Darras tome 13 p. 96
48. Dès le lendemain, 17 juillet, la cinquième session s'ouvrit dans la basilique de Sainte-Marie. Quand les pères eurent pris place, saint Cyrille parla ainsi : « Hier, en présence des légats de la grande Rome, tenant la place du très-saint et bienheureux pape Célestin, le révérendissime Memnon et moi nous avons remis au saint concile une requête à l'effet de citer en votre présence le patriarche Jean d'Antioche , pour expliquer sa conduite à notre égard et prouver la légitimité des griefs qu'il articule contre nous. II nous accuse de professer les erreurs d'Apollinaire, d'Arius et d'Eunomius. Nous protestons contre ces calomnies. Elevés au sein de la foi catholique, nous anathématisons toutes les erreurs anciennes, de même que nous détestons les blasphèmes récents de Nestorius et de Pélage. Une seconde fois, nous prions donc le saint et œcuménique concile de faire citer canoniquement Jean d'Antioche et les évêques de sa faction, afin de statuer sur la validité de leurs actes et surtout de détruire les fâcheuses impressions qu'ils se sont efforcés de faire naître dans l'esprit des augustes empereurs. — Le concile accueillit cette requête. Trois évêques: Daniel de Colonia 1, Commodus de Tripoli2 et Timothée de Germa3
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1. Siège épiscopal de la IIe Cappadoce. — 2. Évêché de la province de Lydie. — 3. Germa, petite cité épiscopale de l'Hellespont.
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furent députes avec le notaire Musonius, pour remettre au patriarche d'Antioche une troisième et dernière citation ainsi conçue : Le saint concile, se conformant aux prescriptions de la discipline canonique, a déjà adressé à votre sainteté deux invitations à vous rendre au milieu de nous, pour justifier vos actes ou les désavouer, s'il y a lieu. A partir de ce jour, le concile vous notifie que tous les pouvoirs épiscopaux vous sont retirés, à vous et à tous ceux de votre faction, sauf à procéder ultérieurement selon la rigueur des règles canoniques, si vous refusiez encore de comparaître, comme nous vous en donnons l'ordre. — Au retour de leur ambassade, les députés s'exprimèrent ainsi : Arrivés à la demeure de Jean d'Antioche, nous descendîmes de cheval 1 et nous adressant aux clercs qui se trouvaient à la porte, nous leur fîmes connaître l'objet de notre mission, en les priant de nous aider à la remplir. Le prêtre Asphalius d'Antioche, celui qui exerce à Constantinople les fonctions d'apocrisiaire2, vint à nous, et, comme les soldats qui gardaient la porte nous menaçaient de leurs épées nues, il nous défendit contre leur fureur. Du reste parmi ces soldats, il s'en trouva quelques-uns qui reconnurent l'évêque Commodus. L'entourant aussitôt, ils nous protégèrent contre les violences de quelques clercs qui voulaient nous barrer le passage. Parvenus sous le portique, Asphalius nous quitta pour aller prévenir le patriarche d'Antioche. Après quelques instants d'attente, un prêtre qui se disait archidiacre, se présenta. Son nom nous est inconnu. C'est un homme de petite taille, au visage pâle, n'ayant que quelques rares poils de barbe. Il tenait un papier 3 à la main, et nous l'offrit en disant : Voici le message que le saint concile m'a chargé de vous remettre. Veuillez le recevoir. — Nous lui répondîmes : Le saint et œcumé-
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1 Cette particularité est curieuse; elle prouve que les évêques, au Ve siècle, se servaient de montures dans l'intérieur des villes, pour un déplacement même peu considérable.
2. Nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer la nature des fonctions des apocrisiaires, prêtres délégués à la cour de Constantinople pour y surveiller les affaires d'un patriarcat ou d'une métropole.
3. Xaptiov. Ce mot grec, équivalent du latin charta (papier), prouve que dès ce moment le parchemin n'était déjà plus seul en usage.
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nique concile ne nous a donné aucune mission de ce genre. Nous venons apporter ici des paroles de paix, et non recevoir des cédules. Le révérendissime Jean est prié de se rendre au sein de la vénérable assemblée. C'est tout ce que nous avons à lui faire savoir. — Attendez, nous dit alors l'archidiacre. Je vais transmettre vos paroles au révérendissime évêque. — A son retour, il nous présenta le même papier que nous refusâmes de prendre. Ne nous adressez plus d'autres messages, nous dit-il. De notre côté nous ne vous enverrons aucun document. Puisque, de part et d'autre, nous en avons référé à l'empereur, attendons les ordres qu'il lui plaira de nous donner. — Écoutez, répondîmes-nous, les paroles du saint concile. — Mais comme nous parlions ainsi, il se retira précipitamment, et dit : Vous refusez ma cédule, je ne veux point entendre vos paroles. — Nous tournant alors vers Asphalius et le prêtre Alexandre, qui s'étaient tenus à nos côtés, nous leur dîmes : Le saint concile n'a que des sentiments de charité à l'égard du patriarche. Le révérendissime Jean a déjà refusé de se soumettre à deux citations canoniques. En conséquence, il est provisoirement suspendu de toutes les fonctions épiscopales. Le concile l'informe que, s'il n'obéit point à cette troisième monition, les poursuites juridiques commenceront contre lui. Sous aucun prétexte, il ne pourra arguer d'une prétendue ignorance. Après avoir ainsi parlé, nous quittâmes ces prêtres. — Le saint concile ayant entendu ce rapport, rendit le décret suivant : Les outrages du patriarche d'Antioche contre le très-saint et vénérable Cyrille, contre notre frère et révérendissime collègue Memnon et contre le saint concile lui-même, sont désormais prouvés jusqu'à l'évidence. Dans un sentiment unanime de mansuétude sacerdotale, nous déclarons que ces injures ne laissent aucun ressentiment dans notre âme. Mais comme il convient de faire respecter les lois de l'Église, nous déclarons Jean d'Antioche et les quarante évêques de son parti suspendus de toutes fonctions ecclésiastiques et séparés de notre communion, jusqu'à ce que, revenant enfin à des sentiments plus dignes de leur vocation, ils rétractent leurs errements scandaleux 1. » Le décret fut souscrit par
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1 Labbe, Concd., lom. III, col. 655-670.
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p99 CHAP. I. CONCILE D-ÉMÈSE IIIe CECUMÊÏÏlOUE.
les trois légats du saint siège, et l'assemblée se sépara. L'historien doit constater ici avec regret que Théodoret de Cyr figure parmi les partisans de Jean d'Antioche que la mesure atteignait, et que les actes désignent chacun en particulier par son nom et son titre épiscopal.
49. La sixième et la septième session tenues, l'une le 22, l'autre le 31 juillet, furent employées à des règlements particuliers. On y reçut l'abjuration de vingt évêques quartodécimans, et l'on condamna une profession de foi entachée de pélagianisme et de nestorianisme, qui se débitait en Orient sous le nom de Théodore de Mopsueste. Cet évêque, mort depuis quelques années, n'avait pas jugé à propos de signer ce document. Le concile se borna à proscrire la doctrine, sans désigner l'auteur. Les prétentions du patriarche d'Antioche au droit de juridiction sur les évêchés de Chypre furent soumises à la délibération des pères et déclarées abusives. Enfin, Juvénal de Jérusalem revendiqua la primatie métropolitaine sur l'évêque de Césarée. Sa requête fut écartée par saint Cyrille, qui fit remarquer avec juste raison que l'évêque de Césarée n'étant point venu au concile et ne pouvant défendre ses droits, les canons s'opposaient à ce qu'on portât une décision quelconque en l'absence des parties intéressées. Au fond, le prétendu droit de Juvénal était sinon absolument nul, au moins fort douteux. L'honnête prétexte qui lui fut opposé ne calma point l'ambition de ce patriarche. Il ne cessa jusqu'à sa mort de poursuivre ses présomptueuses tentatives1.
50. On eût pu croire que le nestorianisme, condamné définitivement par un concile œcuménique de plus de deux cents évêques, en présence des légats du saint siège, à l'unanimité des suffrages, en pleine liberté et dans toutes les conditions possibles de légitimité canonique, était pour jamais abattu. Quarante évêques orientaux protestaient seuls, avec Jean d'Antioche, contre la décision. Encore faut-il dire que la plupart de ces prélats n'hésitaient point à reconnaître à la sainte Vierge le titre de mère de Dieu. Sauf quelques
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1 Labbe, Concil., torn. 111, col. 671-690, 787-809.
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exaltés, comme Dorothée de Marcianopolis, lequel déclarait qu'on lui couperait plutôt le poing que de le faire signer cette proposition, la majorité était favorable au dogme catholique. Théodoret de Cyr ne faisait nulle difficulté de proclamer très-haut sa croyance orthodoxe. Mais les questions de personnes, les ressentiments de l'amour-propre froissé, la surexcitation produite par les calomnies qui se répétaient sans contradicteurs et s'exagéraient par leur divulgation même, tous ces motifs malheureusement trop humains réunissaient autour du patriarche d'Antioche un groupe d'autant plus obstiné qu'il était moins nombreux. Nestorius avait fini par n'être plus compté pour rien, au milieu d'une faction qui s'était primitivement formée pour le défendre. Les Orientaux ne l'appelaient même pas à leurs réunions; ils écrivaient à l'empereur qu'ils ne songeaient point à le rétablir sur son siège et qu'ils détestaient son hérésie. En revanche, ils maintenaient énergiquement la sentence de déposition prononcée par eux contre saint Cyrille et Memnon d'Éphèse, déclarant que jamais ils ne consentiraient à renouer des relations avec un tyran comme Memnon, ou un hérétique comme saint Cyrille. Cette note d'hérésie infligée à l'illustre alexandrin tombait particulièrement sur les fameux anathématismes dont nous avons parlé plus haut 1. Théodoret de Cyr, André de Sa-mosate, Rabbula d'Edesse ne se lassaient pas de protester de vive voix et par écrit contre les prétendues erreurs des anathématismes. Ils y trouvaient condensée, disaient-ils, toute la pernicieuse doctrine des ariens et des apollinaristes. Dans ce conflit, Nestorius, délaissé de ses propres partisans, commençait à entrevoir l'avenir qui lui était réservé. Une lettre qu'il adressait à cette époque au clarissime Scholasticus, est empreinte d'une mélancolie profonde et d'un véritable découragement. « Je ne refuse point, disait-il, de donner à Marie le titre de mère de Dieu, parce que l'homme qui est né d'elle fut plein de la divinité à laquelle il était indissolublement uni. Au reste, je ne voulais en tout ceci que le progrès de la foi et le triomphe de la vérité. Si ma personne devient un obstacle, je
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1 Cf. pag. 48 de ce volume.
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p101 CHAP. I. — CONCILE D'ÉrUÈSE IIIe ŒCUMÉNIQUE.
suis prêt à donner ma démission, et ne demande qu'à me retirer en paix au sein d'un monastère 1. »
51. Sincères ou non, les sentiments exprimés par l'hérésiarque prouvent au moins que sa situation devenait de jour en jour plus critique. Le dénoûment ne devait pas tarder. Des violences nouvelles allaient amener enfin une solution plus heureuse qu'on ne la pouvait prévoir. Au commencement du mois d'août, le comte Jean, l'un des chefs de la chancellerie impériale, arriva à Éphèse, chargé de notifier aux deux partis les volontés de son maître. Il était porteur d'un message adressé par Théodose le Jeune « à Célestin et aux autres revérendissimes évêques réunis en concile œcuménique. » Cette suscription au pape saint Célestin, représenté à Éphèse par ses légats, est un fait remarquable et que nous notons en passant. Du reste, nul ne connaissait la teneur des instructions dont le haut fonctionnaire avait été muni à son départ de la cour. Son arrivée produisit une sensation immense dans la cité d'Éphèse. Nous allons reproduire le récit détaillé qu'il expédia le lendemain à l'empereur, pour lui rendre compte de la manière dont il avait exécuté ses ordres. « J'ai trouvé, dit-il, toute cette ville bouleversée par les entreprises de Cyrille et de Memnon. Le soir même de mon arrivée, je fus rendre visite aux revérendissimes évêques. La division qui règne entre les deux partis ne me permit pas de les voir rassemblés. Je leur fis notifier à tous d'avoir à se présenter le lendemain matin, dès la première heure, à l'hôtellerie [diversorium) où je suis descendu. Leur animosité les uns contre les autres est arrivée à un véritable degré d'exaltation, sans que j'aie pu encore en deviner le motif. Je dus prendre des mesures pour que l'audience ne dégénérât pas en émeute. Le lendemain, dès l'aube, Nestorius entrait chez moi avec le révérendissime Jean d'Antioche. Cyrille arriva quelques instants après, ainsi que les autres évêques, à l'exception de Memnon qui ne parut pas. Quand tous furent réunis, je voulus donner lecture de votre divin message. Mais, en ce moment, un tumulte effroyable s'éleva
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1. Labbe, Concil., tom. III, pag. 717.
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dans l'assemblée. Les partisans de Cyrille disaient qu'il leur était impossible de prendre part à une délibération commune avec Nestorius, lequel était, suivant eux, frappé d'anathème et exclu de leur communion. Ceux de la faction de Nestorius soutenaient, de leur côté, que Cyrille était un hérétique, un excommunié. Mes efforts pour ménager une conciliation furent inutiles. Mon embarras était extrême ; je l'avoue franchement à votre majesté, car je ne veux rien dissimuler près d'elle. Je me déterminai donc à faire séquestrer [sequestratis) simultanément Nestorius et Cyrille. Après quoi, je lus au synode la lettre sacrée où votre divinité ordonne de faire exécuter la sentence de déposition prononcée contre les deux patriarches de Constantinople et d'Alexandrie et contre l'évêque d'Éphèse 1. La faction des Orientaux accueillit avec applaudissements cette décision ; mais les partisans de Cyrille protestèrent par les plus vives clameurs. Je passai outre et je remis la garde de Nestorius à l'illustrissime comte Candidien, dont le dévouement et les sages conseils m'ont été fort utiles en toute cette affaire. Quant à Cyrille, je le fis emmener par le préposé de la quatrième cohorte, le comte Jacobus. Memnon, comme je l'ai noté plus haut, n'avait point comparu. Je lui dépêchai un officier, un licteur et l'un des archidiacres d'Éphèse, pour lui notifier le décret impérial qui le déposait de toutes fonctions ecclésiastiques. Il répondit à cette communication en protestant qu'il subirait plutôt la mort que d'abandonner le gouvernement de son église. Je crois que les biens ecclésiastiques lui tiennent à cœur plus que tout le reste. Ces préliminaires ainsi réglés, je me transportai à la basilique, afin d'y assister aux prières solennelles. Ensuite, comme je
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1 Telle était en effet la teneur des lettres remises par Théodose le Jeune à son secrétaire, le comte Jean. (Voir cette sacra reproduite en entier, Labbe, Concil., tom. III, col. 72-2.) Pour continuer jusqu'au bout son rôle d'équivoques et de fourberies, le vieil Acace de Bérée, âgé alors de cent dix ans, et retenu par ses marmites dans son diocèse, avait écrit de sa main à Théodose le Jeune, en le suppliant, pour le bien de l'Église et la paix générale, de maintenir comme valable et canonique la triple déposition de Nestorius, de saint Cyrille et de Memnon. La lettre impériale insistait sur ce conseil de l'hypocrite évêque, comme si c'eût été l'oracle d'un nouvel Élie.
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p103 CHAP. I. —• CONCILE d'ÉPIIÈSE III" ŒCUMÉNIQUE.
prévoyais que Memnon ne se tiendrait pas tranquille dans son palais épiscopal, je lui envoyai mon premier secrétaire pour savoir de lui s'il voulait, oui ou non, comparaître à mon audience. Mon étonnement fut grand de le voir en personne accourir près de moi. Il s'excusa de n'être pas venu le matin, sous prétexte qu'il avait été retenu par une indisposition. Je le fis arrêter, et le confiai au comte Jacobus, qui le garde à vue. Telle est la situation. Je vais maintenant travailler à réconcilier les deux partis. J'y ferai tous mes efforts. Mais en vérité, je ne puis comprendre d'où viennent leurs dissentiments, ou plutôt leur rage (rabium) les uns contre les autres. Quant à moi, il me suffit de l'approbation de votre majesté impériale, à laquelle j'aurai soin de mander tous les incidents qui pourraient survenir1.»
52. Voilà ce que produit l'immixtion du pouvoir civil dans controverses dogmatiques. Cette lettre du comte Jean est un des monuments les plus curieux et les plus instructifs en ce genre. Nestorius, Cyrille et Memnon furent donc incarcérés, ou, pour parler plus exactement, ils furent gardés à vue par des soldats dans leur demeure respective, car on ne les mit point en prison. Le choix de l'illustrissime comte Candidien comme geôlier de Nestorius nous rassure pleinement sur le sort de l'hérésiarque, son ami. Quant à saint Cyrille et à Memnon, la surveillance fut plus rigoureuse. Un poste fut établi dans leur chambre même. Jour et nuit ils se trouvaient en face de farouches gardiens qui les entouraient, le sabre nu. Et pourtant qui ne préférerait aujourd'hui la dure captivité de saint Cyrille à toutes les jouissances vaniteuses du magnifique comte Jean, son persécuteur ? Si l'histoire n'avait pas d'autre utilité, elle aurait du moins celle d'élever les caractères au-dessus des injustices du présent, par la perspective des jugements de la postérité. Saint Cyrille, dans son appartement qui lui servait de prison, passait le temps en prières, suppliant Dieu de prendre en pitié les maux de son Église. Les évêques catholiques, persécutés par le lieutenant impérial, eurent à subir les plus horribles vexa-
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1. Labbe, tom. III, col. 723, 724.
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p104 PONTIFICAT DE SAINT CÉLESTIN I (422-432).
tions. La plupart manquaient d'argent pour subvenir à leurs besoins, dans une ville étrangère, où, selon la coutume, les habitants faisaient payer leur hospitalité à un prix excessif. On leur signifia qu'ils n'auraient la permission de retourner dans leurs diocèses qu'à la condition préalable de souscrire la sentence de déposition contre saint Cyrille. « Nous mourrons tous, répondirent-ils; mais nous n'apostasierons pas ! » Un certain nombre d'entre eux succomba en effet aux privations et aux tortures morales qu'on leur infligeait. Jean et Candidien se croyaient maîtres de la position. Un souffle de l'Esprit divin renversa tous leurs projets. Saint Dal-matius, l'archimandrite de Constantinople, informé de ces attentats, réunit tout le clergé séculier et régulier de la capitale. Prêtres et religieux allèrent une seconde fois trouver l'empereur. Ils obtinrent que les deux partis enverraient à Chalcédoine une députation chargée d'éclairer la religion du prince. Ce nouvel ordre, immédiatement transmis à Éphèse, fut exécuté avec promptitude. Les Orientaux envoyèrent huit évêques de leur faction, sous la conduite de Jean d'Antioche et de Théodoret de Cyr. Les catholiques se firent représenter par deux légats du pape et six des métropolitains les plus considérables. Théodose le Jeune eut besoin de cinq audiences consécutives, pour voir se dissiper les préventions défavorables que la calomnie et les faux rapports de ses officiers entretenaient depuis si longtemps dans son esprit contre les orthodoxes. Enfin, il vit clair. Le 1er octobre 431, un édit impérial envoyait Nestorius en exil et rendait la liberté à saint Cyrille et à Memnon. Telle fut, après tant de labeurs, de souffrances et d'outrages, l'heureuse issue du concile d'Éphèse, IIIe œcuménique. Le retour des prélats dans leurs diocèses donna lieu à de véritables ovations. Saint Cyrille, en particulier, fut accueilli à Alexandrie comme un nouvel Athanase. Nestorius se retira près d'Antioche, dans le monastère où il avait passé les premières années de sa jeunesse. Il fut remplacé sur le siège de Constantinople par un ancien disciple de saint Chrysostome, le moine Maximianus, vénérable vieillard, dont le courage et la foi étaient à la hauteur de la situation. Le pape saint Célestin I applaudit à ce choix. II fallait en effet un
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p105 CHAP. I. — CONDAMNATION DU SEMI-PÉLAGIANISME.
homme de résolution et d'énergie, pour tenir tête au patriarche d'Antioche, qui persistait avec sa faction dans son attitude schismatique.