Donnent avec une perfection extraordinaire
Chaleur et lumière tout à la fois à leur Bien-Aimé.
Ces cavernes des puissances si splendides en elles-mêmes et si merveilleusement pénétrées des clartés incomparables de ces lampes qui, comme nous l'avons dit, brûlent dans l'âme, renvoient à Dieu par Dieu, outre le don qu'elles lui font d'elles-mêmes, ces mêmes splendeurs qu'elles en reçoivent. Agissant dans une gloire pleine d'amour, elles se portent à Dieu par Dieu lui-même ; elles sont devenues des lampes plus embrasées par toutes les splendeurs des lampes divines ; elles donnent au Bien-Aimé la même lumière
===============================
P1030 LA VIVE FLAMME D'AMOUR
et le même ardent amour qu'elles en reçoivent. Car c'est de la même manière qu'elles reçoivent qu'à leur tour elles donnent à Celui qui leur a donné, et présentent leur don avec les mêmes perfections qu'elles l'ont reçu de lui. Elles ressemblent au cristal qui est investi des rayons du soleil et lui renvoie ses splendeurs. Mais elles agissent d'une manière incomparablement plus élevée que le cristal, parce qu'elles font intervenir la volonté avec une perfection extraordinaire. En effet, elle est extraordinaire parce qu'elle est complètement au-dessus de la manière commune de penser et que rien ne saurait en donner l'idée. Car c'est conformément à la perfection que l'entendement apporte à recevoir la sagesse céleste que, ne faisant plus qu'un avec l'entendement de Dieu, l'âme lui rend cette même sagesse ; elle ne peut d'ailleurs donner que de la manière qu'on lui donne. C'est conformément à la perfection que la volonté apporte à s'unir à la bonté divine, qu'elle rend à Dieu et par Dieu cette même bonté qu'elle ne reçoit que pour la donner ensuite.
De même, c'est conformément à la perfection avec laquelle l'âme connaît les magnificences de Dieu quand elle leur est unie qu'elle brille et répand la chaleur de son amour. Ainsi en est-il à l'égard des autres attributs divins de force, de beauté, de justice... qui lui sont communiqués ; c'est en conformité avec leur perfection que son sens spirituel en jouit et qu'elle les rend à son Bien-Aimé par son Bien-Aimé ; je veux dire qu'elle lui rend cette même lumière et cette même chaleur qu'elle reçoit de son Bien-Aimé ; elle ne fait désormais plus qu'un avec lui, et d'une certaine manière elle est Dieu par participation. Bien que cette transformation n'atteigne pas la perfection qu'elle aura dans l'autre vie, elle est néanmoins, ainsi que nous l'avons déjà dit, comme une ombre de Dieu. Ainsi donc l'âme, devenue par cette transformation
===============================
P1031 STROPHE TROISIÈME
substantielle l'ombre de Dieu, fait en Dieu et pour Dieu ce qu'il fait en elle et pour elle. Elle le fait de la même manière que lui, parce que la volonté des deux n'en est plus qu'une ; et, par suite, l'opération de Dieu et celle de l'âme ne sont qu'une seule opération. Voilà pourquoi, comme Dieu se donne à elle en toute liberté et de tout son cœur, elle, de son côté, qui est d'autant plus libre et généreuse qu'elle est plus unie à Dieu, donne Dieu à Dieu même et par Dieu.
Ce don que l'âme fait à Dieu est réel et absolu. Elle voit alors que Dieu est véritablement à elle, qu'elle le possède par héritage, qu'elle en est propriétaire de droit, comme un enfant adoptif de Dieu, à cause de la grâce que Dieu lui a accordée de se donner lui-même à elle. Par le fait même qu'il est devenu sa propriété, elle peut le donner et le communiquer à qui elle voudra. C'est ainsi qu'elle le donne à son Bien-Aimé, à ce Dieu lui-même qui s'est donné à elle. De la sorte elle paye à Dieu tout ce qu'elle lui doit, et de tout cœur elle lui rend tout ce qu'elle en a reçu. Avec ce don que l'âme fait volontairement à Dieu, elle donne le Saint-Esprit comme son bien, afin qu'il s'aime en lui comme il le mérite ; cet acte lui procure des délices et des jouissances inestimables ; elle voit qu'elle donne un bien qui est à elle et que ce bien correspond à l'Etre infini de Dieu. Sans doute, elle ne peut pas de nouveau donner Dieu à lui-même, puisqu'il est en soi toujours le même ; néanmoins l'âme le fait d'elle-même d'une manière réelle et parfaite quand elle donne tout ce qu'on lui avait donné pour lui payer son amour; elle donne donc autant qu'on lui a donné. Dieu se regarde comme d'autant mieux payé par ce don de l'âme qu'il ne se contenterait d'aucun autre. Il le reçoit même avec plaisir comme une chose que l'âme lui donne d'elle-même. En faisant ce don divin, l'âme s'embrase d'un amour tout nouveau et Dieu se donne
===============================
P1032 LA VIVE FLAMME D'AMOUR
de nouveau librement à elle, et elle en conçoit encore de l'amour. Ainsi donc il se forme alors entre Dieu et l'âme un amour réciproque qui correspond à leur union par le mariage spirituel ; car les biens de l'un et de l'autre, qui constituent la divine essence, sont possédés librement par chacun d'eux, à raison de la donation libre qu'ils se sont faite réciproquement ; ils les possèdent en commun depuis le jour où ils se sont dit ce que le Fils de Dieu a dit à son Père, comme l'affirme saint Jean : Omnia mea tua sunt et tua mea sunt et clarificatus sum in eis. Tout ce qui est à moi est à vous, et tout ce qui est à vous est à moi, et je suis glorifié en eux1. Dans l'autre vie, la possession de ces biens ne subit pas d'interruption parce que la jouissance en sera parfaite. Mais dans l'état d'union auquel l'âme arrive sur la terre, cette jouissance a lieu quand Dieu produit en elle l'acte de transformation, bien que ce ne soit pas avec la même perfection qu'au ciel.
Mais que l'âme puisse faire un don si précieux qui dépasse incomparablement en valeur sa capacité et son être, c'est on ne peut plus clair. Le souverain qui possède une foule de nations et de royaumes dont la valeur est bien supérieure à ce qu'il est lui-même, ne peut-il pas les donner à qui il veut ? Or, une satisfaction inouïe et un contentement ineffable pour l'âme, c'est de voir qu'elle donne à Dieu plus qu'elle n'est en soi et plus qu'elle ne vaut, que, de plus, elle donne Dieu à lui-même avec une libéralité extrême comme sa propriété personnelle et qu'elle le donne avec cette même lumière et cet amour ardent qu'elle a reçu de lui. Cette transformation a lieu dans l'autre vie par la lumière de gloire, mais ici-bas elle s'accomplit par le moyen de la foi tout inondée de lumière. De la sorte
De la sorte
------------
1. Jean, XVII, 10.
===============================
P1033 S T R 0 P H E TROISIÈME
Les profondes cavernes du sens
……………………………………………………………………..
Donnent avec une perfection extraordinaire Chaleur et lumière tout à la fois à leur Bien-Aimé.
(LA VIVE FLAMME D’AMOUR p. 1029-1033)