Arius (St Basile) 37

Darras tome 10 p. 304

 

   41. « Que d'autres tragédies de ce genre, dont les monuments écrits ne nous ont point laissé de traces ! ajoute Théodoret. Une guerre d'extermination était engagée contre les fidèles adorateurs du Christ. Cependant, malgré la fureur deValens, en dépit du zèle et des cruautés de ses proconsuls, la foi catholique faisait chaque jour des conquêtes nouvelles. Les tribus ismaélites répandues dans le désert d'Arabie étaient alors commandées par une reine, nommée Mavia, femme d'une audace vraiment virile, qui depuis vingt ans soutenait avec succès contre l'empire une lutte acharnée. Des moines expulsés de la Thébaïde par le gouverneur égyptien cherchèrent un asile sous la tente des Arabes. Ils y furent accueillis avec bienveillance; leur dévouement, leur sainteté, les miracles obtenus par leur intercession firent le reste. Mavia se convertit au christianisme. Elle envoya proposer la paix à Valens. L'ambassadeur qu'elle choisit pour cette négociation était un prêtre, du nom de Moses, pour qui elle sollicitait la dignité épiscopale, afin qu'au retour dans sa patrie il pût prendre la direction de la chrétienté naissante. La politique de Valens se trouvait, par cette démarche inattendue, dans un assez grand embarras. C'était la foi à la divinité du Christ qui lui envoyait des alliés, pendant que lui-même proscrivait impitoyablement dans ses états les adorateurs de Jésus-Christ. Les ariens du conseil impérial crurent avoir trouvé un expédient qui sauvegarderait également les intérêts

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1.Tneodoret., Ilist. Ecoles., lib. IV, cap. xix.

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de la politique et ceux de leur secte. On envoya en grande pompa le prêtre Moses à Alexandrie, pour y recevoir la consécration épiscopale. Il était juste, disait-on, que le futur évêque d'Arabie fût sacré dans la métropole ecclésiastique à la juridiction de laquelle son diocèse allait appartenir. Moses ne fit aucune difficulté sur ce point. Mais quand il vit que le patriarche intrus, Lucius, prétendait lui imposer les mains, il résista avec une énergique indignation. « A Dieu ne plaise, dit-il, que je souffre ce sacrilège ! L'Esprit-Saint ne descend pas sur ceux que vous consacrez ! — D'où vous vient un soupçon si outrageant pour moi? demanda Lucius. — Ce n'est point un soupçon, mais une certitude, reprit Moses. Vous avez foulé aux pieds la doctrine des apôtres, vous enseignez publiquement l'erreur, et votre conduite impie ne répond que trop aux blasphèmes de votre enseignement. Quel est le chrétien fidèle qui n'ait pas été torturé par vos ordres? Le plus sauvage des barbares ne commettrait pas, en toute sa vie, autant de cruautés que vous en commettez en un jour! » — Lucius, exaspéré de cette réponse, éclata en menaces; il voulait faire mettre à mort son courageux interlocuteur. Il recula cependant devant les conséquences d'un pareil attentat. Moses fut renvoyé à Valens, qui lui permit de se-faire sacrer par des évêques catholiques.

§ VI. Administration métropolitaine de saint Basile.

   42. Telle était la triste situation de l'Orient. Depuis la mort
d'Athanase et l'expulsion de tous les métropolitains orthodoxes,
Basile était devenu le centre et comme l'âme de tant d'églises désolées. C'était à lui que s'adressaient tous les vœux, c'était sur lui
que reposaient toutes les espérances. Providentiellement maintenu
dans son église de Césarée, en dépit de tous les efforts des
ariens, seul il restait debout au milieu de la tempête, gardé par
l'amour filial de son peuple, mais toujours attaqué par l'hérésie
triomphante. Dans l'impossibilité où il se trouvait de réunir en
concile ses collègues exilés, il était contraint de leur envoyer les
lettres collectives à souscrire isolément. Ce fut de cette sorte
qu’une

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circulaire éloquente, adressée à l'épiscopat d'Occident et envoyée à Rome par saint Basile, fut signée des noms les plus illustres des prélats orientaux. « C'est en vous, très-saints et vénérables frères, qu'après Dieu nous mettons notre espérance, disait Basile. La guerre implacable qui nous est déclarée est une guerre d'extermination. On a réduit au silence les voix qui prêchaient la vérité; on a profané les basiliques en les livrant aux blasphémateurs; les églises sont devenues des écoles d'impiété. Les populations fidèles n'ont plus d'autre ressource que de se réunir en pleine campagne, sous la voûte du ciel, pour prier Dieu et célébrer les saints mystères. Quelles lamentations pourraient égaler nos douleurs ! Quelles fontaines de larmes suffiraient à effacer nos souffrances ! Mais enfin, pendant qu'il reste debout quelques fidèles, pendant qu'un dernier vestige de l'antique foi subsiste encore, avant que le naufrage ait tout englouti, hâtez-vous, frères bien-aimés, hâtez-vous de nous venir en aide! Que les entrailles de votre charité fraternelle s'émeuvent sur notre sort. Nous vous en supplions à deux genoux. Ne laissez point la moitié de l'univers s'effondrer dans l'hérésie ; conservez le berceau de l'Église et de la foi. Il ne nous appartient pas de vous suggérer les moyens que vous aurez à mettre en œuvre. L'Esprit-Saint vous les inspirera. Mais ne tardez pas une minute; nous sommes dans l'état où se trouvait Jérusalem assiégée par Vespasien. La discorde intestine se joignait alors à la guerre extérieure pour accabler les Juifs. Il en est de même parmi nous. À la lutte contre l'hérésie il faut ajouter les funestes dissensions qui nous divisent, et qui achèvent de tuer la foi dans les âmes 1. »

 

43. Saint Damase répondit à cette supplication par un nouveau concile de quatre-vingt-treize évêques occidentaux, réunis à Rome, lesquels anathématisèrent pour la quatrième fois la formule de Rimini, proclamèrent la doctrine du consubstantiel et anathématisèrent toutes les sectes ariennes. Leur lettre synodale fut envoyée à saint Basile ; c'était tout ce que pouvait faire le pape.

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1.          S. fiasil., Epist. IC1I; Pair, grece, loin. XXXI!, col. 418-5S4, passim.

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Malheureusement ce n'était point assez pour réparer les désastres de l'Orient. Il eût fallu agir sur l'esprit de Valens, soit directement par des observations efficaces, soit indirectement par l'intermédiaire de Valentinien. Mais, d'une part, Valens affectait de traiter de barbares et d'ignorants les évêques de l'Église occidentale ; de l'autre, Valentinien n'osait pas même hasarder vis-à-vis de son frère le plus timide conseil. La situation demeurait donc irrémédiable, tant qu'un coup de foudre ne viendrait point abattre la tyrannie de Valens. Ce coup de foudre, rien ne le faisait prévoir. Cependant il n'était pas loin. En attendant, Basile eut la douleur de se voir lui-même attaqué dans son honneur et sa foi, non plus seulement par les ariens, mais par les catholiques les plus sincères. Cette nouvelle affliction se joignit à toutes les autres pour accabler ce grand homme, et lui retirer l'unique appui moral sur lequel il avait toujours compté. Les calomnies auxquelles il était en butte finirent par le rendre suspect même à l'Église romaine.

   44. L'évêque de Sébaste, Eustathe, fut l'instrument dont se servirent les ariens pour porter à la réputation de Basile un coup qu'ils croyaient mortel. Eustathe avait commencé par être l'une de leurs créatures. Les diverses révolutions politiques, qui faisaient brusquement succéder un prince catholique à des Césars idolâtres ou ariens, avaient déterminé Eustathe à se ranger du côté de l'orthodoxie. Il faisait honneur de sa conversion à saint Basile. Dans sa bonne foi, le métropolitain de Césarée prit ouvertement le parti d'Eustathe, et le présentait partout comme un vaillant défenseur de la foi. Rien pourtant n'était moins sincère que le prétendu changement d'Eustathe. Ce personnage intrigant et souple évoluait en tous sens, au gré des événements, ne se souciant que d'une seule chose, son intérêt personnel. La durée du règne de Valens, qu'il voyait se prolonger indéfiniment, le porta à regretter ses avances vis-à-vis des catholiques. Il fit volte-face et renoua ses relations avec les chefs ariens. Basile fut longtemps à reconnaître cette apostasie. Il avait entre les mains une formule de la foi de Nicée souscrite spontanément par Eustathe. Il ne croyait pas à

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la possibilité d'une pareille trahison. Tout l'Orient retentissait déjà du scandale donné par l'évêque de Sébaste, et Basile le soutenait encore. Il fallut bien cependant se rendre à l'évidence. Eustathe répandait  partout les bruits les plus outrageants contre la personne et les mœurs du métropolitain de Césarée. Il se vengeait des bienfaits reçus en jetant l’injure à la face de son bienfaiteur. On comprend facilement le parti que les ariens surent tirer des calomnies débitées par Eustathe. L'alliance de ce Judas leur valait un triomphe. Mais ce n'était point assez pour eux de ternir l'honneur du grand évêque ; ils voulaient surtout rendre sa foi suspecte aux catholiques. Ils en vinrent à bout, non plus par l'intermédiaire d'Eustathe, mais par une double coïncidence qui servit à propos leurs desseins.

 

45. On se rappelle que les Pauliniens d'Antioche avaient formé une sorte de schisme persévérant contre la communion de saint Mélèce. La liaison très-connue de Basile avec Mélèce était pour les Pauliniens une raison péremptoire de se déchaîner contre l'évêque de Césarée. A leurs yeux, Basile était un transfuge de la vérité. Sous prétexte de conciliation, il bouleversait toutes les règles canoniques, ou du moins les faisait fléchir selon son caprice. Ils imaginèrent de démontrer que l'évêque de Césarée ne croyait pas à la divinité du Saint-Esprit et partageait sur ce point la doctrine impie des Pneumatomaques, ou Macédoniens. Ce qui donna un certain crédi à cette calomnie fut la facilité avec laquelle Basile admettait à sa communion les évêques qui souscrivaient de bonne foi le symbole de Nicée. Or, la divinité du Saint-Esprit, disaient les Pauliniens, n'est point formulée explicitement dans ce symbole. Donc Basile ne reconnaissait pas la divinité du Saint-Esprit. Les Pauliniens se gardaient bien d'ajouter que, si le dogme de la divinité du Saint-Esprit n'avait point été l'objet d'une mention spéciale à Nicée, c'est que nul ne songeait encore à le nier, à l'époque de ce concile. Ils se gardaient bien surtout de publier les textes précis 1 par lesquels saint Basile, en vingt endroits de ses ouvrages répandus

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1 Nous nous bornerons à citer ici le traité de S. Basile, iititulé < Liber de Spiritu Sancto; Pair, grœc, tom. XXXII, col. C7-2I8.

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alors dans tout l'Orient, enseignait ex professo la croyance catholique sur la divinité du Saint-Esprit. Bien qu'en général les Pauliniens fussent sincères, ils étaient cependant des hommes de parti : comme tels, ils se montraient peu scrupuleux dans leur polémique et la calomnie dont ils se firent les propagateurs eut un écho jusqu'à Rome. Le futur secrétaire du pape Damase, l'illustre Jérôme était alors en Orient. Il allait chercher au désert les apaisements de l'âme et les consolations de l'étude, qui lui faisaient défaut parmi le tumulte et les splendeurs de la Ville éternelle. En passant par Antioche, il se mit en rapport avec les Pauliniens, et adopta trop facilement leurs préventions contre saint Basile. Les lettres qu'il écrivit à ce sujet au pape Damase reflétaient ces préjugés injustes; elles portaient jusqu'au siège apostolique des soupçons outrageants contre la foi de l'évêque de Césarée.

 

46. En même temps, et comme si toutes les circonstances se fussent réunies pour accabler le grand évêque, un de ses plus intimes amis, Apollinaire de Laodicée, inaugurait une nouvelle hérésie qui eut un retentissement immense. Séduit par l’étude des anciens gnostiques, Apollinaire soutenait que de toute éternité le Verbe avait été revêtu d'un corps immatériel et impassible, lequel devenu matériel et palpable dans l'Incarnation, n'était cependant point né de la Vierge Marie, mais avait seulement pris dans son sein les apparences visibles sous lesquels, après avoir grandi, vécu et souffert, il était ensuite mort et ressuscité. « Cette forme immatérielle au sein du Père, devenue visible par l'Incarnation, disait Apollinaire, constituait seule l’âme de Jésus-Christ, laquelle n'avait rien de semblable à l'âme humaine, rien de commun avec ce que les Grecs appellent nous, esprit ou entendement. » On le voit, la donnée d'Apollinaire renouvelait, avec des modifications spéciales, les antiques erreurs des Docètes et les rêveries de la gnose sur le corps du démiurge. De pareilles imaginations étaient certes bien éloignées du caractère et du génie pratique de saint Basile. Mais ce grand homme, fidèle à son amitié pour Apollinaire, refusa longtemps de l'en croire coupable. En un temps où les relations entre évêques subissaient toutes les

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entraves que la tyrannie de Valens leur imposait ; quand les ariens pouvaient impunément propager mille rumeurs calomnieuses contre les catholiques, il eut été téméraire d'accepter avant vérifications des bruits de cette nature. Quoi qu'il en soit, Basile fut impliqué dans la complicité des nouvelles erreurs. Les ariens répétaient à l'envi que le métropolitain de Césarée avait la foi et les mœurs d'un gnostique; les Pauliniens écrivaient à tout l'univers que Basile, cette lumière de l'Église d'Orient, était un pneumatomaque ; qu'il avait par une lâche apostasie acheté les bonnes grâces de Valens. «  A ce concert de récriminations, dit M. de Broglie, vinrent se joindre d'autres rivalités plus honteuses, parce qu'elles étaient purement personnelles. Les jaloux servirent d'auxiliaires aux ennemis ; et il s'en trouva dans le voisinage, dans l'intimité, dans la famille même de Basile. Ses suffragants, ses voisins du Pont et de l'Arménie, envieux de sa prééminence, tendirent secrètement la main aux calomniateurs. Son propre oncle, évêque d'une petite ville de sa province, piqué de se trouver son inférieur, lui suscita plus d'une tracasserie. Outragé, méconnu, malade, souvent insulté en face et bafoué dans les villes qu'il traversait, Basile fit face à tout. L'activité qu'il déploya dans cette lutte, et qu'on suit à la trace dans sa volumineuse correspondance, a vraiment de quoi confondre. Pouvant à peine articuler une parole sans souffrance, il n'en prêchait pas moins en tous lieux et à toute heure. Souvent il lui fallait prendre la parole devant un auditoire mal intentionné, qui s'attachait à ses moindres mots pour y surprendre un sens suspect. On en était venu jusqu'à lui faire un crime de terminer ses sermons par une doxologie qu'on taxait d'hérétique. Ainsi, il lui arrivait quelquefois de dire : « Gloire au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit, » au lien de : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, » qui était l'expression ordinaire. On croyait y reconnaître le dessein d’établir une différence de nature entre les personnes divines. On l'épiait dans les élans mêmes de ses prières, pour aller, s'il inclinait à gauche ou à droite, vers la rigueur ou la complaisance, le dénoncer aux hérétiques ou aux orthodoxes. Parfois abattu cinquante jours durant par la lièvre, il se relevait de son lit

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de douleur pour courir à quelque extrémité de sa province, afin de réconcilier les dissidents, de se justifier avec humilité d'un reproche, ou de revendiquer les droits de la vérité méconnue. Il déployait dans ce combat incessant les qualités multiples qu'avait déjà développées chez lui la variété des accidents de sa destinée : tour à tour rhéteur, évêque et anachorète. S'agissait-il d'un grief personnel qui ne touchait qu'à sa réputation? le plus humble moine ne se serait pas montré plus rompu à contenir les mouvements du sens propre et de la nature. Quelque droit de sa charge, ou quelque intérêt de la vérité était-il en jeu? un magistrat entouré de ses licteurs, ou un orateur en renom ne les eût pas défendus avec plus d'autorité ni d'éloquence 1. »

 

47. C'est ainsi qu'après avoir longtemps subi les calomnies d'Eustathe, il rompit enfin le silence. Dans une proclamation adressée à tous les évêques de l'univers, il s'exprimait en ces termes : « Bepuis trois ans, j'ai laissé la parole à l'envie et à la haine; je suis resté comme un homme qui aurait perdu l'ouïe et ne saurait rien répondre aux accusations 1. Ce que j'ai ressenti de douleur, je l'ai renfermé dans mon sein. J'attendais du temps ma justification, parce que je voulais croire que la calomnie était l'œuvre de l'ignorance, non celle de la méchanceté. Mais aujourd'hui que l'envie s'accroît avec le temps, qu'au lieu du repentir elle témoigne une ardeur nouvelle, à mon tour, je dirai avec le Prophète : « Pour avoir gardé le silence, il n'est point dit que je le garderai toujours. J'ai souffert plus qu'une femme qui enfante. L'univers entendra ma plainte 3. » Depuis que je fus appelé au gouvernement de l'église de Césarée, ma vie s'est écoulée au grand jour, devant des milliers de témoins, sous l'œil vigilant d'un entourage qui ne m'a quitté ni jour ni nuit. Dussé-je être repris, au tribunal de Dieu, de la présomption qui me dicte ce langage, je défie qui que ce soit, d'articuler une accusation sérieuse contre ma doctrine, ma vie, mes mœurs! Quand je parle ainsi, je suis le premier à gémir devant le Seigneur de ma misère et de mon insuffisance. Mais enfin,

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1. >.M. c!c llr.islle, l'Eijl. et l'Emp. ronu, loin. V, pas- 125-127.— 2.Psalm*. Xi XVII, 45. — 3 ./>(-■., XLII, 14.

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p212 PONTIFICAT  DE   SAINT  D-IMASE   (oGC-CSi).

 

il est de  fait que je n'ai jamais trahi la foi catholique. Telle que je l'ai apprise dès mon enfance sur les genoux de mon aïeule Macrina, telle je la prêche, telle je l'enseignerai jusqu'à mon dernier soupir. Qu'ils veuillent donc faire un retour sur eux-mêmes, qu'ils se mettent en présence du jugement final, ces hommes qui m'accusent aujourd'hui : qu'ils citent une erreur doctrinale que j'aie jamais enseignée; qu'ils essaient de fournir la preuve du moindre des griefs articulés contre moi dans leurs discours ou leurs livres ! Mais, dites-vous, un évêque de Syrie1 a écrit un livre plein de blasphèmes et d'erreurs. Or, on cite de vous une lettre que vous adressiez, il y a vingt ans, à cet auteur impie. Dès lors, vous êtes complice de son impiété. — Voilà donc votre raisonnement, profond logicien! Il m'en souvient, vous étiez avec moi, il y a vingt ans, dans la solitude du Pont, sur les bords de l'Iris? Vous partagiez avec Grégoire, mon ami, la vie de solitude, de mortification, d'abstinence que nous menions ensemble. Je me rappelle que, de concert, il nous arrivait de franchir le fleuve pour aller sur l'autre rive visiter ma pieuse mère et jouir de ses entretiens qui nous parlaient du ciel. Dites-moi, en ce temps où tout était commun entre nous par le droit d'une amitié pleine de confiance, est-ce que vous m'entendîtes jamais tenir un langage qui ressemblât de près ou de loin aux blasphèmes dont vous m'attribuez la complicité? Je comprends qu'un étranger, un inconnu puisse s'y méprendre. Mais vous, il vous aurait fallu une surabondance de preuves, avant de songer à accuser un ami. Oui ! il doit longtemps réfléchir, passer bien des nuits sans sommeil, chercher devant Dieu la vérité avec bien des larmes, celui qui se résout à briser tons les liens d'une intimité fraternelle, à changer son titre d'ami contre celui d'accusateur! Si les juges de ce monde, lorsqu'il leur faut prononcer contre un malfaiteur une sentence capitale, s'efforcent de porter la lumière sur tous les points de la cause; s'ils appellent à leur aide les conseils les plus éclairés; s'ils passent de longues heures, tantôt considérant ce qu'exige la sévérité de la loi, tantôt frémissant devant cette communauté de nature

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1.   Il s agit ici d'Apollinaire de Laodicée.

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qui unit tous les hommes entre eux ; s'ils ne rendent enfin leur arrêt qu'en gémissant, comme pour mieux attester que le respect pour la justice a seul inspiré leur verdict, et que les passions n'y ont aucune part; s’il en est ainsi dans les tribunaux, que dire d'un ami qui brise à la légère une affection enracinée par le temps; que dire d'un évêque qui calomnie un autre évêque, sans droit, sans raison, sans l'ombre même d'un prétexte 1

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon