St Calliste premier et les Philisophumena 2

Darras tome 7 p. 579


   13. « Le temps s'écoula; Calliste subissait sa déportation dans l'île de Sardaigne, en compagnie d'autres martyrs, ceux-là véri­tables. Or, Marcia, favorite de Commode, et secrètement attachée au culte du vrai Dieu, voulut faire une bonne action. Elle manda le bienheureux Victor, qui était alors évêque de l'Église 2, et lui demanda la liste des martyrs relégués en Sardaigne. Victor lui remit tous les noms des exilés, mais sans faire mention de Calliste, dont il connaissait les méfaits. Marcia n'eut pas de peine à obtenir

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1 Pkilosophum., lib. IX, cap. xn.

2. Onta épiscopone tès Ecclésia. On remarquera, sous la plume d'un schismatique de l'an 222, ce titre significatif d’'Évêque de l'Église, donné au pontife romain.

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de Commode des lettres de rémission. Elle les confia à un eunuque du palais, le prêtre Hyacinthe 1, qui partit pour la Sardaigne, remit au gouverneur le décret impérial, et délivra les martyrs, à l'exception toujours de Calliste. Celui-ci, prosterné aux genoux d'Hyacinthe, le suppliait, en pleurant, de lui obtenir aussi sa grâce. Hyacinthe se laissa attendrir, et pria le gouverneur, présent à cette scène, de consentir à l'élargissement du captif, ajoutant qu'il avait élevé l'enfance de Marcia, et qu'il prenait sur lui-même la respon­sabilité de l'acte qu'il sollicitait. Le gouverneur ne fit pas d'ob­jections et Calliste fut mis en liberté. Il revint à Rome. Sa pré­sence ne pouvait être agréable à Victor, qui fut vivement affligé de ce retour: mais, dans sa miséricorde, cet évêque garda le silence. Toutefois, pour prévenir de scandaleuses réclamations, car les méfaits de Calliste étaient encore trop récents pour être oubliés, et d'ailleurs Carpophore ne cachait point son ressentiment contre lui, Victor fit partir Calliste pour Antium 2, et lui constitua une pension mensuelle pour son entretien. Après que Victor se fut endormi dans le Seigneur 3, son successeur, Zéphyrin, choisit Calliste pour lui confier l'administration du clergé 4. L'élévation

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' TaxCvBtjjTivicnâSovTi nfciëuTépw. Le vingtième canon apostolique [cf. tom. VI de cette Histoire, pag. 627) est ainsi conçu : Si quis humanâ violentia eunuchui factus est... et dignus est, efficitor episcopus. Telle était la condition du prêtre Hyacinthe. C'est donc avec raison que la version allemande a traduit le texte grec des Philosophumena par ces mots latins : Hyacintho cuidam evnucho presbytero, tandis que l'édition de Mgr Cruice a mal interprété ce passage, en le rendant ainsi : Seniori cuidam eunucho Hyacintho nomine.

2. Ancienne capitale des Volsques, aujourd'hui Porto d'Anzio, à cinquante kilomètres sud-ouest de Rome.

3. Me9' où y.oî[ir,5iv, post ejus dormitionem. C'est là une expression toute chrétienne que ni la version allemande, ni celle de Mgr Cruice n'ont respectée. Lu première traduit post ejus obitum ; la seconde paraphrase ainsi : Post autem Victoris mortem.

4. ÎÀivapâiJxvov oùtôv oywv wpoç r^v xatâiTocoiv ~.o\> x)ïjpoo. Littéralement : Con-sociatum eum statuens in gubernationem cleri. La version allemande a mal saisi le sens de ce passage qu'elle traduit ainsi : Consecutus eum socium et ministrum ad reprimendum clerum. L'édition de Mgr Cruice est ici plus exacte, elle porte : Sibi socium elegit ad res cleri gubernandas. Quoi qu'il en soit, nous avons ici uue mention formelle de l'antique institution du cardinal-vicaire, et par extension du cardinal-ministre.

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de Calliste devait être funeste à son bienfaiteur. Quoi qu'il en soit, il fut rappelé de sa résidence d'Antium, et reçut de Zéphyrin la direction de la Catacombe. Constamment obsédé par Calliste, qui ne le quittait jamais et l'accablait, ainsi que nous l'avons raconté plus haut, de ses soins hypocrites, Zéphyrin fut perdu. Il était à la fois incapable de discerner par lui-même la vérité et trop pré­venu pour soupçonner les desseins artificieux de Calliste, qui s'étu­diait à n'entretenir l'évêque que des choses agréables à ce der­nier. Quand Zéphyrin eut terminé sa vie, Calliste toucha enfin au but qu'il avait si longtemps pourchassé 1

 

14. « Il se hâta d'excommunier Sabellius comme hérétique. Cette mesure lui fut commandée par la crainte que je lui inspirais et par le désir de se justifier en face des Églises de l'accusation d'hé­térodoxie qui pesait sur lui. Imposteur et fourbe comme il l'était, il entraîna avec le temps les multitudes dans son parti. Cependant le venin d'erreur qu'il portait dans l'âme ne pouvait toujours rester ignoré. Il n'avait aucun sentiment orthodoxe; on eut dit qu'il avait honte de prononcer un mot de vérité. Il nous injuriait, dans les assemblées des fidèles, en nous répétant sans cesse : Vous êtes des Dithéoi (Dithéites). Enfin, pressé par les arguments de Sabellius, qui le poursuivait avec acharnement, et lui reprochait d'avoir trahi sa foi première, il fut contraint de formuler complètement son hérésie. Le Verbe, disait-il, est le même que le Fils. Avec le Père et l'Esprit il forme un seul et indivisible Dieu, distinct par les personnes et le nom. Le Père n'est pas un autre Dieu que le Fils; le Fils n'est pas un autre Dieu que le Père, mais un seul et même Dieu. L'Esprit divin qui remplit toutes les sphères supérieures et inférieures et qui a formé le corps du Christ dans le sein de la Vierge Marie n'est pas un autre Dieu que le Père; il est, avec lui, un seul et même Dieu. Voilà pourquoi Notre-Seigneur disait : « Ne croyez-vous donc point que je suis dans le Père

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1 Philosophum., lcc. cit. On admirera cette prétention de l'auteur schismatique et inconnu, qui ne veut point articuler qu'enfin Calliste est élu pape, et qui pourtant trouve le moyen de le faire comprendre, en glissant une nouvelle calomnie à l'adresse de l’ambitieux pontife.

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que le Père est en moi? » En tant qu'homme, le Fils est devenu visible, et l'Esprit qui résidait dans le Fils était un avec le Père. Car, ajoute-t-il, jamais je ne dirai qu'il y a deux dieux, savoir le Père et le Fils, mais je dis que le Père et le Fils sont un seul Dieu. Le Père, qui résidait dans le Verbe fait homme, a déifié la chair du Verbe, en sorte que le Père et Jésus-Christ sont un seul Dieu, et cette substance une ne saurait faire deux dieux. C'est seulement dans ce sens-là qu'on pourrait dire que le Père a compati avec le Fils sur la croix. — Car ce docteur, insipide mais rusé, pour éviter l'accusation de blasphème qu'on lui jetterait au visage, ne veut pas qu'on dise que le Père a souffert, ni qu'il est une même per­sonne avec le Fils 1. Et pourtant que de blasphèmes n'entasse-t-il point les uns sur les autres, sans rougir, tombant tantôt dans l'hé­résie de Sabellius, tantôt dans celle de Théodote ! Voilà comment ce charlatan a constitué une école de mensonge opposée à la véri­table Église. C'est lui qui le premier a donné ce noble encourage­ment aux concupiscences humaines, quand il a déclaré qu'il remet­tait tous les péchés ! En sorte que, dès qu'un chrétien professant une autre doctrine a eu le malheur de tomber dans quelque faute grave, on lui dit: Ne t'en inquiète pas. Vas à l'école de Calliste ! — C'est ainsi qu'un grand nombre de ces malheureux, troublés par les remords de leur conscience, après que nous les avions chassés nous-même de l'Église, sont allés remplir le didascalée de Calliste. Il a eu l'audace de décréter 2 que, quand même un évêque

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1 Inutile de faire remarquer au lecteur que ce résumé de la prétendue hé­résie de Calliste est l'exposition la plus rigoureusement catholique du dogme de la Sainte-Trinité, tel que la théologie nous l'enseigne et que l'Église l'a toujours cru.

2. Outoç èôoY|j.a-n<Ttv. C'est la même expression que nous trouverions dans le Liber Pontificalis, si nous en possédions encore le texte grec primitif, toutes les fois que la version latine porte : Hic constituit. Dès lors, que deviennent les objections de la vieille critique, qui disait que les papes de la primitive Église ne faisaient point de coustitutions ; que c'était là un terme inconnu à l'antiquité, et introduit pour les besoins d'une ambition envahissante, etc.? Que devient surtout la fin de non-recevoir que, sous ce prétexte, on opposait aux constitutions mentionnées par le Liber Pontificalis, par le Corpus juris canonici, et par le recueil auquel on était convenu de donner in globo le nom de Fausses Décrétales?

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aurait commis un péché mortel, ce n'est point une raison pour le déposer 1. Sous lui, on a vu ordonner des évêques, des prêtres, des diacres, qui avaient précédemment été mariés deux et même trois fois2. Parmi les clercs, s'il en est qui contractent un mariage, il les laisse à leur rang, comme s'ils n'avaient pas péché 3. Pour se justifier sur tout cela, il cite la parole de l'Apôtre : « Qui es-tu, pour te constituer juge d'un serviteur qui n'est pas le tien 4? » Selon lui, la parabole de l'ivraie doit s'appliquer à l'Église, et le mot de Notre-Seigneur : « Laissez l'ivraie croître avec le bon grain 5, » se rapporte aux pécheurs. Il prétend que l'arche de Noé, où les chiens, les loups, les corbeaux, tous les animaux purs et impurs vivaient pêle-mêle, était la figure de l'Église. De telles maximes plaisaient infiniment à ses auditeurs, qui se berçaient de ces déplorables illusions et entraînaient la foule à son didascalée. Encore aujourd'hui cette secte persévère. Elle grandit et se glo­rifie du nombre immense de ses adhérents, multipliés, hélas! par l'attrait des voluptés que le Christ a maudites. Au mépris de la loi divine, ils n'empêchent plus un seul péché, en se vantant de les remettre tous à ceux qui le demandent 6. Calliste a permis aux femmes qui ne veulent point avouer un mariage contraire aux convenances sociales d'épouser légitimement, quoiqu'en se-

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1 Telle est encore la doctrine de l'Église catholique.

2. Nous avons vu que les Canons apostoliques déclaraient inhabiles aux or­dres sacrés les hommes qui avaient successivement contracté deux, on trois alliances. Mais ce n'était là qu'une disposition disciplinaire, dont saint Calliste, comme tous les autres souverains pontifes, ont eu la faculté de relever par des dispenses légitimes.

3. Par l'inspection même du texte, il est clair qu'il s'agit ici de l'ordre inférieur de la cléricature, puisque, dans la phrase précédente, les divers degrés de l'ordre supérieur ont été énumérés.

4. Rom., xiv, 4. —5. Matth., xm, 30.

6. Ce témoignage, analogue à celui de Tertullien devenu montaniste contre le pape Zéphyrin, établit très-nettement le pouvoir d'absolution que l'Église et son chef visible exerçaient dès lors, comme ils l'exercent encore aujour­d'hui. Quant à l'énumération des désordres dont l'auteur voudrait faire re­monter la responsabilité à saint Calliste, le sophisme est le même que si nous disions aujourd'hui qu'en établissant le sacrement de pénitence pour remettre les péchés Notre-Seigneur Jésus-Christ s'est fait le complice de tous les pécheurs.

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cret, l'objet de leur indigne passion. C'est depuis lui qu'on a vu pénétrer, dans la société des fidèles, ces affreux désordres qui souillent le lit nuptial et tarissent les sources de la race humaine. Épouvantables sacrilèges où le meurtre s'allie à l'adultère ! Voilà pourtant ce qu'ils osent décorer du nom d'Église catholique ! Il se trouve des gens qui croient que c'est là une bonne administration! Ce fut sous Calliste que la première tentative des rebaptisants eut lieu 1. Voilà les prodiges de ce merveilleux Calliste. Son didascalée continue à garder de telles traditions et de telles mœurs, ne reconnaissant aucune distinction entre les pécheurs et communi­quant avec tous indifféremment. Du nom de leur porte-étendard, en appelle ces sectaires les Callistiens. Leur doctrine est répandue aujourd'hui par tout l'univers 1. »

 

   45. Tel est le récit des Philosophumena. On se souvient encore de la stupéfaction pleine de scandale qui accueillit, en 1851, cette calomnie posthume, jetée, après tant de siècles, à la mémoire d'un pape dont la critique prétendue officielle avait réduit l'histoire à deux dates, l'une d'avènement, l'autre de mort. Les ennemis de l'Église triomphaient dans toutes les langues de l'Europe savante, et retournaient contre la majesté du Siège apostolique toutes les injures amoncelées par l'auteur inconnu des Philosophumena contre un pontife martyr, dont le nom est inscrit au catalogue des saints,

dont la mémoire est honorée d'un culte public, et dont les reliques précieuses sont vénérées sur nos autels. Les amis de l'Église, ses enfants, ses ministres  consternés se demandaient pourquoi  la Providence, en permettant que la calomnie ressuscitât soudain des ténèbres de l'histoire, ne nous fournissait point en même temps les pièces authentiques de la justification. Car enfin, dans ce procès exhumé après un si long enfouissement, on ne retrouvait que le

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1 Nous verrons bientôt cette question du renouvellement du baptême prendre, à l'époque de saint Cyprien, des proportions considérables, et attirer sur ses fauteurs les sévérités des souverains pontifes. Du reste, l'auteur des Philosophumena ne dit point que Calliste fût partisan de cette réintégration du baptême. Il constate seulement que les premières tentatives de ce genre eurent lieu sous son pontificat.

2. Philosophum., édit. Migns, col. 3388, £&*■ Cruice, pag. 446.

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mémoire de la partie adverse. De l'illustre accusé, si étrangement mis en cause, il était convenu qu'on ne savait rien d'authentique, sauf le nom. Et pourtant ce nom, injustement dépouillé de tous les titres qu'il avait laissés dans l'histoire et que l'Église romaine lui maintenait, malgré la critique du XVIIe siècle, ce nom de Calliste avait gagné son procès, dans la lutte si ardemment engagée contre lui par l'auteur inconnu des Philosophumena. Les Callistiens sont aujourd'hui et n'ont jamais cessé d'être les catholiques. Ce qu'ils croyaient, nous le croyons encore ; leur fameuse hérésie contre la Trinité, qui révoltait l'auteur des Philosophumena, est le dogme catholique par excellence. Leur principe, que toutes les fautes sans exception sont remises par le sacrement de pénitence au pécheur repentant, est le principe évangélique dont l'Église ne s'est jamais écartée. Elle déclare aujourd'hui, comme Calliste en 220, qu'un péché mortel commis par un évêque ou un prêtre ne saurait entraîner sans autre motif la déposition de cet évêque ou de ce prêtre; parce qu'aujourd'hui, comme au temps de Calliste, les évêques et les prêtres sont des hommes pécheurs et non des anges impeccables. L'Église catholique, aujourd'hui comme au temps de Calliste, croit que le laïque veuf en premières, en secondes ou même en troisièmes noces, peut, s'il a la vocation, être admis aux ordres et devenir diacre, prêtre ou évêque. Elle permet, comme Calliste, aux autres clercs qui ne sont point engagés dans les ordres sacrés de contracter mariage. Elle enseigne, comme Calliste, que l'arche de Noé était la figure de l'Église; elle explique comme lui la parabole de l'ivraie ; elle redit à tous les calomnia­teurs et à tous les sectaires la parole de l'Apôtre : « Qui es-tu, pour te constituer juge d'un serviteur qui n'est pas le tien? » L'Église catholique admet aujourd'hui, comme au temps de Calliste, la légitimité d'un mariage régulièrement célébré et cependant tenu secret, pour des raisons particulières, ou par respect pour les con­venances sociales. Hélas! aujourd'hui, comme au temps de Cal­liste, « il se produit d'affreux désordres qui souillent le lit nuptial, et tarissent les sources de la vie humaine. Il se commet d'épou­vantables sacrilèges, où le meurtre s'allie à l'adultère. » L'auteur

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des Philosophumena le constatait, avec une indignation que nous partageons pleinement. Mais ces désordres que l'Église a toujours déplorés, le sectaire les rattachait, comme une conséquence fatale, au principe proclamé par l'Église, savoir que tous les péchés sans exception sont effacés par le sacrement de pénitence. C'est-à-dire que l'auteur des Philosophumena s'imaginait que la rédemption de Notre-Seigneur Jésus-Christ devait se limiter exclusivement aux justes et s'arrêter devant l'immense multitude des pécheurs. Il faisait du crime une barrière infranchissable au sang rédempteur. Calliste, au contraire, et l'Église avec lui, disaient, après saint Paul, que la grâce régénératrice surabondait, en proportion de la multi­plicité de nos fautes. Voilà pourquoi Calliste était bien réellement le chef légitime et le souverain pasteur de cette Église catholique, qui dilate ses entrailles de mère dans la proportion de la largeur divine de sa doctrine; tandis que l'auteur des Philosophumena n'é­tait qu'un schismatique. Quand plus tard nous essaierons de dis­siper le mystère dont il est encore entouré, et de dégager des limbes de l'histoire le nom qu'il n'a pas osé signer, on ne sera point surpris de reconnaître en lui le premier des antipapes.

 

16. Au double point de vue dogmatique et disciplinaire, toutes les accusations dirigées contre Calliste, par le pamphlétaire con­temporain , équivalent donc à la plus éclatante justification du pontife. Mais, à d'autres égards, la découverte des Philosophumena a rendu à l'histoire de l'Église romaine et du siège apostolique un service signalé, et tel fut sans doute le véritable dessein de la Providence, en permettant de nos jours la réapparition subite d'un ouvrage si longtemps inconnu. Désormais, il n'est plus possible de nier qu'en l'an 222 de notre ère les pontifes romains portaient le titre d'Évêques de l'Église, laquelle avait déjà son glorieux surnom de Catholique; qu'ils rendaient des décrets obligatoires pour l'uni­versalité des fidèles ; qu'ils exerçaient ainsi une autorité souveraine en matière de foi, de discipline et de culte, non-seulement dans le cercle de Rome ou des régions occidentales, mais, ainsi que le dit formellemnent l'auteur non suspect des Philosophumena, « par tout l'univers. » Les prérogatives du pontificat romain et son influence

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étaient, dès cette époque, si considérables qu'elles provoquaient les efforts des âmes les plus ambitieuses. L'auteur des Philosophumena s'était laissé séduire par cette perspective et il accuse Calliste d'en avoir fait autant. En ce qui touche la question spéciale de l'hagio­graphie, il est incontestable que les pontifes romains tenaient un catalogue exact des confesseurs et des martyrs. Quand Marcia veut connaître le nom des chrétiens déportés en Sardaigne, c'est le pape saint Victor I qui lui en remet la liste. Cet incident, rappelé au courant de la plume par l'auteur des Philosophumena, constitue une note indirecte, mais réelle, d'authenticité pour le Martyrologe ro­main et le Liber Pontificalis. Sous le rapport hiérarchique, il serait difficile d'imaginer rien de plus net et de plus précis que la distinc­tion des évêques, des prêtres, des diacres et des simples clercs, mentionnée à diverses reprises par l'auteur des Philosophumena. On trouve en action, dans son récit, la législation de l'Église, telle que les Constitutions et les Canons apostoliques nous l'avaient fait connaître. Par surcroît, les honneurs dont Zéphyrin décorait son ministre Calliste et qui arrachaient le cri désespéré de l'envie à l'auteur des Philosophumena, nous montrent, en l'an 215, un car­dinal-vicaire à côté d'un pontife martyr. Nous n'insistons pas sur l'hommage à la «Vierge Marie » rendu en passant par le théolo­gien hérétique, qui croyait que l'Esprit-Saint, vertu du Très-Haut, couvrant de son ombre le grand mystère de l'Incarnation, était un Dieu autre que le Père, comme le Père était un Dieu autre que le Fils. Mais nous ne saurions nous empêcher de signaler au pro­testantisme la déclaration explicite en faveur du célibat ecclésias­tique obligatoire, en 220, que nous apportent les Philosophumena. L'antipape s'indigne que Calliste ait l'audace de promouvoir à l'épiscopat, au sacerdoce, ou au diaconat, non pas des hommes mariés, mais des veufs ; il s'indigne que Calliste autorise de sim­ples clercs, c'est-à-dire des tonsurés, des portiers, des lecteurs, des exorcistes, des acolythes à contracter mariage. Comment oser nous dire maintenant que la loi du célibat ecclésiastique est une invention des papes du VIIIe ou du IXe siècle, et que les évêques mariés, dont la cendre repose à Westminster, étaient les dignes

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représentante de l'épiscopat primitif? Enfin, dernier et non moins précieux bienfait que nous devons à la découverte des Philosophu-mena, les Epîtres de saint Calliste qu'on s'accordait à reléguer parmi les Fausses décrétales, reprennent, par voie de conséquence, indirecte il est vrai, mais logiquement incontestable, le double ca­ractère de véracité et d'opportunité dont on croyait les avoir dé­pouillées. Cett nouvelle déconvenue de la critique rejaillit comme une éclatante confirmation sur le Corpus juris canonici et sur le Liber Pontificalis. En présence de tels résultats, nous avons béni, du fond du cœur, la réapparition du livre de l'hérésiarque et schismatique auteur des Philosophumena.

 

   17. Les calomnies, les outrages, les injures qu'il vomit contre Calliste, dans la partie biographique de son pamphlet, ne sauraient jamais produire tant de mal que les hommages rendus par lui à tout un ensemble de vérités historiques, obstinément répudiées par la critique et par les protestants modernes, ne feront de bien. Examinons cependant ce roman de la  vie de Calliste, raconté par le plus acharné de ses ennemis. Et  d’abord le pamphlétaire a survécu au Pape ; il nous le dit lui-même. Pourquoi donc le pamphlétaire ne dit-il pas un mot de la mort de ce Pape prétendu hérétique? C'est que cette mort fut un glorieux martyre; et l'auteur des Philo­sophumena se garde bien de faire la moindre allusion à un fait qui renverserait toute sa thèse. Donc, d'après le pamphlétaire, Calliste eût fait partie, dans sa jeunesse, de la domesticité de Carpophore, un des courtisans de Marc-Aurèle. Nous insistons sur ce terme de « do­mesticité » oixétès auquel les deux versions latines des Philosophu­mena ont donné le sens exagéré « d'esclave, » et qu'elles ont traduit par le mot servus. Or, le terme grec qui signifie «esclave» est doulos. Si véritablement Calliste fût né dans la servitude, ou qu'il en eût subi plus tard la flétrissure, l'auteur des Philosophumena l'eût dit nettement, lui qui ne se fait pas faute de traiter le pontife suprême de « charlatann, » de « fourbe, » « d'artisan de crimes, » de «ban­queroutier, » de « scélérat. » Le quatre-vingt-unième Canon apos­tolique nous a déjà appris que l'esclavage n'était point une cause ra­dicale d'exclusion des ordres sacrés, pourvu toutefois qu'au préala-

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ble le maître eût solennellement affranchi son esclave. Or, si Calliste eût été l'esclave de Carpophore, il n'eut pu être admis aux ordres qu'avec l'agrément de ce dernier; mais, dans le roman des Philosophumena, Carpophore ne montre point vis à vis de Calliste des dispositions assez favorables pour supposer qu'il se fût prêté jamais à un arrangement de ce genre. Ce qui a trompé les traducteurs latins, c'est qu'après la tentative d'évasion de Calliste à Ostie, Carpophore le ramène à Rome et l'envoie tourner la meule, travail évidemment servile. Mais, sous la législation romaine, le débi­teur insolvable, le dépositaire infidèle, devenait la chose du créan­cier, jusqu'à l'entier acquittement de sa dette. La preuve, c'est que, dans le pamphlet, les chrétiens qui intercèdent près de Carpophore promettent à ce dernier qu'il rentrera dans ses fonds. Quand ils ont obtenu la faveur qu'ils demandent, Calliste n'est point traité en esclave, portant la chaîne dans l’ergastulum. On le surveille, comme aujourd'hui encore on surveille un débiteur pour l'empêcher de fuir à l'étranger, mais il reste libre de ses mouvements dans l'in­térieur de Rome. Il sort pour ses affaires, et l'auteur des Philosophumena, qui n'eût pas demandé mieux que de faire passer Callisie pour un esclave, est obligé d'en convenir. Au tribunal de Fuscianus Carpophore ne revendique point Calliste comme son esclave, mais comme son débiteur. Écartons donc cette qualification d'esclave, due à l'inexactitude des traducteurs, et qui n'est point dans le texte des Philosophumena. II y reste assez d'autres injures, sans le sur­charger gratuitement de celles qui n'y sont pas.

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