Bysance 20

Darras tome 18 p. 110


18. Tel était le nouvel empereur d'Orient avec lequel l'évêque d'Amiens, Jessé, et le comte Hélingaud eurent à traiter la négo­ciation que Charlemagne avait engagée avec l'impératrice Irène. Témoins de ces tragiques événements, les envoyés du héros franc durent comprendre que la décadence byzantine était désormais irrémédiable et que jamais les Césars d'aventure qui se succé­daient au gré des révolutions sur les rives du Bosphore ne seraient en état de lutter contre la puissance de Charlemagne. A mesure que l'Orient s'inclinait sur le penchant de sa ruine, l'Occident s'é­levait dans les sphères de la civilisation et de la gloire chrétiennes. Nicéphore ne songeait guère, on le conçoit, à résister sérieuse­ment à Charlemagne. Mais dans la négociation diplomatique en­gagée entre le Séleucien parvenu et le fils de Pépin le Bref, ce durent être les vieux conseillers de la cour de Byzance qui inter­vinrent avec l'habileté et l'hypocrisie consommées dont ils nous ont déjà donné tant de preuves. Ces patriciens de la Corne d'Or avaient au suprême degré l'art de sauver les situations et de pour­suivre sous des maîtres de hasard une ligne politique toujours semblable à elle-même. Les deux ambassadeurs francs furent ren­voyés à Charlemagne sans beaucoup d'honneurs. On les fit à quel-

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que intervalle suivre par un évêque grec du nom de Michel, un hégoumène appelé Pierre et le chambellan Calliste. Ces trois délégués avaient ordre de céder sur tous les points, sauf celui de la recon­naissance du titre d'empereur au bénéfice de Charlemagne. Le héros était en Franconie, dans la villa royale de Saltz, lorsque les ambassadeurs de Nicéphore purent le joindre. Les noms mêmes de ces provinces de Franconie et de Saxe étaient complètement in­connus à la cour de Constantinople ou du moins à Nicéphore en particulier. C'est à lui, en effet, que doit se rapporter un curieux incident raconté par le moine de Saint-Gall. « Lorsque l'évêque d'Amiens et le comte Hélingaud furent admis à son audience, dit le chroniqueur, le monarque grec leur demanda si les états de son fils Charles étaient calmes et paisibles. Les envoyés de Charle­magne répondirent que, sauf les révoltes perpétuelles des Saxons, l'empire des Francs étaient en pleine paix. Les Saxon! dites-vous, s'écria l'insolent empereur, est-ce là une nation avec laquelle mon fils Charles daigne se mesurer? Cette poignée d'hommes est sans nom ni gloire. Je vous la donne tout entière avec ses possessions. Le comte Hélingaud ne manqua point à son retour de raconter ce détail à Charlemagne, qui lui dit en souriant : « Ce puissant empe­reur au lieu de vous donner sans garantie le royaume de Saxe qui ne lui coûtera rien à conquérir, eût beaucoup mieux fait de vous octroyer des braies, unum lineum fémorale, qui vous eussent du moins rendu quelque service pendant un si long voyage 1. » Il pa­raît, en effet, toujours d'après le moine de Saint-Gall, que l'évêque et le comte n'avaient pas eu à s'applaudir de la générosité du César d'Orient, ce qui s'explique très-bien avec le caractère connu de Nicéphore. «Très-longtemps retenus à Constantinople, dit le chroniqueur, ils n'avaient été qu'à grand peine admis à l'audience impériale. On les avait ensuite renvoyés sur un navire misérable­ment équipé dont ils furent obligés de faire réparer à leurs frais à tous les points de relâche, les nombreuses avaries 2. »   Or,  conti-

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1. Monach. San-Gall. Gest. Carol.  Matjn.,  lib,  n,  cap.  vi, Pair, lai., tom, XGVIII, col. 1393.

2 Ibid, cap. vin, col. 1391.

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nue le chroniqueur, l'évêque d'Amiens et le comte Hélingaud se trouvaient à Saltz, près de Charlemagne, lorsqu'on annonça l'ar­rivée des ambassadeurs grecs envoyés par Nicéphore. L'idée d'une ingénieuse vengeance se présenta à l'esprit de l'évêque et du comte, ils la communiquèrent à Charlemagne qui leur permit de l'exécuter. Le connétable fut installé sur un trône dans la première salle du palais ; un grand nombre de leudes l'entouraient comme un monarque, et l'on introduisit en sa présence les députés grecs, qui se prosternèrent devant lui le front dans la poussière, selon l'usage de leur pays. Mais sans rien dire les officiers de la cour les firent relever, en disant: «Vous vous trompez; ce n'est pas l'empe­reur. » On pénétra dans une seconde salle où le comte du palais, debout au milieu d'un groupe de seigneurs, conversait avec eux. Les Grecs, cette fois, ne doutèrent point que ce ne fût Charlemagne et ils recommencèrent leurs prostrations. Mais les officiers en leur frappant assez rudement sur l'épaule les firent relever disant tou­jours : Non, non, ce n'est pas l'empereur. Dans une troisième salle, le préfet du palais en grand costume, entouré des officiers soumis à sa juridiction, reçut encore les hommages des Grecs prosternés. Encore une fois on avertit ceux-ci de leur erreur, et enfin ils fu­rent introduits dans une quatrième salle plus éblouissante que les autres. Là, brillant comme un soleil au milieu d'une cour étincelante, le très-glorieux empereur Charles était debout à l'embra­sure d'une fenêtre, appuyant sa main droite sur l'épaule de ce même évêque si mal reçu à Constantinople. Aux côtés de l'empe­reur se tenaient les princes ses fils, déjà associés au pouvoir royal, ses filles dont la riche parure faisait mieux ressortir encore les grâces modestes et le charme incomparable, les évêques dans toute la majesté de leurs insignes pontificaux, puis les ducs, les comtes, les leudes, enfin une assemblée telle que David lui eût appliqué cette parole du psaume : Reges terrœ et omnes populi, principes et omnes judices terrae, juvenes et virgules, senes cum junioribus laudent nomen Domini1. Les Grecs épouvantés perdirent en-

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l Psalm. cxlviii.

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tièrement contenance, muets, inanimés, ils se prosternèrent sans pouvoir prononcer une seule parole. Le très-clément empereur vint lui-même les relever, avec des assurances encourageantes. Ils se relevèrent donc, mais en voyant de quels honneurs Charlemagne entourait l'évêque si maltraité par eux à Byzance, la peur les reprit encore, et ils se prosternèrent sans plus vouloir quitter cette atti­tude humiliée jusqu'à ce que Gharlemagne leur eût fait serment par le roi des cieux que le passé était oublié et qu'il ne leur serait fait aucun mal 1. »

 

10. Sans prétendre attacher une importance plus grande qu'elle ne mérite à l'anecdote racontée par le moine de Saiut-Gall, il est permis cependant d'y voir la confirmation explicite du témoignage  d'Eginhard et des autres chroniqueurs relativement aux dispositions hostiles de la cour de Bvzance vis-à-vis du nouvel empereur d'Occident. Cette fois un premier traité de délimitation fut signé entre les deux empires. Les envoyés de Nicéphore s'engagèrent au nom de leur maître à ne plus prêter ni appui ni concours aux tentatives de rébellion de Grimoald, duc de Bénévent. Sans reconnaître positive­ment le titre d'empereur donné à Charlemagne, ils ne réclamèrent point contre l'autorité réelle que ce titre lui donnait en Italie, mais ils stipulèrent que les cités de Naples, d'Amalfi, avec tous les terri­toires de la Calabre, ainsi que la Sicile, demeureraient au pouvoir de l'empire de Byzance, qui jusqu'alors les avait possédés. La délimi­tation des deux Etats fut fixée. On comprit dans l'Occident les pro­vinces d'Estrie, de Dalmatie, de Liburnie, d'Esclavonie et de Croatie, à l'exception des cités maritimes du littoral dalmate, Zara, Trait et Spalatro, que Charlemagne abandonnait à l'empire grec, de même que les îles vénitiennes et Venise elle-même. Pour ces dernières, il s'agissait d'un simple droit de protectorat, et non d'une possession immédiate et directe. Déjà en effet la république de Venise avec ses annexes, Ghiozza, Malamoco, Héraclée et Equilium, aujourd'hui Iésol, avait un gouvernement autonome sous la présidence de ses doges. Ce traité de l'an 803, signé à regret par les ambassadeurs

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1. Dfonaoh, San-Gall., loa. oit,, col. ',333,

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grecs, sans être absolument repoussé par Nicéphore et ses conseil­lers byzantins, ne fut cependant accepté qu'à contre-cœur. Une flotte grecque vint croiser dans la mer Adriatique, avec ordre de profiter de toutes les conjonctures pour rallier à la domination de Nicéphore les populations du littoral. Mais cette démonstration n'eut aucun succès. Les villes maritimes ambitionnaient le bonheur de vivre sous les lois de Charlemagne. L'évêque de Zara et le doge de Venise se rendirent à Thionville pour supplier le héros franc de rece­voir leur serment de foi et hommage. Nicétas, commandant de la flotte grecque, et plus tard le patrice Paul, son successeur, essayèrent une descente sur les territoires de la république vénitienne. Ils enga­gèrent même avec le roi d'Italie, Pépin, des hostilités où de part et d'autre on se battit avec acharnement. La Toscane en particulier fut ravagée par les Grecs, qui ruinèrent de fond en comble la ville de Papulonia (810). Pépin ne tarda guère à leur faire cruellement expier cette audace. Il les rejeta à la côte et vint à son tour ravager tout le littoral occupé par leurs garnisons sur le territoire vénitien. Après cette expédition victorieuse, le jeune roi d'Italie revint à Milan. La bravoure, la sagesse, la fermeté, l'esprit de décision qu'on remarquait en lui rappelaient les grandes qualités de Charlemagne son père. Il n'avait que trente-trois ans, et tout semblait lui promettre une vie longue et prospère. Le vœu unanime des Francs l'appelait à recueillir un jour l'héritage impérial, lorsque le 8 juin 810, saisi d'une maladie soudaine, il expira entre les bras de ses serviteurs éplorés. L'Italie avait joui sous son règne des bienfaits d'une sage administration; elle donna à sa mort des regrets et des larmes sin­cères. Le corps du jeune roi fut transporté à Vienne où il reçut la sépulture dans la basilique de Saint-Zénon, qu'il avait fait recons­truire avec magnificence.


   20. Cet événement inattendu changeait complétement la situation de l'Italie et remettait tout en question. Pépin, outre cinq filles, avait laissé un fils encore au berceau, du nom de Bernard, qui fut accueilli avec tendresse par son aïeul Charlemagne et déclaré immédiatement héritier du trône paternel. Mais les Grecs comprenaient qu'ils n'a­vaient plus rien à redouter d'un roi enfant, dont la longue minorité

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leur permettrait d'étendre impunément leurs conquêtes. Un nouvel ambassadeur de Nicéphore, le spathaire byzantin Arsace, se rendit à Aix-la-Chapelle pour traiter sur de nouvelles bases (810). Charle­magne s'y prêta facilement. Son âge avancé, la perte d'un fils qui avait jusque-là soutenu en Italie l'honneur de ses armes et de son gouvernement, la situation précaire de son petit-fils Bernard, investi avant l'âge d'une royauté dont il ne pouvait encore ni comprendre ni exercer les charges, tout faisait une loi de la paix. Les conditions en furent promptement arrêtées. Nicéphore reconnaissait officielle­ment l'empire romain d'Occident. Charlemagne lui restituait toutes les conquêtes faites par Pépin en Vénétie, ainsi que le protectorat de Venise. Ces conquêtes comprenaient les îles de Malamocco, Palestrina, Trondolo et Chiozza, Héraclée et Equilium ou Iésol, situées dans les lagunes, à l'embouchure de là Piave. Toutefois les Véni­tiens, quoiqu'ils fussent retombés sous l'autorité des Grecs, se sou­mirent à payer au royaume d'Italie un tribut annuel. Ce traité de l'an 811 traça pour les deux empires une délimitation définitive. Charlemagne écrivit lui-même à Nicéphore pour lui annoncer la conclusion des arrangements. Sa lettre se terminait par ces mots : « Nous rendons grâces au Dieu tout-puissant d'avoir daigné inspirer à votre coeur un désir sincère de la paix. Il nous reste à supplier ce grand Dieu de vous maintenir dans ces dispositions afin que, selon le mot de l'apôtre « il vous donne d'achever ce qu'il vous a fait commencer si heureusement. » Nous avons sans plus de délai donné des ordres pour que nos ambassadeurs se rendent sur-le-champ près de votre fraternité très-aimable, afin d'en recevoir la ratification du traité 1. »

 

   Les ambassadeurs annoncés par Charlemagne furent l'évêque de Bâle, Hatto2, Hugues, comte de Tours, et Ajo, duc de Frioul. Lorsqu ils arrivèrent à Constantinople, Nicéphore avait perdu la couronne et la vie. Après la cruelle exécution de Bardanès, Nicé-

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1     Cnrol. Magfi,., Epist. xx, Pair, lai., tom. XCVIII, col. 931.

2      Herman-Contract nous apprend que l'évêque de Bâle écrivit depuis, sous
le titre de Hottœporicon, un récit de sa légation en Orient. Cet ouvrage qui au­rait tant de prix pour l'histoire n'est point parvenu jusqu'à nous.

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phore s'était cru invincible. Il eut l'audace d'écrire au calife de Bag­dad cette insolente épître: «Nicéphore, empereur des Romains, au roi des Arabes Haroun. — Irène vous a payé un tribut qu'elle devait au contraire exiger de vous-même. Mais elle était femme, et pouvait avoir la faiblesse de son sexe. Restituez-moi sur-le-champ toutes les sommes que vous avez injustement perçues, ou bien mon épée vous y contraindra. » L'épée de Nicéphore se dressant contre celle d'Haroun-al-Raschid, le Charlemagne de l'Orient! A cette bravade, le calife répondit en se mettant à la tête d'une armée formidable. Au cœur de l'hiver, il envahit toute la Syrie, marcha sans rencontrer d'obstacles jusqu'aux frontières de Phrygie où Nicéphore lui envoya des ambassadeurs chargés de négocier la paix. Cette démarche n'é­tait qu'un leurre dont le calife ne fut point la dupe. Le lâche empe­reur n'avait pas encore eu le temps de réunir ses troupes, il espérait par des promesses d'hypocrite soumission tromper la bonne foi d'Haroun-al-Raschid. Mais le temps des vaines protestations était passé. Le calife continua sa marche, et enfin Nicéphore, à la tête de cent trente mille des meilleures troupes de l'empire, vint offrir le combat près de Crase, en Phrygie. Il ne réussit qu'à se faire infliger une sanglante défaite, laissa quarante mille morts sur le champ de bataille et implora de nouveau la paix avec une bassesse pour la­quelle son vainqueur ressentit autant de pitié que de mépris. Il osait couvrir sa perfidie du manteau de la religion, « Les princes disait-il, ne doivent pas inutilement prodiguer le sang de leurs sujets. Devant Dieu, ils sont coupables d'autant d'homicides qu'ils font périr de soldats dans une guerre injuste. » À ce compte, Nicéphore était qua­rante mille fois assassin. Mais il regrettait moins la perte de ses soldats que celle de son argent. Haroun-al-Raschid le punit par l'en­droit sensible en exigeant, outre le tribut annuel consenti par l'im­pératrice Irène, une capitation de trente mille pièces d'or, dans laquelle la tête de l'empereur et celle de son fils Staurace furent comprises pour trois nummi. Nicéphore en prit occasion pour associer Staurace son fils au trône et le faire proclamer César.
 

   22. Le patriarche Taraise ne fut pas témoin de ces calamités et de ces hontes que l'avarice d'un parvenu accumulait sur sa patrie.

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Il était mort, comblé d'ans et de saintes oeuvres, le 25 février 806. Les révolutions politiques dont il avait été témoin, les luttes qu'il avait dû soutenir contre la l'action iconoclaste, sa fermeté et son courage durant la tenue du VIIe concile œcuménique, son inviolable attachement à la communion du saint-siège, l'avaient rendu cher à tous les catholiques d'Orient. L'hégoumène saint Plato, son neveu saint Théodore le Studite, entourèrent sa vieillesse de bénédic­tions et d'hommages. Malgré ses infirmités, il voulut jusqu'au der­nier jour continuer ses mortifications et ses jeûnes, sans rien retrancher aux fonctions du ministère et aux fatigues de l'adminis­tration. On était obligé de le soutenir à l'autel pendant qu'il y offrait le saint sacrifice, mais il ne consentit jamais à se priver de cette consolation quotidienne. Sa bienheureuse mort, comme celle de saint Martin de Tours, fut précédée d'une sorte de conversation extatique avec le démon. Les assistants entendirent le saint vieil­lard dans ce colloque avec un interlocuteur invisible discuter tou­tes les actions de sa vie. Il se justifiait d'avoir simple laïque accepté sa promotion au patriarcat ; d'avoir poursuivi énergiquemeut au concile de Nicée les évêques iconoclastes; d'avoir sacré Nicéphore. Bref, ce fut une revue générale et comme une confession dialoguée de sa vie entière. Après cette émouvante scène, le visage de l'au­guste vieillard parut comme transfiguré, tout rayonnant d’une auréole de paix et de gloire célestes; son âme s'envola ainsi sans effort et sans agonie vers le Dieu de son amour et de sa foi 1.

 

23. Le choix d'un successeur importait, singulièrement au maintien de l'orthodoxie à Constantinople. Tous les esprits se préoccu- 

pèrent donc de l'élection qui allait suivre. Les vœux se portèrent tout d'abord sur le moine Georges, dit le Syncelle, parce qu'en qua­lité de secrétaire de Taraise, il n'avait pas quitté un instant le saint vieillard durant ses dernières années. Georges le Syncelle avait autant de vertu que de science. On lui doit une chronographie ou histoire universelle depuis la création du monde qu'il se propo­sait de poursuivre jusqu'à l'an 800. Mais la mort le prévint  quand

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1 Bolland. Acl. S. Tarai, îo fcbritar.

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soin œuvre n'était encore arrivée qu'à l'époque de Dioctétien. Préoc­cupé au dernier moment d'un travail qui avait absorbé toute sa vie, il légua à saint Théophane, son ami, le soin de le compléter. Cette collaboration posthume nous a valu la chronographie de Théophane, complément de l'ouvrage de Georges le Syncelle. Mal­gré le mérite de ce dernier, il n'était pas l'élu de la Providence pour succéder àsaint Taraise. Nicéphore intervint dans le choix. Malgré tous ses vices, cet empereur n'était point iconoclaste; il faut lui en savoir d'autant plus de gré que son avarice aurait pu trouver des satisfactions d'argent dans le bris et la spoliation des saintes images. Les vues de l'empereur se portèrent sur le patrice Nicéphore, l'un des deux commissaires impériaux d'Irène au con­cile de Nicée. L'homonymie qui allait faire du César et du patriar­che deux frères par le nom, entra-t-elle pour quelque chose dans cette combinaison? Cette question semblerait puérile de nos jours ; au IXe siècle, et avec la superstition byzantine, le fait n'aurait rien d'étonnant. Le patriarche élu était laïque. Malgré le désir fréquem­ment exprimé par lui de renoncer au monde pour embrasser la vie religieuse, Irène et plus tard l'empereur Nicéphore l'avaient retenu à la cour, où d'ailleurs il était un modèle de charité et de vertu chrétiennes. De ces deniers, il avait fondé aux portes de Constantinople un monastère où chaque jour il allait passer quelques heures dans le recueillement et la prière. Son amour pour les pauvres l'avait fait choisir comme logothète ou trésorier du grand hôpital de Byzance. Tel était le successeur providentiellement ménagé pour recueillir l'héritage de Taraise et continuer les traditions de sainteté de cet illustre patriarche. Nicéphore ne consentit à son élection qu'après avoir d'abord et avant son ordination reçu l'habit monastique. Le César Staurace tint à honneur de couper avec des ciseaux d'or la première mèche de cheveux du patriarche dans la cérémonie de sa profession religieuse. Après avoir passé par tous les degrés des saints ordres, Nicéphore reçut la consécration épiscopale le jour de Pâques (12 avril 800), dans la basilique de Sainte-Sophie. Pendant que l'onction sacrée coulait sur sa fête, il tenait à la main un traité composé par lui  pour la réfutation  des erreurs

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iconoclastes;  il le déposa ensuite sur le maitre-autel comme un gage de la fermeté avec laquelle il était déterminé à maintenir jus­qu'à la mort la tradition de l'Eglise catholique.

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