Darras tome 8 p. 606
PONTIFICAT DE SAINT MELCHIADE (310-314).
I. Synchronisme.
48.« Melchiade ou Miltiade, dit le Liber Pontificalis, était né en Afrique ; il siégea trois ans, sept mois et douze jours, depuis le consulat de Maximien X (310), jusqu'aux ides de janvier, sous le consulat de Volusien et Anianus (10 janvier 314). Par une constitution, il défendit à tous les fidèles de jeûner le jeudi et le dimanche, parce que les Manichéens, véritables idolâtres qui infestaient alors la ville de Rome, avaient choisi ces deux jours pour leurs jeûnes solennels. Il régularisa par un décret la distribution du pain fermenté, béni par l’évêque sous le nom d’Eulogies. En une ordination au mois de décembre, il imposa les mains à sept prêtres, cinq diacres et douze évêques destinés à diverses églises. Il fut enseveli dans la crypte pontificale de la catacombe de saint Calliste, sur la voie Appienne. Après lui le siège pontifical resta vacant seize jours. »
49.Le commencement de l'année 310 vit la punition d'un des principaux persécuteurs de l'Église. Maximien Hercule n'avait pas tardé à se brouiller avec Maxence, son fils, qui régnait à Rome. Il passa dans les Gaules et trouva près de Constantin, époux de sa fille Fausta, une noble et généreuse hospitalité qu'il ne paya que par des crimes. Une première fois (308), pendant que Constantin, occupé avec quelques légions à réprimer sur les bords du Rhin les incursions des Francs, avait laissé son beau-père avec le reste de l'armée en Provence, Maximien avait réussi à séduire les principaux officiers et les gouverneurs des villes, et s'était emparé du pouvoir. A cette nouvelle, Constantin accourut à marches forcées jusqu'à Arles qui lui ouvrit ses portes. Il poursuivit l'usurpateur et l'atteignit sous les murs de Marseille. Pour toute vengeance, Constantin dépouilla de la pourpre son indigne beau-père, tout en le gardant dans son palais, près de sa personne. L'impunité enhardit ce vieillard consommé dans le crime. Il fit promettre
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à sa fille, l'impératrice Fausta, de laisser ouverte la porte de l'appartement où dormait Constantin. Une nuit, trompant la vigilance des gardes, il s'approcha du lit impérial et perça à coups de poignard un corps endormi : c'était celui d'un eunuque que Constantin, informé du complot par la fidèle Fausta, avait fait coucher dans son lit. Maximien, pris sur le fait, le poignard sanglant à la main et se livrant à toute la joie d'avoir assassiné son gendre, fut contraint de choisir lui-même son genre de mort; il s'étrangla de ses propres mains, vengeant ainsi le sang de tant de martyrs qu'il avait eu un cruel plaisir à répandre (310).
50.Depuis huit ans, la persécution commencée par Dioclétien sévissait en Orient. De tous ceux qui y avaient pris part et se glorifiaient d'avoir anéanti le nom chrétien 1, il ne restait plus que Galerius. Son heure ne tarda pas à venir. Il se préparait par des cruautés nouvelles à célébrer la vingtième année de son règne, lorsque la main de Dieu s'appesantit sur lui. Un ulcère affreux s'étendit sur la partie inférieure de son corps, laissant continuellement échapper un sang noir et corrompu, des vers sans cesse renaissants et une intolérable odeur. Le haut du buste devint d'une telle maigreur qu'il ressemblait à un squelette sur les os duquel on aurait étendu une peau livide : cependant les jambes et les pieds étaient enflés au point d'avoir perdu leur forme. Dans les tortures que lui causait cette maladie incurable, Galerius passa d'un excès de fureur à une clémence inespérée. Il fit d'abord jeter aux bêtes des amphithéâtres les chirurgiens qui avaient les premiers essayé sur lui un art inutile. Comme ces exécutions ne le guérissaient pas, il fit sur le passé de sa vie de salutaires réflexions. Le souvenir des chrétiens dont il avait versé le sang à grands flots troubla ses insomnies : lassé des remèdes
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1 « Dioclétien, César Auguste, après avoir adopté Galerius, en Orient, avoir aboli partout la superstition du Christ, et étendu le culte des dieux. » Et cette autre inscription également trouvée en Espagne : « Dioclétien Jupiter, Maximien Hercule, Césars Augustes, après avoir étendu l'empire romain en Orient et eu Occident, et avoir aboli la secte chrétienne qui bouleversait l'État, s {Iniscrip. numism. apud Gruter., pag, 280.)
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humains, il voulut tenter d'apaiser la colère du Dieu qu'il avait tant outragé. La ville de Sardique, témoin de ses souffrances, le fut aussi de son tardif repentir : de cette ville fut daté un édit qui rendait aux chrétiens le libre exercice de leur culte. Eusèbe nous a conservé ce monument de réparation in extremis. Les titres pompeux que le moribond impérial prenait soin d'ajouter à son nom ne font que mieux ressortir son impuissance à détruire une religion qui lui arrachait, sur son lit de douleur, un témoignage de bienveillance. Voici le texte de l'édit : « L'empereur César, Galerius-Valerius-Maximien, invincible, auguste, souverain pontife, très-grand Germanique, très-grand Égyptiaque, très-grand Sarmatique, très-grand Thébaïque, très-grand Persique, très-grand Carpique, très-grand Arméniaque, très-grand Médique, très-grand Adiabénique, la vingtième année de sa puissance tribunitienne, la dix-neuvième de son empire, consul pour la huitième fois, père de la patrie, proconsul, aux habitants de ses provinces, salut. Parmi les soins continuels que nous prenons des intérêts publics, nous avions cherché d'abord à faire revivre les mœurs de l'ancienne Rome et à rappeler les chrétiens à la religion de nos ancêtres. Subissant une influence nouvelle, les chrétiens ont abandonné les maximes de nos dieux, et tiennent des assemblées pour un culte jusqu'ici inconnu. En exécution de nos précédentes ordonnances, un grand nombre d'entre eux ont péri par divers supplices. Cependant comme nous voyons ce qu'il en reste persévérer dans les mêmes sentiments et refuser d'adorer les dieux de l'empire, ne consultant que notre clémence et la bonté naturelle qui nous a toujours fait incliner du côté de l'indulgence, nous avons cru devoir étendre jusqu'à eux notre paternelle miséricorde. Ils pourront donc professer librement leur religion et rétablir les lieux de leurs assemblées, en se soumettant d'ailleurs aux autres prescriptions légales. Nous ferons savoir aux magistrats par un autre décret la conduite qu'ils auront à tenir. En vertu de cette grâce que nous leur accordons, les chrétiens seront tenus de prier leur Dieu pour notre santé et pour le salut de la république, afin que l'empire prospère de toutes parts et qu'ils
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puissent
eux-mêmes vivre en sécurité et en paix. » — Galerius ne survécut pas longtemps
à cet acte de justice suprême : il mourut comme Antiochus, après avoir vécu
comme lui. Avant d'expirer, il recommanda Valérie, sa femme, et Candidien, son
fils, à Licinius, qu'il avait fait de rien César. Pour acquitter sa dette de reconnaissance,
Licinius se hâta de mettre à mort Valérie et Candidien, aussitôt que Galerius
eut les yeux fermés. La justice divine se servait de la fureur de ces monstres
couronnés pour
étendre sur toute la race des persécuteurs le châtiment de leurs crimes. La
mort de Galerius laissait l'empire légitimement partagé entre Constantin, Licinius
et Maximin, qui, se reconnaissant tous trois pour augustes mais se disputant
entre eux la prééminence, régnaient, le premier dans les Gaules, l'Espagne et la
Grande-Bretagne, le second en Illyrie, le troisième dans l’Asie, l'Orient et l'Egypte. Le centre de l'empire, c'est-à-dire l'Italie et l'Afrique,
était au pouvoir de Maxence. Celui-ci n'ayant jamais été proclamé empereur
d'une manière régulière, ni par Dioclétien, ni par Galerius, était regardé
comme un usurpateur, en latin tyrannus. La nouvelle de l'édit de
Galerius produisit dans tout l'Orient en faveur des chrétiens ce que les Juifs
avaient éprouvé à la fin de la captivité de Babylone. Les confesseurs entassés dans
les cachots furent délivrés : ceux qui travaillaient enchaînés au fond des
mines furent rendus à la lumière et à la liberté. On voyait dans toutes les
provinces les chrétiens célébrer leurs assemblées, faire leurs collectes
ordinaires pour secourir les pauvres les veuves et les orphelins. La charité reparaissait dans le monde en même
temps que la religion de Jésus-Christ. Les païens qui avaient cru assister aux
funérailles du christianisme, surpris d'une révolution si inopinée,
proclamaient hautement que le Dieu des chrétiens,
vainqueur des Césars, était le seul Dieu grand, le seul véritable. Les
exilés de la foi retournaient dans leur patrie, traversant les villes au milieu
des acclamations et des chants de triomphe.
On les rencontrait par troupes nombreuses sur les grands chemins et les places
publiques, chantant des psaumes et des hymnes d'allégresse. Les populations
païennes s'associaient à leur joie
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c’ était une fête publique pour l'empire que la réapparition de ces chrétiens que, depuis huit ans, on travaillait à exterminer dans tout l'univers.
51. La première année du pontificat de saint Melchiade (311) fut marquée par la consommation du schisme des Donatistes. Les évêques d'Afrique, profitant de la paix qui venait d'être rendue à l'Église, s'étaient assemblés à Carthage pour donner un successeur à Mensurius, évêque de cette ville , mort pendant la persécution. Le diacre Cécilien fut élu d'une voix unanime. Félix, l'êvêque d'Aptonge, lui imposa les mains, le fit asseoir dans la chaire épiscopale et lui remit l'inventaire des vases d'or et d'argent dont Mensurius avait confié la garde aux anciens de l'Église. Quelques-uns de ces infidèles dépositaires avaient espéré détourner à leur profit certains de ces objets précieux. Ils se liguèrent avec deux diacres intrigants, Botrus et Celeusius qui avaient osé afficher leurs prétentions au siège de Carthage. De concert avec ces ministres ambitieux, ils appelèrent ceux des évêques de Numidie qu'on n'avait pu convoquer à l'époque de l'ordination de Cécilien. Ces Donat, prélats étaient les mêmes que nous avons vus en 305 se rassembler pour ordonner le traditeur Sylvain évêque de Cirtha. Sous la direction de évêque de Casis-Nigris, ville de Numidie, ils se formèrent en conciliabule et déposèrent Cécilien, sous prétexte que Félix d'Aptonge qui lui avait imposé les mains était un traditeur ; que de plus Cécilien avait refusé de se rendre à leur assemblée ; enfin, qu'étant encore diacre, il aurait empêché les fidèles de porter des secours aux martyrs dans leurs cachots, durant la persécution de Dioclétien. Considérant donc le siège de Carthage comme vacant, ils élurent et ordonnèrent pour évêque le lecteur Majorin. Telle fut l'origine du long schisme de Carthage, connu sous le nom de schisme des Donatistes parce que Donat, l'évêque de Casis-Nigris, en fut le plus ardent et le principal fauteur. Cécilien ne s'émut point de tous ces troubles, ni de toutes ces calomnies. Il se crut suffisamment justifié par le seul fait qu'il demeurait, dit saint Augustin, « uni de communion avec l'Église romaine, où a toujours été en vigueur la principauté de la chaire apostolique, et où il
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était prêt à plaider sa cause. » Nous verrons plus tard le souverain pontife porter son jugement dans cette affaire et rendre justice à la vérité, à l'innocence et au droit (311).
52. L'édit de Galerius qui rendait la liberté aux chrétiens été exécuté aussitôt que connu dans toutes les provinces de l'empire. Aucun des collègues du vieux César n'eût osé résister à sa volonté expresse et authentiquement promulguée. Mais il en coûtait beaucoup aux instincts sanguinaires de Maximin Daïa de renoncer aux exécutions quotidiennes, aux jeux cruels des amphithéâtres qui allaient manquer d'aliments. Aussi l'année qui suivit la mort de Galerius (octobre 311), Maximin publia un décret qui défendait aux chrétiens de s'assembler dans les villes pour l'exercice de leur culte, sous prétexte qu'ils troublaient l'ordre et la tranquillité publique. Les gouverneurs et les proconsuls, devinant l'intention de l'empereur sous les formules adoucies qui la voilaient encore, comprirent qu'il fallait de nouveau persécuter les fidèles. On commença par calomnier leurs mœurs et outrager la mémoire de leur divin fondateur. De faux actes de Pilate, remplis de blasphèmes contre Jésus-Christ, furent répandus par tout l'Orient soumis à Maximin. On les disait tirés des archives impériales et fidèlement reproduits. On suborna des femmes de mauvaise vie qui déclarèrent devant les tribunaux que les chrétiens célébraient dans leurs assemblées des mystères infâmes, et qu'elles-mêmes en avaient fait partie. On passa bientôt aux supplices. On arrachait les yeux aux confesseurs ; on leur coupait les mains, les pieds, le nez, les oreilles. Maximin avait d'abord défendu de porter plus loin la rigueur, mais cette recommandation ne tarda pas à tomber dans l'oubli. L'ère des martyrs sembla revenue. Saint Pierre, évêque d'Alexandrie, donna sa vie pour la foi, ainsi que les saints Théodore, Hesichius et Pacôme, évêques de diverses églises. A Antinoüs, le moine Apollonius jeté dans un bûcher ardent fut préservé miraculeusement des flammes. Ce prodige convertit le juge qui l'avait condamné. Il se nommait Erianus; et devint à son tour le martyr de cette foi nouvelle, déjà plus forte que la mort, qui venait de subjuguer son âme. On le jeta dans la mer avec plusieurs
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autres confesseurs, par ordre du préfet d'Alexandrie. A Emèse, l'évêque Sylvain fut dévoré par les bêtes de l'amphithéâtre. — A Nicomédie, le prêtre saint Lucien essuya un nouveau genre de supplice. Après l'avoir laissé plusieurs jours consumer par les tortures de la faim, on lui servit une table somptueuse, couverte de mets et de viandes offerts aux idoles. Il résista à cette tentation, l'une des plus violentes que puisse éprouver la nature, et eut la tête tranchée par la main du bourreau. — Maximin Daïa portait jusqu'à la démence sa haine du christianisme et son fanatisme pour l'idolâtrie. La nation arménienne et son roi Tiridate venaient d'embrasser la foi de Jésus-Christ, par les soins de saint Grégoire, surnommé l'Illuminateur, apôtre de l'Arménie. A cette nouvelle, Maximin, sans tenir compte du titre d'alliée des Romains que l'Arménie méritait par une fidélité séculaire, entra dans ce pays à la tête d'une armée formidable. Mais les Arméniens vinrent facilement à bout de ce barbare sans intelligence et sans aucune espèce de talent militaire. Ils le battirent à toutes les rencontres et le chassèrent ignominieusement de leur pays. Dans les villes d'Arménie soumises aux Romains il y eut à cette époque un grand nombre de martyrs. Comme nation, les chrétiens d'Arménie défendirent la religion véritable, les armes à la main ; comme particuliers, ils moururent pour elle.
53. Cependant le plus grand événement du IVe siècle s'accomplissait aux portes de Rome (312). Maxence avait déclaré la guerre à Constantin, pour venger, disait-il, la mort de Maximien Hercule, son père, mais dans la réalité pour accomplir le dessein caressé depuis longtemps de s'emparer de la Gaule. Constantin se décida à prévenir son ennemi. Maxence avait rétabli les prétoriens. Son armée se composait de cent soixante-dix mille fantassins et de dix-huit mille cavaliers. Constantin ne craignit point d'attaquer Maxence et des forces si redoutables, seulement avec quarante mille vieux soldats. A leur tête, il passa les Alpes Cot-tiennes sur une de ces voies indestructibles créées par les Romains, emporta Suse d'assant, défit un corps de cavalerie aux environs
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de Turin, un autre à Brescia ; Vérone dut capituler. La garnison captive porta des chaînes forgées avec les épées des vaincus. Poursuivant sa marche triomphale, Constantin arriva aux portes de Rome. Maxence s'y tenait renfermé parce qu'un oracle le menaçait de mort s'il venait à en sortir ; mais ses capitaines tenaient pour lui la campagne. Constantin était campé vis à vis du pont Milvius, appelé aujourd'hui Ponte-Molle. Un jour qu'il s'avançait à la tête d'un corps de troupes, vers l'heure de midi, une croix éclatante de lumière se dessina au milieu du ciel dans la direction du soleil. Sur la croix miraculeuse on lisait en lettres de feu ces mots latins : In hoc signa vinces. L'apparition de ce prodige dont toute l'armée fut témoin ébranla profondément Constantin, qui, de longues années après, le racontait lui-même à Eusèbe, évêque de Césarée. Tout le reste du jour il songea à cette vision merveilleuse. La nuit suivante, la même croix lui apparaissait de nouveau et Jésus-Christ, se révélant au César, lui donnait l'ordre de placer cette image sur ses drapeaux. Le lendemain, à côté des aigles romaines, on remarquait une bannière d'une forme jusque-là inconnue. C'était une longue pique de bois doré, ayant en haut une traverse en forme de croix, au bras de laquelle flottait un drapeau tissu d'or et de pierreries. Au-dessus brillait une couronne d'or et de pierres précieuses, au milieu de laquelle était le monogramme du Christ formé des deux initiales grecques de ce nom. Le monogramme et l'image de la croix furent aussi placés sur le casque des soldats. Tel était le fameux Labarum. Ainsi la croix réservée jusque-là comme un gibet d'infamie aux plus vils criminels , après trois siècles d'outrages, d'incrédulité et de persécutions, triomphait du monde, prenait sa place parmi les symboles les plus révérés et devenait l'étendard des légions romaines que le monde vaincu ne regardait qu'avec respect et admiration. « La bataille qui allait se livrer entre Maxence et Constantin, dit Chateaubriand, est du petit nombre de celles qui, expression matérielle de la lutte des opinions, deviennent non un simple fait de guerre mais une véritable révolution. Deux cultes et deux mondes se rencontrèrent
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au pont Milvius ; deux religions se trouvèrent en présence, les armes à la main, au bord du Tibre, à la vue du Capitole. Maxence interrogeait les livres sibyllins, sacrifiait des lions, faisait éventrer des femmes grosses pour fouiller dans le sein des enfants arrachés aux entrailles maternelles. On supposait que des cœurs qui n'avaient pas encore palpité ne pouvaient receler aucune imposture. Constantin arrivait par l'impulsion de la Divinité et la grandeur de son génie. Ce sont les paroles qu'on grava sur son arc de triomphe : Instinctu Divinitatis, mentis magnitudine. Les anciens dieux du Janicule avaient rangées autour de leurs autels les légions qui avaient en leur nom conquis l'univers : en face de ces soldats étaient ceux du Christ. Le Labarum domina les aigles, et la terre de Saturne vit régner celui qui prêcha sur la montagne. Le temps et le genre humain avaient fait un pas. » — Ce fut le 28 octobre 312 que fut livrée cette bataille d'Actium du christianisme. Maxence, infidèle cette fois au vœu qu'il avait fait de ne pas combattre hors de Rome, franchit le Tibre en y jetant derrière lui un pont de bois coupé en deux parties mobiles. Son plan était d'attirer Constantin sur le pont, d'en séparer alors les deux côtés et de noyer ainsi son ennemi dans le fleuve. Il adossa son armée au Tibre, faute stratégique et imprudence énorme, puisque ses soldats, pour peu qu'ils fussent obligés de reculer, devaient être infailliblement précipités dans le fleuve. Constantin, en général habile, déploya avantageusement ses troupes dans la plaine et suppléa par la science de ses combinaisons au nombre qui lui manquait. Les lignes de Maxence furent rompues au premier choc. Les plus vaillants de ses guerriers se firent tuer à leur poste ; les autres, éperdus, aveuglés, se jetèrent dans le Tibre et y furent pour la plupart engloutis. Maxence fugitif revint à la hâte vers le pont qu'il avait fait construire. La multitude qui s'y pressait en même temps que lui fit écrouler ce pont élevé dans un autre espoir. Maxence tombé dans le fleuve s'y noya et périt ainsi de la mort qu'il préparait à son rival. Le Dieu des chrétiens avait tenu parole à Constantin; le Labarum était victorieux.