (dignitatem divinitus datam nec ecclesiis nec ecclesiarum sacerdotibus abrogabat.) Telle fut la ligne sagement tracée et constamment suivie par nos pères. Hilaire d'Arles vient de s'en écarter, en troublant la concorde sacerdotale par des prétentions inadmissibles. Il prétend vous imposer sa propre autorité, au point de vous soustraire à celle du bienheureux Pierre. Il revendique le droit personnel de présider aux ordinations dans toutes les églises de Gaule, et de concentrer en sa personne les privilèges enlevés à tous les autres métropolitains. Il irait jusqu'à entreprendre sur les droits suprêmes du bienheureux Pierre et à contester la puissance de celui à qui fut donnée, avec le pouvoir de lier et de délier, la charge spéciale de paître les brebis du troupeau. Nous vous transmettons dans leur intégrité les actes relatifs à la cause de Chelidonius. Vous y trouverez les paroles que, dans sa confrontation avec cet évêque, Hilaire a eu le tort de prononcer. Elles sont de telle nature qu'un laïque n'aurait pas osé les proférer; nul prêtre ne saurait sans scandale les entendre. Je l'avoue, frères bien-aimés, mon affliction fut grande, en présence d'un pareil emportement. Toutefois, j'ai cru devoir n'opposer que la patience à cet excès d'irritation pour ne pas aigrir encore une blessure déjà trop vive. Je voulais ramener par la douceur un évêque que j'avais reçu comme un frère, et je préférais le laisser se prendre lui-même aux pièges de sa propre parole, plutôt que de l'affliger par mes contradictions. Chelidonius a été absous, parce qu'il a démontré juridiquement la fausseté des griefs allégués contre lui. Hilaire était présent; il ne
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put rien opposer à la justification de Chelidonius. La sentence primitive avait déposé ce dernier, parce qu'on avait cru qu'avant sa promotion au sacerdoce il avait épousé une veuve. Or le fait s'est trouvé faux. S'il eût été vrai, nous aurions maintenu la déposition, de même que nous déclarons la maintenir, selon les règles canoniques, contre tous ceux qui, après un mariage avec une veuve, réussiraient à se faire ordonner prêtres ou évêques. La loi de l'Eglise est formelle sur ce point, de même que sur le fait des secondes noces, qui exclut également de tout ministère clérical. Mais plus nous sommes inexorables dans l'exécution de la loi, plus aussi nous devons nous montrer scrupuleux dans l'examen des accusations portées contre nos frères. Celle dont Chelidonius a été l'objet est reconnue manifestement fausse. Dès lors, nous avons maintenu celui-ci dans la dignité épiscopale qu'il n'aurait jamais dû perdre, et nous l'avons remis par une sentence solennelle en possession de son église. Cette première affaire ainsi réglée, nous sont survenues des lettres de notre frère et coévêque Projectus, se plaignant d'un abus de pouvoir dont il aurait été victime. Sa requête nous a été apportée par une députation nombreuse des citoyens de sa ville épiscopale; elle est couverte d'une foule de signatures, et articule des griefs de la nature la plus grave contre Hilaire. Celui-ci aurait profité de la maladie de Projectus, pour lui donner un successeur qu'il aurait mis en possession d'un siège non vacant. Je désirerais savoir ce que vous pensez, bien-aimés frères, d'un tel procédé. Il me paraît impossible que vous ne partagiez point à ce sujet mon propre sentiment. Où sont la charité, la douceur, le respect pour un évêque, pour un infirme? Il y avait, dira-t-on, toute probabilité que Projectus ne survivrait pas à sa maladie. Soit. Mais enfin quel droit Hilaire avait-il dans une église qui n'est pas de sa province? Je sais que Patroclus, un de ses prédécesseurs, fut autrefois investi par le siège apostolique d'une juridiction presque universelle dans les Gaules. Mais depuis, ce privilège a été supprimé, et fort justement. En tout cas, il fallait attendre la libre expression des suffrages, l'élection du clergé, l'assentiment des notables [honoratorum arbitrium) ; il fallait observer enfin les règles fixées
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par nos pères pour les ordinations épiscopales, et suivre le précepte apostolique qui exige non-seulement l'attestation des fidèles mais le témoignage favorable des laïques qui foris sunt1. C'est ainsi qu'on doit élire, dans la concorde et la paix, un futur docteur de paix et de concorde. Au lieu de cela, Hilaire arrive à l'improviste dans une cité où personne ne l'attend, et d'où il sortira, quelques jours après, avec la même précipitation, pour courir en d'autres provinces. «Il partit, nous disent les plaignants, avant même que nous eussions appris son arrivée. » Et dans ce rapide passage, sans songer qu'il allait tuer peut-être un évêque infirme, il lui choisit un successeur. En vertu de l'autorité apostolique, qui nous a été confiée pour maintenir les droits de chacun et veiller au bien de tous, nous déclarons nulle l'ordination faite par Hilaire, et nous conservons à Projectus ses fonctions et son titre. Si quelqu'un de nos frères les évêques vient à mourir, nul autre que le métropolitain de la province ne doit s'arroger le pouvoir de sacrer le successeur. On nous dit que, dans vos contrées, quelques métropolitains se font accompagner d'une escorte de soldats, quand ils se rendent dans une église vacante, et qu'avec cet appareil militaire ils ordonnent l'évêque de leur choix, sans consulter ni le clergé ni le peuple. Je vous supplie, frères bien-aimés, et, au nom de Dieu, je vous adjure de ne plus permettre de tels attentats. Celui qui doit commander à tous doit être élu par le suffrage de tous. Les métropolitains n'élisent pas, mais ils sacrent l'élu. C'est à eux seuls qu'appartient ce droit, dans toute l'étendue de leur province. S'il en est qui, par modestie personnelle, renoncent à ce privilège d'honneur, le plus ancien évêque de la province fera l'ordination épiscopale. Les sacres ne peuvent avoir lieu indifféremment le premier jour venu. Nos pères ont statué qu'une si importante cérémonie demandait la solennité du dimanche, jour où nous célébrons la glorieuse résurrection du Sauveur. En règle absolue, chaque province doit avoir ses conciles présidés par le métropolitain. Désormais donc Hilaire n'aura plus à convoquer de synodes dans les provinces étrangères à sa juridic-
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11 Timoth., m, 7.
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lion. Il doit se tenir pour averti que cette défense s'étend non-seulement aux autres pays de la Gaule, mais aussi spécialement à la Viennaise, province sur laquelle il revendiquait un pouvoir particulier dont nous le déclarons déchu. Il devra se trouver heureux de l'indulgence du siège apostolique, qui lui conserve son titre 1. »
17. Telle est cette décrétale de saint Léon le Grand aux évêques de la province de Vienne. Tous les lecteurs comprendront qu elle a dû souverainement déplaire à ce qui s'est appelé depuis l'école gallicane. Par une singulière coïncidence, la première édition complète des œuvres de saint Léon le Grand fut publiée en France, l'an 1675, par le fameux père Quesnel, l'un des coryphées du jansénisme. L'authenticité de la lettre pontificale, admise par Quesnel, devint dès lors un fait incontestable. Mais l'oratorien janséniste crut devoir se dédommager de cet échec en soutenant que la doctrine de saint Léon par rapport aux appels à Rome était une innovation dans l'Église, et que sa conduite, relativement à saint Hilaire d'Arles, était entachée d'arbitraire et de despotisme. Selon le père Quesnel, le siège d'Arles, investi de prérogatives qu'il tenait du saint siège, était devenu indépendant du saint siège et pour jamais supérieur à lui. Cette thèse inadmissible n'eut pas un meilleur sort que son auteur. Les plus ardents fauteurs du gallicanisme reculèrent devant une exagération si monstrueuse. Mais ils se rejetèrent sur la sainteté d'Hilaire, sainteté incontestable et reconnue par le martyrologe romain lui-même. Comme si les saints n'étaient pas sujets à l'erreur; comme s'ils n'étaient point exposés, dans cette vie mortelle, à toutes les faiblesses de l'humanité ; comme si leur sainteté n'était pas la plupart du temps l'innocence recouvrée et confirmée par la pénitence et le repentir. Voici textuellement les paroles du biographe contemporain de saint Hilaire : « Le bienheureux évêque, de retour à Arles, le corps brisé par les fatigues du voyage, mais l'âme toujours vigoureuse pour les œuvres de piété et de perfection chré-
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1. S. Léon. Magn., Epist. x pass. ; Patr. lat., tom. LIV, col. 628-636.
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tienne, ne songea plus qu'aux moyens d'apaiser, par une humilité sincère, l'esprit du pape Léon. Il lui envoya le prêtre Ravennius, celui qui devait plus tard monter sur le siège d'Arles, et les vénérables Constantius et Nectaire. Il n'appartient pas à mon sujet de reproduire la volumineuse correspondance à laquelle cette affaire donna lieu. Je me bornerai à reproduire ici une lettre adressée au bienheureux Hilaire par le préfet Auxiliaris, qui se trouvait alors à Rome. « J'ai reçu avec grande joie, lui disait-il, les vénérables prêtres Nectaire et Constantius, députés par votre béatitude. Avec, eux je me suis souvent entretenu du courage, de la fermeté, du désintéressement et des autres vertus éminentes qui brillent en vous. De fait, bonne ou mauvaise fortune, qu'importe, dans cette vie mortelle où tout doit si tôt finir? J'ai eu un entretien avec le saint pape Léon. Ce mot va vous faire trembler. Rassurez-vous. Vous avez toujours été constant avec vous-même, toujours patient, toujours égal. Vous savez résister à l'aiguillon de la douleur, comme à l'entraînement de la prospérité. Quant à moi, j'ai attesté que rien de ce que vous avez pu faire n'était inspiré par un sentiment d'arrogance ni de vanité personnelle. Mais les hommes n'acceptent pas toujours volontiers le langage d'une conscience indépendante. Les oreilles des Romains sont plus que d'autres délicates et tendres. Je conseille à votre sainteté de se prêter un peu à cette complexion particulière ; vous n'y perdrez rien. Accordez-moi ce point, et vous verrez bientôt disparaître les quelques nuages qui se sont élevés sur votre horizon. » — «Après avoir reçu cette lettre, continue l'hagiographe, Hilaire, plus que jamais, s'adonna à la prière, à la prédication et aux austérités saintes. On eût dit, à voir ce redoublement de ferveur, qu'il commençait seulement à vivre de la vie spirituelle. Sa miséricorde et sa bonté apparaissaient plus éclatantes ; sa charité se dilatait chaque jour 1. »
18. Le chroniqueur ne s'étend pas davantage sur les négociations poursuivies entre le saint évêque d'Arles et le grand pape Léon. Nous savons seulement qu'une réconciliation sincère eut lieu. Hilaire mourut à quarante-huit ans, le 5 mai 449, et le pape,
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1. S. Hilar. vit., cap. xvn, xviiiî Pair, lat., tom. L, col. 1237-1239.
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qu'il avait un instant contristé, lui décernait le plus glorieux éloge en l'appelant « Hilaire de sainte mémoire1.»