(l'Esprit-Saint) ; en lui elle vit d'une
---------------
I. Ephés. IV, 22-24.
=================================
P969 STROPHE DEUXIÈME
vie d'amour, car, par suite de l'union, sa volonté et celle de l'âme n'en font plus qu'une. La mémoire, qui d'elle-même ne percevait que les images ou représentations des créatures, est transformée par cette union de l'âme avec Dieu et ne songe plus qu'aux années éternelles dont parle David1. Quant aux tendances naturelles, elles n'avaient d'aptitude et de force que pour jouir de la créature qui donne la mort. Mais maintenant qu'elles sont changées, elles trouvent leur goût et leurs délices dans le divin, leur action comme leur satisfaction procède d'un autre principe qui leur communique une vie plus haute, ce sont les délices mêmes de Dieu, car elles lui sont unies ; aussi ces tendances sont toutes divines. Enfin tous les mouvements, toutes les opérations et inclinations que l'âme tenait précédemment du principe et de la force de sa vie naturelle sont, par le fait de son union avec Dieu, changés en actes divins ; après être morts à ce qu'il y avait de naturel en eux, ils sont vivants en Dieu. L'âme, en tant que vraie fille de Dieu, est guidée maintenant par l'Esprit-Saint, comme l'enseigne saint Paul en ces termes : Ceux qui sont dirigés par l'Esprit de Dieu sont enfants de Dieu2. Ainsi donc, d'après ce qui a été dit, l'entendement de cette âme est l'entendement de Dieu, sa volonté est la volonté de Dieu ; sa mémoire est la mémoire éternelle de Dieu ; ses délices sont les délices de Dieu. Sa substance n'est pas la substance de Dieu parce qu'elle ne peut pas se transformer substantiellement en lui ; néanmoins, dès lors qu'elle lui est unie et qu'elle est absorbée en lui, elle est Dieu par participation. Voilà ce qui s'accomplit dans cet état parfait de la vie spirituelle, bien que ce ne soit pas au même point
--------------
1.Ps. LXXVI, 6.
2. Rom. VIII, 14.
=================================
P970 LA VIVE FLAMME D'AMOUR
que dans l'autre vie. De la sorte, l'âme est morte à tout ce qu'elle était par elle-même, ce qui était, d'ailleurs, une mort pour elle, et elle vit maintenant de la vie de Dieu en elle ; aussi est-ce à juste titre que, parlant d'elle-même dans le vers suivant, elle s'écrie:
Vous donnez la mort, et vous changez la mort en vie!
Voilà pourquoi l'âme peut très bien s'appliquer ici la parole de saint Paul : je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi1. Ainsi ce qui était la mort de cette âme se trouve changé en vie de Dieu. Mais cette autre parole du même Apôtre lui convient également bien : La mort a été absorbée dans la victoire2. Il faut en dire autant de celle du prophète Osée, qui dit au nom du Seigneur lui-même : O mort, je serai ta mort3. Voici la signification de ces paroles : Moi qui suis la vie, je suis une mort pour la mort, et la mort est absorbée dans la vie ; de la sorte, l'âme est absorbée dans la vie divine, elle devient étrangère à tout ce qui est de ce monde ou temporel comme à ses tendances naturelles ; elle est introduite dans les appartements secrets du Roi. Là, elle se réjouit et tressaille d'allégresse dans son Bien-Aimé, et, trouvant le lait qui coule de ses mamelles supérieur au vin le plus exquis, elle s'écrie : Si je suis noire, néanmoins je suis belle, ô filles de Jérusalem, car ma noirceur s'est transformée en la beauté du Roi des cieux4. Dans cet état de vie si parfaite, l'âme ne cesse d'être comme en fête intérieurement et extérieurement ; de plus, son esprit, qui est pénétré de la connaissance de cet heureux état, goûte presque cons-
--------------
1. Gal. II, 20.
2.I Cor. XV, 54.
3. Osée XIII, 14.
4. Cant. I, 4-6.
=================================
P971 STROPHE DEUXIÈME
tamment une telle jubilation divine qu'elle chante un cantique pour ainsi dire toujours nouveau, rempli d'allégresse et d'amour. Quand, parfois, elle est enivrée de joie et de délices, elle chante dans son esprit ces paroles de Job : Ma gloire se renouvellera sans cesse, et, comme le palmier, je multiplierai mes jours1. C'est comme si elle disait : Dieu qui en soi demeure toujours le même et renouvelle toutes choses, comme dit le Sage, se trouvant toujours uni à moi dans ma gloire, renouvellera toujours ma gloire ; en d'autres termes, il ne la laissera pas vieillir ni retourner à son état précédent. Je multiplierai mes jours comme le palmier, c'est-à-dire je multiplierai mes mérites qui monteront vers le ciel, comme le palmier qui y dirige ses branches. Les mérites de l'âme en cet état sont généralement très grands par le nombre et la qualité, elle fait habituellement monter de son esprit vers Dieu tout ce que David exprime dans le psaume XXIX qui commence par ces mots : Je vous louerai, Seigneur, parce que vous m'avez accueilli ; mais, en particulier, les deux derniers versets que voici : Vous avez changé mon chagrin en délices, et après avoir déchiré le sac sous lequel je pleurais, vous m'avez fait un vêtement de joie, afin que ma gloire vous chante et que je ne sois plus dans les larmes, Seigneur, mon Dieu, c'est éternellement que je célébrerai vos louanges2.
Il ne faut pas nous étonner si l'âme revient à tout instant sur ces paroles de joie, de jubilation, de jouissance et de louanges qu'elle adresse à Dieu. Elle connaît avec évidence les grâces qu'elle en a reçues; elle le voit, en outre, tout appliqué à la réjouir par des paroles éminemment précieuses, délicates, et pres-
----------
1.Job, XXIX, 20.
2.Ps. XXIX, 12-3.
=================================
P972 LA VIVE FLAMME D'AMOUR
santes, à l'enrichir de faveurs toujours nouvelles ; il lui semble même que Dieu n'a pas d'autre âme en ce monde à qui il puisse procurer ses délices, qu'il n'a pas autre chose à faire et qu'il se donne tout entier à elle seule. Telle est l'impression qu'elle ressent; aussi elle la confesse hautement et elle chante comme l'Épouse des Cantiques: Mon Bien-Aimé est à moi, et je suis à lui1.
---------------
I. Cant. II, 6,
(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 968-972)