Homélie de Benoît XVI
Chers frères et sœurs, Aujourd’hui le traditionnel rendez-vous de l’Audience générale revêt un caractère particulier, car nous sommes à la veille de la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, qui aura lieu demain à Assise, vingt-cinq ans après la première rencontre convoquée par le bienheureux Jean-Paul II. J’ai voulu intituler cette journée: «Pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix», pour exprimer l’engagement que nous voulons solennellement renouveler, avec les membres des diverses religions, et également avec des hommes non-croyants, mais qui sont sincèrement à la recherche de la vérité, dans la promotion du véritable bien de l’humanité et dans l’édification de la paix. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le rappeler, «Celui qui est en chemin vers Dieu, ne peut pas ne pas transmettre la paix, celui qui construit la paix ne peut pas ne pas se rapprocher de Dieu». En tant que chrétiens, nous sommes convaincus que la contribution la plus précieuse que nous puissions apporter à la cause de la paix est celle de la prière. C’est pour cette raison que nous nous retrouvons aujourd’hui, en tant qu’Eglise de Rome, avec les pèlerins présents dans l’Urbs, à l’écoute de la Parole de Dieu, pour invoquer avec foi le don de la paix. Le Seigneur peut illuminer notre esprit et nos cœurs et nous guider pour être des artisans de justice et de réconciliation dans nos vies quotidiennes et dans le monde. Dans le passage du prophète Zacharie, que nous venons d’écouter, a retenti une annonce pleine d’espérance et de lumière (Zc 9, 10). Dieu promet le salut, invite à «exulter avec force» car ce salut est sur le point de se concrétiser. Il parle d’un roi: «Voici que ton roi vient à toi: il est juste et victorieux» (v. 9), mais celui qui est annoncé n’est pas un roi qui se présente avec la puissance humaine, la force des armes; ce n’est pas un roi qui domine par le pouvoir politique et militaire; c’est un roi doux, qui règne par l’humilité et la clémence face à Dieu et les hommes, un roi différent par rapport aux grands souverains du monde: «monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse» (ibid.) Il se manifeste en montant l’animal des personnes simples, du pauvre, en opposition avec les chars de guerre des armées des puissants de la terre. C’est même un roi qui fera disparaître ces chars, retranchera les arcs de guerre, annoncera la paix aux nations (cf. v. 10). Mais qui est ce roi dont parle le prophète Zacharie? Rendons-nous un moment à Bethléem et écoutons à nouveau ce que l’Ange dit aux pasteurs qui veillent de nuit en montant la garde auprès de leur troupeau. L’Ange annonce une joie qui sera celle du peuple tout entier, liée à un signe de pauvreté: un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche (cf. Lc 2, 8-12). Et la multitude céleste chante: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance!» (v. 14), aux hommes de bonne volonté. La naissance de cet enfant, qui est Jésus, apporte une annonce de paix pour le monde entier. Mais allons également aux moments finaux de la vie du Christ, lorsqu’Il entre dans Jérusalem accueilli par une foule en liesse. L’annonce qu’avait faite le prophète Zacharie de l’avènement d’un roi humble et doux revient à l’esprit des disciples de Jésus de façon particulière après les événements de la passion, de la mort et de la résurrection, du Mystère pascal, lorsqu’ils revinrent avec les yeux de la foi à l’entrée glorieuse du Maître dans la Ville Sainte. Il monte un âne, qu’il a emprunté (cf. Mt 21, 2-7): il n’est pas sur un riche carrosse, il n’est pas à cheval, comme les grands. Il n’entre pas dans Jérusalem accompagné d’une puissante armée de chars et de cavaliers. Il est un roi pauvre, le roi de ceux qui sont les pauvres de Dieu. Dans le texte grec apparaît le terme "praeîs", qui signifie les humbles, les doux; Jésus est le roi des "anawim", de ceux qui ont le cœur libre de la soif de pouvoir et de richesse matérielle, de la volonté et de la recherche de domination sur l’autre. Jésus est le roi de ceux qui ont cette liberté intérieure qui rend capables de surmonter l’avidité, l’égoïsme qui règne dans le monde, et savent que Dieu seul est leur richesse. Jésus est le roi pauvre parmi les pauvres, doux parmi ceux qui veulent être doux. De cette façon, Il est un roi de paix, grâce à la puissance de Dieu, qui est la puissance du bien, la puissance de l’amour. C’est un roi qui fera disparaître les chars et les chevaux de bataille, qui brisera les arcs de guerre; un roi qui réalise la paix sur la Croix, en réunissant la terre et le ciel et en jetant un pont fraternel entre tous les hommes. La Croix est le nouvel arc de paix, signe et instrument de réconciliation, de pardon, de compréhension, signe que l’amour est plus fort que toute violence et que toute oppression, plus fort que la mort: le mal se vainc par le bien, par l’amour. Tel est le nouveau royaume de paix dans lequel le Christ est roi; il s’agit d’un royaume qui s’étend sur toute la terre. Le prophète Zacharie annonce que ce roi doux, pacifique, dominera «de la mer à la mer et du fleuve aux extrémités de la terre» (Za 9, 10). Le royaume que le Christ inaugure a des dimensions universelles. L’horizon de ce roi pauvre, doux, n’est pas celui d’un territoire, d’un Etat, mais ce sont les extrémités du monde; au-delà de toute barrière de race, de langue, de culture. Il crée la communion, il crée l’unité. Et où voyons-nous se réaliser aujourd’hui cette annonce?