22 Voie unitive

   Je dis cela pour que l'on sache bien que celui qui veut toujours s'appuyer sur son habileté et sur son raisonnement naturel pour monter vers Dieu, ne sera pas très spirituel ; car il y en a quelques-uns qui s'imaginent arriver aux forces et à la hauteur de l'esprit surnaturel par la seule force ou activité des sens ; or le sens, étant par lui-même très bas et purement naturel, n'y parviendra pas ; pour arriver à cette hauteur, il faut faire abnégation du sens corporel et de ses opérations et les laisser à part. Il en est autrement quand l'effet spirituel rejaillit sur les sens; car dans ce cas il peut se faire qu'il s'agisse d'une surabondance de spiritualité, ainsi que nous l'avons montré quand nous avons parlé des plaies dont la vertu intérieure se manifestait à l'extérieur. C'est le phénomène qui se produisit en saint Paul ; le sentiment intérieur qu'il éprouvait des douleurs du Christ était si vif qu'il les ressentait jusque sur son corps, ainsi qu'il le déclare aux Galates en ces termes : Je porte en mon corps les stigmates de mon Seigneur Jésus.

   Mais nous avons assez parlé de la brûlure et de la plaie. Dès lors qu'elles sont telles que nous venons de les dépeindre, quelle ne sera pas, je le demande, la main qui produit cette brûlure ! et la touche elle-même que ne sera-t-elle pas ! L'âme le montre dans le vers suivant, mais c'est plutôt par une exclamation que par une explication : Le voici :

0 douce main, ô touche délicate !

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1.Sag. IX, 15.

2.Gal. VI, 17.

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P954   LA    VIVE   FLAMME   D'AMOUR

 

   Cette main, avons-nous dit, symbolise le Père Éternel qui est plein de miséricorde et tout-puissant. Nous devons savoir que si elle est aussi généreuse et libérale que puissante et riche, les dons qu'elle accordera quand elle s'ouvrira pour les répandre dans l'âme seront riches et puissants. Voilà pourquoi elle l'appelle une douce main. C'est comme si elle disait : 0 main, que vous êtes douce à mon âme ! vous la touchez d'une manière si délicate pour la raffermir, quand vous n'auriez qu'à vous appesantir tant soit peu pour anéantir l'univers tout entier, car devant un seul de vos regards la terre tremble1 ; les nations se désagrègent et périssent, les montagnes tombent en ruines2. O douce main, dirai-je encore ! si vous avez été dure et pleine de rigueur pour Job4, en le touchant d'une manière tant soit peu rude, vous vous êtes montrée d'autant plus affectueuse et suave pour moi que vous avez été rude pour lui ; c'est avec amour, avec délicatesse et suavité que vous donnez d'une manière permanente une touche à mon âme ! C'est vous qui donnez la mort et qui donnez aussi la vie ! personne ne peut se soustraire à votre main. Mais vous, ô vie divine, vous ne donnez jamais la mort que pour donner la vie ! vous ne blessez jamais que pour guérir. Quand vous châtiez, vous touchez doucement et cela suffirait pour détruire l'univers ; quand vous caressez, c'est avec l'intention bien ferme de continuer, aussi les délices de votre douceur sont-elles innombrables ! Vous m'avez blessée pour me guérir1, Ô divine main ! Vous avez détruit en moi ce qui me tenait dans la mort, j'étais alors privée de cette

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1. Ps. cm, 32.

2.Habac. III, 6.

3.Job, XIX, 2i.

4.Deut. XXXII, 39.

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P955   STROPHE  DEUXIÈME

 

vie de Dieu en qui je me vois vivre maintenant! Cette faveur, je la dois à l'extrême libéralité de votre grâce à mon égard quand vous m'avez fait sentir la touche de Celui qui est la splendeur de votre gloire, et la figure de votre substance1, votre Fils unique. C'est par lui, puisqu'il est votre sagesse, que vous atteignez avec force d'une extrémité à l'autre2. Aussi ce Fils unique, votre Fils, ô main miséricordieuse du Père, est lui-même la touche délicate à l'aide de laquelle vous avez produit avec force en moi la brûlure et la plaie dont nous parlons.

0 plaie délicieuse !

(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 953-955)

 

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