47 Voie unitive

XVII

 

   Revenons maintenant à notre sujet. Nous parlions de profondes cavernes des puissances de l'âme. Nous disions que la souffrance de l'âme est ordinairement très grande lorsque Dieu commence à l'oindre et à la disposer à l'union avec lui, par les onctions les plus sublimes de l'Esprit-Saint. Ces onctions sont déjà tellement subtiles et délicates qu'elles pénètrent jusqu'au plus intime de la substance même de l'âme ; elles la disposent à l'union et lui procurent tant de saveur que les souffrances et défaillances que lui causent leurs désirs et le vide immense de ces cavernes sont en quelque sorte sans borne. Mais, remarquons-le bien, si les onctions qui disposaient ces cavernes de l'âme à l'union du mariage spirituel avec Dieu étaient d'un ordre aussi élevé que nous l'avons dit, quelle ne

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 P1024   LA    VIVE   FLAMME   D'AMOUR

 

sera  pas   la   possession   elle-même   d'intelligence, d'amour et de gloire dont jouissent déjà dans l'union avec Dieu l'entendement, la volonté et la mémoire ? Il n'en faut pas douter, la satisfaction, le rassasiement et les délices de ces cavernes sont en proportion de la faim et de la soif qu'elles ont endurées ; il y a une conformité parfaite entre la délicatesse des dispositions de l'âme et la perfection avec laquelle elle possède ces faveurs et les ressent. Par sens de l'âme, on entend ici la vertu et la force que sa substance possède pour sentir les objets de ses puissances spirituelles et en jouir ; c'est d'ailleurs par elles qu'elle arrive à goûter la sagesse, l'amour et les connaissances qui lui viennent de Dieu. Voilà pourquoi elle appelle dans ce vers ses trois puissances, mémoire, entendement et volonté, les cavernes profondes du sens ; c'est en elles et par leur moyen qu'elle sent et qu'elle goûte profondément les grandeurs de la sagesse de Dieu et ses excellences. C'est donc à juste titre qu'elle les appelle ici des cavernes profondes, car de même que l'âme sent qu'elles peuvent contenir les connaissances profondes et les splendides clartés des lampes de feu, elle reconnaît aussi que ces cavernes ont autant de cavités distinctes qu'il est nécessaire pour recevoir les connaissances, les saveurs, les goûts, les délices... qui viennent de Dieu. Toutes ces faveurs sont reçues et placées dans ce sens de l'âme qui, je le répète, n'est autre chose que la vertu ou capacité qu'elle a de sentir, de posséder et de goûter tout ce que les cavernes de ses puissances lui procurent. De même que les sens corporels concentrent dans le sens de l'imagination les formes de leurs objets, et qu'il leur sert de réceptacle et de dépôt, de même le sens de l'âme devient le réceptacle et le dépôt des grandeurs de l'âme ; il est d'autant plus resplendissant et riche qu'il possède des biens plus sublimes et plus nobles.

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 P1025   STROPHE     TROISIÈME

 

Qui était obscur et aveugle.

(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 1023-1025)

 

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