Eutychès 5

Darras tome 13 p. 257

 

   48. Quand la lecture fut terminée, il prit la parole et dit : «Vous  avez entendu les textes authentiques des conciles généraux de Nicée et d'Éphèse. J'imagine que nul d'entre vous ne leur refuse son adhésion. » — Toutes les voix se réunirent dans un concert unanime. « Notre foi est celle de Nicée ! dirent les évêques. Nous adhérons à tout ce que le précédent concile d'Éphèse a décrété. »— Les légats du pape, comprenant, eux aussi, le stratagème hypocrite de Dioscore, demandèrent la parole et dirent : « Le siège apostolique n'a jamais eu d'autre foi que celle de Nicée et d'Éphèse. La discussion s'égare. Qu'on lise les lettres du très-bienheureux pontife de Rome, et l'on verra clairement la vérité. » — Si les évêques, en ce moment encore, avaient eu le courage d'appuyer la motion des légats, peut-être les annales de l'Église auraient-elles un grand crime de moins à enregistrer dans leurs pages. Mais la peur fit taire toutes les voix. Au milieu du silence général, Dios­core, sans répondre à l'interpellation, reprit en ces termes : « Les saints conciles de Nicée et d'Éphèse ont anathématisé quiconque
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serait assez présomptueux pour ajouter quoi que ce soit à leurs dé­finitions. Il est donc clair que Flavien de Constantinople et Eusèbe de Dorylée, en imaginant et voulant imposer leurs théories sur le mystère de l'Incarnation, se sont placés eux-mêmes sous le coup de l'anathème prononcé par les pères de Nicée et d'Éphèse. En conséquence, chargé de maintenir inviolable le dépôt de la foi et de la tradition, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, nous avons ordonné et ordonnons que Flavien de Constantinople et Eusèbe de Dorylée soient désormais privés de toute dignité épiscopale et sacerdotale. Nous vous enjoignons, à tous et à chacun, de dire votre avis. Il sera inséré dans les actes; et je vous préviens que les augustes empereurs seront très-exactement informés de tout ce qui se passe ici. » — Il y eut un moment de stupeur universelle. Tous les évêques semblaient atterrés. Flavien, se tournant vers Dioscore, prononça ces deux mots grecs: Paraitoumai se « J'en appelle. » Les deux légats répétèrent leur formule latine plus brève encore : Cantradicitur. Tout à coup Onésiphore d'Iconium, Epiphane de Perga, Nunnichius de Laodicée, Marinianus de Synnada et un groupe d'autres évêques dont l'histoire regrette de ne pas savoir les noms, quittant leurs sièges, vinrent se précipiter au pied du trône occupé par Dioscore. Fondant en larmes, ils embrassaient les genoux de ce tyran et imploraient sa miséricorde. «Flavien est inno­cent ! disaient-ils. Il n'a rien fait qui autorise une sentence si cruelle. La déposition d'un prêtre, en supposant qu'elle ait été imméritée, ne saurait être punie par la déposition d'un évêque. Si Flavien est coupable d'autres crimes, qu'on les fasse connaître!» — Cette dé­marche imprévue, cette attitude suppliante, ces objurgations par­ties du cœur, commençaient à émouvoir l'assemblée. L'évêque de Séleucie, Basile, qui venait de commettre un premier acte d'aposta­sie, crut le moment favorable pour en faire un second. Il se précipita sur les évêques agenouillés et leur dit en les menaçant : «Vous êtes seuls de votre avis. Ne condamnez pas l'opinion de tous vos collè­gues ! » — Cet auxiliaire inattendu redoubla l'audace de Dioscore. Il se leva, écumant de rage. « Quand on me couperait la langue, s'écria-t-il, je ne dirais jamais autre chose! » Et comme les évêques

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continuaient leurs supplications, en lui tenant les genoux embras­sés, il fit le geste d'un homme dont la vie serait menacée, appela au secours, et, se tournant vers les portes de la basilique, d'une voix de tonnerre il cria : « Prétendez-vous faire une émeute? Soldats, où êtes-vous ?»

 

49. Ce signal avait été prémédité; il fut entendu: En un clin d'œi!, la basilique fut envahie par une horde de prétoriens, sous la conduite d'officiers impériaux. Ces exécuteurs des hautes œuvres de Chrysaphius étaient munis de chaînes, de verges, de lances et d'épées nues. Avec eux, entrèrent les moines et les parabolans d'Alexandrie. L’archimandrite Barsumas, se mettant à leur tête, leur désignait de la main les évêques qu'ils devaient saisir. Un tumulte effroyable commença. Les légats purent s'évader, avant que les portes fussent fermées. La plupart des évêques avaient quitté leurs sièges et cherchaient à s'enfuir. Barsumas prit la précaution de barricader toutes les issues et y posta lui-même des gardes. Reve­nus à leur place, les évêques prisonniers semblèrent reprendre quelque courage devant une telle violence. Dioscore s'en aperçut, et les apostrophant avec l'accent de la menace et de la colère : «Sachez, dit-il, que quiconque hésiterait à souscrire aura affaire à moi! » On procéda à l'appel nominal. Juvénal de Jérusalem, Domnus d'Antioche et tous successivement firent acte d'adhésion. La plupart, il faut le dire, formulèrent leur avis en ces termes : «C'est les larmes aux yeux et avec un sentiment de tristesse pro­fonde, que nous déclarons Flavien déposé de l'épiscopat. » On regrette, en lisant ces déclarations arrachées par la force et par la terreur des prétoriens, qu'au lieu d'une lâche adhésion ils ne se soient pas écriés tous : Tuez-nous, puisque vous êtes les maîtres. Mieux vaux le martyre que l'apostasie! Ils n'eurent pas ce courage. Cependant l'opération menaçait de devenir trop longue. Dioscore voulut abréger non pas la torture des victimes, mais les lenteurs que ces formalités imposaient à sa propre impatience. Il remit un papier blanc aux soldats: « Faites-le signer !» dit-il Et l'ordre s'exécuta. Au milieu de cette véritable scène de bri­gands, Flavien était resté debout, calme, impassible. L'un des

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parabolans qui ne le connaissait pas, lui présenta le papier à sous­crire. Le saint patriarche se tourna vers Dioscore, et répéta les deux mots grecs : Paraitoumai se. Le tyran, perdant alors tout senti­ment de dignité personnelle, s'élança de son trône, renversa d'un coup de poing le martyr et lui piétina tout le corps. Les soldats, animés par cet exemple, se ruèrent sur l'innocente victime, l'acca­blant d'outrages et de coups. Barsumas, une pique à la main, lui déchirait la poitrine. Évanoui, sanglant, Flavien fut transporté dans une des prisons de la ville. La première session du Latrocinium Ephesi était terminée.

 

50. La nuit fut plus cruelle pour les évêques que n'avait pu l'être cette affreuse journée. Le courage qui leur avait manqué dans l'occasion solennelle leur revenait par réflexion, au milieu des remords de leur conscience. Le lendemain, Domnus d'Antioche re­parut dans l'assemblée et déclara, en fondant en larmes, qu'il ré­tractait la condamnation souscrite par lui contre un innocent. Cet exemple aurait pu facilement devenir contagieux. Dioscore y mit bon ordre. Il se leva de son trône et prononça une sentence de déposition contre le métropolitain d'Antioche, qui fut aussitôt saisi par les prétoriens et chassé de la basilique. La prédiction de saint Euthymius était accomplie. Domnus revint au monastère de l'illustre abbé et acheva en paix ses jours, dans cette laure de Palestine qu'il ne quitta plus depuis. Après cette exécution som­maire, Dioscore prononça une sentence de déposition in globo contre Théodoret de Cyr, Ibas d'Edesse, Sabinianus de Perrha, Irinée de Tyr et Aquilinus de Biblos. Tous ces évêques étaient absents. Le primicier fit par trois fois l'appel de leurs noms, pour se conformer, avec une dérisoire exactitude, à la règle des trois moratoires canoniques. Naturellement des accusés qui se trouvaient à cent lieues d'Éphèse ne pouvaient répondre. On les déposa comme hérétiques et contumaces. Les prélats qui la veille avaient eu le cou­rage de prendre le parti de Flavien, tremblèrent alors pour eux-mêmes. Dioscore jouissait du spectacle de leur anxiété. Il se contenta de cette vengeance, et prononça la clôture du deuxième concile œcu­ménique d'Éphèse. C'était le titre dont il décorait son Latrocinium.

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51. Le surlendemain, saint Flavien fut traîné en exil. Les blessures qu'il avait reçues ne lui laissaient qu'un souffle de vie. Il rendit l'âme dans la petite bourgade d'Epipae, près de Sardes, en Lydie1. Ibas d'Edesse, arrêté à Antioche, parvint à se dérober aux soldats qui le conduisaient, et se réfugia à Rome sous la protection de saint Léon le Grand. Théodoret fut arraché à sa ville épiscopale de Cyr et enfermé dans le monastère d'Apamée. « Je suis évêque depuis vingt-six ans, écrivait-il au pape. J'ai eu le bonheur de ramener au sein de la véritable Église plus de mille marcionites et une foule d'ariens et d'eunomiens. Dans les huit cents paroisses de mon diocèse, il ne reste plus un seul hérétique. Que votre sainteté soit mon juge ; j'en appelle à son tribunal. Si vous ratifiez la sentence qui vient de me frapper, je n'importunerai plus personne et j'attendrai en silence le jugement de Dieu. » Saint Léon le Grand, dès qu'il fut informé de ces attentats, rendit un décret qui annulait tous les actes du Latrocinium Ephesi. A cette nouvelle, Dioscore, qui était retourné à Alexandrie, s'embarqua pour Constantinople, afin d'y prendre les ordres de Chrysaphius, Il était accompagné d'une dizaine d'évêques égyptiens, ses créatures. De concert avec l'eunuque, il fit signer à ces misérables un acte de déposition et d'excommunication contre « l'hérétique Léon, soi-disant évêque de Rome. »

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1 L'Église honore  la mémoire de  saint Flavien le 18 février, date de sa glorieuse mort.

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CHAPITRE IV.


SOMMAIRE.


PONTIFICAT DE S. LÉON 1 LE GRAND (29 Septembre 440-H Avril 461).

(Suite et fin).

I. RÉPARATION.

1.,Prédiction de .Théodoret. Retour du diacre Hilaire à Rome. —, 2. Lettre de saint Léon le Grand à Théodose le Jeune. — 3. Entrevue du pape et de la famille impériale d'Occident à Saint-Pierre de Rome. — i. Anatolius, patriarche de Constantinople. Mort de'Théodose le Jeune. — 5. Avènement de Pulchérie et de Marcien, son époux nominal. — 6. Réparation. — 7. Mort de Placidie. Son tombeau ,k Ravenne. — 8. Terreurs de l'Occident à l'approche d'Attila. Indiction du iv° concile œcuménique à Nice».

§ II. CONCILE DE CHALCÉDOINE IVe ŒCUMÉNIQUE.

9. Instructions du pape à ses légats. — 10. Lettre de saint'Léon le'Qran'd au concile. — il. Troubles à Constautinople. Désordres à Nicée. Translation du concile à Chaleédoine. — 12. Première session. Mise en accusation de Dioscore. Introduction de Théodoret comme accusateur. —13. Examen des actes du Latrocinium. — 14. Repentir des évêques signataires du Latroci-nium. — 15. Réhabilitation solennelle de la mémoire de saint Flavien. — 16. Seconde session. Adhésion du concile à la lettre dogmatique de saint Léon le Grand. — 17. Troisième session. Déposition de Dioscore. Son exil et sa fin. — 18. Quatrième session. Sentence d'absolution en faveur de3 métropolitains qui avaient pris une part plus active au Latrocinium. 19. Incident des évêques égyptiens. — 20. Incident de Barsumas et des partisans de Dioscore et d'Eutychès. — 21. Cinquième session. Définition de foi. — 22. Sixième session. Marcien et l'impératrice Pulchérie au con­cile. — 23. Causes particulières jugées par le concile. — 24. Prétentions et intrigues d'Auatolius. — 25. Dernière session. Protestation des légats. — 26. Lettre synodale au pape saint Léon le Grand.

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§ III. ATTILA.

î7. Projets d'Attila contre l'empereur d'Occident.— 2S. Invasion d'Attila. — —.29. Attila et saint Nicaise a Reims. — :30..Terreur des Parisii. Interven» tion de sainte Geneviève. — 31. Entrevue .de saint Aignan et d'Aétius. — 32. Siège d'Orléans. Saint Aignan et Attila. — 33. Attila el saint Loup à Troyes. — 34. Défaite d'Attila dans les plaines catâlauniques. — 35. Mar­tyre de sainte Ursule et de.ses compagnes à,Cologne. — 36.. Attila et saint Léon le Grand en Italie. Mort d’Attila.


§ IV.  DERNIÈRES'ANNÉES'DE'SAINT LÉON"LE GRAND.

37. Saint Proterius, patriarche d'Alexandrie, émeute. Intrusion d'un évêque eutycliéen à Jérusalem.— 38. Logomachie survies particules en et de. —• 39. Soumission J'Anatolius, patriarche,de.Constantinople.— 40. Mort de Valentinien 111. Invasion de Ramepar Genséric. — 41. Le suève Ricimer en Occident. Mort de Marcien et de Pulchérie. Léonle Thrace. — 42. Timo-'thée 'Elure, intrus d'Alexandrie. Timothée Solofaciote, patriarche légitime. — 43.,Mort de saint Léon.le Grand.


§ I. Réparation.


   1. «Je pleure dans la solitude sur les malheurs de l'Église, écri­vait Théodoret vers le commencement de l'automne de l'an 449. La tempête est déchaînée et je laisse couler mes larmes. Person­nellement je devrais me féliciter d'avoir échappé à tant de révolu­tions. L'exil m'a rendu la paix. Mais ce n'est pas sur moi que je pleure. La vengeance céleste frappera bientôt les auteurs de tant de crimes. Leur châtiment est proche. Le Dieu qui gouverne le monde avec le poids et la mesure d'une sagesse éternelle, attend que les méchants aient atteint l'extrême limite de leurs forfaits, pour manifester les rigueurs de sa justice1.» Cette prophétie ne tarda point à se réaliser. Durant quelques mois, saint Léon le Grand n'avait reçu aucun message d'Éphèse, ni par ses légats, ni par le saint patriarche Flavien auquel il ne cessait d'adresser les lettres les plus vives et les plus instantes. Un tel silence alarmait le pontife. La première nouvelle du brigandage qui venait de se con­sommer lui fut apportée par le diacre Hilaire. Séparé de l'évêque

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1 Théodoret,,,Epist..CXXlV, Pair, grœc, tom.,LXXXIII, col. 1335,

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Jules et du notaire Dulcitius qui ne furent mis en liberté que plus tard, Hilaire avait réussi à gagner Rome, au milieu de nombreux dangers, par des chemins de traverse inconnus et souvent impra­ticables. Il se regarda toujours comme redevable de sa déli­vrance à une protection toute particulière de Dieu, par l'interces­sion de saint Jean l'Évangéliste, patron de la ville d'Éphèse. Devenu pape, il éleva une chapelle en son honneur, avec cette inscription : « A son libérateur, le bienheureux évangéliste Jean, Hilaire, évêque, serviteur du Christ. » Sur la voûte, une fresque représen­tait la scène du latrocinium où saint Flavien, foulé aux pieds par Dioscore, recevait un coup de lance du farouche Barsumas 1. De tous les chefs du brigandage d'Éphèse, Barsumas fut le seul qui parut échapper en ce monde aux coups de la justice divine. Les eutychéens de Syrie le choisirent plus tard pour leur patriarche. Il devint ainsi le chef d'une multitude d'évêques hérétiques qui se sont perpétués jusqu'à nos jours en Orient, sous le nom de Jacobites, adopté par eux, au VIe siècle, en mémoire de Jacques (Jacobus) d'Édesse, l'un de ceux qui travailla avec le plus d'ardeur à l'ac­croissement de leur secte.

 

2. La fidèle relation du diacre Hilaire était de nature à conster­ner le cœur de Léon le Grand. La douleur du pontife fut immense, mais son courage redoubla en proportion des malheurs de l'Église. Il réunit à Rome un concile où tous les attentats d'Éphèse furent flétris et leurs auteurs frappés d'anathème. En même temps, il fai­sait partir pour Constantinople, par deux voies différentes, des exprès chargés d'une lettre identique pour Théodose le Jeune. « On a pu dire de vous jusqu'ici que vous étiez le meilleur des princes, lui écrivait-il. Je vous en conjure, ne perdez pas le droit de porter à l'avenir un titre si glorieux. Les évêques que vous avez rassemblés à Éphèse viennent de scandaliser l'univers et de bouleverser toutes les églises orientales. Dioscore d'Alexandrie s'est conduit comme le plus cruel des tyrans. La voix de nos légats n'a pu se faire en­tendre. Les lettres de ce siège apostolique n'ont pas même été lues:

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1.  Cette chapelle subsista jusqu'au pontificat de Sixte-Quint.

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aujourd'hui l'erreur et l'impiété triomphent. Votre majesté veut-elle accepter la responsabilité de pareils forfaits? Je ne puis le croire. Prenez garde que c'est Jésus-Christ qu'on outrage. Craignez que ce grand Dieu, dont la main protège seule votre empire, ne laisse éclater enfin son indignation qu'on affecte de braver, et ne fasse sentir aux prévaricateurs le poids de sa colère. Tous les actes de l'assemblée d'Éphèse sont nuls ; remettez toutes choses en l'état où elles se trouvaient auparavant. Pour réparer tant de désastres, un concile général se réunira en Italie. Il se composera des évêques d'Occident et d'Orient. Les questions dogmatiques y seront fixées. Tel est l'unique moyen de sortir d'une situation devenue lamen­table. Je vous en conjure, employez votre autorité impériale à le faire réussir. Vos augustes prédécesseurs vous ont montré l'exemple du dévouement à la foi catholique ; vous-même vous avez toujours voulu marcher sur leurs traces. L'heure est venue d'en donner une nouvelle preuve. En vous parlant ainsi, ce n'est pas seulement la cause de l'Église que je plaide, mais celle de votre couronne et de votre empire 1. » 3. Ces lettres demeurèrent sans réponse. Le jour de Noël de l’an 449, l'empereur d'Occident Valentinien III, sa mère Placidie et la jeune impératrice Eudoxia, vinrent à Rome pour assister aux  fêtes religieuses présidées par le pape dans la basilique de Saint-Pierre. Voici en quels termes Placidie écrivait, quelques jours après, à son neveu Théodose le Jeune. « A notre arrivée dans l'antique capitale du monde romain, notre premier soin fut d'aller prier sur le tombeau du très-bienheureux apôtre Pierre. Le révérendissime pontife Léon, entouré d'un nombreux concile d'évêques qu'il a réunis de toutes les cités d'Italie, après avoir prié avec nous, se leva, et, parlant au nom du prince des apôtres dont il est le succes­seur, il nous décrivit en pleurant les maux de l'Église. Les sanglots étouffaient sa voix ; nous ne pûmes l'entendre sans fondre en larmes. Quelle désolation pour le monde catholique ! La foi divine

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1. S. Léon. Magn., Epist. XXVIII, XXix; Pair, lat., tom. LIV, col. 821-831 passim.

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embrassée par notre auguste prédécesseur Coustantin le Grand, qui le premier ajouta à la couronne impériale la splendeur du nom chrétien, a été indignement violée à Éphèse, par la tyrannie d'un patriarche qui s'est permis toutes les cruautés d'un bourreau. On dit qu'à la tête d'une troupe de soldats, il a frappé l'évêque de Constantinople Flavien, pour le punir de son dévouement au siège apostolique. On ajoute qu'il a maltraité les légats envoyés par le pontife de Rome, et que, sans égard pour les définitions du concile de Nicée, il a refusé de les admettre au rang qu'ils devaient occu­per. Telles sont, empereur auguste et vénérable fils, les plaintes que le révérendissime évêque de Rome articula devant nous. Je supplie votre mansuétude de mettre un terme à ces affreux scan­dales. Prenez en main la défense de la foi catholique et de la religion outragée. Nous reconnaissons tous et vénérons la primauté du siège  apostolique :   'AitoctéXtxov Opâvov  cb; nporiyoûnevov Kpoir/.uvoùnev.

C'est à Pierre que furent remises les clefs du royaume des cieux ; Jésus-Christ l'a ordonné prince des apôtres, et cette institution di­vine fut vraiment une faveur providentielle pour la ville de Rome, mère et maîtresse du monde, dont Pierre fut le premier évêque. Rétablissez donc Flavien dans sa dignité patriarcale : remettez le jugement de toute cette affaire au siège apostolique et au concile que le pontife de Rome a l'intention de convoquer 1. » Valentinien III et l'impératrice Eudoxia adressèrent, chacun de leur côté, un message du même genre. Leurs instances furent inutiles. Chrysaphius fit répondre que l'ordre était rétabli en Orient, et que le concile d’Éphèse avait pieusement accompli son devoir.

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon