Préparation du Concile

Darras tome 42 p. 152

 

§  II.    LA     PRÉPARATION    DU    CONCILE.

 

     6. Comment Pie IX était-il venu à l'idée grandiose d'un con­cile œcuménique ! Pougeois raconte que le pontife, exilé à Gaëte, avait formé le dessein de définir le dogme de l'Immaculée-Conception et de réunir un concile. D'après l'historien officiel du Concile  du Vatican, Cecconi, Pie IX n'en ouvrit le projet que le 6 décembre 1864, dans une réunion de la Congrégation des Rites. Le Pape demanda aux cardinaux de lui faire   connaître leur opinion sur ce sujet, individuellement et par écrit; dans leurs réponses, les cardinaux traitèrent de la nécessité d'un concile œcuménique, des obstacles à sa réunion, des moyens de surmonter ces obstacles et des matières à traiter  dans cette assemblée.  Sur ces réponses, le Pape forma une Commission préparatoire, chargée de toutes les études qui  devaient pré­céder l'ouverture du  Concile. On   convint tout d'abord  qu'il faudrait définir positivement les doctrines reçues dans l'Église et écarter les erreurs qui pourraient y faire opposition. Mais, pour s'orienter sur cette vaste mer des opinions reçues  et  suscepti­bles d'une définition ou d'un règlement, il fut convenu qu'on s'adresserait d'abord à l'épiscopat du monde entier. On reproche volontiers à l'Église de procéder toujours par la voie de l'au­torité; l'Église procède ainsi parce qu'elle ne peut pas procéder

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autrement; mais il faut reconnaître que, tout en respectant le principe de son institution, aucune société n'a fait, plus que l'Église, large part au conseil. 7. Le cardinal Catérini adressa donc, aux évêques, une circulaire et un questionnaire. Dans ce questionnaire, il s'informait des faits suivants, savoir : 1° si l'on observe les prescriptions canoniques interdisant le parrainage aux hérétiques et aux schismatiques;  2° quelle forme est observée pour assurer la liberté des mariages;  3°  comment on pourrait empêcher les mariages civils; 4° si l'on observe les conditions posées, en cas de dispense, pour les mariages avec les hérétiques; 5°comment on peut préserver la prédication des nouveautés de paroles et de la vanité dans les discours; 6° comment on peut ouvrir et régler les   écoles populaires; 7° comment il faut former les clercs ;  8° par quels moyens on peut exciter leur émulation; 9°  comment on peut les maintenir parfaitement clans le devoir; 10° ce qu'il faut  penser des congrégations à vœux simples; 11° de quelle liberté jouit le chapitre à la vacance du siège; 12° en quelle forme doit s'établir le concours pour la nomina­tion aux bénéfices; 13° de la forme à observer pour la déposi­tion des curés indignes; 14°  comment s'exécutent les suspenses; 15° comment  les évêques exercent leur pouvoir judiciaire; 16° quels maux proviennent de la condition  des domestiques dans les familles; 17° comment doit s'établir la police des cime­tières? — Ces   questions furent transmises par les évêques à leurs curés et examinées dans les conférences ecclésiastiques. Bientôt il n'y eut plus, dans toute la chrétienté, qu'un seul mot d'ordre: étudier en vue du prochain Concile. Pie IX saura cen­traliser ces études et bénéficier de toutes ces lumières.

 

8. Au fur et à mesure qu'arrivaient les réponses des évêques, la congrégation sentit la nécessité de s'adjoindre des consulteurs et d'examiner à fond la distribution du travail. Sur ces entrefaites, le Pape annonçait, aux évêques réunis pour le Cen­tenaire, son projet de réunir un Concile. Dès lors, après avoir pris ses informations près des nonces et près des évêques, il

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fut décidé qu'on appellerait pour consulteurs : de France, Mgr Jacquenet, les abbés Gay et Chesnel; d'Allemagne, Hergenrœther, Hettinger et Molitor; d'Autriche, Schwetz, Danko et Kowacs; de Belgique, Feije; d'Espagne, Labrador, Guisasola et Torres Padilla, plus le dominicain Bornera et le jésuite Labarta; d'Angleterre, Mgr Weathers; et d'Amérique, Mgr Corcoran. D'autres consulteurs furent appelés ultérieurement, savoir : les abbés français Sauvé, Gibert et Freppel; les prêtres allemands Dieringer, Alzog, Hefelé, Moufang, Giesé et le bénédictin Haneberg; le docteur Newman; le prêtre suisse, Cosandey; le l'ère Martinow, le docteur Mast, les pères Schrader et Costa de la compagnie de Jésus.

 

9. Ainsi, à la tête des travaux préparatoires, était placée une commission composée des cardinaux Patrizi, Beisach, Panebianco, Bizarri et Calerini, auxquels furent adjoints plus tard Louis Bilio, Alexandre Barnabo, Antonin de Luca et Annibal Capalti. A cette commission directrice furent adjoints comme consulteurs entre autres l'historien Tizzani, l'historien Héfelé, les canonistes Sanguinetti et Feije. Les autres consulteurs furent partagés en six commissions : 1° la commission théologico-dogmatique où figuraient entre autres Mgr Jacquenel, les pères Perrone, Schrader, Franzelin, Gay, Alzog, Schwetz et Joseph Pecci; 2° la commission pour la discipline, où se trouvaient les canonistes Tarquini et Philippe de Angelis, le sommiste Lucidi, les prélats Nina et Simeoni, l'historien Hergenrœther, Sauvé, Giesé, Heuser; 3° la commission pour les Béguliers où nous remarquons Charles Freppel, le barnabile Capelli, le dominicain Bianchi, l'augustin Cretoni et le mineur da Cipressa; 4° la commission pour les missions et les Eglises orientales où se rencontraient Capalti, l'exégète Vercellone, l'oratorien Theiner, le jésuite Bollig et le patriarche de Jérusalem; 5° la commission politico-ecclésiastique où nous voyons Alexandre Franchi, Joseph Bérardi, Guardi, Bartolini, Kovacs, Molitor, Chesnel, Gibert, Moufang, Czacki; 6° Enfin la commission du cérémonial où avaient naturellement leur place les maîtres des cérémonies,

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liturgistes et autres officiers de service dans les fonctions du culte.

 

   10.     Les travaux préparatoires ne commencèrent à proprement  parler qu'après la formation de ces commissions spéciales. La commission centrale, formée de cardinaux, est celle dont les travaux appellent exclusivement notre attention. D'abord on s'occupa de savoir qui sont ceux qui ont droit d'assister aux Con­ciles. Le principe Concilia Episcoporam esse est indiscutable. On examina ensuite si l'on devait appeler avec voix délibérative, les évêques titulaires, les abbés et généraux d'ordres, qui furent admis à ce titre; puis on posa la même question pour les vicaires capilulaires, les évêques schismatiques du rit oriental, les jansé­nistes de Hollande, les protestants et les princes séculiers et cette question fut résolu négativement. Après quoi, on traita des pro­cureurs des pères légitimement absents du concile; il fut conve­nu qu'ils auraient une place dans les séances publiques, assiste­raient au vote secret et signeraient les actes. La Bulle de convo­cation fut, pour la rédaction, la signature du Sacré-Collège et la date d'ouverture, l'objet de délibérations successives. On s'occupa encore des prières publiques avant le concile; le Saint-Père y ajouta un jubilé. Alors on vint aux études particulières pour la formation d'un règlement organique du Concile ; sa nécessité, la compétence du pouvoir qui doit Fédicter, sous quelle forme etsnrquels points doivent porteries dépositions, appelèrent au­tant de décisions.

 

11. Les délibérations relatives au règlement du Concile furent Règlement longues et provoquèrent d'importantes révolutions. Le droit de proposer des matières à discuter appartient incontestablement au Souverain Pontife. Il fut reconnu que les Pères auraient le droit d'émettre des propositions et que la commission directrice déciderait s'il y a lieu de les admettre ou de les rejeter. Pour la méthode de discussion, il fut établi, entre les sessions publiques et les congrégations générales, une distinction nécessaire; on décida dans quel ordre les présidents poseraient les questions de foi et de discipline; et on admit que les questions seraient

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posées en forme de décrets et non de doute. Devait-on élire des commissions particulières dans le but de faciliter les décisions à prendre? On arrêta qu'il en serait formé  quatre, qu'elles seraient permanentes, composés de vingt-quatre membres et bien que le Pape eut le droit d'élire au moins un tiers des membres, le Pape voulut que le concile les élût tous sans excep­tion. C'est à ces commissions que devaienl être soumises les propo-sitions des Pères et que les Pères devaient renvoyer les décrets qui appelaient un nouvel examen. Dans les assemblées  parle­mentaires, l'ingérence des députés pour les propositions de lois se régie par la constitution de bureaux, la triple lecture et la constitution de la chambre en comité secret. Or le Pape n'est pas un souverain constitutionnel, les évêques ne sont pas des députés. Il n'y avait donc pas lieu d'admettre ici la procédure des assemblées parlementaires. On admit pour la discussion, les propositions, les amendements, tout ce qui peut fournir quelque lumière; mais, en ôtant, aux débats, tout caractère de personna­lité, on enleva aux passions l'aliment que les débats trop souvent leur fournissent. L'Église est l'école de la sagesse; dans  ses conciles, comme ailleurs, elle sait ne jamais s'en départir. On mit encore dans le règlement, tout ce qui regarde le sys­tème de vote par placet ou non placet; la confirmation et pro­mulgation des décrets; la présence des pères et la justification de leur absence; la disposition des sièges et l'ordre des pré­séances, les difficultés qui peuvent s'élever entre les membres de l'assemblée et l'on établit pour cela cinq juges des plaintes et des controverses; la règle de vie des Pères pendant le Concile; le choix et les fonctions des officiers du Concile; les exemptions et privilèges accordés aux membres du Concile; enfin le secret conciliaire dont l'obligation ne pouvait faire l'objet d'un doute. Pour la marche régulière de l'assemblée, diverses autres mesures furent prises relativement aux théologiens du Concile, aux sténographes, aux interprètes, à la profession de foi des Pères, au cas de vacance du Siège Apostolique, au choix de la salle pour la réunion des congrégations générales, à l'examen des décrets

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formulés par les commissions, enfin aux questions de cérémo­nial.

 

Nous n'ajouterons ici aucun détail sur les travaux des commis­sions, restés secrets et dont l'énumération mènerait à d'excessifs détails. Nous noterons seulement que les consulteurs de ces com­missions, choisis parmi les ecclésiastiques les plus savants de la chrétienté, offraient, pour les études préparatoires, toutes les garanties. Quelques pères élevèrent plus tard, contre les travaux de ces consulteurs, des critiques qui n'étaient pas toujours inspi­rées par la bienveillance et par la justice. Pour se fournir un pré­texte d'écarter ces schemata, on incidentait sur les formes. Il y a, contre ces critiques deux choses à faire observer : la pre­mière, c'est que les études préparatoires ne sont pas des décrets, mais seulement des matériaux, des linéaments, des ébauches qui doivent servir à leur rédaction ; la seconde, c'est que, si les schemata étaient amenés, par les études préparatoires, à la perfection définitive, il ne serait pas besoin de Concile et le Pape pourrait les rendre obligatoires par un décret. Les étu­des préparatoires étaient telles que pouvaient les effectuer la science éprouvée, la vertu connue, la haute expérience, et, dans une certaine mesure, le génie des consulteurs. Nous n'en­tendons rien ôter aux mérites des évêques; nous ne voulons rien ôter non plus aux mérites des savants appelés par le Pape. Il est certain que le Pape n'appela pas tous les savants de la chrétienté; mais il choisit parmi eux les sommités et si on les maltraite, que penser des autres? On en viendrait à conclure logiquement que la foi est funeste à la science et qu'il y a dans l'Eglise, une diminution de la connaissance, un abaissement du niveau des esprits (1).

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(1) Ceccont, Histoire du Concile du Vatican, t. I, passim.

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