Le cardinal Siri, un critique de Vatican II
Le cardinal Giuseppe Siri (1906-1989) fut l'une des grandes figures de l'Église catholique au XXᵉ siècle. Archevêque de Gênes pendant plus de quarante ans, créé cardinal par Pie XII en 1953, il participa activement au concile Vatican II. Profondément attaché à la Tradition, il exprima très tôt ses inquiétudes face à certaines orientations prises durant le Concile et, surtout, face aux interprétations qui en furent données par la suite. Pour lui, le véritable danger ne résidait pas seulement dans les textes eux-mêmes, mais dans leur lecture comme une rupture avec l'enseignement constant de l'Église. C'est dans ce contexte qu'il formula plusieurs critiques particulièrement marquantes.
Au cours du concile Vatican II, le cardinal Giuseppe Siri aurait prononcé ces paroles sévères, qui firent grand bruit :
> « L'Église aura besoin de cinquante ans pour se remettre des voies erronées dans lesquelles Jean XXIII est en train de l'engager. »
Il aurait également déclaré :
> « Il faudra plus de vingt-cinq ans pour réparer le mal que Jean XXIII a fait à l'Église. »
Évoquant la « théologie de l'opinion » et le Congrès théologique de Bruxelles de 1970, le cardinal Siri écrivait :
> « On affirme que la théologie doit être repensée en fonction de l'époque actuelle ; elle n'aurait donc plus de valeur permanente. La référence au temps présent consisterait à prendre comme critère de son renouvellement les opinions dominantes de la culture de masse et de ses intellectuels. Le critère ne serait donc plus, logiquement, ni l'Écriture, ni la Tradition, ni ce qui est garanti par le Magistère. Tout cela serait parfaitement logique si nous devions accepter une théologie de l'opinion. »
Le cardinal Siri dénonçait également la tendance à altérer et à vider de leur contenu les grandes formules théologiques. Il l'exprimait avec force :
> « La réinterprétation est le grand déguisement de la démythologisation, laquelle s'apparente en réalité à une destruction. »
(Il convegno di Bruxelles, dans Renovatio, revue de théologie et de culture, Gênes, octobre-décembre 1970.)
Deux ans plus tard, à l'occasion du dixième anniversaire de l'ouverture du concile Vatican II, le cardinal Siri revint sur cette question. Il rappela que, durant les travaux conciliaires, beaucoup avaient interprété à tort le Concile comme une rupture avec la Tradition de l'Église. Il déclarait :
> « Durant le Concile, une illusion ne manqua pas de se répandre. Elle entraîna peut-être davantage de prêtres que de laïcs, davantage de théologiens que de curés : pour eux, le Concile représentait la conversion pure et simple de l'Église à la culture moderne, ainsi que le renversement tant désiré du Syllabus de Pie IX. »
