10 La voie purgative

  10 La voie purgative

 

……. pourquoi donc ceux qui servent Dieu et veulent l'honorer laisseraient-ils cet exercice ? En vérité, je ne saurais le comprendre, à moins qu'ils ne veuillent augmenter la peine que procurent les travaux de la vie et fermer à Dieu la porte afin de l'empêcher de leur donner sa consolation. Oui, je les plains, car ils servent Dieu à leurs dépens. Si, au contraire, ils s'adonnent à l'oraison, c'est le Seigneur lui-même qui fait tous les frais. En échange d'un peu de peine, il leur donne des consolations qui les aident à supporter les épreuves.

   …… Je dirai seulement que ces faveurs insignes dont le Seigneur m'a comblée, ne viennent que par l'oraison……. car s'il veut venir prendre ses délices dans une âme et la combler de ses consolations, il n'y a qu'un moyen: il faut que l'âme soit seule, pure et désireuse de le recevoir. Si nous mettons une foule d'obstacles à sa venue, et si nous négligeons absolument de les faire disparaître, comment viendra-t-il à nous ? Comment voulons-nous alors qu'il nous fasse de grands dons ?

…… Je dirai donc quelle batterie le démon dresse contre une âme pour la gagner, ainsi que les

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 P86   VIE    ÉCRITE    PAR    ELLE-MÊME

 

artifices et la miséricorde dont le Seigneur use pour la rappeler à lui. ……. Avant tout, ce que je demande, ……… c'est que l'on s'éloigne des dangers. Dès qu'on s'y trouve, il n'y a plus de sécurité; nous avons alors une foule d'ennemis pour nous combattre, et nous sommes très faibles pour nous défendre.

   Je voudrais pouvoir retracer l'état de captivité où se trouvait mon âme à cette époque. Je voyais bien qu'elle était captive, mais je ne parvenais pas à comprendre en quoi elle l'était. Je ne pouvais, non plus,  croire entièrement que des choses qui ne m'étaient pas complètement défendues par mes confesseurs,   fussent aussi graves que me le reprochait ma conscience. L'un d'eux que j'allai consulter sur mon scrupule me répondit que, quelle que fût la sublimité de la contemplation où j'étais élevée, je ne pouvais souffrir aucun dommage de toutes ces occasions dangereuses et de ces entretiens avec le monde. C'était dans les derniers temps où, par la grâce de Dieu, je m'éloignais davantage des grands dangers, sans pourtant en quitter entièrement l'occasion. Mes confesseurs considéraient mes bons désirs et le temps que je consacrais à l'oraison. Il leur semblait que je faisais beaucoup. Mais mon âme comprenait qu'elle ne répondait point aux obligations que lui imposaient tant de bienfaits reçus. Je la plains aujourd'hui de tout ce qu'elle a souffert, du peu de secours qu'elle trouvait de toutes parts, excepté du côté de Dieu, et de la grande latitude qu'on lui donnait pour des passe-temps et les joies du monde en lui disant que c'était permis.

   Un tourment pour moi qui n'était pas petit, c'étaient

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CHAPITRE       HUITIÈME

 

les sermons. J'aimais tellement à les entendre que si je voyais un prédicateur unir la flamme du zèle au talent, je lui portais une particulière estime. …….  D'un côté, les sermons étaient une joie pour moi : de l'autre, ils étaient aussi un tourment. J'y reconnaissais, en effet, que je n'étais pas sous beaucoup de rapports ce que je devais être. Je suppliais le Seigneur de me venir en aide, mais d'après ce qui me semble maintenant, j'avais le tort de ne pas mettre toute ma confiance en Sa Majesté et de ne pas me défier absolument de moi-même. Je cherchais un remède à mon tourment. Je faisais des diligences actives pour le trouver, mais je ne comprenais pas, sans doute, que tous nos efforts servent de peu, tant que nous ne bannissons pas toute confiance en nous-même pour nous reposer entièrement en Dieu. Je désirais vivre, car je voyais bien que ce n'était pas vivre que de lutter sans cesse contre une sorte de mort. Je n'avais personne pour me donner la vie, et je ne pouvais me la procurer moi-même.   Celui qui le pouvait, avait bien raison de ne pas venir à mon secours; tant de fois il m'avait ramenée à Lui, et je l'avais toujours abandonné !

(Vie écrite par elle-même p.85-87)

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon