« L’égalité entre les femmes et les hommes a vocation à s’appliquer à tous les espaces sociaux, y compris religieux »

« L’égalité entre les femmes et les hommes a vocation à s’appliquer à tous les espaces sociaux, y compris religieux »

Annie Crépin

Co-présidente de la CEPFE, Commission d’Étude sur la Place des Femmes dans l’Église

Publié le 12 juillet 2026 à 11h41Lecture : 4 min

Léon XIV reçoit Sarah Mullally, l’archevêque de Canterbury, en audience au Vatican, le 27 avril 2026.  Vatican News

La réception par Léon XIV d’une archevêque anglicane en avril relance, selon l’historienne Annie Crépin et un collectif (1), un débat juridique : l’exclusion des femmes des ministères ordonnés constitue une discrimination directe fondée sur le sexe, difficilement conciliable avec le droit européen.

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La réception, en avril, de Sarah Mullally, archevêque de Canterbury et primat de l’Église anglicane, par Léon XIV s’inscrit dans un contexte d’étonnement, voire d’espoir, nourri par le contraste des situations. En France, cet événement est rapproché de l’appel renouvelé de l’Église à prier pour les vocations, invitation qui réaffirme implicitement un appel réservé aux seuls hommes en vue du presbytérat.

Cette concomitance suscite une interrogation persistante, déjà ancienne mais aujourd’hui ravivée : comment comprendre, dans le contexte actuel, le maintien de cette exclusion institutionnalisée ? Peut-elle encore être perçue comme légitime, à l’heure où les évolutions sociétales et ecclésiales interrogent de manière croissante les fondements de telles distinctions ?

Une discrimination directe

La réflexion se place ici sur le terrain juridique, dès lors que, par ailleurs, la doctrine demeure inchangée. Il s’agit ainsi de faire sortir cette question d’un cadre strictement interne, longtemps confiné à un système normatif fermé. Longtemps cantonnée en effet aux débats théologiques ou ecclésiologiques, elle est devenue, de manière irréversible, une question de droit. Elle place le juriste face à une tension normative majeure : d’un côté, le principe d’égalité entre les sexes et l’interdiction des discriminations ; de l’autre, la liberté de religion, entendue comme incluant l’autonomie organisationnelle des communautés religieuses.

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Or, cette tension n’est plus abstraite. Elle se cristallise dans une pratique institutionnelle claire : l’appel à « embauche » des seuls garçons, l’exclusion des femmes de l’ordination. Celle-ci repose explicitement sur un critère de sexe. Elle interdit aux femmes l’accès aux fonctions qui concentrent les trois pouvoirs structurants de l’institution ecclésiale – gouverner, enseigner et sanctifier – tout en les réservant aux hommes. En droit positif, une telle différenciation correspond à la définition même de la discrimination directe : une distinction explicite, générale, sans possibilité d’alternative équivalente.

 

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon